Pratiques de sécurité en ville | Security Practices in Cities

Pratiques de sécurité en ville. Introduction | The Making of Urban Security
Marie Morelle, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, UMR Prodig I Jérôme Tadié, Institut de Recherche pour le Développement (IRD) UMR Prodig

Sécuriser l'espace des pauvres | Improving Security in Poor Areas
Nicolas Bautès, Université de Caen-Basse-Normandie, UMR 6590 « Espaces et Sociétés » I Rafael Soares Gonçalves, Université Catholique de Rio de Janeiro, Laboratorio de Estudos Urbanos e Socioambientais

Se protéger à Yaoundé | Security in Yaoundé
Stéphanie Fer, Université Paris 1 I Panthéon Sorbonne Marie Morelle, Université Paris 1 - Panthéon Sorbonne I Olivier Iyébi Mandjek, Fondation Paul Ango Ela

La Rénovation urbaine, vecteur de justice spatiale face à l’insécurité des déplacements ? | Urban renewal – a vehicle for spatial justice in the face of traffic safety problems?
Godillon Sylvanie, doctorante Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, UMR Géographie-cités (équipe CRIA) - Allocataire de recherche à l’IFSTTAR (département Mécanismes d’Accidents)

Récits de conflit et territoire | Conflict and territory narratives
Germes Mélina, Assistant professor Institut für Geographie Erlangen-Nuremberg University

Pluralité des modalités de la sécurisation du centre historique de Gênes | Plurality of the production of secured spaces in Genoa’s historic centre
Sébastien Jacquot, Université de Paris 1 Panthéon Sorbonne, IREST Membre de l’EA EIREST, Université de Paris 1 Membre associé de l’UMR 8586 PRODIG

Les injustices de la sécurisation urbaine dans la ville brésilienne de Campinas | The injustices of urban securitization in the Brazilian city of Campinas
Lucas Melgaço, Universités de São Paulo et de Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Pratiques de sécurité et inégalités à Caracas | Security practices and inequalities in Caracas
Julien Rebotier, CNRS – Laboratoire SET, UMR 5603 (Université de Pau et des Pays de l’Adour)

Pratiques de sécurité en ville. Introduction |
The Making of Urban Security

Marie Morelle, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, UMR Prodig I Jérôme Tadié, Institut de Recherche pour le Développement (IRD) UMR Prodig

traduction | translation :Claire Hancock, UPEC

 

Introduction

 

Le présent dossier vise à expliquer la place et le fonctionnement de la sécurité, définie comme protection des biens et des personnes, dans les dynamiques urbaines. Plus précisément, il s'attache à montrer comment les politiques institutionnelles de sécurité et les actions des citadins pour assurer leur sécurité sont révélatrices d'injustice et de justice spatiale à différentes échelles. Pour cela, il analyse plus précisément la manière dont ces politiques et actions se déploient sur le terrain et non pas la façon dont elles sont conçues de façon théorique. C'est en cela que ce dossier insiste sur la notion de pratique. Alors que dans certaines métropoles, les politiques publiques de sécurité visent en priorité les quartiers les plus riches et les mieux intégrés, nous favorisons ici l'étude des espaces pauvres. Ils sont marqués par une forte présence de la violence quotidienne et par des modes de régulation spécifiques (Jobard, 2005), qui empruntent largement au registre de l'informel et du criminel (Rivelois, 1999, Peddrazini et Sanchez, 1998, Bacqué-Madzou, 2008).

Une première interrogation met en jeu, en termes de justice spatiale, une conception redistributive de la sécurité, dont il faut analyser l'assise territoriale et les modes de production. A l'image des débats prônant un accès égal et universel aux services urbains, l'eau par exemple (Jaglin, 2005), la sécurité peut être considérée comme un bien commun, une ressource à laquelle tout citadin doit accéder. Elle apparaît là comme indicateur de justice spatiale, ou marqueur d'injustice. La question prend une dimension encore plus grande dans des villes où des quartiers pauvres semblent hors des principaux dispositifs de sécurité publique.

En outre, la sécurité des uns peut engendrer l'insécurité des autres. Garantir la sécurité revient à restreindre un certain nombre de libertés individuelles (Davis, 1992 ; Coleman, Sim, 2000). Cela n'est pas sans entraîner des excès et des conflits. Les initiatives des habitants - riches ou pauvres - peuvent venir compléter les mesures de sécurité publique, s'y substituer sans nécessairement s'y opposer. Toutefois elles remettent souvent en cause l'impératif, au moins théorique, d'une sécurité pour tous. La sécurité entretient ainsi des rapports ambivalents avec la notion de justice spatiale.

L'approche de la sécurité dans sa dimension spatiale, urbaine en l'occurrence, met en jeu les représentations des individus et des groupes. Ces aspects permettent de discuter de la dimension procédurale de la justice spatiale. Dans cette optique, les échanges sur la sécurité sont portés par des conceptions spécifiques. Le lien entre sécurité et justice spatiale est ainsi relié aux controverses et revendications qui émanent de groupes d'habitants (Holston, Appadurai, 1996). Lorsque la notion de justice n'est pas appropriée et revendiquée de manière claire ni dans les pratiques ni dans les discours d'habitants en quête de sécurité, elle devient une catégorie exogène, mobilisée par le chercheur, qui permet d'analyser la dimension institutionnelle et politique de la sécurité.

Ces rapports entre justice spatiale et sécurité soulèvent trois grands types d'interrogations.

Ils renvoient à la production sociale et politique d'un ordre urbain, juste ou non. Nous formulons l'hypothèse que les dispositifs, formels ou non, renforcent les divisions urbaines, le décalage d'un espace à un autre, voire le repli communautaire, au détriment d'une sécurité pour tous. Ils fondent la catégorisation de populations, de quartiers ou de villes et leur assignent des identités (Dikeç, 2007). Ajoutons que l'entrée par l'espace ne peut esquiver la question des personnes et des groupes rendus invisibles car dépourvus d'ancrage territorial (les sans-abri par exemple), alors évincés de tout processus de sécurisation, aussi fragmenté soit-il.

La sécurité soulève également la question des rapports de force et des mécanismes de production de normes (Goffman, 1975 ; Becker, 1975) qui créent la ville et conduisent à l'apparition, à la consolidation, d'inégalités ou à la définition d'usages et de personnes légitimes ou illégitimes en son sein. L'étude des politiques de sécurité souligne la mise en évidence de territoires spécifiques au sein de la ville au gré des discours et des politiques urbaines. Certains quartiers deviennent de véritables vitrines « sûres », tels les centres des affaires (Bénit, Gervais-Lambony, 2003) quand d'autres restent condamnés à demeurer des enclaves, largement abandonnées par les institutions publiques, voire stigmatisées par ces dernières et pensées comme terreau de délinquance.

Cette production de normes relève d'un processus ancien et sans cesse réactivé de criminalisation des pauvres, désormais des habitants précarisés (Chevalier, 1958). Elles sont à l'image des politiques répressives dans les pays anglo-saxons ou européens, qui tendent à s'imposer face à des politiques sociales et éducatives (Wacquant, 2006). Liées à des discours médiatiques voire scientifiques, elles tendent à ériger des quartiers en espaces « dangereux » et nient leur diversité sociologique et historique (les banlieues, les ghettos, les bidonvilles) (Tissot, 2007). Leurs habitants sont considérés coupables. Ces considérations sont étayées de statistiques policières, qui dépendent d'une activité policière sélective quant au type d'infractions commises et aux lieux de leur déroulement (Tevanian, 2010) - elles ne mesurent que « l'esprit de la plainte » et les tolérances sociales (Kalifa, 2003). La sécurité urbaine est reliée à la notion, équivoque et idéologique de « violences urbaines », au détriment d'une compréhension des réalités locales et de la dénonciation des violences sociales subies par les catégories populaires (Beaud, Pialoux, 2003). De nombreuses études ont ainsi dénoncé les conséquences de ces représentations en montrant les liens forts entre quartiers populaires et prison (Wacquant, 1999, 2001 ; Garland, 2001, Chantraine, 2003, Steinberg, 2004 ; Godoi, 2009) - cette dernière devenant un lieu à partir duquel décoder les rapports sociaux en ville. C'est la sécurité physique qui domine le débat au détriment de l'étude des sécurités salariale, sociale notamment.

Le rapport entre justice et sécurité renvoie à l'étude de systèmes de pouvoir auxquels participent non seulement les instances dirigeantes de la ville ou du pays, mais aussi de nombreux autres acteurs (habitants, groupes, compagnies de sécurité, agences de coopération, etc.) à des échelles très diverses (Jouve, Lefevre, 1999 ; Bénit-Gbaffou, Morange, 2008). Ils permettent d'analyser la manière dont se construisent différentes formes de gouvernance en ville. La lecture croisée des articles proposés ici rappelle l'influence des politiques nationales et des héritages locaux sans évincer le contexte plus global de dérégulation économique (cf. Brenner, Theodore, 2002), de forte compétitivité urbaine (Jacquot, 2007) et de circulation des modèles, qui permet de dépasser une approche par aire culturelle et notamment une lecture opposant trop rapidement villes du Nord et villes du Sud.

 

(Di-)visions de la ville

 

Criminalité, insécurité et justice spatiale sont étroitement liés en ville. Un fort sentiment d'insécurité, une exposition statistiquement plus grande aux dangers ou la surreprésentation de groupes criminels dans certains quartiers reflètent des processus d'injustice particuliers. Plusieurs articles de ce numéro traitent des processus de construction de la justice spatiale en ville à travers les prismes de la peur, du risque et du danger. Grâce à l'analyse du défaut de sécurité et du sentiment d'insécurité, ils montrent comment ces phénomènes se traduisent non seulement à l'échelle des quartiers, mais viennent aussi stigmatiser des villes entières. L'étude de ces situations conduit à identifier deux formes d'injustice : au niveau local, celle où, par un faisceau de phénomènes divers, les chances de devenir victime sont plus élevées ; à l'échelle de l'agglomération, les processus de stigmatisation de populations et de quartiers entiers.

Dans la métropole lilloise, Sylvanie Godillon analyse comment les habitants les plus pauvres subissent le plus d'accidents de la route et combien les quartiers dits « défavorisés » concentrent une plus grande proportion de ces événements. Ces zones présentent un environnement plus favorable pour devenir victime, soulignant ainsi, par les menaces directes à l'intégrité physique, une plus grande exposition au danger. Les accidents sont donc révélateurs d'une première forme d'injustice, celle qui touche la victime dans son intégrité corporelle, de façon différenciée selon les quartiers. Le corps en porterait ainsi les stigmates (Rose, 1995 ; Nast, Pile, 1998).

A Caracas, Julien Rebotier montre comment les taux de criminalité fondent cette ville comme l'une des plus violentes au monde. Il y étudie le poids de l'insécurité et les distinctions sociales et spatiales qu'elle traduit. A une échelle locale, les quartiers les plus pauvres, les barrios de ranchos, à l'image des favelas, sont non seulement les plus abandonnés des autorités, mais aussi exposés à la criminalité ordinaire. Ainsi, après les préoccupations liées au travail et au logement, l'insécurité y apparaît comme une menace importante. La peur qui en ressort viendrait amplifier une injustice spatiale. Cet ancrage du sentiment d'insécurité dans certains quartiers participe d'une construction différenciée de l'espace urbain. La peur et la criminalité fondent ainsi une injustice et renforcent les différenciations socio-économiques au sein de la ville.

Nicolas Bautès et Rafael Soares Gonçalves soulignent également, pour le cas de Rio de Janeiro, comment l'exposition des populations pauvres à la violence est facteur de ségrégation au sein des agglomération. La progression du trafic de drogue développe les pressions et contraintes que les habitants ont à subir, qu'il s'agisse de menaces, d'expulsions de logement ou autres violences quotidiennes. Il en découle une identification des favelas régulièrement considérées comme « zones à risque » par rapport au reste de la ville. La violence produit ici des formes particulières d'injustice, entre stigmatisation de quartiers et violence ressentie par des habitants ainsi constitués en victimes, parfois en criminels.

Dans son analyse lexicologique, Mélina Germes montre par exemple comment en France les récits policiers - et les pratiques qui en découlent - contribuent à produire des territoires bien distincts. Ils y identifient les quartiers dits sensibles comme des lieux d'exception pensés pour la violence. Par leur faute, on refuse à ces quartiers et à leurs populations, l'appartenance au « collectif politique », selon un raccourci qui associe l'individu à son comportement, le groupe social et finalement l'espace avec le crime. L'exposition des habitants à la violence corporelle est ainsi ignorée, ce qui est le pendant de leur exposition aux violences policières (Mucchielli et Mohammed, 2006), ou aux violences plus invisibles, sociales par exemple (cf. Bourdieu, 1993).

 

Au-delà des différents discours destinés à identifier certains types de quartiers comme dangereux ou inversement comme des modèles à suivre, un dernier effet de ces mises en visibilité apparaît dans une autre attitude des pouvoirs publics face aux quartiers « défavorisés » : celui de l'oubli ou de l'occultation d'injustices spatiales. C'est ce que montre Sylvanie Godillon à propos des accidents de la route. La méconnaissance voire l'absence d'identification de ce phénomène par les pouvoirs publics ou associatifs contribue non seulement à rendre pérenne des inégalités au sein de la ville - par le silence qui pèse dessus - mais permet aussi de ne pas prendre de décision effective pour les traiter.

Les environnements urbains témoignent également de ces types de laisser-faire. Des paysages dégradés peuvent souligner une plus grande vulnérabilité ainsi que des disparités sociales. A Caracas, par exemple, le centre-ville délabré et l'absence de restructuration inscrit l'insécurité dans le paysage urbain, surtout par rapport à la modernité des centres d'affaires plus récents. Ces types de constats renvoient à plusieurs mouvements en urbanisme dans les pays occidentaux, tels que la prévention situationnelle (Newman, 1973 ; Jacobs, 1961), ou la théorie de la vitre cassée (Kelling, Wilson, 1982) ; celle-ci en appelait à une réappropriation des espaces publics par les habitants, une redynamisation des liens de voisinage et un appel à la participation communautaire. La mise en application d'une telle théorie a aussi profité à des politiques de « tolérance zéro » au risque de légitimer des formes autoritaires de contrôle policier et la stigmatisation des populations.

 

Des politiques de mainmise sur les quartiers réputés dangereux peuvent également participer d'un mouvement de requalification de la ville (Smith, 1996). A Rio de Janeiro, par exemple, l'organisation d'une succession d'événements sportifs conduit directement à lutter contre l'insécurité. Le gouvernement est passé d'une seule politique de conquête quasiment militaire des favelas à des relogements et l'instauration d'une police « communautaire ». Même si ce changement se concentre dans certaines zones de la ville, il contribue à rassurer les visiteurs potentiels,  il permet aussi d'attirer les investisseurs nationaux et étrangers. Selon l'analyse de Nicolas Bautès et de Rafael Soares Gonçalves, ces changements participent largement à une dynamique de spéculation foncière et immobilière, dans le cadre d'une politique de renouvellement urbain plus globale. Elle pose la question de l'évincement à terme des habitants les plus pauvres du centre de la ville, déjà victimes de diverses formes d'injustices.

 

A l'instar de ces politiques de reconquête, les aménagements des espaces centraux de Gênes, ville portuaire en restructuration, s'inscrivent dans une compétition interurbaine. Ces quartiers sont destinés à entraîner le développement du reste de l'agglomération. Ici la réincorporation des quartiers s'opère grâce à des logiques de réappropriation du centre-ville par de nouveaux usagers et par des investissements publics. Ces politiques interviennent, comme à Rio, dans un contexte de changement de politique et de transformation des paradigmes sécuritaires.

Dans ces deux cas, on se trouve face à des mouvements qui érigent de nouvelles pratiques de sécurité en innovations politiques. Elles participent d'une mise en scène non seulement de la sécurité mais de l'agglomération toute entière, qui peut devenir une vitrine d'un savoir-faire local transférable à l'échelle internationale. La sécurité place ces agglomérations dans le cadre d'une mise en compétition mondiale. Si certaines ont mauvaise réputation, d'autres cherchent à inverser la tendance, grâce à des politiques « innovantes », au titre qu'une ville sûre deviendrait une ville plus attractive. On établit des hiérarchies par la sécurité. Au-delà de la volonté de sécuriser des espaces, la sécurité participe de la présentation et de la représentation de chaque ville.

Cependant, ce qui est bien souvent présenté comme une nouveauté (même si ces politiques ont des origines qui peuvent être retracées dans des traditions bien ancrées) - par un discours parfois en décalage avec les réalités de terrain - détruit la cohésion des espaces urbains et ne remet pas forcément en cause les inégalités dans leur dimension spatiale notamment. Ces politiques passent outre l'idée d'un accès universel, et pensé comme juste, à la sécurité et s'éloignent de l'idéal de redistribution de cette ressource à tous.

 

 

Sécurité et gouvernement urbain

 

Les pratiques de sécurité en ville s'inscrivent dans le cadre des politiques de sécurité gouvernementales. Les pratiques de sécurité en ville s'inscrivent dans le cadre des politiques de sécurité gouvernementales (Deluchey, 2000 ; Herbert, 1997). Plusieurs articles de ce dossier analysent ainsi la question de l'Etat, des discours institutionnels comme de ses modalités  pratiques d'intervention.

 

Les régimes politiques, autoritaires et démocratiques influencent la définition de la sécurité et le rôle des acteurs publics (Tadié, 2006 ; Soares Gonçalves, 2010). Le Brésil correspond à ce titre à un cas d'école avec la transition démocratique qui a poussé les forces de police à se reconfigurer (Melgaço, Bautès & Soares Gonçalves). En ville, une police « communautaire » a été constituée dans certains quartiers, pour rompre avec les pratiques policières violentes de l'époque de la dictature. A l'inverse, les gouvernements successifs du Cameroun - colonial comme postcolonial - ont placé continuellement l'ordre au service du président de la République et de sa clientèle politique (Fer, Morelle, Iyébi Mandjek). Les quartiers résidentiels aisés et les espaces de représentation du pouvoir (places publiques, trajets présidentiels) y sont sécurisés au détriment des quartiers populaires. Au fil des années, des forces spéciales de police furent créées, en complément de celles existantes et de la gendarmerie, et dédiées à la sécurité de la Présidence. Depuis lors, les revendications pour une sécurité plus juste demeurent faibles.

 

Outre la question de la nature du régime, les politiques économiques influent sur la production de la sécurité, participant de mécanismes de domination et d'exclusion. On peut évoquer le rôle des crises économiques, des injonctions des institutions financières internationales comme les stratégies de sociétés privées (Hibou, 1998). Ainsi plusieurs textes de ce dossier (Rebotier, Fer et al.) soulignent le poids de la décennie 80 dans l'adoption (ou l'abandon) de politiques de sécurité. Les mesures d'austérité, symbolisées par les plans d'ajustement structurels, ont pu sonner le glas d'un certain nombre d'initiatives publiques, non sans répercussions sur l'action des forces de l'ordre comme sur les conditions de vie des populations citadines. L'appauvrissement d'un grand nombre d'habitants joue sur l'insécurité ressentie et décuple les initiatives privées de sécurisation, en particulier dans les quartiers aisés, au détriment des plus populaires (Flusty, 1994 ; Blakely, Snyder, 1997). Cela fut le cas de Caracas,  par exemple, avec la montée en puissance des tensions sociales et des émeutes au cours des années 80.

 

Cette prise en main de la sécurité se traduit par des transformations des environnements urbains. Elle y renforce des inégalités. C'est ce que montre Lucas Melgaço à propos de Campinas, lorsqu'il analyse la manière dont des espaces exclusifs ont été affirmés par des marqueurs physiques dans la ville. Sous la forme d'espaces résidentiels fermés, associés à des clôtures et des instruments de surveillance, ou d'architectures et d'aménagements répulsifs (clôtures électriques, piques pour empêcher de s'asseoir, etc.), ils contribuent à imposer des distinctions sociales au sein d'espaces urbains. Ils ont pour effet de fermer l'espace public à certaines catégories de la population, par la création de paysages défensifs, quasiment militaires (murs, miradors, barbelés, etc.), qui ne réduit pas nécessairement la criminalité. Par leur présence même, les équipements disposés contribuent à amplifier les inégalités, en rendant visible à l'œil nu certaines pratiques injustes de sécurité.

 

Si le contexte de rigueur budgétaire et de réforme de l'Etat entraîne une privatisation de la sécurité et une reconfiguration des échelles de compétences, on voit bien que l'analyse de la production de sécurité en ville dépasse le seul cadre des réformes économiques et des discours teintés d'idéologies néolibérales. Il est nécessaire de mesurer l'imbrication étroite entre économie et politique, entre échelles internationale, nationale et locale. L'influence des bailleurs et des coopérations multilatérales et bilatérales, plus largement des modèles de sécurité peut participer d'un processus de marchandisation. Mais on ne saurait réduire cependant les influences extérieures à ces seules rationalités économiques.

 

Par exemple, à Gênes, les politiques de sécurité urbaine menées par la municipalité reposent sur l'application de recommandations diffusées par un réseau de collectivités consacré à cette question, le Forum italien de la sécurité urbaine (FISU). Ce dernier est une émanation de l'European Forum for Urban Safety et défend en particulier l'équilibre entre liberté et sécurité et l'idée que la sécurité est atteinte plus efficacement par une meilleure intégration et une plus juste répartition des ressources au sein de la ville (Sébastien Jacquot). A Yaoundé, la coopération française a mené pendant plusieurs années une réforme des forces de sécurité intérieure, qui défend le principe d'une police de proximité centralisée, en rupture avec de nombreuses expériences de polices communautaires menées à travers le monde (Fer, Morelle, Iyébi Mandjek). Ce redéploiement des forces de sécurité n'efface cependant pas l'absence de l'Etat de bien des quartiers de la capitale camerounaise.

En réponse, les citadins tentent de s'organiser en comités de vigilance. Ces derniers ne sont pas nouveaux et existaient dès l'époque coloniale. Ces comités parfois légalisés voire suscités par les services centraux de l'Etat sont aussi, parfois, désavoués. Cela montre combien l'Etat peut être dépendant des initiatives populaires mais, en dernier recours, combien il peut aussi rester maître du jeu sécuritaire. En mettant l'accent sur les actions informelles voire illégales d'acteurs publics (par la corruption ou le clientélisme par exemple), de même qu'en analysant le poids d'acteurs privés informels (les jeunes des quartiers de Yaoundé, etc.) et illégaux (tels les narcotrafiquants de Rio de Janeiro), les articles donnent une toute autre ampleur à la notion de privatisation. A Rio, par exemple, les trafiquants imposent leur propre « justice », aujourd'hui par la surveillance et des « tribunaux » ad hoc, auparavant par des formes de redistribution des richesses. Là où certains qualifieront leurs initiatives de légitimes, éventuellement justes, d'autres vivront de telles pratiques comme une aggravation de la situation d'injustice spatiale en ville. On voit que les conceptions du « juste » et de « l'injuste » sont relatives aux individus et groupes et se jouent à des échelles variables (Harvey, 1992 ; Gervais-Lambony, Dufaux, 2009 ; Fainstain, 2010).

 

En ville, la sécurité s'inscrit aujourd'hui dans des processus où décentralisation, privatisation et participation sont les maîtres mots. Pourtant, là où l'action de l'Etat semble en retrait, il serait plus juste d'évoquer une reconfiguration permanente de son action (Hibou, 2011), comme en témoignent les exemples camerounais et brésilien. La sécurité est conçue de manière mouvante, suivant la volonté des acteurs publics de déléguer et de concéder une partie de la sécurité urbaine, de leur capacité aussi à reprendre le contrôle. Les processus de ségrégation et d'inégal accès à la sécurité ne sont pas simplement une stricte injustice qui résulterait d'encadrements officiels. D'autres acteurs (leaders associatifs, caïds) prennent également part aux négociations et passent des arrangements en vue de sécuriser un territoire donné, parfois au détriment de quartiers et d'habitants voisins, exclus d'un processus de sécurisation. Ces derniers adoptent des tactiques individuelles, parfois collectives de sécurité, dont la pérennité demeure aléatoire.

 

Ce dossier souligne les pratiques des habitants pauvres et permet d'étudier la portée de ces dernières. S'agit-il de strictes adaptations à l'insécurité et la criminalité dans le cadre de rapports de pouvoir contraints ? C'est ce que semble démontrer l'exemple des comités de vigilance à Yaoundé, condamnés parfois à disparaître au gré des autorisations et des mobilisations souvent ponctuelles des habitants des différents quartiers. De même, les unités de police pacificatrices de Rio de Janeiro tendent à devenir l'intermédiaire quasi-unique entre l'Etat et les habitants des favelas, au détriment d'autres acteurs sociaux et au risque d'un contrôle sécuritaire permanent. En outre, la participation des habitants semble canalisée voire forcée (Brock et al., 2001 ; Miraftab, Wills, 2005). Les actions policières peuvent encore être violentes et les narcotrafiquants, toujours présents, surveillent la population et ses relations avec les forces de sécurité. Néanmoins, Nicolas Bautès et Rafael Soares Gonçalvès notent, à la faveur des politiques de renouvellement, le possible retour de mobilisations et d'initiatives suscitées et portées par les habitants.

 

Là où paraît souvent échouer la justice redistributive où l'Etat travaillerait à un accès pour tous à la sécurité, émerge donc, par moments, la possibilité d'une justice procédurale où l'accent est mis sur la négociation. Les habitants et leurs associations définissent un droit la sécurité en lien avec les représentations des institutions. Ils militent donc pour une reconnaissance des injustices dont ils font l'objet, aussi bien spatiales que sociales et revendiquent des formes de sécurisation, au nom de ce qu'ils estiment être juste. Par exemple, à Gênes, les politiques de renouvellement urbain ont intégré un volet sur la sécurité. Celui-ci a pu être à l'origine d'une tentative d'éviction de la prostitution en centre-ville. Mais en retour, cette politique a provoqué des formes de résistances et de négociations. La communauté transsexuelle par exemple a pu légitimer sa présence en se voyant finalement reconnaître un rôle de surveillance au centre ville. Reste à savoir si cette revendication peut dépasser l'échelle d'un quartier et d'une communauté et être étendue à la ville entière.

 

Conclusion

 

Ce dossier montre combien la sécurité est une ressource spatialisée, négociée dans le cadre de relations de pouvoir souvent inégales. En cela, la sécurité n'est pas uniquement le fruit de rapports sociaux et politiques inégaux. Elle influe elle-même sur les dynamiques urbaines et en leur sein, sur celle de l'injustice en ville. La plupart des études réunies ici démontrent l'existence d'injustices quant au traitement des espaces les plus pauvres en ville. Leurs populations souvent victimes de vols et d'agressions, soumises également à un fort sentiment de peur, sont paradoxalement rapidement érigées en criminels. Plus largement, ce sont parfois des villes entières qui se retrouvent proscrites des classements mondiaux au titre de leur sécurité défaillante.

Pour autant, aujourd'hui, l'injonction à la sécurité est portée par maintes agences de développement tandis que la compétition territoriale interurbaine appuie à son tour cette quête de sécurisation. Programmes de polices communautaires et dispositifs participatifs se multiplient, qui, s'appuyant parfois sur les revendications des populations, les ignorent aussi. On a vu que la pacification d'un quartier pouvait donner lieu à des mouvements spéculatifs au détriment des habitants les plus pauvres. A défaut de politiques publiques pour un accès universel à la sécurité ou à une redistribution des services urbains par des traitements différenciés, les citadins inventent et maintiennent des pratiques de sécurité plus informelles. Des stratégies multiples fondent ainsi la ville comme espace de participation où la domination n'est pas le seul maître mot et où des formes de revendication peuvent se déployer. Leur pérennité est fragile. Elles s'appuient sur des mouvements fragmentés à l'échelle de la ville, qui mettent l'accent sur des conceptions parfois contradictoires de la justice ; la sécurité des uns peut renforcer la vulnérabilité des autres.

 

 


Introduction

 

This issue aims to account for the place and the process of "security", understood as protection of goods and people, in urban dynamics. More specifically, it underlines how institutions' policies and citizens' actions to ensure their safety reveal spatial injustices at different scales. Our focus is therefore the ways in which theses policies and actions play out in practice, and not their theoretical conception. Whilst public policies for security often target the richest and better integrated areas of cities, we choose to focus on more deprived areas, where violence is present on a daily basis and regulated in particular ways (Jobard, 2005), often informal and/or criminal (Rivelois, 1999, Peddrazini et Sanchez, 1998, Bacqué-Madzou, 2008).

 

 

 

 

One first intersection with spatial justice issues has to do with a redistributive understanding of security, with specific geographies and modes of production. One could argue that, in the same way as certain essential urban services, such as water provision (Jaglin, 2005), security is a common good, a resource that ought to be equally or universally accessible to city-dwellers. Its absence or presence could therefore be used as an indicator of spatial (in)justice. The issue is particularly important in cities where deprived areas seem to be failed completely by the main public security measures.

 

What's more, security for some may result in insecurity for others. Ensuring security can entail restrictions on individual freedoms (Davis, 1992 ; Coleman, Sim, 2000), giving rise to excesses and conflicts. Residents' initiatives can supplement public measures or substitute for them. While they do not necessarily invalidate measures implemented by public authorities, they do challenge the theoretical aim of security for all. The relationship between security and spatial justice is therefore by no means straightforward.

 

To approach the spatial, urban, dimension of security, it is necessary to take into account individual and groups' representations, which brings us to a procedural understanding of justice. Specific conceptions underlie discussions around security, and relate to controversies and claims made by local associations (Holston, Appadurai, 1996). Where the notion of justice is not explicitly part of the claims or discourse of residents seeking safety, it remains a useful category of analysis for scholars trying to account for the institutional and political dimension of security. These links between spatial justice and security raise three major issues.

 

 

First, these links have to do with the production of an urban order, whether just or unjust. We postulate that formal or informal measures taken to enforce this order tend to foster division in cities, differentiate between neighbourhoods and encourage community selfishness, at the expense of real security for all. They lead to categorisations of people, neighbourhoods or cities and assign fixed identities (Dikeç, 2007). Besides, a merely spatial reading of these issues could lead to ignoring people and groups rendered invisible by their lack of territorialised identity (homeless people for instance), who are left behind all securitizing processes, however fragmented.

Security also raises the issue of power relations and mechanisms which produce norms (Goffman, 1975 ; Becker, 1975). These are not only central to place-making, they may foster or consolidate unequalities, by defining legitimate and illegitimate uses of space, and even who is legitimate or illegitimate in space. Specific forms of territoriality are unearthed by the analysis of discourse and policy in relation to security. While some areas, such as central business districts, become showcases for urban safety (Bénit, Gervais-Lambony, 2003), others are seen as enclaves where public institutions no longer dare to tread, stigmatised as they are as hotbeds of criminality.

 

 

There is a long history to these processes of criminalisation of the poor (see Chevalier, 1958), constantly reactivated under different names. Repressive policies have, in many Western countries, been favoured over more educational or social measures (Wacquant, 2006). Dominant discourse in the media or scholarly publications maps some neighbourhoods as "dangerous", denied their sociological or historical diversity, designating their inhabitants as "guilty": banlieues, ghettos, informal settlements... (Tissot, 2007). Statistics are produced to validate such finger-pointing, on the basis of police reports that reflect predominantly certain types of offences, which take place in certain places (Tévanian, 2010) - they measure degrees of social tolerance rather than anything else (Kalifa, 2003). Urban security is linked with the unclear and ideological notion of "urban violence" which disregards local realities and the social violence endured by the working class (Beaud, Pialoux, 2003). There are far-ranging consequences to this representation, for instance the strong connection between working-class neighbourhoods and prisons (Wavquant, 1999, 2001; Garland, 2001, Chantraine, 2003, Steinberg, 2004; Godoi, 2009), with prisons becoming key to understanding social relations in cities. Physical safety is central to the debate, sidelining other forms of safety, social or to do with stable employment.

 

 

 

Last but not least, power systems are analyzed in the papers gathered here, including not only the ruling elites of cities or countries, but many other actors (residents, groups, security companies, cooperation agencies, etc) which intervene on various levels (Jouve, Lefevre, 1999 ; Bénit-Gbaffou, Morange, 2008), which provides insights into the varying forms of governance in cities. Read together, these papers usefully remind us of the influence of national policies and local legacies, whilst taking into account the general context of economic deregulation (Brenner, Theodore, 2002), competition between cities (Jacquot, 2007) and the circulation of models. The latter makes the traditional contrast between cities of the global North and cities of the global South less relevant and challenges conventional geographical readings.

 

 

(Di-)visions of the city

 

Criminality, insecurity and spatial justice are intertwined in the city. A strong sense of insecurity, a statistically higher exposure to danger or the over-representation of criminal groups in some areas reflect particular unjust processes. Several articles in this issue deal with the process of construction of spatial justice in cities by foregrounding fear, risk and danger. They analyze the lack of security and the feeling in insecurity, and show how these are used to stigmatize not just neighbourhoods, but entire cities. The injustice here is twofold: locally, inhabitants' chances of becoming victims are higher, and at the scale of the whole city, both neighbourhoods and people are stigmatized.

 

 

 

 

Sylvanie Godillon shows how in the urban area of Lille, the poorest inhabitants are more likely to suffer road accidents, and the so-called "deprived areas" concentrate a high proportion of these. In an environment that makes one more likely to become a victim, physical integrity is more directly at risk and the exposure to danger is higher. In this version of injustice, one's bodily integrity is at higher risk in specific areas, and the body carries the stigma (Rose, 1995 ; Nast, Pile, 1998).

 

 

Julien Rebotier's paper shows how crime rates point to Caracas, Venezuela, as one of the most violent cities in the world. Locally, the weight of insecurity is felt in different degrees and reflects social and spatial distinctions. The most deprived areas, the barrios de ranchos, are not only neglected by the authorities but exposed to daily criminality. Insecurity ranks along with work and housing among people's top preoccupations, with the burden of fear compounding spatial injustice. The sense of insecurity rooted in specific areas reflects differential urban geographies. Fear and criminality take part in the sense of injustice and reinforce social and economic difference within the city.

 

Nicolas Bautès and Rafael Soares Gonçalves also emphasize, in their case study of Rio de Janeiro, that the exposure of the most deprived populations to violence is a major form of injustice within the city. The development of drug-trafficking has increased pressure on inhabitants, in the form of threats, of evictions or other daily aggressions. The favelas become identified as "risk zones" and contrasted with the rest of the city. Violence in Rio produces particular forms of injustice, the stigmatization of neighbourhoods, the violence experienced by inhabitants who become constituted as victims and/or criminals.

 

Mélina Germes uses lexicologic analysis to show how, in France, the narratives of policemen, and the practices that derive from them, tend to produce specific territorial constructions. "At risk" neighbourhoods become places of exception where violence is the norm. These neighbourhoods and their inhabitants are denied full membership of the "political collective", by virtue of a reasoning that defines the individual by his or her behaviour, and identifies whole social groups, and ultimately, urban areas, with crime. Residents' exposure to physical violence is ignored, as is their exposure to police violence (Mohammed and Mucchielli, 2006) or more insidious forms of social violence (Bourdieu, 1993).

 

 

Beyond discourses which establish some types of areas as dangerous, or conversely, as model areas, public policies oscillate between the omission and the active concealment of spatial injustices. Sylvanie Godillon shows how the authorities' and the associations' disregard for the actual geography of accidents contributes to maintain inequalities within the cities, and enables them not to take any measure to try and address them.

 

 

 

The urban environment is rife with instances of such laissez-faire politics. Run-down areas signal greater vulnerability as well as social unequality. In Caracas, for instance, the run-down city centre awaiting restructuration constitutes a cityscape of insecurity which contrasts with the modernity of business districts. Such contrasts inspired Western urbanists to talk about "situational prevention" (Newman, 1973; Jacobs, 1961) or the "broken window theory" (Kelling, Wilson, 1982), which called for public spaces to be reclaimed by inhabitants, neighbourly relations to be strengthened and for community participation. The implementation of these theories also benefited "zero tolerance" policies which tended to legitimize authoritarian police control and again stigmatize groups of people.

 

 

 

 

On the other hand, "revanchist" movements to "re-conquer" areas seen as dangerous are well-documented (Smith, 1996). In Rio de Janeiro, for instance, the organization of sporting events has implied campaigns to "roll back" insecurity. With much media attention, the government has carried out quasi-military operations to "conquer" favelas, displaced families and established a form of "community police". These actions carried out in specific parts of the city aim to reassure potential visitors and attract foreign and national investments. According to Nicolas Bautès and Rafael Soares Gonçalves, they are part of a speculative dynamics and part of a larger policy of urban renewal. The poorest inhabitants, who are already victims of injustice, are finding it ever more difficult to remain close to the city centre.

 

 

 

In a similar vein, the renewal projects of central Genova, an Italian port, are part of a competition between cities. The central areas, seen as key to the development of the city as a whole, are being re-approriated by new users and by public investment. As is the case in Rio, these policies are part and parcel of political changes and the transformation of the securitarian paradigm.

 

 

 

In both cases, new practices regarding security are presented as "political innovations". They are part of a new story-telling not only about security but about the city as a whole, which aims to become a showcase for a local know-how likely to be exported globally. Security is the area of choice for these cities in the global competition. Suffering from a dismal reputation, they are trying to challenge the stigma with "innovative" policies, on the belief that a safer city would be more attractive. There are therefore implicit hierarchies of security. Not only do cities aspire to make their environment safer, they also care for their reputation and representation.

 

 

However, what is often presented as "innovation" (despite the fact many of these policies have clear historical precedents), in a discourse that is often at odds with realities on the ground, destroys urban cohesion and does not address inequalities, in particular in their spatial dimensions. These policies often make little case of the idea of universal access to security, and fall short of the ideal of redistributing this resource in a fair way.

 

 

 

Security and urban governance

 

The making of security in the city is dependent on governmental security policies (Deluchey, 2000 ; Herbert, 1997). Several of the papers in this issue analyse the state's role, through institutional discourses as well as through interventions in practice.

 

 

 

The nature of political regimes, either authoritarian or democratic, influences the definition of security and the role given to public actors (Tadié, 2006 ; Soares Gonçalves, 2010). Brazil is a case in point, with the democratic transition which brought about a reorganization of police forces (Melgaço, Bautès & Soares Gonçalves). Within cities, a "community" police force was instituted in some areas, to break with violent policing habits that had developed during the dictatorship. Conversely, governments of colonial and postcolonial Cameroon have consistently made policing a prerogative of the President and his cronies (Fer, Morelle, Iyébi Mandjek). Leafy residential neighbourhoods and spaces where power is on display (squares, routes taken by the President) are made secure at the expense of working-class areas. Over time, special police forces were created to complement the existing, and dedicated to the security of the Presidency. Claims for a fairer security remain weak.

 

 

Beyond the nature of the regime, economic policies have an impact on the production of security, and reiterate mechanisms of domination and exclusion. Economic crises, the demands of international funding agencies and the strategies of private companies all play a part (Hibou, 1998). Several contributions to this issue (Rebotier, Fer et al.) emphasize the turning point of the 1980s in the adoption or ending of security policies. Austerity packages and structural adjustments signalled the end of certain public initiatives, with consequences on both the action of police forces and the living conditions of city-dwellers. The pauperization of many inhabitants increased perceived insecurity and gave rise to private initiatives to ensure the safety of mostly wealthy neighbourhoods, which the poorer ones could not afford (Flusty, 1994 ; Blakely, Snyder, 1997). This was the case in Caracas, for instance, with rising social tensions and rioting in the 1980s.

 

 

 

 

This privatization of security transforms urban areas by reinforcing inequalities, as Lucas Melgaço shows in the instance of Campinas. Exclusive spaces were created physically in the city, with gated communities, surveillance infrastructure, and repulsive planning and architecture (electrified enclosures, pikes to prevent people from sitting down, etc). They impose social distinctions within the city and deny some categories of the population access to public space, by creating defensive cityscapes, of military inspiration (walls, watchtowers, barbed wire, etc) but do not necessarily reduce criminality. They contribute to intensifying inequalities, by making clearly visible certain unfair practices of security.

 

 

 

In a context of austerity measures and state reform, security is increasingly privatized and levels of competence are rethought. But the production of urban security goes way beyond economic reform and neo-liberal discourse. Economics and politics are closely intertwined, as are the local, national and global scales. The influence of funding agencies and cooperation structures, and of models of security more generally, may push in the direction of a commodification of security. But economic rationalities are not the only external influences.

 

 

 

 

In Genova, for instance, the municipal policies rely on a set of recommendations published by a network of authorities on security issues, the Italian Forum for Urban Security (FISU), which is part of the European Forum for Urban Safety. It advocates a balance between freedom and security and the idea that security is best achieved by social integration and a fair distribution of resources within the city (Jacquot). In Yaoundé, French representatives led the reform of police forces, around the principle of a centralized "police de proximité" at odds with experiments in "community policing" led in other parts of the world (Fer, Morelle, Iyébi Mandjek). This reorganization does not mitigate the absence of the state from many areas of the capital of Cameroon.

 

 

 

In response to this, inhabitants try to organize vigilante committees. These are by no means new, since they existed during the colonial period. They are sometimes legalized or even encouraged by central state, but others are disowned. This shows to what extent the state is dependent on grassroots initiatives but also how important its role is in the last instance. The papers gathered here highlight the informal but also illegal, sometimes corrupt, actions of some public actors, the importance of informal private actors (the youth of Yaoundé, for instance) or illegal ones (drug-traffickers of Rio de Janeiro), which gives a full sense of the meaning of privatization. Drug barons of Rio impose their own "justice" through surveillance and ad hoc "courts", as they used to ensure some redistribution of wealth. While some might perceive these initiatives as legitimate, and maybe even just, others experience them as a worsening of the situation of spatial injustice. Conceptions of what is "just" or "unjust" vary between individuals and groups and operate at variable scales (Harvey, 1992; Gervais-Lambony, Dufaux, 2009; Fainstain, 2010).

 

 

 

Security in large cities seems to be governed by processes of decentralization, privatization and participation. Where the state seems to be withdrawing, it may be more accurate to talk of a reorganization of its action (Hibou, 2011), as the examples in Brazil and Cameroon illustrate. Security is understood in flexible ways, according to public actors' desire to delegate, and of their ablility to regain control. Processes of segregation and unequal access to security are not merely injustices resulting from official policies. Local leaders and bosses also take part in negotiations and arrangements for the security of a given territory, at the expense of neighbouring areas which are left out of the process. Their inhabitants resort to individual or collective tactics to ensure their own safety, at least for some time.

 

 

 

 

Our aim here is to look primarily at practices by the more deprived inhabitants. Is it just a question of adapting to insecurity and criminality in the context of power relations? This is what the example of vigilante committees in Yaoundé suggests, since they are occasionally forced to disappear for lack of an official authorization or because mobilizations do not last. Police units in Rio de Janeiro have become virtually the only form of go-between in contacts between the state and favela-dwellers, which excludes other social actors and implies the risk of a constant securitarian control. Inhabitants' participation seems to be canalized or even forced (Brock et al., 2001 ; Miraftab, Wills, 2005). Police action may still be violent and drug-traffickers remain present and scrutinize the population's relations with police forces. Nonetheless, Nicolas Bautès and Rafael Soares Gonçalvès believe that renewal policies are likely to lead to a resurgence of residents' initiatives and mobilization.

 

 

 

 

The general picture seems to be of a failure in redistributive justice, with the state failing to deliver security for all, but with local successes for procedural justice, with forms of negotiation taking over. Grassroots movements define a right to security, mobilize for the recognition of the injustice both spatial and social they suffer and claim measures for their safety in the name of what they see as fair. In Genova, for instance, urban renewal policies include a security dimension. This was the basis for an attempt to eradicate prostitution from the city centre, but also triggered resistance and negotiations. The transsexual community, for instance, was recognized as legitimate because of the surveillance role it played. What remains to be seen is if such claims can be heard not merely locally, within a neighbourhood or community, and can be generalized to the whole city.

 

 

 

Conclusion

 

This issue aims to show that security is a spatialized resource, negotiated within power relations that are often unfair. Security is not the mere product of unequal political and social relaions, it has an influence on urban dynamics and on the general degree of injustice in cities. What the papers gathered here show is the injustice affecting the poorest parts of urban areas, whose populations are most often victims of robbery and mugging, live with a strong sense of fear, but are also, ironically, designated as criminals. Entire cities are dropped from international rankings because of their failure to ensure security.

 

 

The imperative of safety is strongly advocated by international agencies in the field of development and made a must by the competition between cities. Community policing and participation are spreading fast, though how well they actually reflect inhabitants' claims is questionable. Once an area is considered safe, it can also become the target of speculation that drives out the most deprived. For lack of efficient public policies to ensure safety, city-dwellers invent and carry out informal practices to ensure their security. There are multiple strategies and forms of participation, which means a reading in terms of domination fails to capture the complexity of situations where claims sometimes manage to make themselves heard, fleeting and fragmented though they may be. Contradictory versions of justice may also clash, since safety for some is liable to mean greater vulnerability for others. 

 

 


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Pour citer cet article | To quote this document

Marie Morelle, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, UMR Prodig I Jérôme Tadié, Institut de Recherche pour le Développement (IRD) UMR Prodig
«Pratiques de sécurité en ville. Introduction», [«The Making of Urban Security», traduction : Claire Hancock, UPEC]
justice spatiale | spatial justice | n° 04 décembre | décember 2011 | http://www.jssj.org

 

 

Sécuriser l'espace des pauvres |
Improving Security in Poor Areas

Nicolas Bautès, Université de Caen-Basse-Normandie, UMR 6590 « Espaces et Sociétés » I Rafael Soares Gonçalves, Université Catholique de Rio de Janeiro, Laboratorio de Estudos Urbanos e Socioambientais

traduction | translation :Laurent Chauvet, Institut Français d'Afrique du Sud (IFAS)

 


Résumé

Cet article analyse les récentes mesures prises par la municipalité de Rio de Janeiro en matière de sécurité publique dans la perspective d'assurer au mieux l'organisation de plusieurs événements sportifs d'envergure internationale, particulièrement les Jeux Olympiques prévus en 2016. Inscrites dans le cadre du Programme Fédéral de Sécurité et Citoyenneté (Pronasci), ces mesures visent de manière prioritaire la sécurisation de plusieurs favelas de la ville au moyen de l'implantation d'« unités de police pacificatrice » (UPP). L'étude des logiques spatiales qui prévalent à l'implantation de ces unités dans des quartiers préalablement sélectionnés, associée à celle des pratiques quotidiennes d'habitants de plusieurs favelas de Rio qui côtoient ces forces policières, permettent de caractériser le lien étroit entre politique de sécurité publique et politiques urbaines. Ce lien est ici envisagé au-delà des objectifs affichés de maintien de la paix sociale évoqués par les instigateurs des projets de sécurisation, pour interroger la permanence des difficultés sociales d'une partie des habitants de ces quartiers, et les enjeux fonciers et immobiliers sous-jacents à ces actions. L'évolution des modes d'action en matière de sécurité publique urbaine, qui s'apparente largement à une stratégie de marketing territorial, révèle-t-elle un traitement injuste des espaces pauvres de la ville ? Permet-elle, au contraire, d'envisager de nouvelles modalités de sécurisation des espaces marqués par la violence, la pauvreté et par un déficit de présence publique ?

 

Mots-clés

Sécurité publique, Favelas, Unité de police pacificatrice, Politique urbaine, Rio de Janeiro

 

 

Introduction

 

La perspective de l'organisation, à Rio de Janeiro, de plusieurs événements sportifs et culturels d'envergure internationale[1] constitue un enjeu majeur pour la ville. Plus que jamais, ces grands événements conduisent les autorités publiques à œuvrer dans le sens d'une résolution du problème de l'insécurité. Elle a atteint des niveaux surprenants et concourt à menacer la liberté et les droits fondamentaux, principalement dans les quartiers pauvres. Ce phénomène est tout particulièrement observé à Rio de Janeiro, désignée par M. Lopes de Souza de fobópole[2]. Selon lui, la ville est un laboratoire privilégié pour l'étude des phénomènes sociaux que constituent la peur, l'insécurité, la criminalité et la violence, et de leur pendant principal : la sécurité ou la sécurisation.

Ces premiers éléments de réflexion positionnent la présente contribution dans l'étude des phénomènes qui se structurent autour des faits criminels violents et des sentiments de peur et d'insécurité : ceux qui, relevant du domaine des politiques de sécurité, conduisent les instances publiques à engager d'importants moyens permettant d'assurer la sécurité de leurs concitoyens. Les mesures adoptées récemment à Rio de Janeiro rappellent clairement combien la sécurité publique s'avère centrale pour l'équilibre du pays. Á l'échelle locale, malgré la corruption et l'inefficacité reconnue des forces policières de l'État de Rio de Janeiro, le Bataillon des Forces Policières (BOPE), force d'élite très bien entraînée, se consolide au cours de la décennie 2000. Elle est envisagée comme une nouvelle forme de police militairement efficace, prétendument honnête, mais qui reste résolument violente. Au niveau fédéral, ce renouvellement se traduit en 2008 par l'élaboration du Programme Fédéral de Sécurité et Citoyenneté (Pronasci). Mis en avant par le ministre de la Justice Luiz Paulo Barreto dans le cadre de l'ouverture du 12èmeCongrès des Nations Unies sur la prévention du crime et la justice pénale, ce projet constitue selon lui « un nouveau paradigme dans la politique du pays »[3], notamment par le fait, inédit dans le pays, qu'il tente de concilier la mise en œuvre d'objectifs sécuritaires et sociaux. Parmi les mesures prises en matière de sécurité et de prévention de la criminalité, le programme prévoit la création d'une police dite « communautaire ». Ces policiers, récemment sortis de l'Académie de police, donc peu au fait des pratiques de corruption et de violence des policiers en poste, sont employés selon un contrat nouveau qui prévoit l'amélioration de leurs conditions de travail (formation plus adéquate, changement des journées de travail et augmentation des salaires). Le Pronasci prône notamment l'occupation de plusieurs favelas où sont installées, depuis 2008, des « Unités de Police Pacificatrice » (UPP). Cette mesure se différencie des anciens projets de police communautaire à la fois par les moyens financiers engagés par le Gouvernement fédéral et par le nombre de policiers mobilisés dans ces opérations[4]. Les premières implantations font effectivement état de la fin ou, pour le moins, de la diminution drastique du nombre d'armes à feu dans les favelas concernées, ce qui a contribué à réduire considérablement le nombre de crimes mortels, augmentant par la même occasion le sentiment de sécurité chez les habitants de la ville.

Néanmoins, le traitement par la sécurisation de ces espaces semble dépasser la seule logique « pacificatrice »[5], pour révéler nombre d'enjeux d'ordre économique. En effet, la perspective des grands évènements sportifs organisés par la ville conduit à une spéculation immobilière accrue à proximité des lieux d'implantation de ces unités de police[6]. Ceci est d'autant plus accentué que la ville est en voie d'attirer d'importants capitaux immobiliers, à la fois nationaux et internationaux, notamment dans le cadre de la politique de rénovation urbaine engagée dans plusieurs quartiers, parmi lesquels celui de la zone portuaire.

Dans ce contexte, marqué par un changement rapide qu'il apparaît difficile de suivre dans toute son actualité, l'objectif de cet article est d'identifier les logiques spatiales inhérentes aux mesures sécuritaires mises en place dans les favelas cariocas. Il conviendra d'analyser à la fois ces changements dans leurs lieux et les manières dont ils sont vécus par les habitants des favelas eux-mêmes, confrontés à une présence policière permanente, en interrogeant les manières dont sont vécues ces initiatives inédites dans plusieurs favelas.

Notre hypothèse est que le choix sélectif auquel se prêtent les autorités en charge de la sécurité lorsqu'elles choisissent d'intervenir dans telle ou telle favela de la ville ne s'explique pas seulement par les situations d'urgence auxquelles font face certains quartiers eu égard à l'insécurité et la violence. Il relève aussi et peut-être avant tout d'une stratégie volontariste de la part des institutions publiques urbaines visant à rendre la ville attractive aux investisseurs et aux futurs touristes en séjour lors des événements sportifs prochains. En agissant contre la criminalité, elles lèvent, par exemple, l'un des leviers majeurs qui obstrue le jeu du marché foncier et immobilier dans une ville en pleine transformation. Cette logique semble expliquer la rapidité inédite par laquelle est mis en œuvre le programme.

Ce travail, qui débute par un état des lieux des réflexions sur la violence urbaine à Rio de Janeiro, s'appuie, dans la démonstration, sur des articles extraits de la presse nationale et locale, ainsi que sur un matériau empirique obtenu au moyen d'observations directes et du suivi régulier de réunions d'habitants concernés par l'installation d'unités de Police Pacificatrice dans plusieurs favelas de la ville. Sous couvert de réponses aux problèmes de sécurité, cette nouvelle forme de police communautaire tend à dissimuler la réappropriation, par les institutions publiques, de pans stratégiques de la ville.

Violence et pauvreté urbaines à Rio de Janeiro. Les favelas, lieux de sociabilités violentes ?

 

L'association entre marginalité et espaces urbains illégaux a largement été étudiée dans le contexte urbain brésilien, certains auteurs essayant de clarifier les raisons qui contribuent à expliquer la progressive affirmation, au cours des deux siècles passés, d'espaces désignés par le terme générique de favelas (Abreu, 1994 ; Gonçalves, 2010 ; Valladarès, 2008 ; Silva, 2005 ; Zaluar, 2007). Comptant parmi les éléments centraux du paysage social urbain de Rio de Janeiro au cours du 20ème siècle, les favelas constituent une matérialisation parmi d'autres d'un manque drastique de solution de logement suite à un mouvement d'expansion urbaine mal maîtrisé tout au long du siècle passé. En dépit d'une très grande diversité de situations vis-à-vis de leur histoire sociale, de leur statut foncier, et des conditions socio-économiques dans lesquelles vivent leurs habitants, ces espaces demeurent aujourd'hui associés à des représentations sociales très largement négatives. L'activité du narcotrafic ne fait que renforcer des stigmates et une marginalisation déjà anciens à l'égard de ces espaces. Depuis les années 1980, cette activité n'a cessé de s'étendre tant en termes quantitatifs que du point de vue spatial, au point de constituer à la fois une source importante de revenus pour certains, et un milieu dans lequel prévalent des logiques sociales criminelles.

La concentration du trafic de stupéfiants dans les favelas s'explique par des raisons tout à la fois socio-économiques et géographiques. Le plus souvent largement déficitaires en équipements publics fondamentaux en matière de santé, d'éducation et d'emploi, elles concentrent effectivement une partie de la pauvreté urbaine (Telles, 2006). Mais aussi leur configuration spatiale singulière, c'est-à-dire à la fois leur situation dans la ville, sur des points hauts - collines surplombant la ville dite formelle - ou en lointaine périphérie -, et leur morphologie - riche en venelles et dédales de ruelles d'accès difficile -, font des favelas des lieux de repli et de protection ayant contribué à favoriser l'expansion rapide du commerce de stupéfiants, passé en quelques décennies de la vente de drogues douces (psychotropes) au double trafic de drogues dures (cocaïne et, plus récemment, son dérivé le crack) et d'armes. Bref, elles sont devenues les points névralgiques tenus par les narcotrafiquants pour la desserte de toute l'agglomération.

Le démantèlement de l'appareil répressif de l'Etat suite au retour du pays à la démocratie et l'établissement du commerce lucratif de la cocaïne - plus rentable que celui de la marijuana - favorisent, à partir de la fin des années 1970, l'émergence de l'activité de narcotrafic dans les favelas[7]. Les narcotrafiquants imposent peu à peu leur pouvoir dans les favelas non seulement par la force des armes, mais notamment en reproduisant un schéma clientéliste traditionnel. En comblant le vide politique existant à l'égard de ces espaces et en jouant le rôle à la fois d'arbitre, de police et de bienfaiteur, ils remportent initialement le soutien de la population. Tirant parti non seulement d'une forte appartenance à leur quartier, mais également des particularités de la morphologie physique de celles-ci, ces acteurs établissent leur domination suivant une logique d'appropriation territoriale, renforçant la représentation sociale des favelas en tant qu'enclaves urbaines. La bienfaisance, associée à la peur, leur a permis de s'assurer le contrôle des favelas tout en se protégeant de possibles dénonciations (Goirand, 1999 :160).

La violence policière est un autre élément explicatif de l'accélération du trafic de stupéfiants dans la ville à partir de la fin des années 1980. En effet, la présence des pouvoirs publics dans les favelas se résumait alors principalement à l'activité policière, exercée systématiquement non seulement de façon violente et arbitraire (Gonçalves, 2010), mais aussi se faisant souvent complice des activités illégales des narcotrafiquants. Dans ces conditions, la présence de l'Etat était évidemment très critiquée, voire refusée par la population locale.

La structure du trafic de stupéfiants a cependant subi de profonds changements à partir des années 1990 suite à l'émergence de nouvelles organisations criminelles. Comme l'explique De Souza, le crime « organisé » à Rio de Janeiro n'est pas aussi structuré que la presse semble le montrer. Les différents « commandos » qui se partagent les favelas de la ville apparaissent comme des formes de « coopératives criminelles » (De Souza, 1996:428-429) qui entretiennent entre eux et avec les forces policières des relations de conflit et de coopération. Cette situation explique en partie la facilité d'occupation des favelas par la police, notamment lors de l'installation des unités de police pacificatrice.

Les rapports entre les nouvelles générations de narcotrafiquants et les résidents se structurent aujourd'hui plutôt sur la loi de la peur et du silence. Les liens étroits de bienfaisance initialement établis se sont en effet progressivement étiolés. L'accessibilité aux favelas par les institutions publiques est en conséquence très restreinte, et la mobilité inter-favelas extrêmement réduite, ce qui a évidemment rendu difficile toute tentative de formuler des revendications sociales réunissant l'ensemble des favelas de la ville, affaiblissant dans le même temps toute politique visant à améliorer les conditions de vie dans ces espaces[8].

Comme le montre Dowdney, les récents changements dans les activités du trafic de stupéfiants ont de profondes répercussions sociales à l'intérieur des favelas, affectant directement le quotidien des résidents. Outre le fait que les narcotrafiquants ne les respectent plus aussi souvent, la drogue est aujourd'hui vendue et consommée ouvertement. Les narcotrafiquants portent ostensiblement des armes lourdes et sont devenus non seulement de plus en plus violents mais aussi de plus en plus jeunes (Dowdney, C-2004 : 36-40). De même, la compétition entre les différents réseaux de trafiquants et la militarisation excessive de leur activité ont réduit de façon considérable ses marges de bénéfices, conduisant les narcotrafiquants à chercher à obtenir des ressources par d'autres moyens, notamment en imposant des taxes sur certains secteurs commerciaux et fonciers des lieux, ou sur la protection des habitants. La domination territoriale se manifeste aussi par le contrôle des associations de résidents et, plus récemment, par la désignation de candidats locaux à des postes législatifs (Lessing, 2008 : 54).

Dans une grande partie des nombreuses favelas de la ville, les narcotrafiquants ont imposé de telles contraintes aux habitants qu'il leur est souvent de plus en plus difficile d'accéder aux équipements publics locaux. L'expulsion de familles entières, la prise de possession de leur logement, les menaces exercées à l'encontre de fonctionnaires publics ou encore le blocage à l'accès de certains services, ne font ainsi qu'accentuer les inégalités déjà prégnantes entre ces espaces et les autres quartiers de la ville[9].

En exerçant cette forme de pouvoir, les narcotrafiquants sont ainsi en mesure d'occuper une place qui incomberait logiquement à l'Etat, en imposant un ordre, voire une forme de « justice » locale. En effet, les sanctions appliquées par les chefs du trafic de stupéfiants, au moyen de ce qu'ils désignent comme un « tribunal », sont particulièrement violentes. Quoique présentant des éléments semblables dans les différentes favelas, il n'existe pas de code préétabli, ces règles pouvant largement varier selon les décisions du leader local du trafic de stupéfiants.

Bien que la majeure partie des favelas aient subi des changements considérables à partir des années 1990, notamment induites par la diffusion et la consolidation des politiques de réhabilitation et par l'interdiction formelle par la législation de procéder à une politique de destruction systématique de l'habitat illégal et d'expulsion de la population occupante, leurs habitants ne sont cependant pas parvenus à rompre la forte stigmatisation socio spatiale dont ils sont l'objet. Une raison importante réside dans le fait qu'une partie de ces espaces est considérée, à partir des années 1990, comme un ensemble de zones à « haut risque », particulièrement eu égard aux morts violentes liées aux affrontements armés entre forces de police et groupes de narcotrafiquants qui s'y opèrent régulièrement et qui, selon les statistiques, ont tué 5.793 personnes dans l'Etat de Rio de Janeiro en 2009 (Instituto de Segurança Pública - ISP, 2009).

Ce phénomène n'a fait qu'affirmer l'association entre pauvreté et insécurité qui caractérise désormais la majeure partie des favelas de Rio, renforçant par là même une vision dualiste de la ville, c'est-à-dire opposant d'un côté la ville formelle et d'un autre les favelas, lieux privilégiés des oppositions violentes autour de la guerre du narcotrafic, ainsi devenues des « enclaves territoriales illégales » (De Souza, 2008 : 51). L'élévation dramatique du niveau de violence lié à l'expansion du trafic de stupéfiants n'est pas de nature à enrayer ces difficultés, et à stimuler, lorsqu'ils sont possibles, des investissements trop visibles de la part des habitants.

L'expression « zones à risque » (De Souza, op.cit.) est aujourd'hui communément admise pour désigner les favelas de la ville. Elle illustre la forte concentration de violence létale dans les zones d'habitat précaire, et notamment le fait que « ce sont les habitants des zones pauvres, ayant des services urbains précaires qui sont les plus exposés à une mort violente et, vice-versa, ce sont les classes sociales les plus privilégiées et qui vivent dans les meilleurs lieux de la ville qui sont les plus protégées de ce type de violence » (Cano, 1997 : 38, cité par De Souza, Ibid.). De fait, la violence semble introduire une inégalité sociale et territoriale supplémentaire dans une ville qui en possède déjà de nombreuses (Cano, 1997 :39).

Analysant la question de la violence au Brésil, A. Peralva note par ailleurs que les Brésiliens tendent à coproduire « la violence dont ils sont victimes par une multitude de conduites adaptatives qui ont de tout temps constitué une logique générale d'ajustement de la vie sociale dans le pays » (Peralva, 2001 : 148). Le traditionnel jeitinho (débrouillardise) brésilien a créé des mécanismes de tolérance à la violence qui ont entraîné, à leur tour, selon l'auteur, « une privatisation de la sécurité au-delà de toutes les limites tolérables, ce qui affaiblit la capacité des Brésiliens à définir les frontières du crime » (Peralva, Ibid.). Or, la faiblesse des rapports à la loi, la précarité, la corruption de l'appareil répressif et l'adaptation progressive des habitants à cette insécurité ont contribué à élever le niveau de risques collectivement acceptés à des seuils auparavant inconnus, ce qui a à son tour alimenté davantage la spirale de la violence (Peralva, op. cit.: 148) et, paradoxalement, son pendant : l'industrie de la sécurité.

Ainsi, ces violences et leurs tenants génèrent leurs propres règles et régulations qui viennent se substituer ou se superposer à des règles constitutionnelles que les institutions publiques ont du mal à imposer.

 

 

Politique de Sécurité Publique et Unités de Police Pacificatrice (UPP) à Rio de Janeiro. Une vieille nouveauté ?

 

La mise en œuvre d'une politique en matière de sécurité publique revêt, dans le contexte du Brésil post-dictature, un enjeu fondamental. Cette réflexion s'est engagée dès les premières années du retour du pays à la démocratie en 1985, au cours desquelles l'administration du gouverneur de l'État de Rio de Janeiro Leonel Brizola a cherché, sans succès, à modifier les pratiques policières violentes dans les quartiers populaires, principalement dans les favelas. Les autorités publiques nouvellement instituées prenaient conscience de l'urgence - notamment signalée par la vigueur des revendications sociales et face à la l'escalade de la violence dans le pays - d'œuvrer en faveur d'un système politique mettant en avant les droits des citoyens les plus vulnérables. L'ordre public tendait en effet peu à peu à être défini dans le cadre d'une « action étatique médiatrice de conflits et d'intérêts diffus » (Bencheoga, Guimarães, Gomes et Abreu, 2004 : 120). Il ne devait plus défendre le seul intérêt du pouvoir en place pour prendre en compte la diversité des exigences sociales, notamment en matière de sécurité. L'enjeu était donc de taille pour les instances du gouvernement démocratique, soucieuses d'assurer le passage d'un système policier de contrôle à une police voulue « citoyenne ». En d'autres termes, pour réduire les violences et le crime alors en pleine expansion, il apparaissait incontournable de compter sur la collaboration de la société.

Les premières mesures en faveur de l'établissement d'une police communautaire tournée vers la prévention sont ainsi véritablement mises en œuvre dès la fin des années 1980. Cette initiative s'inspirait des éléments constitutifs de la citoyenneté tels que les définissaient la Constitution de 1988, qui insistait sur « la protection des droits et libertés individuelles face aux menaces que représentent le pouvoir des institutions d'Etat (l'abus de contrôle et de violence par la police) et la protection de la vie et de la propriété des citoyens menacés par la prédation criminelle (le contrôle social) » (Paixão, 1993). Dans l'influence des mesures prises par de nombreux pays, notamment par les Etats-Unis, où elles constituent « pratiquement la seule alternative disponible pour les administrateurs qui prétendent améliorer la relation avec le public », (Moore, 1994, cité par Kahn et ali., 2000 : 2), plusieurs Etats brésiliens s'engageaient progressivement dans la voie de la pacification et de la proximité. Les premiers groupes de policiers communautaires sont ainsi établis dans les villes de Guaçui et d'Alegre dans l'Etat d'Espirito Santo en 1988, puis dans le quartier de Copacabana à Rio de Janeiro en 1994-95 (Beato, 2004 :5). Cette conception de la sécurité s'est trouvée peu à peu renforcée à l'échelle de Rio de Janeiro, la police étant de plus en plus incitée à intervenir dans une certaine proximité avec les résidents au travers d'activités tournées vers la prévention au moyen de la mise en place d'actions d'accompagnement (loisir, éducation extrascolaire, sensibilisation à l'environnement, aide à l'insertion professionnelle), (Barkan, 1997). Ces orientations constituaient un véritable changement de pratique de l'exercice policier conduisant à substituer les patrouilles de voitures par des patrouilles à pied, ceci étant censé favoriser les relations entre policiers et habitants. Ces initiatives devaient également, selon leurs concepteurs, conduire les habitants à être moins réticents à contribuer à l'effort public de sécurité, communiquant des informations sur les crimes observés et participant à des projets communautaires. Bien que reconnues par les pouvoirs publics et la société civile comme des avancées certaines dans un système policier marqué par son inefficacité, son manque de ressources et les comportements violents de nombre de ses agents, leur mise en place ne parvenait pas à enrayer la criminalité et, à l'intérieur des services de police, la corruption et les comportements déviants.

A Rio, les expériences de police communautaire dans les favelas se sont avérées largement inefficaces. Les unités policières disposaient de très peu de moyens humains et ne pouvaient s'attaquer directement à l'activité des narcotrafiquants. La perspective d'un tel emploi semblait plutôt une punition pour les policiers, contraints de mettre leur vie en danger sans disposer de moyens de défenses suffisants. En outre, les investissements, si importants eussent-ils été à toutes les échelles territoriales, demeurent jusqu'ici largement insuffisants pour résoudre le délicat problème de la criminalité dans une société aussi inégalitaire et confrontée à la violence que celle du Brésil.

Que ce soit à l'échelle de l'Etat ou de la ville, la politique d'affrontement et la conquête militaire de l'espace public, piliers centraux de la politique de sécurité publique pendant la dictature, n'avaient cependant pas totalement été remises en question. Outre l'expérience du gouvernement Brizola et en dépit de plusieurs drames jugés en Cour de Justice[10] qui avaient incité les autorités publiques à repenser la question de la sécurité, les gouvernements successifs de l'Etat de Rio de Janeiro ont souvent eu recours, pour tenter d'éliminer les problèmes récurrents de criminalité, à une politique centrée sur des opérations militaires violentes et arbitraires dans des quartiers populaires. L'élection du maire Eduardo Paes en 2008 à Rio prolonge la politique de « tolérance zéro » mise en place par son prédécesseur Cesar Maia, particulièrement lors de son deuxième mandat (2001-2008). En nommant sa politique choque de ordem (choc d'ordre), l'objectif affiché de la municipalité est de combattre toutes les incivilités et les illégalités en luttant contre les occupations de terrains, le commerce ambulant et le stationnement illégal. Vitrine de l'administration municipale, cette politique a relativement bien été acceptée par les couches moyennes et aisées de la ville qui ont vu dans la réaffirmation du contrôle public de l'espace urbain une possibilité d'améliorer leur qualité de vie. Dans ce contexte, le discours de relogement partiel ou total (après procédure d'expulsion) des favelados, peu à peu abandonné au cours de la décennie 2000, tend à être réactualisé, et le système de police - communautaire - de proximité, globalement peu soutenu par les organes en charge de la sécurité publique.

Si les municipalités sont constitutionnellement chargées de la gestion des politiques locales, c'est le niveau des Etats fédérés qui est compétent en matière de politique de sécurité publique. Depuis la fin de la dictature, les gouverneurs qui se sont succédés à la tête de l'Etat de Rio de Janeiro ont dû faire face au problème de la violence urbaine, devenu incontestablement l'un des problèmes majeurs de la ville. Le succès de ces opérations, très mitigé, n'a affaibli que de manière très superficielle le pouvoir des groupes criminels organisés, faisant peser de lourdes pertes aux habitants des favelas, victimes le plus souvent innocentes de ces affrontements. Ceci a dans le même temps contribué à diffuser un sentiment d'insécurité partagé dans l'ensemble de la ville, renforçant les représentations négatives de la ville dans les médias nationaux et internationaux. Non seulement le phénomène de violence criminelle restait sans réponse, mais la corruption semblait toucher fréquemment les personnes en charge des opérations visant à sécuriser l'espace urbain. Bref, la ville entrait dans une voie apparemment sans issue.

Bien que les démarches de la mairie et de l'État de Rio de Janeiro en matière d'intervention policière soient relativement éloignées des politiques du gouvernement Lula, le parti du maire et du gouverneur actuels (PMDB)[11] est allié au Parti des Travailleurs à l'échelle nationale. Cette conjonction politique, inédite à Rio de Janeiro depuis plusieurs décennies, a permis d'établir un climat de confiance entre les différents niveaux du gouvernement, facilitant le transfert d'importantes ressources à la ville. L'organisation des Jeux Mondiaux Militaires en 2011, du Sommet de la Terre en 2012, de la Coupe des Confédérations en 2013, de la Coupe du monde de football en 2014, et enfin des Jeux Olympiques en 2016, constituent une possibilité de renforcer l'attractivité des investisseurs et du tourisme dans la ville. Cette succession de projets au service d'ambitions économico-politiques conduit le Gouvernement fédéral à adopter une nouvelle position à l'égard des problèmes de violence, au cœur desquels figure la question de la sécurité publique. Cette position a notamment engagé une série d'interventions armées dans les favelas, devant précéder une phase de pacification au moyen de la consolidation d'une police communautaire insérée dans les quartiers populaires.

Entre les initiatives pionnières des dernières décennies et les opérations actuelles, il s'agit de noter les différences d'investissement financier et de médiatisation. Si ces deux éléments ne permettent pas d'observer une rupture dans les conceptions des institutions publiques en matière de sécurité, ils permettent néanmoins d'envisager de nouvelles manières d'aborder la question de la criminalité et de la violence à partir d'une approche avant tout sociale.

Sous le gouvernement Lula, l'administration fédérale s'est ainsi engagée dans un vaste projet fondé sur les principes de la police communautaire. Initié par le Ministère de la Justice en 2007, le Programme National de Sécurité Publique et de Citoyenneté (Pronasci) se présente comme une initiative inédite en matière de lutte contre la criminalité au Brésil. Il envisage d'articuler politique de sécurité et action sociale, privilégie la prévention en mettant l'emphase sur l'identification des causes qui conduisent à la violence sans cependant se détacher d'une stratégie d'organisation sociale et de sécurité publique (Ministério da Justiça, 2010). Ce programme est appliqué par le pouvoir fédéral. Il doit compter avec la participation active des organismes fédéraux, en collaboration avec les Etats fédérés et les municipalités, et avec celle des familles et de l'ensemble de la communauté au moyen de projets et d'interventions techniques et financières. La mobilisation sociale est invoquée comme un élément central permettant d'améliorer la sécurité publique. Parmi les principaux axes du programme figure la valorisation des professionnels de la sécurité publique (augmentation de salaire et formation en droits de l'homme), la restructuration du système pénitentiaire, le combat contre la corruption policière et l'engagement des habitants dans la prévention de la violence[12]. Il cible tout particulièrement les jeunes de 15 à 24 ans, tranche d'âge potentiellement la plus touchée par l'activité de trafic et dont une partie a déjà soit été poursuivie en justice, emprisonnée ou non, soit occupe des fonctions importantes dans le crime organisé.

En première instance, la proposition mise en œuvre engage 11 régions métropolitaines du pays[13] recensées par les données du Ministère de la Justice et de la Santé comme étant les plus violentes du pays, dont celle de Rio de Janeiro. Elles serviront d'exemples pilotes pour la mise en place du programme ailleurs dans le pays, pas seulement dans des espaces urbains. A terme, près de 90 actions devraient être mises en place[14]. Le Pronasci est coordonné par un secrétariat exécutif de niveau fédéral, relayé à l'échelle des différents Etats par une équipe assurant l'exécution du programme en collaboration avec les Cabinets Municipaux de Gestion Intégrée (Gabinete de Gestão Integrada Municipal - GGIM). Ces derniers sont en charge « d'assurer l'articulation entre les représentants de la société civile et des différentes forces de sécurité - police civile et militaire, corps de pompiers, garde municipale, secrétariat de sécurité publique) (Ministério da Justiça, Pronasci, 2010)[15]. Le Pronasci exige aussi des partenaires une plus forte participation de la population dans la gestion et le contrôle des objectifs affichés localement par le projet, au moyen de la création des Forums Populaire de Sécurité Publique. A ce jour, le programme a été élargi et mis en œuvre dans 150 villes, représentant 22 Etats du pays. Malgré son discours préventif et communautaire, l'article 6º, V, de la loi fédérale nº11.530 du 24 octobre 2007 exige des partenaires locaux l'engagement « des forces policières pour pacifier les territoires ».

Dans le contexte des grands événements sportifs à venir et sous l'effet de la politique locale de « tolérance zéro », l'implantation d'Unités de Police Pacificatrices (UPP) dans les favelas de la ville constitue le projet prioritaire du Pronasci à Rio de Janeiro. Outre de se référer à des modèles de police communautaire déjà éprouvés n'ayant pas produit les effets escomptés, cette orientation souhaite aujourd'hui insister sur la force de partenariats jusqu'ici peu établis dans le domaine de la sécurité au Brésil, entre institutions publiques et organisations issues de la société civile.

 

La pacification des espaces illégaux

 

La sécurité au service de la spéculation foncière et du marketing urbain

Outre d'être partiellement financé par les fonds fédéraux sous l'égide du Pronasci, le projet d'installation des premières UPP semble expliquer son envergure inédite par les conjonctures locales de la politique de sécurité publique et par les aspirations de la ville à tirer avantage de l'accueil de plusieurs événements sportifs. Les trois premières unités ont été installées entre la fin de l'année 2008 et le début 2009, en réponse à des conflits armés avec les narcotrafiquants, sans véritable critère spatial apparent, mais dans une situation rendue d'autant plus urgente que la perspective de l'organisation des Jeux Olympiques se faisait plus nette.

L'urgence face à laquelle se trouve la ville depuis lors explique certainement le fait que les premières opérations de police communautaire dans les favelas ne se substituent en aucun cas aux modes d'intervention plus classiques - aussi plus violents - mais leur succèdent. En effet, la favela Santa Marta, située au cœur du quartier de Botafogo dans la Zone Sud (Doc.1), qui compte parmi les lieux les plus favorisés de la ville, a été le centre d'une vigoureuse invasion policière fortement médiatisée, suivie de la décision de mettre en place des caméras dans les rues.

 

Doc.1. [Au premier plan, la favela Dona Marta, au bas de laquelle s'étend le quartier de Botafogo (Photographie : N. Bautès, sept.2007)]

 

 

Cette situation a notamment suscité une forte mobilisation des habitants contre cette décision (Doc.2). Etant donné sa centralité et le caractère pionnier des initiatives de sécurisation, cette favela est devenue le laboratoire et la vitrine de la politique de sécurité publique de la police militaire de Rio de Janeiro, traduite par l'installation permanente, à partir de décembre 2008, de forces de police pacificatrice.

 

Doc. 2. [Affiche élaborée par l'association des habitants du quartier de Santa Marta critiquant la mise en place d'un système de vidéosurveillance des rues de la favela (Source : Agência de Nóticias das Favelas)[16] ]

 

 

Dans un tout autre contexte spatial, en périphérie ouest de la ville, le quartier Cidade de Deus (Cité de Dieu), composé de plusieurs favelas et d'importantes zones d'habitat collectif, a été le deuxième lieu d'installation d'une UPP (2009). C'est avant tout la proximité directe de la Cité Olympique en cours de construction et la forte résonnance médiatique des lieux qui expliquent qu'elle occupe une place prioritaire dans ce dispositif de pacification : Cidade de Deus a, en effet, été rendu internationalement célèbre par la violence criminelle qu'elle abrite, très largement médiatisée depuis le tournage du film éponyme de Fernando Meirelles sorti en 2002. Sa taille a néanmoins rendu le processus d'expulsion des narcotrafiquants armés plus long - et plus violent que pour Santa Marta.

Enfin, la favela Batan, située elle-aussi dans la zone ouest de la ville, n'a été occupée qu'après l'incarcération - là encore largement relayée par les médias - d'un ancien policier surnommé « Batman » qui contrôlait les milices de cette région. L'installation d'UPP constituait dans ce cas une réponse à l'opinion publique, montrant que la police combattait aussi bien les narcotrafiquants que les miliciens, ceux-ci étant en grande partie issus des forces policières.

Les premières implantations montrent effectivement la fin ou du moins la diminution drastique du nombre d'armes à feu dans les favelas, ce qui a contribué à réduire considérablement le nombre de crimes mortels[17], augmentant par la même occasion, selon les institutions publiques, le sentiment de sécurité chez les favelados et chez les habitants des quartiers environnant. Ce discours est largement diffusé comme principal résultat du programme Pronasci, souligné par l'ancien président du pays, Fernando Enrique Cardoso : « L'usage de la drogue continue, mais la violence, le crime organisé, la peur, la terreur, tout cela, c'est fini. »[18]

Le climat d'apaisement succédant à l'installation des premières UPP s'est soldé par une valorisation du sol, aussi bien dans les favelas que dans les quartiers environnant. L'augmentation du tarif des logements situés par exemple dans le quartier Botafogo où se situe la colline de Santa Marta s'élevaient, deux ans après l'installation de l'UPP, à 148,89%[19].

Le succès médiatique des UPP et, sans nul doute, la relative explosion immobilière qu'elles ont entraînée, ont contribué à la décision d'étendre le dispositif dans d'autres favelas de la Zone Sud de la ville en 2009 (Babilônia/Chapeu Mangueira, Pavão-Pavãozinho/Cantagalo, Tabajaras/Cabritos) (Doc.3). Cherchant à assurer la sécurité autour des zones susceptibles de recevoir des investissements immobiliers, le gouvernement a installé une UPP au mois de mars 2010 dans la favela Providência, dominant la zone portuaire. L'occupation de cette favela est devenue une condition impérative pour le succès du gigantesque projet Porto Maravilha[20].

 

Doc .3. [Localisation des UPP et des principaux équipements olympiques (JO 2016) à Rio de Janeiro (Source : Policia Militar do Rio de Janeiro ; Instituto Pereira Passos ; Rio 2016 (Réalisation : N.Bautès/F.Guillot)]

 

 

Cette pacification a récemment concerné la zone Nord (Zona Norte) avec l'installation des premières UPP sur la ceinture de favelas situées autour du Stade Maracanã, siège de la future coupe du Monde de football et de l'ouverture des Jeux Olympiques. Le projet se positionne ainsi, depuis avril 2010, dans les favelas situées dans le quartier de Tijuca (proche du Maracanã dans la zone Nord) et dans des quartiers proches du centre (Santa Teresa)[21]. Il a ainsi atteint les favelas Andaraí, Borel, Formiga, Casa Branca, Cruz, Salgueiro, Turano, Macacos, São João, São Carlos, Prazeres, Foqueteiro et dans la favela Mangueira, cette dernière figurant parmi l'une des plus concernées par l'activité du trafic de cocaïne.

 

 

Quelle sécurité, pour qui ?

 

La sensation de « monter une favela » occupée par une unité de police pacificatrice est, pour un non résident, à première vue surprenant[22]. L'absence aussi bien des narcotrafiquants armés que de tout signe de vente de stupéfiants, sont des éléments rapidement repérables. Le sentiment de sécurité de la population, conséquent au grand nombre de policiers circulant dans les ruelles, bien que peu exprimé, semble avéré par les déplacements et l'usage des espaces communs qui sont généralement peu utilisés. Une habitante activiste d'une importantefavela de la Zone Nord nous a confié que malgré quelques critiques envers le projet, elle voyait de nouveau une certaine joie sur les visages des habitants, jusqu'alors effrayés par les conflits armés entre narcotrafiquants et policiers. Nous avons pu observer dans cette même favela que les personnes fréquentaient davantage les rues, circulant même entre des lieux auparavant occupés par des groupes de narcotrafiquants rivaux. D'ailleurs, le gouvernement de l'Etat stimule désormais les visites touristiques dans les favelas « pacifiées », formant pour cela des guides locaux et libérant des crédits pour des rénovations de logements et l'implantation d'établissements commerciaux. Le transport alternatif (par mototaxis et véhicules collectifs), jusque là illégal, est dorénavant officiellement recensé.

Ce sentiment de sécurité semble partagé par les habitants des quartiers environnants qui voient le narcotrafic comme le grand responsable de la violence urbaine. Il est facilement perceptible dans le quartir de Tijuca, qui a vu l´augmentation du nombre de clients fréquentant les bars et restaurants. On observe également une valorisation exponentielle du prix de l'immobilier dans et en dehors des favelas. Selon le directeur exécutif du Syndicat des Industries de la Construction Civile de Rio de Janeiro, la présence des UPP ouvre de nouveaux espaces pour le marché immobilier, notamment dans des quartiers centraux jusque là peu valorisés. Par ailleurs, la montée des prix de l'immobilier à l'échelle de la ville est devenue l'un des principaux indices du succès du projet. De même, la chute des vols de voitures dans ces quartiers a récemment conduit les compagnies d'assurance à s'engager à réduire de 20% le prix des assurances de voitures[23]. L'intérêt pour l'expansion des unités pacificatrices a stimulé plusieurs grands entrepreneurs à constituer un fond de plus de 20 millions de Reais[24] par an pour parrainer l'achat d'équipements et la construction des sièges d'UPP dans les favelas[25]. Le projet semble ainsi se consolider à Rio de Janeiro au point de constituer une forme de consensus parmi les différents candidats au gouvernement de l'Etat de Rio lors des campagnes électorales d'octobre 2010. Selon le Secrétaire de Sécurité Publique de l´Etat, l'objectif affiché du projet est d'installer 33 UPP, atteignant ainsi 165 des quelques 1000 favelas de la ville à l'horizon 2014.[26]

Il est aussi possible d'observer une plus forte présence de concessionnaires de services publics qui évitaient auparavant les favelas en raison de la présence des narcotrafiquants. On observe ainsi une articulation entre les instances des différents niveaux du pouvoir étatique (du local au fédéral), des ONG, des compagnies privées et, bien que moins clairement, des habitants et des associations de résidents. Cette conjonction d'acteurs attribue aux UPP un rôle dans l'affirmation de l'action publique dans les favelas. La consolidation des UPP a conduit le Secrétariat d'Assistance Sociale, avec le soutien de la Fédération des Industries de l'Etat de Rio de Janeiro, à mettre en œuvre un programme d'action sociale dénommé UPP Social qui est actuellement sous la gestion de l´Institut d'urbanisme municipal Pereira Passos (IPP). L'initiative est présentée comme responsable car permettant d'identifier les demandes sociales locales et s'engage dans la mise en œuvre de projets sociaux, culturels, environnementaux et de développement économique.

En dépit d'importants investissements dans ces favelas, il apparaît à ce jour difficile d'envisager cette opération à l'aune d'un véritable changement de perspective en matière de politique sociale publique. En effet, la nature institutionnelle de ces interventions reste pour l'instant précaire et politiquement instable, dépendante des financements privés et soumise notamment à de possibles changements dans le gouvernement, envisageables depuis les élections sénatoriales et présidentielles d'octobre 2010.

Les premiers résultats de ce dispositif sécuritaire, qui semblent pour partie prometteurs, entraînent néanmoins des critiques et révèlent un certain nombre de biais. En effet, notre présence lors d'une série de réunions entre des représentants de la police, des habitants et des leaders locaux, nous a permis d'observer un changement majeur dans l'organisation de la vie sociale de ces quartiers. La police tend en effet à devenir le nouveau et seul médiateur entre l'Etat et les habitants, et la figure de commandant local de l'UPP la principale autorité du quartier. Cet état de fait tend à recomposer les jeux de pouvoirs, répartis jusqu'ici entre un ou plusieurs représentants d'associations de résidents, les tenants du narcotrafic et, le cas échéant, des travailleurs sociaux. Ceux-ci se trouvent désormais face à de nouvelles situations, certains étant rétrogradés à des rangs subalternes. Les rapports entre la police et les habitants sont historiquement très conflictuels. Cette nouvelle force policière doit ainsi engager un changement de posture des agents à l'égard des habitants, évitant de reproduire la violence et la méfiance qui était jusqu'ici observée, faute de remettre en cause le succès des UPP.

A une gestion de la favela par la peur, largement impulsée par les commandos ou les milices, tend ainsi peu à peu à s'imposer une gestion policière des favelas concernées par l'intervention pacificatrice. Au nom des habitants, après l'intervention pacificatrice, la police sollicite l'Etat pour implanter des services publics, tente de résoudre les conflits familiaux ou de voisinage, interdit ou concède des permissions pour des manifestations culturelles, organise la collecte des déchets ménagers et, enfin, joue un rôle dans la surveillance du quartier. Son action dépasse ainsi largement ses compétences. Si ceci ne constitue pas en soi un problème dans d'autres contextes où la police de proximité peut constituer un chaînon manquant des sociabilités et des services à la personne dans des quartiers en difficulté, il s'agit d'envisager les possibles travers que constitue, dans le cas brésilien, le renforcement du monopole de la police dans de tels contextes spatiaux. En effet, comme le souligne Kant de Lima (2000 :175), le danger est que « la police continue à opérer comme une agence autonome au service d'un Etat imaginaire, chargé de maintenir un ordre injuste dans une société d'inégalités ».

Bien que le projet prévoie des réunions d'information auprès de la population, la participation des habitants semble largement forcée. En premier lieu, les objectifs principaux du projet n'ont ni été établis en concertation avec les habitants ni même présentés publiquement. En dépit de ce fait, des réunions locales ont conduit à des changements dans les modes opératoires de la police, qui témoignent de la volonté des acteurs en charge du projet d'influer sur sa mise en œuvre, et des difficultés qu'ils rencontrent pour faire entendre leur voix. Il convient donc de ne pas surévaluer l'efficacité de cette forme de délibération - voulue participative -, notamment, comme le précise S. Fainstein, parce qu'elle s'inscrit dans une « approche procédurale (...) certes démocratique mais (qui) échoue à prendre en compte la réalité structurelle de l'inégalité et des hiérarchies de pouvoir » (Fainstein, 2009). Les relations entre les habitants et la police sont en effet toujours problématiques, les cas d'interventions violentes et arbitraires des policiers demeurant fréquents, comme nous avons pu le constater lors d'une réunion entre les habitants et le commandant de l'UPP dans une favela de la zone Nord, plusieurs cas de bavures policières étant rapportés au commandant local. Certaines réactions émanant des habitants, situées hors des cadres attendus de la participation, ont néanmoins été écoutées par les institutions publiques, comme les critiques envers les interventions policières violentes, surtout auprès des habitants les plus jeunes et noirs, ou encore la question de l'organisation de spectacles ou de baile funks (bals Funk), événements systématiquement associés aux narcotrafiquants et généralement interdits dans les favelas occupées par la police.

Si la menace de la violence liée à l'activité de trafic semble temporairement éloignée, elle n'en est pourtant pas écartée. En effet, outre qu'elles reposent sur une longue histoire conflictuelle, les relations entre favelados et policiers demeurent largement contraintes, d'une part en raison des menaces exercées par les membres - désormais invisibles - du trafic, pesant sur des habitants qui ont peur d'être considérés comme des collaborateurs de la police, et d'autre part en raison des positions arbitraires exercées par certains policiers.

Il semble par ailleurs évident que les intérêts sous-jacents à ce dispositif de sécurité communautaire ne sont nécessairement pas les mêmes que ceux des habitants des favelas, conduisant à constituer une potentielle menace d'ordre économique pour les habitants. En effet, la spéculation immobilière qu'il induit entraîne des situations difficiles pour certains habitants privés de logement ou d'accès à certains services urbains (eau, électricité, ramassage d'ordures ménagères,...)[27]. L'une de leurs grandes préoccupations, exprimées lors des réunions de présentation des UPP dans les favelas, fut la question du paiement des équipements publics. Malgré leur qualité douteuse, il est connu qu'une grande partie des habitants ne les payait pas. L'expulsion des narcotrafiquants et l'arrivée de dizaines de milliers de clients nouveaux ont incité les concessionnaires de services publics à y installer définitivement leurs services et équipements[28].

Pression et spéculation immobilières dépassent largement les favelas pour concerner une partie des habitants des quartiers alentour, qui voient le prix des logements augmenter sans pour autant que leurs revenus n'aient été réévalués. A terme, il est possible d'envisager que cette dynamique puisse tendre à modifier la géographie des inégalités à l'échelle de la ville, aspect qu'il conviendrait d'analyser de manière précise lorsque les importants travaux de rénovation et de renouvellement urbains seront achevés. Le danger est de pacifier certaines zones de la ville en modifiant leurs caractéristiques socioéconomiques, ce qui conduirait à repousser la violence et les pauvres ailleurs, vers la périphérie, loin des zones plus aisées de la ville, hors de la vue des touristes et des futurs participants aux événements sportifs à venir.

 

Conclusion et perspectives

 

Après trois ans d'initiatives tournées vers la sécurisation d'un nombre toujours plus important de favelas, il s'avère délicat de dresser un bilan de l'intervention des unités de police pacificatrice à Rio de Janeiro. Il convient d'éviter de porter un jugement définitif sur ce type d'intervention. En effet, trop souvent, se positionner contre l'intervention policière conduit à défendre les trafiquants de drogue, comme le précise Marcelo Lopes de Souza qui dénonce l'attitude de nombreuses personnalités académiques et politiques qui, accusant les pratiques policières, adoptent un point de vue ambigu vis-à-vis des pouvoirs criminels. Par ailleurs, évoquer l'émergence et la vigueur nouvelle des modes de police pacificatrice ne doit pas faire oublier que ce modèle est mis en œuvre sans véritablement remettre en cause les pratiques anciennes de la police, particulièrement celles des forces d'interventions spéciales au premier rang desquelles figure le BOPE.

Il convient donc d'adopter une vision critique vis-à-vis de ces formes nouvelles de gestion de la sécurité publique qui, rassemblant tous les espoirs et faisant l'objet d'un soutien entier des institutions gouvernementales et des compagnies privées, n'en demeurent pas moins fragilisées par une omniprésence policière qui renvoie à une gestion exclusivement sécuritaire de ces quartiers et de la vie de leurs habitants. Les débats restent vifs sur ces questions au sein de la sphère publique et politique. Ils mobilisent très largement, depuis les habitants desfavelas occupées jusqu'à ceux qui, vivant dans des lieux où opèrent les pouvoirs criminels des trafiquants ou des milices privées, demeurent en marge de la pacification en cours dans la ville. Ces mobilisations se traduisent par l'ouverture d'espaces de revendication, sous la forme de débats qui, tout en restant confinés à des réunions d'initiés, tendent néanmoins à laisser entrevoir une reprise de mouvements sociaux qui ont connu un fort ralentissement dans les deux dernières décennies. Si cette résurgence est à ce jour limitée, elle n'en constitue pas moins une évolution envers laquelle il convient d'être attentif.

L'intervention pacificatrice, en dépit d'être largement encadrée, dissimule pourtant des pratiques récurrentes à Rio de Janeiro à l'égard des habitants des favelas : on observe en effet un retour camouflé aux expulsions de certains quartiers d'occupation illégale pauvre, principalement ceux situés aux abords des installations prévues dans le cadre des événements sportifs internationaux à venir. Dans ce contexte, il s'agirait de discuter de la véritable définition de ce type d'action policière, voulue participative, la réalité faisant état d'une représentation habitante limitée et largement contrainte.

La spéculation immobilière, vigoureuse autour des lieux « sécurisés », semble esquisser un phénomène de rent gap (Smith, 1979), signe qui pourrait, à terme, conduire à un processus de gentrification, à la fois lié à la pacification et consécutif aux opérations conduites par les services municipaux d'urbanisme enclins à renouveler l'offre résidentielle. L'arrivée de couches supérieures ou moyennes supérieures dans ces espaces est ainsi un processus à la fois effectif et envisagé comme un élément de redynamisation urbaine dont les effets ne peuvent, à ce jour, être précisément analysés.

En outre, la politique sécuritaire ne peut se résumer à ces interventions. Une telle pacification, souhaitée par les instigateurs du Pronasci, pourrait, comme le souligne Machado da Silva (2010), concerner l'ensemble des favelas de la ville. Néanmoins, elle n'a aucun caractère universel et ne peut en aucun cas faire l'objet d'une normalisation, comme de nombreux représentants gouvernementaux semblent le souhaiter au travers de la diffusion de cette méthode policière dans de nombreux congrès internationaux sur la sécurité[29].

Au final, les travers de cette politique et des interventions qui les caractérisent sont nombreux, depuis le niveau local où l'efficacité du procédé dépend des policiers à l'œuvre, jusqu'aux niveaux métropolitain et fédéral où, en dépit d'intérêts économiques et électoralistes, ce type d'intervention n'est pas sans révéler un accès inégal aux services publics. Les favelas sécurisées au moyen des unités pacificatrices sont en passe d'être fournies en équipements et services publics, les autres demeurant dans l'attente de toute attention et intervention publiques. Le danger qui se pose est que le traitement inégal de la question de la sécurité à Rio de Janeiro relève plutôt de stratégies opportunistes nourrissant le marketing urbain et insistant sur des modalités injustes d'envisager la question de la violence et, avec elle, celle de la pauvreté urbaine.

Si la perspective d'une sécurité plus juste qui, à Rio de Janeiro, s'avère incontournable à penser pour envisager une « ville (plus) juste » (Fainstein, 2009), ne passe pas seulement par la participation des habitants des favelas à la définition de critères permettant de réorienter, au besoin, les projets de police communautaire, elle ne peut en aucun cas se soustraire à prendre acte des positions de la population concernée par l'omniprésence policière. A une période de sous-représentation ou d'inefficacité des institutions publiques dans les favelas tend à succéder une période de contrôle sécuritaire permanent. Cette présence, fût-elle pacifique, ne constituerait-elle pas un obstacle en termes d'égalité entre les citoyens urbains susceptible d'assigner aux habitants des favelas concernées le rôle de « sous citoyens » (Kowarik, 2000) ou de les restreindre à une « citoyenneté concédée » (Sales, 2000) ?

Si la police pacificatrice s'avère être certainement une nouveauté concernant la police de sécurité à Rio de Janeiro, ces questionnements soulignent bien la nécessité de prolonger le débat démocratique au Brésil, à la lumière des nouveaux enjeux de justice spatiale que pose l'omniprésence policière.

 


[1] La ville accueillera successivement les Jeux Militaires en 2011, le Sommet de la Terre en 2012, la Coupe des Confédérations en 2013, la Coupe du monde de football en 2014, et enfin les Jeux Olympiques en 2016.

[2] Le terme fobópole est, selon Lopes de Souza, le résultat de la combinaison entre le terme grec phobos, « peur », et polis, « ville » (De Souza, 2008 : 9).

[3] crimecongress2010.com.br

[4] Le programme s'engage à former près de 3500 policiers dans l'année 2010, la police communautaire devant représenter dans un avenir proche près d'un tiers des forces locales de police.

[5] Le terme "pacification" est un euphémisme souvent employé dans les discours politiques et médiatiques pour désigner l'occupation policière visant à rétablir la paix, succédant le plus souvent, dans le cas du Brésil, à une intervention armée. Pour des détails sur son usage dans la nouvelle langue française

[6] Selon le journal O Globo du 11 août 2010, l'expansion des UPP dans la Grande Tijuca a fait grimper le prix de l'immobilier de l'ordre de 80% en quelques mois.

[7] La formation de l'organisation criminelle Comando Vermelho (Commando rouge) marque une phase majeure dans le trafic de stupéfiants à Rio de Janeiro. Selon De Souza, cette activité est une réalité multiscalaire qui se manifeste aussi bien sous la forme d'un réseau international que d'une simple organisation criminelle à l'intérieur d'une favela (De Souza, 1996 :1067). Les points de vente de la drogue dans les favelas ne représentent que l'aspect le plus visible de cette structure.

[8] La loi du silence est plus pernicieuse que l'on l'imagine. Elle bloque le contact des favelados avec l'extérieur, et provoque une forme d'incommunicabilité à l'intérieur même des favelas, liée à la peur et à la méfiance mutuelle (Silva, 2004).

[9] Bien que ces situations ne concernent pas de manière systématique toutes les favelas de la ville (plus de 1000 dans la seule municipalité de Rio de Janeiro, correspondant à près d'1,2 millions d'habitants), il convient néanmoins d'en accepter la récurrence dans de très nombreux cas.

[10] Nous pouvons citer, par exemple, les cas d'assassinat (chacina) d'enfants de rue face à l'Église de Candelária dans Le Centre de Rio, le 23 juillet 1993, ou encore, le 29 août de la même année, le massacre de plusieurs habitants de la favela Vigário Geral, tous deux orchestrés par les forces policières.

[11] Le Parti du Mouvement Démocratique Brésilien est l'un des plus important du pays. Il est issu du Mouvement Démocratie Brésilien (MDB), opposition consentie par le régime militaire pendant la dictature. Il participe au gouvernement depuis le processus de démocratisation et rassemble des représentants issus de différents courants idéologiques.

[12] La mise en œuvre de ce programme engage un financement gouvernemental d'un montant de 6,707 milliards de Reais à l'horizon de fin 2012 (environ 3.051 milliards d'euros)

[13] Belém, Belo Horizonte, Brasília (Entorno), Curitiba, Maceió, Porto Alegre, Recife, Rio de Janeiro, Salvador, São Paulo et Vitória.

[14] Parmi les nombreuses actions figurant dans ce programme, citons le projet "Mães da Paz" (Mères de la paix), bourse d'étude destinée aux femmes qui souhaitent s'investir dans des actions commune avec les forces de police. Elles seront formées pour être des défenseures des droits de l'homme.

[15] portal.mj.gov.br

[16] anf.org.br/

[17] Depuis l'implantation des unités de police pacificatrice, il semble que les indices de criminalité aient connu une baisse considérable, traduite par une diminution du nombre d'homicides de près de 80%. Entre les mois de novembre 2007 et 2008, la Police Civile enregistrait à Cidade de Deus 34 assassinats. Sur la même période entre 2008 et 2009, seulement 6 cas d'assassinat étaient enregistrés. Le nombre de vols est passé, sur la même période, de 68 à 11. Les agressions (assaltos) connaissaient dans le même temps une baisse de 70,9%, passant de 141 à 41 cas (Instituto de Segurança Pública, 2009).

[18] Propos recueillis par le journal britannique The Guardian en date du 12 avril 2010

[19] Voir le site:

sidneyrezende.com

[20] Il s'agit du projet phare de l'actuelle administration municipale : 

[21] Deux ans après l'installation des UPP, la valorisation des immeubles de ce quartier a atteint près de 80% (Journal O Globo du 11 août 2010).

[22] Les auteurs ont récemment conduit plusieurs séries d'enquêtes dans les favelas de la ville. Cette démarche de terrain, qui engage une présence régulière dans ces espaces, nécessite une attention particulièrement accrue, eu égard à la présence permanente d'armes et des violents conflits qui s'y opèrent. Une grande partie des favelas étant situées sur des collines, l'usage courant conduit à utiliser l'expression "monter" pour désigner toute visite dans ces espaces.

[23] Voir noticias.terra.com.br

[24] Près de 9 millions d'Euros (septembre 2010)

[25] Selon le Journal O Globo du 24 août 2010, le groupe EBX, La Banque et l'assureur Bradesco, la Confédération Brésilienne de Football, parmi d'autres, ont accepté de contribuer au fond.

[26] Journal O Globo du 4 juillet 2010.

[27] Selon le Journal O Globo du 27 avril 2010, le prix d'une maison à la favela Santa Marta est passé de 10 000 à 50 000 Rs.

[28] La compagnie d'eau et assainissement (CEDAE) a mis en place un tarif « social » de 15 Rs par foyer, dispositif qui n'a pas été suivi par la locale compagnie d'électricité.

[29] Le Pronasci a notamment été présenté comme une initiative pionnière et exemplaire pour les pays en développement lors du 1erSéminaire sur la Prévention de la Violence (décembre 2009), lors de la Conférence Mondiale de la Jeunesse, organisée par l'Unesco au Mexique (août 2010) et lors du 12ème Congrès des Nations Unies sur la prévention du crime et pour la justice criminelle (Salvador de Bahia, 2010).

 

 

 

 

Abstract

This paper analyses the recent measures taken by the Municipality of Rio de Janeiro concerning public security in the context of several international events being organised in the city, including the 2016 Olympic Games. Falling within the framework of the Federal Programme of Security and Citizenship (Pronasci), these measures aim first and foremost at improving security in several favelas of the city by establishing so-called Pacifying Police Units (UPP). With the study of spatial logics prevailing in the establishment of these units in strategically selected districts, associated with that of the daily practices of residents in several favelas of Rio alongside community-based police forces, we were able to characterise the close link between public security and urban policies. Beyond the displayed objectives of social peace preservation, we examine this link to question the permanence of social difficulties experienced by the majority of favela residents, and to question the underlying land and real estate stakes revealed by these actions. Does the evolution of intervention methods in urban public security, which appears to be closely related to territorial marketing strategies, reflect the unequal and possibly unfair treatment of some of the poorest areas of the city, or does it, on the contrary, lead to considering new means of security provision in areas highly affected by violence, poverty and a lack of public services?

 

 

 

Keywords

Public Security, Favelas, Community Policing, Urban policy, Rio de Janeiro

 

 

Introduction

 

Organising several international sports and cultural events[1] in Rio de Janeiro constitutes a major challenge for the municipality. More than ever, it compels the public authorities to work towards resolving the issue of insecurity which has been reaching surprising levels and is contributing to threaten freedom and human rights, mainly in poor areas. This phenomenon has been observed specifically in Rio de Janeiro and has been referred to as fobópole[2] by Lopes de Souza. According to him, a city is the perfect laboratory to study the social phenomena of fear, insecurity, crime and violence, as well as their main remedy: security or its improvement.

 

This article falls within the study of phenomena structured around facts on violent crime and feelings of fear and insecurity, as part of the domain of security policies, when crime, fear and insecurity lead the authorities to call on significant means to ensure the safety of their fellow citizens.

The measures recently adopted in Rio de Janeiro are a clear reminder that public security is central to the country's equilibrium. Locally, despite the recognised corruption and inefficiency of the police forces of the State of Rio de Janeiro, the highly-trained Special Police Operations Battalion or Batalhão de Operações Policiais Especiais (BOPE), was consolidated during the 2000s. It was envisaged as a new form of supposedly honest and efficient police force. However, it remained resolutely violent. Nationally, this renewal resulted, in 2008, in the elaboration of the National Programme for Security and Citizenship (Pronasci) put forward by Justice Minister Luiz Paulo Barreto within the framework of the opening of the 12th Congress of the United Nations on Crime Prevention and Criminal Justice. According to him, this programme constituted a new paradigm in the country's politics[3], particularly due to the new fact that it tried to reconcile the implementation of security and social objectives. Among the measures taken in relation to security and crime prevention, the programme provided for the creation of a so-called "community-based" police force. The policemen of this force who recently came out of the Police Academy and are therefore little exposed to the corruption and violence practiced by the current policemen, are employed on a new contractual basis, allowing for improved working conditions, more adequate training, working on different weekdays and salary increase). The Pronasci has been recommending the occupation of several favelas where Pacifying Police Units (UPP) have been established since 2008. This measure differs from former community policing projects in the financial means allocated by the Federal Government and in the number of policemen mobilised in these operations[4]. Indeed, the first units established there reported the end or at least a drastic reduction in the number of firearms in the favelas concerned, which contributed to a considerable reduction in the number of murders, thereby increasing the feeling of security among residents.

 

 

Nevertheless, beyond the "pacifying" logic[5], improving security in these spaces reveals several economic stakes. The perspective of major sporting events organised by the municipality leads to accrued real estate speculation close to the places where police units settled[6]. This is all the more emphasised since the city is about to attract important national as well as international capitals in the form of real estate, particularly within the framework of the urban renovation policy initiated in several suburbs, including the harbour area.

 

In this context marked by rapid changes in current events which seem difficult to follow, the objective of this article is to identify spatial logics inherent to security measures implemented in the favelas cariocas. We need to analyse where and how these changes are taking place, and how they are perceived by current favela residents confronted with a permanent police presence by questioning how these new initiatives are experienced in several favelas.

 

We posit that the way the authorities chose where to intervene is not just because of emergencies related to insecurity and violence in the suburb concerned, but also and perhaps above all because of a voluntarist strategy from urban public institutions aiming at making the city attractive to investors and future tourists. It is in fighting crime that public institutions can remove one of the main obstructions to land and real estate market in a city in full transformation. This principle seems to explain the rapidity with which the programme is being implemented.

 

 

 

Our research which begins by examining reflections on urban violence in Rio de Janeiro, is based on articles from the national and local press, and on empirical data obtained through direct observation, and by regularly following up on the meetings of residents affected by UPPs established in several favelas of the city. Under the pretext of resolving security issues, this new form of community policing tends to dissimulate the fact that public institutions are in fact re-appropriating strategic areas of the city.

 

Violence and Urban Poverty in Rio de Janeiro - Favelas as Places of Violent Sociability

 

The link between marginality and illegal urban space has been the subject of many studies in the Brazilian urban context, with some authors trying to clarify the reasons explaining the progressive assertion of spaces generically referred to as favelas over the last two centuries (Abreu, 1994; Gonçalves, 2010; Valladarès, 2008; Silva, 2005; Zaluar, 2007). Favelas, which represent some of the main elements of the urban social landscape of Rio de Janeiro in the 20th century, are the materialisation of, among other things, a drastic lack of housing solution following a badly controlled urban expansion movement throughout the last century. Despite a great diversity of situations as far as social history, land status and residents' socioeconomic conditions are concerned, favelas today remain mainly associated with negative social representations. Where they have become marked and marginalised over time, drug trafficking which prevails since the 1980s has only been reinforcing this situation. Drug trafficking has been expanding quantitatively as well as spatially and uninterruptedly to the point of constituting an important source of revenues for some, and an environment in which criminal social principles prevail.

 

 

Drug trafficking being concentrated inside favelas can be explained socioeconomically as well as geographically. Indeed, while favelas more than often lack in basic public services as regards health, education and employment, they are also home to part of the urban poor (Telles, 2006). Their unique spatial configuration, i.e. their location on hills overlooking the so-called formal city or on the outer suburbs, and their morphology, i.e. with a maze of alleys and streets difficult to access, make of favelas places where drug traffickers can withdraw and feel protected, which contributed to the rapid expansion of this activity which, in the space of a few decades, went from the sale of soft drugs (i.e. psychotropic substances) to that of hard drugs (i.e. cocaine and, more recently, crack) and weapons. In short, favelas have become hubs from where drug traffickers sell to the entire urban area.

 

 

The dismantling of the repressive State apparatus following the country's return to democracy, and the establishment of the lucrative cocaine trade - more profitable than that of marijuana - favoured from the end of the 1970s the rise of drug trafficking in the favelas[7]. There, drug traffickers slowly imposed their authority not only by using weapons, but also by reproducing a traditional system based on patronage. By filling the political void found in the favelas and by playing the role of arbitrator, police and benefactor, drug traffickers initially won the support of the population. Making the most of their strong sense of belonging and the morphological particularities of favelas, drug traffickers establish their domination by following a territorial appropriation principle, thereby reinforcing the social representation of favelas as urban enclaves. Charity, together with fear, enabled them to take control of favelas while protecting themselves against potential denunciations (Goirand, 1999:160).

 

 

Police violence was another element which explained the acceleration of drug trafficking in the city from the end of the 1980s. The presence of public authorities in the favelas, at the time, boiled down to mainly violent and arbitrary police activities (Gonçalves, 2010), a police force that often had a hand in drug trafficking. Under these conditions, the presence of the State was much criticised and even rejected by the local population.

 

The drug trafficking structure underwent deep changes from the 1990s onwards after the emergence of new criminal organisations. As explained by de Souza, organised crime in Rio de Janeiro was not as structured as the press made it out to be. The various "commandos" sharing favelas operated like criminal co-operatives (De Souza, 1996:428-429). They maintained conflictual as well as co-operative relationships among themselves and with the police forces. This situation partly explains why the police force was able to occupy the favelas so easily, especially during the period when UPPs were established there.

 

Today's relations between the new generations of drug dealers and the residents are based on a fear and silence principle, and the close charity ties established initially declined progressively over time, resulting in the public institutions' access to favelas being very restricted, and in inter-favela mobility being extremely reduced. This situation makes any attempt at formulating social claims difficult - claims which could bring together all the city's favelas, and at the same time weakens any policy aiming at improving living conditions in these areas[8].

 

As shown by Dowdney, the recent changes in drug trafficking have had deep social repercussions on the favelas, and have directly affected the daily lives of residents. Today, apart from the fact that drug traffickers no longer respect residents, drugs are sold and taken openly. Drug traffickers can be seen carrying heavy weaponry. They have become increasingly violent and younger (Dowdney, C-2004: 36-40). In addition, the competition between various networks of drug traffickers and the excessive militarisation of their activities have considerably reduced their profit margins, which is pushing drug traffickers to seek new ways of obtaining resources, such as by imposing taxes on commercial and land sectors or on residents' protection in particular. Territorial domination is also apparent through the control of residents' associations and, more recently, through the appointment of local candidates to legislative posts (Lessing, 2008: 54).

 

 

In many of the city's favelas, drug traffickers have imposed constraints to residents who find it increasingly difficult to access local public services. Whole families are being expelled and their homes taken over, civil servants are being threatened, and access to certain services is being blocked. All these issues keep contributing to the already strong inequalities between these and other areas of the city[9].

 

 

By exercising this form of power, drug traffickers can occupy a position which would otherwise be the responsibility of the State, by imposing an order or even a form of local 'justice'. The sanctions applied by the leaders of drug traffickers, via what they call a 'tribunal', are particularly violent. Although the different favelas show similar elements when it comes to the application of local justice, there is no pre-established code and the rules being applied can vary from one leader to another.

 

Although most favelas have undergone considerable changes since the 1990s, resulting in particular from the spread and consolidation of rehabilitation policies and the strict legislative prohibition to conduct policies for the systematic destruction of illegal housing and the eviction of lodgers, favela residents have not however managed to break away from the strong socio-spatial condemnation affecting them. An important reason for this is the fact that some of these spaces were considered, from the 1990s onwards, to be high risk areas, particularly as regards the violent deaths resulting from the regular armed confrontations between the police force and the groups of drug traffickers. Statistics in this regard show that 5 793 people were killed in the State of Rio de Janeiro in 2009 due to police-drug trafficker confrontations (Instituto de Segurança Pública - ISP, 2009).

All this phenomenon did was to confirm the relation which exists between poverty and insecurity, and which is characteristic of most favelas in Rio today, reinforcing the dualistic vision of the city, i.e. opposing the formal city to the favelas which have become 'illegal territorial enclaves' (De Souza, 2008: 51). In the end, the dramatic rise in the level of violence linked to the expansion of drug trafficking cannot prevent such difficulties nor stimulate, whenever possible, investments from residents.

 

 

The expression "high risk areas" (De Souza, op.cit.) today is commonly used to designate the favelas of Rio de Janeiro. It illustrates the strong concentration of deadly violence in makeshift housing areas, and particularly the fact that "it is the residents of poor areas who receive precarious urban services who are most exposed to violent deaths and, vice versa, it is the most privileged social classes living in the best areas of the city that are the most protected from this type of violence" (Cano, 1997: 38, quoted by de Souza, Ibid.). De facto, violence seems to introduce an additional social and territorial inequality in a city that already contains many (Cano, 1997:39).

 

Analysing the issue of violence in Brazil, A. Peralva remarks that Brazilians tend to co-produce "the violence of which they are the victims, through a multitude of adaptive behaviours which have always constituted a general logic of social life adjustment in the country" (Peralva, 2001: 148). The traditional Brazilian jeitinho ("resourcefulness") has given rise to mechanisms of tolerance to violence which, in turn, have led to "a privatisation of security beyond all tolerable limits, which weakens the capacity of Brazilians to define where crime begins" according to the author (Peralva, Ibid.). Yet, the weakness of relations to legislation, precariousness, the corruption of the repressive apparatus and the progressive adaptation of residents to insecurity, have contributed to raise the level of risks collectively accepted at previously unknown thresholds, which in turn has contributed to feed the spiral of violence further (Peralva, op. cit.: 148) and, paradoxically, its counterpart: the security industry.

 

 

As such, violence and its perpetrators generate their own rules and regulations which replace or add to the constitutional rules which public institutions find difficult to impose.

 

 

Public Security Policy and Pacifying Police Units in Rio de Janeiro - An Old Novelty

 

 

Implementing a public security policy in the post-dictatorial Brazilian context represents a fundamental challenge. This was already on the agenda during the first years of the country's return to democracy in 1985, during which the administration of the Governor of the State of Rio de Janeiro, M. Leonel Brizola, unsuccessfully sought to modify the violent practices of the police force in popular areas, i.e. mainly in the favelas. The newly instituted public authorities were then becoming aware of the urgent need - which was pointed out in particular by the vigour of the social claims and the rising violence in the country - to work in favour of a political system emphasising the rights of the most vulnerable citizens. Indeed, law and order progressively tended to be defined within the framework of a "State action mediating various conflicts and interests" (Bencheoga, Guimarães, Gomes and Abreu, 2004: 120). It could no longer defend only the interests of the powers in place and had to take into account the diversity of social requirements and safety matters in particular. This represented a major challenge for the democratic government which was anxious to switch from a controlling police system to a responsible police force. In other words, to reduce violence and crime which were in full expansion at the time, counting on the collaboration of the populations seemed unavoidable.

 

The first measures in favour of establishing a community-based police force concerned with prevention, were implemented at the end of the 1980s. This initiative was inspired by the constitutive elements of citizenship as defined in the Constitution of 1988, which insisted on "the protection of individual rights and freedoms in the face of threats which the power of the State's institutions represented (police abuse in terms of control and violence) and the protection of the life and property of citizens threatened by criminal predation (social control)" (Paixão, 1993). Under the influence of various measures taken by many countries and the United States in particular, where they constitute "practically the only alternative available to administrators pretending to improve relations with the public", (Moore, 1994, quoted by Kahn et ali., 2000: 2), several Brazilian States were progressively moving in the direction of pacification and commitment. As such, the first groups of community-based police officers were established in the town of Guaçui and Alegre in the State of Espirito Santo in 1988, then in the suburb of Copacabana in Rio de Janeiro in 1994-95 (Beato, 2004:5). This conception of security was progressively reinforced on the scale of Rio de Janeiro, where the police was being increasingly called upon to interact with residents through preventive activities within the community (leisure activities, extra-curricular educational activities, awareness of environmental issues and helping people to integrate the professional world) (Barkan, 1997). The community-based police force was then seen patrolling on foot rather than in vehicles, which was supposed to favour relations between police officers and residents. These initiatives, according to their designers, were also supposed to lead residents to contribute to public security endeavours, communicate information on observed criminal activities and take part in community projects more willingly. Although these initiatives are recognised by the public authorities and civil society as a sure progress in the police system which, until then, had been marked by inefficiency, lack of resource and violent behaviour, their implementation did not manage to curb crime nor corruption and deviant behaviour within the police service.

 

 

In Rio de Janeiro, the experiences of community policing in the favelas turned out mostly inefficient. Police units had very little human resources at their disposal and were not in a position to take on drug trafficking activities directly. For police officers, the perspective of such a job was more like a punishment, i.e. forced to put their life at risk without adequate means of defence. Moreover, as important as they could have been at all territorial levels, investments up until then remained mostly insufficient to resolve the delicate problem of criminality in a society as unequal and confronted to violence as that of Brazil.

 

 

Whether on the scale of the State or the city, the confrontation policy and the military conquest of public space which were central to the public security policy during the dictatorship, had however not been completely questioned. In addition to the experience of the Brizola government and despite several dramatic incidents which had been tried in a Court of Justice[10] and had brought the public authorities to rethink the security issue, the successive governments of the State of Rio de Janeiro, in an attempt to eliminate the recurrent crime problems, often resorted to a policy centred on violent and arbitrary military operations in popular areas. With the election of Eduardo Paes as Mayor of Rio de Janeiro in 2008, the 'zero tolerance' policy implemented by previous Mayor Cesar Maia during his second mandate (2001-2008), was sure to be prolonged. By calling his policy choque de ordem ("order chock"), the objective of the municipality was to fight against all uncivil and illegal activities by fighting land occupation, hawking and illegal parking. This policy, which was the showcase of the municipal administration, was fairly well accepted by the city's middle and upper classes who, in the reassertion of the public control of urban space, saw a possibility to improve their quality of life. In this context, the discourse on the partial or total re-housing of the favelados (after an eviction procedure), which had been progressively abandoned during the 2000s, today tends to be reactivated, while the community-based police force system generally tends to receive little support from the organs in charge of public security.

 

While the municipalities are constitutionally responsible for managing local policies, the policy on public security is dealt with at the Federal State level. Since the end of the dictatorship, the governors who followed one another at the head of the State of Rio de Janeiro had to face the urban violence problem, which has indisputably become one of the major problems of the city.

The much mitigated success of these operations only superficially weakened the power of organised crime groups, and led to the high death rate of favela residents who were often the innocent victims of these confrontations. At the same time, this contributed to spreading a feeling of insecurity shared by the entire city, reinforcing the negative representations of the city in the national and international press. Not only did the criminal violence phenomenon remain unanswered, but corruption often seemed to affect those in charge of operations aiming at improving the security of the urban space. In short, it looked like the city was entering an impasse.

 

Even if the procedures of the Mayor's office and the State of Rio de Janeiro as regards police intervention are relatively distant from the policies of the Lula government, the party of the current Mayor and Governor (PMDB)[11] is allied to the Workers' Party at the national level. This political union, which has not been seen in Rio de Janeiro for many decades, led to the establishment of a trusting relationship between the various levels of government, facilitating the transfer of important resources to the city. The fact that the city is organising the Military World Games in 2011, the Earth Summit in 2012, the FIFA Confederations Cup in 2013, the FIFA World Cup of Football in 2014, and finally the Olympic Games in 2016, can serve to reinforce investments and tourism. This succession of projects at the service of economic and political ambitions led the Federal Government to adopt a new position as regards the issue of violence, at the centre of which is that of public security. This position in fact led to a series of armed interventions in the favelas, which were supposed to precede a phase of pacification by consolidating a community-based police force inserted in popular areas.

 

At this stage, we need to differentiate between the financial and media investments of the pioneering initiatives of the last decades, and those of current operations. While these two elements do not show a break in the public institutions' concept of security, they still make it possible to envisage new ways of tackling the issue of crime and violence from a social approach.

 

Under the Lula government, the federal administration became involved in a vast project founded on the principles of a community-based police force. Initiated by the Department of Justice in 2007, the National Programme for Public Security and Citizenship (Pronasci) came across as a novel initiative as far as fighting against crime in Brazil was concerned. It considered articulating security policy and social action, privileged prevention by emphasising the identification of causes leading to violence, without nonetheless moving away from a strategy of social and public security organisation (Ministério da Justiça, 2010). The programme was to be applied by the Federal Authorities and was to count on the active participation of federal organisations, in collaboration with the federated States and municipalities, and in collaboration with families and the entire community via technical and financial projects and interventions. Social mobilisation was invoked as a central element making it possible to improve public security. Among the main lines of the programme were the improved status of public security professionals (salary increase and training in human rights), restructuring the prison system, fighting against police corruption and residents' commitment in preventing violence[12]. It targeted the 15-24 year olds in particular, who potentially represent the age bracket most affected by trafficking activities, with some of them having already been the subject of legal proceedings and/or having been imprisoned, and others still occupying important functions in the organised crime system.

The implemented proposal involved 11 metropolitan regions in the country[13] which were listed by the Department of Justice and Health as being the country's most violent regions, and which included Rio de Janeiro. These regions served as examples in setting up the programme in the other regions of the country, which did not include only urban areas. Close to 90 interventions were to be set up[14]. The Pronasci was co-ordinated by a federal secretariat, relayed at State level by a team of people whose task was to ensure the execution of the programme in collaboration with the Municipal Integrated Management Cabinets (Gabinete de Gestão Integrada Municipal - GGIM). These were responsible for "ensuring the link between the representatives of the civil society and the different security forces - civil and military police forces, the firemen corps, the municipal guard and the public security secretariat" (Ministério da Justiça, Pronasci, 2010)[15]. The Pronasci also required from partners that they involved populations more in the management and control of objectives displayed locally by the project, by creating Popular Forums of Public Security. To date, the programme has been extended and implemented in 150 towns, representing 22 States. Despite its preventive and community-based discourse, Article 6 V of Federal Act nº11.530 of 24 October 2007 still requires that local partners hire "police forces to pacify the territories".

In the context of future major sporting events and under the effect of the local policy of 'zero tolerance', establishing UPPs in the favelas of the city constitutes the priority project of the Pronasci in Rio de Janeiro. Beyond any reference to already well-proven community-based police models which did not produce the expected effects, partnership strength - which was little established in the domain of security in Brazil up until then - between public institutions and organisations emanating from civil society seems to have a major role to play.

 

 

 

Pacifying Illegal Spaces

 

Security at the service of land speculation and urban marketing

Apart from being partially financed by federal funds under the aegis of the Pronasci, the original scope of the project for the establishment of the first UPP can be explained by the local circumstances of public security policies, and by the city's aspiration to turn to its advantage the fact that it is going to host several sporting events. The first three units were set up between the end of 2008 and the beginning of 2009, in response to armed conflicts with drug traffickers, with no real apparent spatial criterion. At the time, however, the need for pacification became all the more urgent since the perspective of organising the Olympic Games was becoming clearer.

The urgency with which the city is confronted since then, certainly explains the fact that the first operations of the community-based police force in the favelas do not in any way replace but, rather, succeed to the more classic - and violent - methods of intervention of the police. Indeed, the favela of Santa Marta, which is situated at the centre of the Botafogo suburb in the south area (see Document 1), and which is one of the most favoured places of the city, has been the subject of a vigorous police invasion which was given a lot of media coverage, after which it was decided to place CCTVs in the streets.

 

Document 1 - [In the foreground, the favela of Dona Marta with, at the bottom, the suburb of Botafogo (Photography: N. Bautès, September 2007)]

 

 

This situation provoked a strong reaction among residents who mobilised against this decision (see Document 2). Considering the central location of Santa Marta and the pioneering nature of the security initiatives, this favela became the laboratory and showcase of the public security policy of Rio de Janeiro's military police, as reflected in the permanent establishment of UPPs from December 2008 onwards.

 

Document 2 - [Poster elaborated by the residents' association of the favela of Santa Marta criticising the implementation of a CCTV system in the streets (Source: Agência de Nóticias das Favelas)[16] ]

 

 

In another spatial context, on the western outskirts of the city, the suburb of Cidade de Deus, made up of several favelas and important multi-occupancy housing areas, was the second place to benefit from a UPP (2009). In this case, Cidade de Deus was selected as a priority due to its direct proximity to the Olympic complex under construction, and to its extensive media coverage in the early 2000s. Indeed, Cidade de Deus was made internationally famous due to its criminal violence which was illustrated in Fernando Meirelles' 2002 film of the same name. However, the size of this suburb meant that the process to rid the place of armed drug traffickers took longer and was more violent than for Santa Marta.

 

Finally, the favela of Batan, also situated in the western area of the city, was only occupied after the incarceration - there again mostly relayed by the media - of a former policeman nicknamed "Batman" who used to control the militias of this region. The establishment of a UPP in this case constituted a response to public demand, showing that the police was fighting drug traffickers as well as militiamen who emanated mostly from the police force.

The first establishments effectively led to the end or, at least, to a drastic reduction in the number of weapons in the favelas, which contributed to a considerable reduction in the number of deadly crimes[17], thereby increasing, according to public institutions, the feeling of security among the favelados and the residents of the surrounding suburbs. This discourse was widely broadcast as resulting mainly from the Pronasci by former Brazilian President Fernando Enrique Cardoso, who explains that "while the use of drugs might still continue, violence, organised crime, fear and terror are all finished."[18]

 

The climate of peace following the establishment of the first UPPs led to an increase in property value, in the favelas as well as the surrounding suburbs. The increase in the price of houses in the suburb of Botafogo for example, where the hill of Santa Marta is situated, reached 148,89%[19] two years after the establishment of the UPP.

The success of UPPs in the media and, undoubtedly, the relative real estate explosion they provoked, contributed to the decision to extend the pacifying system to other favelas in the southern area of the city in 2009 (Babilônia/Chapeu Mangueira, Pavão-Pavãozinho/Cantagalo, Tabajaras/Cabritos) (see Document 3). Seeking to ensure security around areas likely to receive real estate investments, the government established a UPP, in March 2010, in the favela of Providência which dominates the harbour area. The occupation of this favela became an imperative condition for the success of the gigantic project of Porto Maravilha[20].

 

Document 3. [Location of UPP and main Olympic facilities (JO 2016) in Rio de Janeiro (Source: Policia Militar do Rio de Janeiro; Instituto Pereira Passos; Rio 2016 (Réalisation: N.Bautès/F.Guillot)]

 

 

More recently, pacification also concerned the northern area of the city with the establishment of the first UPPs on the belt of favelas situated around the Maracanã Stadium, which is the seat of the future World Cup of Football and the opening ceremony of the Olympic Games. Since April 2010, this project has been implemented in the favelas situated in the suburb of Tijuca (near the Maracanã Stadium in the northern area), and in suburbs close to the city centre (e.g. Santa Teresa)[21]. As such, it reached the favelas of Andaraí, Borel, Formiga, Casa Branca, Cruz, Salgueiro, Turano, Macacos, São João, São Carlos, Prazeres, Foqueteiro and Mangueira, the latter being one of the favelas the most affected by cocaine trafficking.

 

 

What Security, and For Whom?

 

The feeling of "climbing a favela" occupied by a UPP is at first, for a non resident, a surprising sight[22]. It is very easy to appreciate the absence of armed drug traffickers or drug dealers. With the feeling of security being experienced due to the large number of policemen walking in the streets, the population can again move about and use previously unused common spaces. An activist-resident of an important favela of the northern area shared with us the fact that, despite her criticism of the project, she could definitely see happiness on the faces of the residents who, until then, had only known fear of armed conflicts between drug dealers and police officers. We were also able to observe that, in this very favela, people spent more time in the streets and moving in and around places that used to be occupied by competing groups of drug traffickers. In fact, today the Brazilian Government is promoting tourism in the pacified favelas, training local guides to that end and making credits available for the renovation of houses and the establishment of commercial companies. Alternative transport (i.e. mototaxis and collective vehicles), which was illegal up until then, is now officially registered.

 

 

This feeling of security seems to be shared by the residents of the surrounding suburbs who saw drug trafficking as the major culprit behind urban violence. It can easily be seen in the suburb of Tijuca which is benefiting from an increase in the number of patrons in bars and restaurants. We can also observe an exponential increase in the price of real estate in and outside of the favelas. According to the Executive Director of the Union of Civil Building Industries of Rio de Janeiro, the presence of UPPs has opened up new spaces for the real estate market, particularly in the central suburbs which until then were not highly priced. Moreover, the increase in property prices throughout the city has become one of the main indexes of the project's success. Also, the drop in the number of car thefts in these suburbs recently led insurance companies to undertake to reduce car insurance premiums by 20%[23]. Several major businessmen interested in expanding UPPs, constituted a fund of over 20 million Reais[24] per year to sponsor the purchase of equipment and the construction of UPP headquarters in the favelas[25]. It seems that the project is becoming consolidated in Rio de Janeiro, to the point of representing a form of consensus among the various candidates for the government of the State of Rio de Janeiro, during the electoral campaigns of October 2010. According to the State's Public Security Secretary, the project's objective is to establish 33 UPPs, thereby reaching 165 in the 1000 or so favelas of the city by 2014.[26]

 

It is also possible to observe a stronger presence of public service suppliers who in the past used to avoid favelas due to the presence of drug traffickers. There is as such a link between the various levels of State power (from local to federal), NGOs, private companies and, although less clearly, residents and residents' associations. For these actors, UPPs play a role in asserting public action in the favelas. UPP consolidation led the Social Aid Secretariat, with the support of the Federation of Industries of the State of Rio de Janeiro, to implement a programme of social action called UPP Social which is currently under the management of the Municipal Urbanism Institute Pereira Passos (IPP). Thanks to this initiative, local social demands are identified and social, cultural, environmental and economic development projects are being implemented.

 

 

Despite important investments in these favelas, to date it seems difficult to envisage UPPs as fully permanent as far as public social policies are concerned. Indeed, the institutional nature of these interventions remains, for the time being, precarious and politically unstable, dependent on private financing and subject in particular to potential changes in the government, conceivable since the senatorial and presidential elections of October 2010.

 

Although the first results of this security system appeared promising, they provoked criticisms and revealed a number of biases. Indeed, when we attended a series of meetings between representatives of the police force, residents and local leaders, we observed a major change in the organisation of the social life of these suburbs: it seemed that the police force had become the new and sole mediator between the State and the residents, and that the local UPP commander had become the main authority of the suburb. This tended to restructure the balance of power which, until then, had been held between one or several representatives of residents' associations, the reigning drug traffickers and, where appropriate, social workers, the latter finding themselves in new situations, some having been demoted to subordinate roles. Although, historically, relationships between police and residents have always been very conflictual, the new police force must now change its position towards residents, avoiding reproducing the violence and distrust observed up until then, failing which the success of UPPs could be challenged.

Favelas which were managed mostly through fear, with the presence of commandos and militias, are progressively being managed by a police force concerned with pacifying interventions. Once a favela has been pacified, the police force can, in the name of the residents, request the establishment of public services from the State, trying to resolve conflicts involving families or neighbours, forbidding or granting permissions to carry out cultural events, organising the removal of domestic refuse and, finally, playing a role in the surveillance of the suburb. In this light, the action of the police force goes beyond its scope of activities. While this, in itself, does not constitute a problem in other contexts where a committed police force fills the gap between sociability/services and the people living in difficult areas, we still need to consider the fact that, in the Brazilian case, reinforcing police monopoly in spatial contexts such as these can represent a potential mistake: as highlighted by Kant de Lima (2000:175), the risk is that "the police continue to function as an autonomous agency at the service of an imaginary State, in charge of maintaining unfair law and order in an unequal society".

 

Although, through the project, information meetings with the populations are being planned, it seems on the whole that residents are forced to take part in these meeting insofar as the project's main objectives were not established in consultation with them or even introduced publicly. Despite this, local meetings have led to changes in the operating methods of the police force, which testifies to the will of those in charge of the project to influence its implementation and voice their opinion as far as encountered difficulties as concerned. As such, we should not overestimate the efficiency of this form of 'participative' deliberation, as specified by S. Fainstein in particular, because it is part of a "procedural approach (...) which is certainly democratic but (which) fails to take into account the structural reality of inequality and power hierarchies" (Fainstein, 2009). The relationships between residents and police force are still problematic, due to the frequent cases of violent and arbitrary police interventions, as we were able to establish during a meeting between the residents and the UPP commander in a favela of the northern area, with several cases of police blunders reported to the local commander. Certain reactions from residents, outside the expected framework of participation, have nonetheless been listened to by public institutions, such as criticisms concerning the violent police interventions with the younger and black residents in particular, or still the question of organising events or baile funks (funky balls) which are systematically associated with drug traffickers, and are generally forbidden in the favelas occupied by the police.

 

Although the threat of violence linked to trafficking seems temporarily distant, it is still present. Apart from the fact that they rely on a long history of conflicts, relationships between favelados and police officers remain largely limited, on the one hand because of the traffickers' threats on residents who are afraid of being perceived as police collaborators, and on the other hand because of arbitrary positions exercised by certain police officers.

 

Moreover, it seems obvious that the interests underlying this community-based security system are not necessarily the same as those of the favelados, which can represent a potential economic threat for the residents. Indeed, the real estate speculation resulting from it leads to difficult situations for certain residents deprived of housing or access to certain urban services (water, electricity and domestic rubbish removal, among others)[27]. One of the main concerns expressed during UPP presentation meetings in the favelas, concerned the payment of public services. Despite their doubtful quality, it is well known that the majority of residents never paid for them. With the expulsion of drug traffickers and the registration of tens of thousands of new clients, public service providers finally decided to set up proper services and equipments[28].

 

The real estate pressure and speculation extended beyond the favelas, ending up affecting the residents of the surrounding suburbs, who saw housing prices increasing without their income being re-evaluated for all that. In the end, it is possible to conceive that this dynamic tends to modify the geography of inequalities at the city level, an aspect which ought to be analysed in precise terms when the major urban renovation and renewal works will be completed. The danger lies in pacifying certain areas of the city by modifying their socioeconomic characteristics, which would result in displacing violence and the poor elsewhere, towards the outskirts, far away from the more well-off areas of the city, out of sight of tourists and future athletes.

 

 

Conclusion and Perspectives

 

After three years of initiatives to improve the security of a forever increasing number of favelas, taking stock of all UPP interventions in Rio de Janeiro is a delicate matter. We ought to avoid offering a final judgment on this type of intervention. Indeed, too often, opting against police interventions leads to defending drug traffickers, as explained by Marcelo Lopes de Souza who denounces the attitude of many an academic and political personality who, accusing police practices, adopt an ambiguous viewpoint vis-à-vis crime bosses. Moreover, evoking the emergence and new vigour of the pacifying methods of the police, cannot make one forget that this model is implemented without truly questioning former police practices, particularly those of the special intervention forces in general, and the Special Police Operations Battalion (BOPE) in particular.

 

 

Therefore, we ought to adopt a critical vision vis-à-vis these new forms of public security management which, benefitting from the complete support of government institutions and private companies, are still weakened by the omnipresence of the police force which refers to the exclusive security management of these areas and safety of their residents. Debates on these issues are still intense in the public and political sphere. They mobilise favelados as well as those who live in areas where drug traffickers and private militias operate, and who remain on the margin of ongoing urban pacification. Such mobilisation is expressed through the opening of protest spaces in the form of debates that, while confined to meetings of initiates, tend however to show a renewal of social movements that had slowed down drastically during the last two decades. While to date this resurgence is limited, it still represents an evolution which deserves our attention.

 

 

Yet, despite being widely supervised, pacifying interventions dissimulate recurrent practices in Rio de Janeiro as far as favelados are concerned: indeed, we see a covert return to evictions in certain suburbs illegally occupied by the poor, mainly those situated near facilities planned within the framework of future international sporting events. In this context, the idea is to discuss the true definition of this type of participative police action, where reality shows that residents are barely represented.

 

Real estate speculation, which is fairly high around secured areas, seems to outline a rent gap phenomenon (Smith, 1979), a sign which could lead to a process of gentrification linked to pacification and, at the same, resulting from operations led by the town planning municipal services which are prone to renew the residential offer. As such, the arrival of upper or upper-middle classes in these areas is an effective process, perceived also as an element of urban boosting the effects of which cannot, to date, be analysed accurately.

 

Moreover, the security policy cannot amount to these interventions. Pacification, which is desired by the instigators of the Pronasci could, as highlighted by Machado da Silva (2010), concern all the favelas of the city. And yet, it is not universal and cannot be standardise, to the regret of many government representatives who have been attending international conferences on security[29] in this regard.

 

Finally, many problems affect this policy and its interventions, from the local level where the efficiency of the process depends on police officers, to the metropolitan and federal levels where, despite economic and electioneering interests, this type of intervention reveals unequal access to public services. All favelas benefiting from security thanks to the presence of UPPs are due to receive public equipments and services, while all others have to wait for any public attention and intervention. This situation shows that the unequal treatment of the security issue in Rio de Janeiro, relates to opportunistic urban marketing strategies relying on unfair conditions when considering the issue of violence and, with it, that of urban poverty.

 

 

While contemplating a more fair security which, in Rio de Janeiro, imperatively requires considering a "(more) fair city" (Fainstein, 2009) and does not depend only on the participation of favelados in defining criteria with a view to reorienting, as needed, the projects of the community-based police force, such security cannot under any circumstances ignore the position of the populations affected by the omnipresence of the police force. Periods during which public institutions are under-represented or turn out to be inefficient in the favelas are usually followed by periods of permanent security control. Could not this presence, even if peaceful, constitute an obstacle in terms of equality between urban citizens likely to attribute the role of "second citizen" to the residents of the favelas concerned (Kowarik, 2000) or to restrict them to a "granted citizenship" (Sales, 2000)?

 

While UPPs are certainly a novelty as far as security police in Rio de Janeiro is concerned, these questions highlight the need to prolong the democratic debate in Brazil, in the light of the new spatial justice issues raised by the omnipresence of the police force.

 


[1] Indeed, Rio de Janeiro is due to host the Military Games in 2011, the Earth Summit in 2012, the FIFA Confederations Cup in 2013, the FIFA World Cup in 2014 and the Olympic Games in 2016.

[2] Lopes de Souza uses fobópole to mean "the fear of the city" based on the combination of the Greek terms phobos ("fear") and polis ("city") (De Souza, 2008: 9).

[3]  crimecongress2010.com.br

(Online: page consulted on 08/09/2010).

[4] The programme undertook to train around 3 500 policemen in 2010, with the community police making up almost one third of local police forces in the near future.

[5] The euphemism "pacification" is often used in political and media speeches to refer to police occupation aiming at restoring peace through armed intervention, as was the case in Brazil.

[6] According to the journal O Globo of 11 August 2010, UPP expansion in Greater Tijuca pushed real estate prices up by 80% in the space of a few months.

[7] The creation of the criminal organisation called Comando Vermelho (Red Commando) marks an important phase in drug trafficking in Rio de Janeiro. According to de Souza, drug trafficking is a multi-scalar reality which appears as an international network as well as a simple criminal organisation inside a favela (De Souza, 1996:1067). Drug sales outlets in the favelas only represent the most visible aspect of this structure.

[8] The fear and silence principle is more harmful than one could imagine. It prevents favela residents from having contacts with the outside world, and provokes a form of incommunicability inside the actual favelas, linked to fear and mutual distrust (Silva, 2004).

[9] Although these situations do not systematically concern all the favelas of Rio de Janeiro (which accounts for as many as 1 000 favelas in the actual municipality and corresponds to around 1,2 million inhabitants), we still need to accept the fact that it is recurrent in many cases.

[10] We can mention, for example, the cases of the street children who were murdered in front of the Candelária Church in the centre of Rio on the 23rd of July 1993, or still, the massacre of several residents of the Vigário Geral favela on the 29th of August of the same year, where both were orchestrated by the police force.

[11] The Party of the Brazilian Democratic Movement is one of the most important political parties in the country. It comes from the Brazilian Democratic Movement (MDB) which was officially recognised as the opposition party during the dictatorship. It takes part in the government since the democratisation process and includes representatives from different ideological movements.

[12] Implementing this programme involves government financing of 6,7 billion Reais by the end of 2012 (around 3 billion Euros).

[13] These are Belém, Belo Horizonte, Brasília (Entorno), Curitiba, Maceió, Porto Alegre, Recife, Rio de Janeiro, Salvador, São Paulo and Vitória.

[14] Among the many initiatives in this programme, let us mention the « Mother of peace » project (Mães da Paz), a study grant for women who wish to become involved in joint actions with the police force. They will be trained to defend human rights.

[15] portal.mj.gov.br

[16] anf.org.br

[17] Since the establishment of the Pacifying Police Units, it seems that crime indexes have decreased considerably, this effect of this being a reduction of close to 80% in the number of homicides. Between November 2007 and November 2008, the Civil Police Force recorded 34 murders in Cidade de Deus. Over the same period between 2008 and 2009, only 6 murder cases were recorded. The number of thefts over the same period went from 68 to 11. Assaults during the same period decreased by 70,9%, going from 141 to 41 cases (Instituto de Segurança Pública, 2009).

[18] Interview with British newspaper The Guardian dated 12 April 2010:

guardian.co.uk

[19] See the following website:

sidneyrezende.com

[20] This is the leading project of the current municipal administration: 

portomaravilhario.com.br

[21] Two years after the establishment of UPPs, the value of the buildings of this suburb increased by almost 80% (Journal O Globo dated 11 August 2010).

[22] The authors recently led several interviews in the favelas of the city. This field research called for our regular presence and required much attention on our part as far as weapons and violent conflicts were concerned. Since most favelas are situated on hills, it is common to talk about "climbing" to refer to any visit of favela.

[23] See noticias.terra.com.br

[24] About 9 million Euros (September 2010).

[25] According to the newspaper O Globo dated 24 August 2010, the EBX Group, Bradesco Bank, Bradesco Insurance and the Brazilian Confederation of Football, among others, agreed to contribute to the fund.

[26] Newspaper O Globo dated 4 July 2010.

[27] According to the newspaper O Globo dated 27 April 2010, the price of a house in the favela of Santa Marta went from 10 000 to 50 000 Rs.

[28] Water and drainage company CEDAE implemented a 'social' rate of 15 Rs per household, a system which was not adopted by the local electricity company.

[29] The Pronasci was introduced as a pioneering and exemplary initiative to developing countries during the 1st Seminar on the Prevention of Violence (December 2009), during the World Youth conference organised by Unesco in Mexico (August 2010), and during the 12th United Nations Congress on Crime Prevention and Criminal Justice (Salvador de Bahia, 2010).

 


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Pour citer cet article | To quote this document

Nicolas Bautès, Université de Caen-Basse-Normandie, UMR 6590 « Espaces et Sociétés » I Rafael Soares Gonçalves, Université Catholique de Rio de Janeiro, Laboratorio de Estudos Urbanos e Socioambientais
«Sécuriser l'espace des pauvres», [«Improving Security in Poor Areas», traduction : Laurent Chauvet, Institut Français d'Afrique du Sud (IFAS)]
justice spatiale | spatial justice | n° 04 décembre | décember 2011 | http://www.jssj.org

 

 

Se protéger à Yaoundé |
Security in Yaoundé

Stéphanie Fer, Université Paris 1 I Panthéon Sorbonne Marie Morelle, Université Paris 1 - Panthéon Sorbonne I Olivier Iyébi Mandjek, Fondation Paul Ango Ela

traduction | translation :Laurent Chauvet, Institut Français d'Afrique du Sud (IFAS)

Résumé 

 

Cet article propose d'analyser les formes de production de la sécurité dans deux quartiers pauvres de Yaoundé. La capitale du Cameroun rassemble en son sein diverses institutions de rang national, régional, départemental ou local en charge de la sécurité. Malgré cette concentration, la peur de subir un vol ou une agression physique est forte parmi les habitants. Le contexte économique difficile n'est pas indifférent à une telle situation. Pour autant, il faut se garder de toute idéalisation des politiques de sécurité publique dans les décennies précédant cette crise. Ainsi, dès l'époque coloniale, police et gendarmerie effectuent des missions de surveillance et de contrôle au service du pouvoir, au détriment de la protection des biens et des personnes. Certains quartiers et habitants de Yaoundé semblent abandonnés par les institutions dans le cadre d'un Etat néo-patrimonial. Cela pose la question de la répartition de l'offre de sécurité dans l'une des plus grandes villes du Cameroun. Nous formulons l'hypothèse que les populations génèrent leurs propres réponses face à l'insécurité réelle et ressentie. Cet article étudie ainsi les inégalités d'accès à la sécurité, le sentiment d'injustice des populations dépourvues de protection et leur capacité « à se rendre justice. »

Mots-clés : justice, sécurité, initiatives populaires, Yaoundé, Cameroun

 

Cet article propose d'analyser les formes de production de la sécurité dans deux quartiers pauvres[1] de Yaoundé (carte 1). Nous considérons la sécurité sous l'angle des pratiques voire des politiques plus ou moins institutionnalisées, destinées à assurer la protection des individus et de leurs biens. Mener des enquêtes dans des quartiers pauvres doit permettre de révéler le décalage existant entre l'offre théorique de sécurité publique et les réalités de terrain. Un tel écart ouvre la réflexion sur les inégalités spatiales d'accès à la sécurité et sur le sentiment d'injustice des populations dépourvues de protection. Quand ce sentiment est lié à une localisation spatiale on pourra parler d'injustice spatiale.

 

Dans le champ des études sur la sécurité en Afrique subsaharienne, les recherches en sciences sociales se sont surtout concentrées sur les pays de vieille tradition urbaine; a priori marqués par une criminalité forte, durable et en augmentation. Le Kenya, et surtout l'Afrique du Sud et le Nigéria sont ainsi surreprésentés dans les analyses de l'insécurité, de la sécurité et des forces de l'ordre (Perouse de Montclos, 1997 ; Dirsuweit, 2002 ; Fourchard, Albert, 2003 ; Anderson, Killingray, 1992). Les chercheurs analysent aussi l'exportation et l'appropriation de modèles de sécurité en majorité d'inspiration anglophone et fondés sur la notion de participation des habitants (Benit Gbaffou, 2006). Il nous a paru nécessaire d'envisager la question de la sécurité dans un pays autre, en l'occurrence le Cameroun, pays à majorité francophone[2] où se jouent divers accords de coopérations, multilatérales et bilatérales, en particulier avec la France. Plus précisément, nous allons discuter de la situation à Yaoundé, capitale du pays où des préoccupations politiques se surimposent à des préoccupations de sécurité publique.

 

Le Cameroun se présente comme un Etat fortement centralisé. A cet égard, Yaoundé, capitale politique mais également chef-lieu de région, et de département rassemble en son sein diverses institutions de rang national, régional, départemental ou local en charge de la sécurité. Malgré cette concentration, l'insécurité est forte : braquages, vols dans les rues ou dans les taxis se multiplient ; la peur de subir une agression est forte. (Chouala, 2001 ; Durang, 2003). Le contexte économique difficile, avec son lot de répercussions sociales, n'est pas indifférent à une telle situation. En 1988, l'Etat camerounais passe un premier accord avec le FMI. C'est le début de sa mise sous ajustement[3]. L'Etat est astreint à réduire de manière drastique ses dépenses dans divers secteurs (Courade, Sindjoun, 1996 ; Courade, 2000). Ainsi, certains quartiers et habitants de Yaoundé semblent abandonnés par les institutions, y compris celles en charge de la sécurité publique, dans le cadre d'un Etat néo-patrimonial (Médard, 1991, 1995). Cela pose la question de la répartition de l'offre de sécurité dans l'une des plus grandes villes du Cameroun. Nous formulons l'hypothèse que les populations génèrent leurs propres réponses face à l'insécurité réelle et ressentie, réponses que nous proposons d'analyser.

 

Au-delà, notre recherche pose la question de l'accès à la sécurité et le droit pour tout citadin de vivre protégé. La sécurité ici représente une entrée pour appréhender la société urbaine, ses interactions, ses ruptures et ses modes de fonctionnement, justes ou non. Il est autant question de repérer comment sont produites des inégalités dans la territorialisation de la sécurité publique que de comprendre selon quels mécanismes et quels discours des populations définissent leur droit à la sécurité et s'arrogent le pouvoir de définir ce qui est juste et injuste dans la production de leur sécurité.

 

Notre analyse prend appui sur des recherches amorcées sur les pratiques et les représentations des policiers et des gendarmes[4] d'une part, sur un programme effectué à Yaoundé en 2009 spécifiquement sur les pratiques populaires de sécurité[5] d'autre part. Face à l'insuffisance des informations et des statistiques ainsi que (bien souvent) à leur manque de fiabilité, nous avons privilégié les entretiens auprès des personnels des forces de l'ordre en 2007[6]. De même, en 2009, une approche directe, ethnographique, des quartiers retenus pour l'étude a été préférée. Une phase d'observation et de prise de contact avec les habitants a précédé une seconde phase d'entretiens. Celle-ci a permis de rencontrer les chefs de quartier et de bloc, les membres des comités de vigilance puis quelques habitants. Deux quartiers ont été retenus : La Briqueterie et Nkomkana.

 

Carte 1. Localisation des quartiers de l'enquête

Une première partie permettra d'esquisser à grands traits l'offre de sécurité publique à l'échelle de Yaoundé. Une deuxième partie ciblera l'étude de deux quartiers pauvres afin de comprendre comment les habitants peuvent répondre à leurs besoins sécuritaires, individuellement et collectivement.

 

1- Les forces de sécurité : une appropriation discontinue et intermittente de la ville

La monopolisation des forces de sécurité

 

Il faut se garder de toute idéalisation des politiques de sécurité publique dans les décennies précédant la crise socio-économique des années quatre-vingt. L'ordre et la sécurité publics au Cameroun sont soumis à une forte idéologisation depuis l'époque coloniale. Ils sont avant tout des constructions politiques au service d'un pouvoir. Dès l'époque coloniale, les forces de l'ordre se plaignent d'un manque criant d'effectifs et de moyens, à Yaoundé même [7]

 

La situation postcoloniale n'introduit aucun changement. La couverture géographique de Yaoundé par la police et la gendarmerie s'avère toujours déficiente et tournée vers un objectif prioritaire : le maintien d'un système rentier. On assiste à une forme de monopolisation des forces de sécurité par les institutions de l'Etat et les hommes au pouvoir. Mais, en retour, hommes et femmes en tenue participent de ce système centralisé où avancements et affectations fonctionnent selon le lieu, le réseau et diverses appartenances sociales. Il est donc autant question de logiques politiques que professionnelles. Nous ne sommes pas face à des relations unilatérales, de la Présidence vers les institutions de sécurité ; ces dernières elles-mêmes participent à un système de pouvoir en intériorisant des normes de comportements. D'autant que brigades de gendarmerie et commissariats de police sont apparemment loin d'être les forces les plus sollicitées. Depuis l'Indépendance, apparaissent de multiples groupements spéciaux. A côté des forces de gendarmerie et de police, territoriales et mobiles, héritées du modèle français, on constate la naissance du Groupement Spécial d'Opérations (GSO) avec l'appui technique et financier de la France. Le GSO est bien plus présent auprès du Président. Il ne détrône pas, cependant, la Garde présidentielle[8]. A eux deux, ces corps incarnent une élite totalement au service du pouvoir. Enfin, lors des émeutes de 2008, c'est l'armée incarnée par le BIR[9] (Bataillon d'Intervention Rapide) qui prendra le relais de la Garde présidentielle et investira Yaoundé pour mettre fin aux manifestations.

 

Finalement, dans quelle mesure le pouvoir contrôle-t-il l'ensemble de l'espace urbain et ses habitants ? Il en manifeste l'intention en mettant en œuvre un découpage à plusieurs échelles (arrondissements, communes, chefferies de quartier et blocs administratifs), dont chacune est une déconcentration du pouvoir central. Dans la mise en place effective des établissements de sécurité, on s'aperçoit que cette volonté de sécuriser est un leurre, car il n'y a que quelques espaces qui sont véritablement sûrs. L'espace urbain est un espace politique façonné, au moins en partie, par le bon vouloir du pouvoir d'une part, et des hommes et femmes en tenue d'autre part. Ne restent alors a priori au service des habitants que des opérations ponctuelles de maintien de l'ordre. La sécurité fait l'objet de négociations permanentes au détriment des plus faibles mais au profit du maintien d'un Etat clientéliste. La crise a contribué à renforcer ce système sécuritaire en « creux » et en « pleins » et rendu visible l'inefficacité des structures de protection mises en place.

 

Des territoires de sécurité minoritaires dans la ville

 

En dépit d'une offre de sécurité a priori maximale au regard notamment des autres villes, les institutions publiques s'avèrent incapables d'appliquer une politique de sécurité, protégeant hommes et femmes des délits et crimes.

 

Jusqu'en 1999, la ville de Yaoundé a été desservie par un seul commissariat central et une seule compagnie de gendarmerie. Ce commissariat avait des relais dans les arrondissements, de même que la compagnie entretenait des brigades dans certains quartiers. Pour ce qui concerne la police, l'offre de sécurité au moyen des commissariats ne couvrait qu'une partie de la ville .

 

Carte 2. Implantation des commissariats avant la réforme

Les structures étaient plus concentrées dans les quartiers nantis et dans les grands centre commerciaux. Ce dispositif laissait beaucoup de quartiers non couverts, ce d'autant que la ville s'accroissait à un rythme exponentiel. Du fait de l'étalement de la ville, une réforme au début des années 2000 a entraîné la création de quatre commissariats centraux en charge de la coordination des commissariats d'arrondissement (16 commissariats de sécurité publique), suivie de la mise en place de postes de police (nombre inconnu[10]). Ces derniers émanent directement du programme d'appui de renforcement des capacités de la police, programme de coopération franco-camerounais mis en application en 2007. Pour autant, la compétence territoriale de chaque commissariat de sécurité publique reste extrêmement étendue, rendant quelque peu illusoire la « proximité » entre forces de l'ordre et population. Le redéploiement de la gendarmerie en trois compagnies, elles-mêmes responsables de plusieurs brigades (6) amène au même constat.

 

En outre, manque d'effectif ou recrutement massifs d'hommes et de femmes sans formation, manque de véhicules et de carburant, plus généralement manque d'équipements ou mauvaise utilisation de ceux qui existent, sont autant de plaintes émanant des policiers et des gendarmes. On peut noter à quel point ces doléances sont un archétype du discours policier. Pointer du doigt l'absence de moyens est une manière de justifier tout manquement du corps. Cependant, l'absence d'une cartographie et d'un quadrillage systématique de l'espace ne peuvent que mener à la conclusion d'une ville dont le contrôle et partant la sécurité sont largement déficients et discontinus. Sans carburant ni carte précise, comment prétendre à la sécurisation de la ville ? A défaut d'une présence permanente et effective des forces de l'ordre, dans un contexte de rigueur budgétaire, le dispositif de sécurité se met en scène selon certaines logiques, éphémères ou plus durables.

 

Dans le discours des officiers de police et de gendarmerie, les ambassades, les parcours sportifs fréquentés par les expatriés, les sites touristiques tels que le Mont Fébé et le Palais des Congrès sont des « points sensibles ». La sécurité des diplomates et plus largement celle des expatriés sont une préoccupation des autorités. La création de la Compagnie de sécurisation des diplomates (CSD) en 2007 dans le quartier résidentiel de Bastos en est l'illustration.

 

Photographie 1. Bastos, Yaoundé : la sécurité mise en scène

Auteur : S. Fer (2009)

 

En conséquence, nous pouvons parler d'une véritable mise en scène de la sécurité. Bastos est la vitrine des institutions de sécurité et, au-delà, du Cameroun et de son gouvernement .

 

Photographie 2. Bastos, Yaoundé : l'apologie de la clôture.

Auteur : S. Fer (2009)

Les habitants de ce quartier eux-mêmes sont dans la négation de la proximité avec la police et délèguent leur sécurité à des agences privées (Belomo Essono, 2007). Les agents d'une même société de gardiennage (4GS, DAK) peuvent se retrouver en nombre dans une même rue, créant alors un territoire visible de sécurité.

 

Que reste-t-il aux habitants sans moyens pour recruter un gardien ? Nous avons vu que le redéploiement des commissariats et postes de police d'une part, des groupements et brigades de gendarmerie d'autre part n'était pas suffisant. La mise en place des ESIR (Equipes Spéciales d'Intervention Rapides) ne semble guère convaincre : quels repères permettent aux forces de l'ordre d'intervenir de manière sûre et rapide au cœur d'un sous-quartier, quand bien même les véhicules seraient en état de marche et disponibles ? Nous avons déjà souligné cette difficulté : « Mais ici on est proche de la route, pourquoi la police ne rentre même pas ici alors que l'accès n'est pas trop enclavé ? (...) Ici, la police ne peut que stopper les voitures en route, ils ont tendance vraiment à ne pas entrer dans les quartiers. Que ce soit en route ou dans les quartiers, ils ne font vraiment pas leur boulot Quand on parle des cas de braquages, quand vous appelez, on vous demande « ils sont armés ? », vous dites oui, ils raccrochent. » (un habitant de Nkomkana, 2009)

 

Alors, quand l'insécurité devient trop forte, le pouvoir en appelle aux forces spéciales telles le GSO[11], surnommé par la population au début des années 2000 « les anti-gangs ». Ces opérations de sécurisation, deviennent ponctuelles et finissent par devenir des opérations dites « coups de poing » au même titre que les rafles ou les commandements opérationnels (FIDH, 1998 ; Amnesty International, 2009). Ceux-ci se sont soldés par des bavures par exemple à Douala où neuf jeunes hommes issus du quartier populaire de Bépanda disparaitront (Malaquais, 2002 ; Owona Nguini, J. B. Oyono, 2000). D'autres opérations ponctuelles se succèderont sur l'ensemble du territoire national : Vautour, Harmattan... Le principe se résume en quelques mots : bouclage du quartier, arrestations des habitants, contrôle des pièces d'identité au commissariat, négociation de sa sortie au mieux. Ces opérations sont nommées « rafles » au Cameroun et maintes fois, nous avons pu observer ces méthodes d'action, à la veille de sommets internationaux par exemple ou en période de forte recrudescence de vols et agressions. En conséquence, les agents de l'Etat en charge de la sécurisation deviennent à leur tour source potentielle ou avérée d'insécurité, taxés de manière récurrente, par les habitants, de clientélisme et de corruption.

 

En définitive, les forces de l'ordre, police et gendarmerie, ont deux compétences : la sécurisation des biens politiques et une sécurisation plus « ordinaire », à savoir la protection des biens et des personnes contre les délits et les crimes. Cela débouche historiquement sur un inégal accès à la sécurité dans les quartiers de la capitale, renforcé depuis les années 1980 par les « rafles » des forces de l'ordre, source d'insécurité, et par l'émergence de sociétés de gardiennage au seul profit des populations les plus aisées.

 

Dans les années 2000, les bailleurs de fonds ont certes suscité différentes réorganisations politico-administratives et financières des institutions de sécurité. La France a contribué récemment au renouvellement de la formation initiale et continue de la police (1999 et 2007). L'accent est mis sur la police pensée comme service public, notamment la police de proximité. En cela, si le Cameroun n'échappe pas à la tendance actuelle de faire de la sécurité un point essentiel des politiques de développement (UN-Habitat, 2007), on peut remarquer qu'il tend à se démarquer des logiques de privatisation et de participation (Coleman, Sim, 2000 ; Ruteere, Pommerolle, 2003 ; Bénit, 2004), prônant, a priori, un service public de sécurité pour les populations et non « avec » les populations. Néanmoins, ces accords de coopération entraînent, au mieux, une reconfiguration de l'action gouvernementale, stimulant principalement de nouvelles manières de se mettre en scène et permettant de renforcer la sécurité du président de la République. Nous sommes bien loin des unités de police de proximité annoncées (et par exemple mises en place, avec maintes critiques, au Brésil, Deluchey, 2003) : au mieux un ou deux policiers se relaient dans des containers, sur certaines routes goudronnées de quelques quartiers. Ainsi, les habitants doivent constamment, tenter de s'organiser pour se protéger. En cela, la sécurité révèle bel et bien une forme d'injustice spatiale (Harvey, 1992) dans la mesure où la « distribution » spatiale et sociale de la sécurité est inéquitable.

 

2- Créer sa propre sécurité : de nouvelles discontinuités géographiques

 

 

Face à l'indigence, aux déficiences et à l'asymétrie des institutions de sécurité et des personnes qui les incarnent, les populations prennent des initiatives de sécurité. Ces dernières peuvent s'appuyer sur une forme relative de proximité avec les forces de l'ordre (clientélisme) au fondement d'arrangements divers, parfois profitables aux populations. Mais surtout elles s'avèrent relativement efficientes là où certains pouvoirs structurent le quartier ; à l'inverse, dans d'autres quartiers où il n'existe pas la même légitimité de certains pouvoirs locaux, les initiatives seront éphémères. Nous sommes face à de nombreuses discontinuités temporelles et spatiales en matière de sécurité. En outre, nous formulons l'hypothèse que les actions des habitants nous informent sur ce qu'ils estiment juste ou injuste, en l'occurrence dans l'accès à la sécurité.

 

 

Une organisation « traditionnelle » au service de la sécurité : la figure archétypale de la Briqueterie



Le choix du quartier de La Briqueterie ou la Brique pour y mener des enquêtes n'était pas anodin. Aux yeux de nombreux habitants et d'observateurs extérieurs, elle incarne l'archétype du quartier ethnique (Agier, 1999 ; Bopda, 2003). Il est pourtant nécessaire de nuancer une telle représentation.

 

D'un point de vue administratif, La Brique se nomme Ekoudou. C'est un groupement créé à partir de la destruction du quartier haoussa dans les années 30 (emplacement actuel du Marché central). Il est divisé en huit quartiers: Ekoudou 1 à 6, Briqueterie Centre et Briqueterie Ouest. Chacun d'eux se divise lui-même en blocs. Le quartier présente la particularité d'abriter une population musulmane organisée selon un modèle largement répandu au nord du Cameroun : une hiérarchisation forte des pouvoirs, un chef de groupement (le lawan, nommé lamido à la Briqueterie) assisté d'une cour. Dans cette dernière, en principe, il existe un dignitaire chargé de la sécurité du groupement (sarkin garkoua) qui a des relais dans les différents quartiers et blocs. Les chefs connaissent parfaitement les limites des territoires qu'ils ont en charge.

 

Les Haoussa et Bornouan dominent, assistés par des Bamouns (eux-mêmes créant un appendice au sein du groupement, tantôt intégré, tantôt rejeté) (Franqueville, 1984). La Brique est l'aboutissement de la migration musulmane à Yaoundé (y compris des Nigériens, des Nigérians, des Sénégalais, des Maliens, etc.). Le réseau social se fonde ainsi sur une identité religieuse commune, l'islam, ainsi qu'une identité « ethnique », celle des Haoussa (majoritaires). Ceux-ci ont fait perdurer leur mode de vie : l'artisanat (boucherie, couture), le commerce en général (tissu, électroménager, boucherie, rôtisserie). Eu égard ses spécificités, La Briqueterie attire alors un grand nombre d'habitants de Yaoundé. Paradoxalement, du fait même de ses particularités sociales et culturelles et de ses identités, elle reste à part dans les représentations de la population de la capitale. Elle nourrit même l'imaginaire de celles-ci : elle finit par apparaître comme le lieu de tous les dangers (recels, vols, agressions, prostitution, trafics en tous genres, Bopda, 2003).

 

 

Stigmatisés et craints, les habitants de La Briqueterie jouent eux-mêmes de cette étiquette pour maintenir, réifier et inventer un fonctionnement social et politique propre au quartier. Mettre collectivement une appartenance ethnique en avant garantit le maintien d'un pouvoir sur un lieu et la mise à distance de pouvoirs concurrents. La catégorie ethnique est ainsi mobilisée sur la question de la sécurité.

 

L'aménagement même du quartier permet de maintenir une proximité spatiale et sociale, garante d'un contrôle autant que d'une solidarité. En dehors de seulement trois routes goudronnées, la Briqueterie se caractérise par une absence de voies de communications. La densité du quartier est forte.

Photographie 3. La Briqueterie, Yaoundé : la densité des habitations au service du contrôle social

Auteur : S. Fer (2009)

 

A l'origine, les concessions étaient délimitées par des clôtures, mais sous l'effet de l'accroissement démographique, celles-ci ont disparu. Les « concessions »[12] se succèdent les unes après les autres, le passage par l'une étant parfois obligatoire pour gagner une seconde. L'habitat de cour permet de nombreuses interactions sociales (conflictuelles ou non, Durang, 2001). Chaque habitant est ainsi intégré à une cour, un sous-quartier, une famille et finalement une communauté : celle de son village d'origine (ou celle de ses parents et grands-parents) et celle construite au fil des ans à la Brique même. Qu'on le veuille ou non, chacun est connu, ce qui est une première manière de préserver une relative sécurité au sein du quartier. L'agression ne peut être qu'extérieure (même si elle peut être commandée de l'intérieur). Chaque famille est tenue de contrôler ses enfants. Néanmoins, certains jeunes se signalent par leurs activités délictueuses : fumer du cannabis en bande par exemple. La Brique n'est donc pas un territoire complètement sécurisé.

 

En 2009, deux comités de vigilance sont actifs à la Brique : le comité « Haoussa » et celui « Bamoun ». Ils dépendent de divers chefs du quartier, à l'origine de leur création.

 

Carte 3. Initiatives populaires de sécurité à la Briqueterie (2009)

Le comité Haoussa a officiellement été initié par le chef de groupement. Officieusement, il est le fruit de l'action d'un chef de quartier (Ekoudou 5). Ayant accédé au statut de chef de longue date, bien qu'à un échelon inférieur à celui du groupement, ce dernier, aidé des chefs de blocs était légitime pour mobiliser les jeunes du quartier, en accord avec le chef de groupement. Celui-ci a donc délégué la production de sécurité à l'un des chefs de quartier afin de sécuriser le secteur le plus central de la Briqueterie et surtout le plus commerçant. En effet, Ekoudou 5 abrite un grand nombre de boutiques. La répartition des membres du comité d'une rue à l'autre dépend alors de leur densité dans la rue, le comité agissant en collaboration avec les gardiens. Tous se partagent l'argent versé par les boutiquiers qui finalement garantissent la permanence de ces actions de sécurisation, au-delà de la seule volonté des chefs[13]. Quant au comité "Bamoun", son aire d'action recouvre approximativement le quartier dit Briqueterie 8, placé sous la compétence du chef bamoun. De ce côté de la Brique, la communauté Bamoun est fortement représentée quand bien même son implantation apparaît moins forte que celle des Haoussas. L'organisation de ce comité semble moins liée à la communauté au profit des dynamiques économiques du secteur ainsi quadrillé. La station Total, les grands dépôts de marchandises, les ateliers de pièces détachées brassent suffisamment d'argent pour rémunérer les  membres du comité. On remarque ainsi que les actions de sécurisation de la Briqueterie peuvent apparaître disparates à grande échelle, dépendantes des commerçants tout en s'inscrivant néanmoins, dans les rapports hiérarchiques structurant la vie du groupement. Cela tend à préserver une certaine unité et le rôle de médiateurs des principaux chefs, voire des imams.

 

Photographie 4. La Briqueterie, Yaoundé : l'islam, l'un des fondements des dynamiques communautaires du quartier.

Auteur : S. Fer (2009)

Dans ce contexte, le rapport aux forces de sécurité et plus largement aux institutions n'est pas dénué d'ambigüité. En effet, les chefs n'ont pas hésité à recourir au sous-préfet de leur arrondissement en vue de faire légaliser leurs comités. Dès lors, nous ne pouvons pas conclure à une stricte juxtaposition des initiatives de sécurité, publiques et privées. Peut-être à une substitution voire à une forme d'incorporation des chefferies à l'administration centrale. Cependant, selon certains chefs de la Briqueterie, prendre en main sa sécurité est un moyen, finalement, de maintenir à distance les forces de l'ordre. Lors de vols, quand l'agresseur est connu, il est rattrapé par les membres des comités, sommé de restituer les objets dérobés : « notre comité, il va chercher le voleur chez lui. Il rend ce qu'il a volé » (Chef de quartier, 2009). Nous sommes là moins face à une justice punitive que restaurative qui, selon certains entretiens, permettrait aussi d'exercer et de laisser s'exercer diverses activités de recel. « Le commissariat du 2e arrondissement avait demandé un local (...) mais personne n'a accepté. Personne n'a voulu louer ou vendre un bout de terrain pour les accueillir car on se méfie un tout petit peu de la police. Parce que les commerçants importent des marchandises du Nigéria. Donc les habitants estimaient que cela pouvait nuire à leurs activités commerciales. Et puis, s'ils voulaient s'installer par la force, je pense que le local brûlerait aussitôt dans la nuit » (adjoint d'un chef de la Briqueterie, mars 2009).

 

 

Cela n'empêche pas, parfois, la saisine de la police ou de la gendarmerie, a priori quand les personnes en cause sont extérieures au quartier et aux grandes familles de la Briqueterie. Dans ce cas et d'après certains membres du comité Haoussa, le « carrefour tissu » non loin de la « pharmacie du Verset », sert d'interface avec les forces de l'ordre. C'est ici que la police ou la gendarmerie viennent chercher les malfaiteurs arrêtés pendant la nuit.

 

 

 

En outre, les chefs évoquent l'impératif de devoir maintenir l'ordre en cas d'émeutes, ce qui nous renvoie à la dimension idéologique de la sécurité. Mais de manière générale, les habitants, eux, se plaignent d'une trop grande corruption de la police et de la gendarmerie d'une part[14], de trop de « laxisme » d'autre part : « le problème est que lorsqu'on arrête un voleur, il ressort le lendemain. Quand quelqu'un, ses parents et amis du voleurs payent, ils le relâchent. Alors que normalement on doit le corriger. Le problème c'est que vous n'avez pas la même façon de mesurer la délinquance. Le commissaire se dit que quand c'est un gars qui a volé un poste de radio, c'est un petit délinquant, les prisons sont pleines, on le laisse quoi. Ils qualifient les délits avec une autre hiérarchie dans la gravité. Pour la police c'est des délits mineurs, pour nous non » (chef de quartier, 2009). Là où les forces de l'ordre pensent rendre justice, paradoxalement les habitants se sentent victimes d'une injustice.

 

Ce qui garantit la sécurité de la Brique est donc l'existence d'une proximité autant spatiale que sociale. En dépit de la diversité des populations, on peut conclure à l'existence d'une sécurité communautaire, dotée de chefs assurant réparation de tout préjudice. Pour autant, deux questions se posent. Combien de temps cette reconnaissance d'une autorité peut-elle exister ? Au sein des sous-quartiers, certains habitants notent la venue de nouveaux locataires s'inquiétant d'une « ouverture » de la Brique à des « inconnus » ne s'inscrivant pas dans les schémas de médiation existants. A l'échelle de la ville, un tel dispositif n'est pas transposé, faisant de la Brique, plus que jamais, une enclave. Enclave assurant la protection de ses seuls habitants.


Nkomkana : une faible organisation territoriale à l'origine de la fragmentation des dispositifs de sécurité

 

Ce qui fonde et maintient l'identité de la Briqueterie ne se retrouve pas nécessairement à quelques mètres de là. Nkomkana, quartier péricentral densément peuplé, présente un brassage de populations également riche, une ethnie a priori dominante (les Bamilékés). Précisons pourtant que le terme bamiléké ne renvoie pas à une ethnie mais à un ensemble de chefferies aux langues distinctes et voisines partageant quelques éléments de leur culture.

 

Photographie 5. Nkomkana, un quartier abandonné des pouvoirs publics

Auteur : S. Fer (2009)

Nkomkana a connu un accroissement de sa population suite à des aménagements dans le quartier voisin de Madagascar (Franqueville, 1984). Des habitants qui en ont été chassés, se sont retrouvés à Nkomkana, formant le noyau de population auquel se sont agrégés des migrants de tout l'Ouest camerounais. Ces derniers inscrivent leur venue dans la capitale dans un projet migratoire individuel et ne cherchent pas à rejoindre une communauté préexistante, quand bien même le recours à cette dernière est nécessaire les premiers temps passés à Yaoundé. La densité et la diversité des origines des habitants du quartier ne garantissent pas des réseaux d'interconnaissance et de solidarité. Le quartier ne dispose pas d'un système de régulation et de contrôle identique à celui de la Briqueterie. 

 

Cependant, face à l'insécurité récurrente (vols, cambriolages), des tentatives de sécurisation se développent. Des comités de vigilance sont créés. En quelques années, Nkomkana en a vu se succéder plusieurs.

 

Carte 4. Initiatives populaires de sécurité à Nkomkana (2009)

 

Les habitants interrogés évoquent déjà ceux créés dans la décennie quatre-vingt dix. Ils sont organisés pour réagir à la montée de vols et d'agressions. Ils s'appuient sur la mobilisation de jeunes hommes du quartier, souvent désoeuvrés mais présentant des niveaux d'instruction très divers (diplômés, chômeurs, déscolarisés). Surtout, ils reposent sur un système de cotisation : chaque habitant, à défaut de participer physiquement, doit s'acquitter du versement d'une certaine somme (100 francs par jour et par ménage pour l'un des comités, des versements irréguliers dans d'autres cas). Les sommes réunies devraient garantir une petite rémunération aux membres des comités. En principe, chaque nuit, des cordes sont tirées dans la largeur de certaines routes, créant un barrage de facto où chaque passant et chaque véhicule sont contrôlés. Des sifflets permettent de donner l'alerte. Au départ, un comité peut rassembler jusqu'à une cinquantaine de membres. Au fil des semaines, il en mobilisera une vingtaine, une dizaine jusqu'à, parfois, disparaître... Nkomkana ne présente donc pas le même profil social que la Briqueterie. L'absence de pouvoirs reconnus d'une part, de logiques sociales fortes d'autre part freine l'émergence de pratiques collectives de sécurité. Réciproquement, les réponses locales à l'insécurité ne parviennent pas à faire émerger une unité territoriale et une appropriation collective de Nkomkana. L'absence des forces de l'ordre ne peut alors que cruellement se faire sentir, réactivant encore et toujours la figure du comité. Cette situation nous conduit à envisager davantage la multiplicité des figures et pouvoirs intervenant sur la sécurité de Yaoundé. Qui est au fondement du comité ? Quelles sont les relations avec la police et la gendarmerie ? Et finalement, que choisissent les habitants ?

 

Les autorités (le sous-préfet) de Yaoundé ont pu encourager l'existence de comités de vigilance pour soutenir ou assurer la relève des forces de l'ordre. Le fait n'est pas nouveau à Yaoundé, et au Cameroun en général. Ainsi, un rapport sur l'activité du Commissariat central de la ville de Yaoundé, daté de l'année 1957, fait mention de l'existence de patrouilles d'auto-défense. En l'occurrence, celles des quartiers de la Briqueterie et de Nlongkak sont pointées du doigt, non pas pour avoir sécurisé les zones mais pour avoir été à l'origine d'agressions. « Ces patrouilles d'auto-défense qui ne respectent pas toujours les consignes qui leur ont été données et profitent quelquefois de l'occasion pour satisfaire leurs vengeances personnelles.[15] » Si des consignes ont été données, a priori par les forces de police, ces patrouilles d'auto-défense ne sont donc pas nécessairement le fruit des initiatives seules des habitants. A l'échelle du pays, lors de la décolonisation, les autorités centrales encourageront à leur tour les populations de nombreux villages à mettre sur pied leur propre sécurité pour se protéger des attaques des « maquisards »[16].

 

Aujourd'hui, la sous-préfecture doit donner des moyens permettant en principe, l'achat de matériel. Les comités utilisent des sifflets, des torches, des cordes, des gourdins et des machettes, ce qui nécessite un investissement de départ, couvert en partie ou en totalité par la sous-préfecture[17]. Les populations demandent ainsi à voir l'existence de leur comité de vigilance légalisée. Le chef de quartier est alors sollicité par l'un ou les autres dans les négociations. La reconnaissance d'un comité devrait assurer l'existence d'un partenariat avec les policiers et/ou gendarmes en charge du secteur concerné. Elle devrait aussi préserver les membres du comité de toute action en justice.

 

Cependant, les forces de l'ordre incriminent fortement l'existence de tels comités. Ils n'ont pas confiance en leur action, pointant du doigt les nombreux dérapages qu'elles occasionnent et leur manque de professionnalisme. Au final, la sous-préfecture demeure timide sur un processus que paradoxalement elle engage et suscite souvent. Elle souhaite une sécurité à moindre coût mais ne peut pleinement s'engager, encore moins couvrir des actes qui s'avèrent des délits et des crimes.

 

Pourtant, dans ce contexte, un comité de vigilance se développe à Nkomkana 1 en 2009, à l'initiative du chef de quartier et de la personne chargée d'organiser la sécurité. Mais ce projet de sécurité porté ici par W. montre à quel point le comité y est dépendant d'un investissement personnel. W. a 28 ans, il est né à Nkomkana. D'abord à l'initiative d'une association d'Assistance Cynophile et Service, il loue ses compétences aux sociétés de gardiennage présentes à Yaoundé. En accord avec le chef de son quartier, il s'est porté garant, depuis un an maintenant, de l'organisation du comité de vigilance couvrant son secteur, le quartier Nkomkana 1. Il est ainsi un référent du quartier. Plusieurs étapes successives permettent de comprendre la gestation du comité et montrent comment un projet individuel peut devenir collectif. Une demande d'autorisation a été adressée aux autorités concernées : la sous préfecture de Yaoundé 2, le commissariat de Mokolo 2e et la brigade de gendarmerie de Tsinga Madagascar. Avec l'accord du sous-préfet, W. a reçu la permission de recenser les habitants du quartier Nkomkana 1, afin de garantir un niveau de cotisations nécessaire au bon fonctionnement du comité. Pour cela, chaque ménage recensé doit obligatoirement donner 3000 FCFA par mois soit 100 FCFA par jour. Le comité dresse des barrières délimitant son champ d'action la nuit tombée. Elles deviennent des lieux de contrôles, des portes d'entrées censées filtrer les inconnus. Le comité devrait fonctionner avec une vingtaine de membres, soit postés aux entrées du quartier, soit organisés en patrouilles afin de sillonner les « couloirs » et pistes, du « goudron » au sous-quartier. W. explique que ce projet pilote sera étendu à l'ensemble du quartier de Nkomkana s'il s'avère efficace et durable.

 

Mais, à écouter les récits des habitants de Nkomkana, le comité de vigilance tient souvent plus de la réaction ponctuelle à une dégradation sécuritaire qu'à un investissement de long terme dans la sécurisation du quartier. Le comité s'appuie sur l'existence de réseaux de voisinage et sur leur capacité mobilisatrice, ce qui n'est pas inhérent à chaque quartier, en particulier Nkomkana, au regard de la Briqueterie. Enfin, les habitants ne veulent ou surtout, ne peuvent pas cotiser régulièrement. Les jeunes membres du comité se découragent et se lassent d'une mission largement accomplie bénévolement.

 

 

 

Parfois, l'absence de comité laisse place à des « justiciers ». En 2009 à Nkomkana, deux jeunes frères se présentent ainsi comme les référents du quartier en matière de sécurité. Chaque habitant est censé détenir leur numéro de téléphone portable pour les joindre en cas d'agression. Ces deux frères, nés également à Nkomkana et sans activité professionnelle, interviennent sur une portion du quartier, qu'ils ont dénommée le « secteur de la paix ». Connus dans leur quartier pour leur robustesse et leur physique d'athlète, âgés de moins de 30 ans, ils sont à la tête d'un groupe d'une quinzaine de jeunes dont les journées sont rythmées par la « débrouillardise », le partage de modiques sommes obtenues au jour le jour et leur regroupement quotidien dans leur quartier, plus spécifiquement dans leur secteur. Ils estiment devoir protéger leur quartier dans lequel familles et amis résident. La sécurité s'établit ici de manière informelle, au gré des rapports que les individus entretiennent entre eux. Leur secteur peut être alors considéré comme un micro-territoire de sécurité. Nous remarquons aussi la manière dont ces deux frères définissent le droit à la protection et décident de rétablir une forme de justice au point de se dénommer « justicier » dans les discours.

 

 

Qu'ont-ils à gagner à s'exposer de la sorte ? A force de se poser en justicier, ces jeunes s'exposent autant à la faute et à des poursuites judiciaires qu'à une sanction plus informelle de la part de potentiels voleurs. En témoigne la demande de l'un d'eux demandant la protection de la police (et son intégration). Ce qui pose la question de leur statut et de leur véritable intérêt, difficilement cernable en quelques semaines d'enquêtes mais que soulèvent certaines personnes lors de nos entretiens, n'hésitant pas à remettre en cause ce statut de justicier et leur conception d'une justice appliquée à des fins personnelles.

 

Il ressort une partition spatiale des quartiers en de multiples secteurs, au gré d'initiatives des uns et des autres. Ajoutons que la fermeture des rues par le système de « cordes » garantit au mieux la protection de quelques pistes. Nkomkana dans son entier n'est ainsi nullement couverte par l'action d'un comité de vigilance. On peut aussi se demander comment deux comités peuvent cohabiter. Toujours est-il qu'un an après les premières enquêtes, le comité de vigilance monté par W. n'existe plus et les deux frères ont quitté le quartier. Le comité paraît finalement tenir d'un contexte et de l'investissement d'une ou plusieurs personnes, affaiblissant l'hypothèse de réseaux de sociabilités. Et parce qu'il tient d'un leadership, il est d'autant plus fragile. Nous sommes là bien loin de l'émergence de logiques participatives, formelles ou non, matérialisées par des fermetures de rues d'une part, la création d'associations de voisinage d'autre part (tels que cela a pu être démontré au Nigéria, en Afrique du Sud et au Kenya, Bénit-Gbaffou, Fabiyi, Owuor, 2007). Un comité au Cameroun peut même participer de la fragmentation d'un quartier en zones d'influence.

 

L'absence de sécurité ou sa « privatisation » rendent criante l'absence d'une véritable politique publique de sécurité. Cependant, nous l'avons vu, il est trop rapide d'opposer de manière tranchée forces de l'ordre d'une part, réponses populaires d'autre part. Le chevauchement sécuritaire se joue à plusieurs échelles et entre différents acteurs. Il semblerait toutefois que les habitants ne se retrouvent nullement dans les initiatives privées de quelques personnalités de leur quartier, qu'ils estiment orientées à des fins privées, finalement au même titre que celles des forces de l'ordre enclines à monnayer leur intervention. A Nkomkana par exemple, il ressort un profond sentiment d'injustice couplé à une véritable attente d'un service public de sécurité à l'échelle de la ville. Par contre, l'Etat semble quasiment évincé du fonctionnement de la Briqueterie dont les habitants ont pris en mains la gestion de la sécurité publique.

 

Conclusion

 

Une étude de la sécurité débouche sur une véritable géographie des pouvoirs urbains : nous découvrons ici une multiplicité d'acteurs (forces de sécurité, sociétés privées, chefs de quartier, comité de vigilance, « justiciers », habitants) intervenant à différentes échelles de temps et d'espace dont les pouvoirs s'opposent autant qu'ils se rencontrent et se négocient, ce qui n'est pas sans interroger la possibilité d'un accès spatialement juste à la sécurité.

 

Se juxtaposent ou se chevauchent des logiques individuelles des quartiers résidentiels aisés (murs, caméras, appel aux sociétés de gardiennage déclarées ou gardiens « informels » à Bastos) à celles, plus collectives de certains quartiers pauvres. La sécurité n'est pas le fait de l'Etat seul mais aussi d'une diversité d'acteurs intervenant sur ces espaces. Il faut aussi se garder de réduire les initiatives de sécurité à l'organisation des comités de vigilance. Si ces derniers sont la forme la plus visible de sécurité dans les quartiers pauvres, ils n'y sont pour autant ni partout, ni en tout temps. La sécurité soulève donc la question des rapports de force et des normes qui créent la ville et conduisent à l'apparition ou à la consolidation d'inégalités en son sein. La sécurité n'est pas accessible à tous de la même manière, l'Etat restant un élément incontournable pour en négocier l'accès. Sa production interagit avec les inégalités sociales, appréhendées ici dans leur dimension spatiale : les politiques publiques de sécurité et les pratiques sécuritaires des forces de l'ordre, des communautés et des individus, expriment, composent et renforcent de fortes segmentations urbaines et mises à distances sociales. Cette gestion sécuritaire différenciée dépend des dynamiques sociales propres à chaque quartier, sous-quartier et blocs. En miroir, elle influe sur l'espace social même du quartier et sur les forces ou les faiblesses de son identité et de son unité territoriale. Ainsi, d'un quartier à l'autre, voire d'une rue à l'autre, les initiatives populaires de sécurité se distinguent. Plus le quartier est porteur d'une identité forte et revendiquée, plus la communauté qui y est attachée parvient à mettre sur pied et à maintenir des instances de régulation et de contrôle et donc des processus de sécurisation. Ce qu'illustre la Briqueterie. A l'inverse, des quartiers échouent à porter et faire perdurer des dynamiques sociales. On aboutit à des micro-territoires de sécurité, comme à Nkomkana, qui disparaissent aussitôt qu'ils sont créés.

 

L'existence de logiques communautaires, telles à la Briqueterie pourrait-elle relayer les exigences internationales de police citoyenne, communautaire et de proximité ? Souhaiter installer des postes de police et multiplier les commissariats et brigades sans prendre en compte les systèmes politiques et de régulations existant localement, particulièrement dans un Etat clientéliste (Bayart, 1985), représente un manque à gagner dans la construction d'une police proche. Néanmoins, cela n'est pas sans soulever la question de l'accès à une sécurité juste pour tous, à travers l'espace urbain. Ainsi, de telles dynamiques sociales n'existent pas à Nkomkana. A Bastos, elles conduisent à une privatisation de la sécurité selon les revenus des habitants. Quant à la Briqueterie elle-même, chefs de quartier et grands commerçants semblent d'abord assurer la sécurisation de leurs propres biens. La sécurité est un facteur de fragmentation (dépendant d'une diversité de critères, revenu, origine, genre...) et d'injustice spatiale : la réaction à une absence de sécurité dans un quartier de la ville renforce, en miroir, la relégation d'un autre territoire. Ce qui apparaîtra juste et légitime aux yeux des habitants de la Briqueterie renforcera en définitive la marginalisation de Nkomkana.

 


[1] Nous entendons quartier pauvre, des quartiers densément peuplés, sous-équipés et dégradés, à défaut de disposer de statistiques précises sur les niveaux de revenus et statuts d'occupation.

[2] Après une première colonisation par les Allemands, au sortir de la Première Guerre mondiale, le Cameroun devient territoire sous mandat de la SDN puis sous régime de tutelle de l'ONU, réparti entre la Grande-Bretagne et la France.

[3] Les PAS vont se succéder : 1988-1989, 1991-1992, 1994-1995 puis le Cameroun est admis au programme des pays les plus pauvres très endettés - PPTE - en octobre 2000.

[4] Ces recherches se sont conduites en deux temps : en juillet et août 2007, des entretiens ont été conduits auprès de la police et de la gendarmerie camerounaise à Yaoundé (29 entretiens, dont 5 auprès de représentants de la Coopération française au Cameroun, 5 auprès de gendarmes et 8 auprès de policiers, très majoritairement officiers). En juillet 2008, un séjour au Centre des Archives d'Outre-Mer d'Aix en Provence a permis de compléter les archives consultées à Yaoundé (Archives nationales) pour mieux cerner l'émergence des institutions de sécurité lors la période coloniale (Cameroun francophone).

[5] Ce programme a été financé par le Service de Coopération et d'Action culturelle de la France au Cameroun.

[6] Ces entretiens n'ont pas toujours pu être enregistrés. On peut noter que les gendarmes et les policiers ayant refusé l'utilisation d'un enregistreur ont été les plus prolixes au contraire de ceux acceptant l'utilisation d'un micro, s'enfermant alors dans un rôle et un statut et livrant peu d'eux-mêmes, de leurs parcours, de leurs doutes et des réalités quotidiennes de leur travail.

[7] Quelques courriers aujourd'hui archivés témoignent des difficultés des forces en présence pour remplir leurs missions de sécurisation : ANY, 1 AC/1100 et ANY, APA 11 223/M Le Ministre des colonies à M. le Commissaire de la République française dans les Territoires du Cameroun. Objet de la lettre en date du 14 mai 1938 : au sujet du rapport annuel du Commandant des Forces de police pour l'année 1937 Paris, le 14 mai 1938 (rue Oudinot, Paris 7e).

[8] Après le putsch du 06 avril la garde républicaine a été dissoute par le président Biya. Il a créé une formation inter-armées: de gendarmerie, armée de terre, de l'air et marine dénommée garde présidentielle (GP). La garde présidentielle (GP) quant à elle est créée par le décret n° 85/ 738 du 21 mai 1985. Elle relève de l'autorité du chef de l'Etat et comprend deux missions essentielles à savoir la parade et le combat (Belomo Essono, 2007 : 430).

[9] Le Bataillon d'intervention rapide est une unité d'élite créée récemment pur lutter contre les « coupeurs de route » dans le grand nord et l'est du pays. Il intervient en soutien aux débordements que la police ni la gendarmerie ne peuvent affronter.

[10] Nous ne disposons malheureusement pas de données assez précises pour cartographier le redéploiement des unités de police dans la ville de Yaoundé.

[11] Le Groupe Spécial d'intervention, composé de policiers spécialisés dans la lutte contre le grand banditisme. Voir aussi le Groupe Polyvalent d'Intervention de la Gendarmerie Nationale (GPIGN).

[12] Terme d'origine coloniale utilisé localement pour désigner les parcelles dans les quartiers populaires.

[13] Un boutiquier peut donner entre 500 et 1 000 fcfa par semaine au comité.

[14] Il semblerait que monnayer sa sortie de cellule revienne plus chère dans une brigade de gendarmerie que dans un commissariat. La gendarmerie ne serait donc pas moins corruptible et simplement plus inaccessible. Les gendarmes demanderaient 30 000 fcfa quand les policiers exigent entre 2000 à 6000 fcfa.

[15] ANY, 1 AC 1890

[16] Ceux qui luttaient pour l'indépendance.

[17] Un comité de vigilance légalisé ne doit pas être équipé en armes à feu.

 

 

Abstract

 

This article analyses forms of security production in two poor neighbourhoods of Yaoundé. The capital city of Cameroon relies on many national, regional, county or local institutions for security. Despite this concentration, the fear of being mugged or attacked is strong among residents. The difficult economic context is not indifferent to such a situation. Yet, we must not idealise public security policies in the decades preceding this crisis. Already at the beginning of the colonial era, the police force and gendarmerie carried out surveillance and control missions at the service of the State, to the detriment of people and property protection. Some of the neighbourhoods and residents of Yaoundé appear to be abandoned by the institutions within the framework of a neo-patrimonial State. Where this raises the issue of distribution of security offer in one of the largest cities of Cameroon, we posit that populations generate their own responses in the face of real or perceived insecurity. This article looks at unequal access to security, the feeling of injustice among the populations deprived of protection, and their capacity to exercise their own justice.

 

 

Key Words: justice, security, popular initiatives, Yaoundé, Cameroon

 

This article analyses forms of security production in two poor neighbourhoods[1] of Yaoundé (Map 1). We look at security in terms of practices and even policies which are more or less institutionalised and are meant to ensure the protection of individuals and properties. By conducting surveys in poor neighbourhoods, we must be able to show the gap between the theoretical public security offer and the reality on the ground. Such a gap opens various reflections on spatial inequalities to access security, and on the feeling of injustice experienced by populations without protection. When this feeling is linked to a spatial location, we speak of spatial injustice.

 

In the field of security studies in Sub-Saharan Africa, research in the social sciences have been focusing mainly on countries belonging to the old urban tradition, i.e. marked a priori by a strong, durable and increasing crime rate. In this regard, Kenya and particularly South Africa and Nigeria are over-represented in analyses on insecurity, security and the police force (Perouse de Montclos: 1997; Dirsuweit: 2002; Fourchard, Albert: 2003; Anderson, Killingray: 1992). Researchers have also been analysing the exportation and appropriation of mainly anglophone security models founded on the notion of resident participation (Benit Gbaffou: 2006). We felt it became necessary to envisage the question of security in another country such as Cameroon, where the majority of the population is francophone[2] and where various co-operation, multilateral and bilateral agreements have been signed with France in particular. More specifically, we will discuss the situation in Yaounde, the Cameroon capital, where political concerns underlie public security issues.

 

 

Cameroon comes across as a strongly centralised State. In this regard, Yaounde, as the political capital as well as a regional and county centre, is the seat of various national, regional, county or local institutions responsible for security. Yet, despite this concentration, insecurity is high: hold ups as well as theft in the streets or in taxis are increasing; the fear of being attacked is strong (Chouala: 2001; Durang: 2003). The difficult economic context with all its social repercussions is not indifferent to such a situation. In 1988, the Cameroonian State concluded a first agreement with the IMF. It was the beginning of its adjustment process[3]. The State was compelled to drastically reduce its spending in various sectors (Courade, Sindjoun: 1996; Courade: 2000). Certain neighbourhoods and various residents of Yaounde seemed abandoned by institutions, including those in charge of public security, within the framework of a neo-patrimonial State (Médard: 1991: 1995). Where this raises the issue of security offer distribution in one of the largest cities of Cameroon, we posit that populations generate their own responses in the face of real or perceived insecurity, which we intend to analyse.

 

 

 

Our research examines access to security and the right for all residents to feel protected. Security, in this instance, represents an entry point from where we can begin to understand urban society, its interactions, its ruptures as well as its fair or unfair functioning modes. Our research examines the production of inequalities in the territorialisation of public security, and tries to understand through which mechanisms and discourses populations define their right to security, and take it upon themselves to define what is just and unjust in the production of security.

 

Our analysis relies on research initiated on the one hand on the practices and representations of policemen and gendarmes[4], and on the other hand on a programme carried out specifically on popular security practices[5] in Yaounde, in 2009. Faced with a shortage of reliable information and statistics, we privileged interviews with police personnel in 2007[6]. Likewise, in 2009, we privileged a direct ethnographic approach to neighbourhoods for our study. First we conducted an observation phase during which we made contact with the residents, then an interview phase which led us to meet the heads of neighbourhoods and apartment buildings, the members of vigilance committees as well as a few residents. In the end, two neighbourhoods were selected for our purpose: La Briqueterie and Nkomkana.

 

 

Map 1 - Location of Surveyed Neighbourhoods

In the first section, we outline public security offer in Yaounde. In the second, we examine two poor neighbourhoods with a view to understanding how residents manage to meet their security needs, individually as well as collectively.

 

 

1- Security Forces: Intermittent Appropriation of the City


Monopolisation by Security Forces

 

We must not idealise public security policies in the decades preceding the socio-economic crisis of the 1980s, for law and order and public security in Cameroon have been the subject of strong ideologisation since the colonial era. They are first of all political constructions at the service of a power. Already at the beginning of the colonial era, the police complained of a striking lack of numbers and means in Yaounde [7].

 

 

The post-colonial situation brought no change. The police and gendarmerie's geographical coverage of Yaounde always turns out to be deficient and geared towards maintaining a system based on clientelism, which is the priority objective. Somehow, security forces are monopolised by State institutions and men in power. And yet the men and women in uniform partake of this centralised system where advancements and appointments depend on place, network and social membership. In this regards, we are dealing with political as well as professional principles. Indeed, relations are not just one way, such as from the Presidency towards security institutions; these institutions actually take part in the power system by following specific rules for the purpose of their own career. All the more since it seems that gendarmeries and police stations are far from being the most solicited forces. Many special groupings have seen the light of day since Independence. Next to the territorial and mobile gendarmerie and police forces inherited from the French model, we find the Groupement Spécial d'Opérations (GSO) which benefits from the technical and financial support of France. Although the GSO is close to the Presidency, it does not dethrone the Presidential Guard[8]. These two bodies incarnate an elite which is entirely at the service of the government. During the riots of 2008, it was the Bataillon d'Intervention Rapide (BIR)[9] which took over the Presidential Guard and besieged Yaoundé to end the demonstrations.

 

 

 

Finally, to what extent does the government control the entire urban space and its residents? It certainly shows its intention in this regard, by implementing multi-scale divisions (arrondissements, communes[10], neighbourhoods, districts and blocks), each one being a decentralisation of the central power. With the actual implementation of security companies, we realise that the will to improve security is a deception, because only very few areas are truly safe. The urban space is, at least partly, a political space which is fashioned by the good will of the government on the one hand, and the men and women in uniform on the other. In the end, only sporadic operations for the maintenance of law and order remain at the service of the residents. The crisis contributed to reinforce unequal security territorialisation and made the inefficiency of implemented protection structures visible.

 

 

 

 

Minority Security Territories in the City

 

Despite what at first looks like a maximum security offer compared to the other cities, public institutions are proving incapable of implementing a security policy to protect people from crime.

 

Up until 1999, the city of Yaoundé only had one central police station and one Gendarmerie Company. The central police station had sub-stations in the arrondissements, while the gendarmerie maintained squads in certain neighbourhoods.

 

 

Map 2 - Police Stations before the Reform

 

Police presence was higher in the more affluent neighbourhoods and large shopping districts, leaving many other neighbourhoods unseen to. This situation was aggravated by the exponential growth of the city. Due to the fact that it had been spreading over the years, a reform at the beginning of the 2000s led to the creation of four central police stations in charge of co-ordinating arrondissement police stations (16 public security police stations), and to the set up of several police stations (unknown number[11]). These came directly from the police capacity building support programme, a Franco-Cameroonian co-operation programme implemented in 2007. The territorial competency of each public security police station remains extremely wide, making the "proximity" between police and population somewhat unrealistic. The redeployment of the gendarmerie into three companies, each one responsible for several squads (6) brings us to the same conclusion.

 

 

Moreover, policemen and gendarmes complain about the shortage of numbers, or the massive recruitment of untrained men and women, as well as the shortage of vehicles and fuel and, more generally, the shortage of equipment or the inappropriate usage of existing equipment. These complaints form an archetype of police discourse. Pointing an accusing finger at the absence of means is a means to justify any shortage. However, since there is no mapping of the security system or that of the systematic deployment of the police into the urban space, we can conclude that the control of the city is deficient, and that urban security is established discontinuously in time and space. Without any fuel or accurate map, how can one claim to improve security in the city? Short of a permanent and efficient police presence, in a context of budgetary strictness, the security system is presented according to certain short-lived or more durable principles.

 

In the discourse of police officers and gendarmes, embassies, the jogging routes of expatriates and tourist sites such as Mont Fébé and the Palais des Congrès represent "sensitive areas". The security of diplomats and, more generally, that of expatriates are a concern for the authorities. To this end, the Cameroonian authorities created the Compagnie de sécurisation des diplomates (CSD) or Diplomats Security Unit, in 2007, in the residential neighbourhood of Bastos.

 

Photograph 1 - Bastos, Yaounde: Security on View

 

Auteur: S. Fer (2009)

 

As such, we can really speak of security staging. Bastos is the showcase of security institutions and, beyond that, Cameroon and her government.

 

Photograph 2 - Bastos, Yaounde: In Praise of the Fence

Auteur: S. Fer (2009)

 

The residents of this neighbourhoods do not actually want to call on the police and delegate their security to private agencies (Belomo Essono: 2007). As such, security guards from the same company (e.g. 4GS, DAK) can be seen operating in numbers in the same street, thereby creating a visible security perimeter.

 

But what happens to residents who cannot afford to recruit security guards? We saw that the redeployment of police stations and gendarmerie squads was not sufficient. It seems that the set up of Équipes Spéciales d'Intervention Rapides (ESIR) or special rapid intervention squads is not very convincing: on what basis are the police able to intervene with certainty and diligence in an area, even when their vehicles are in working order and available? We already highlighted this difficulty: "Yet here we are close to the road, so why the police do not drive in here where access is possible? (...) Here, the police only stop cars and they tend not to drive inside the neighbourhoods. Whether on the road or inside neighbourhoods, they are not really doing their job. Talking about hold ups, when you call the police, they ask you "Are they armed?", you reply "yes" and they hang up." (A resident of Nkomkana: 2009)

 

And so when insecurity becomes too high, the authorities call on special forces such as the GSI[12], nicknamed "the anti-gangs" by the population at the beginning of the 2000s. These security operations are often specific and end up becoming so-called "punch" operations in the same way as raids or operational commands (FIDH: 1998; Amnesty International: 2009). These can result in blunders, as was the case in 2000 in Douala, where nine young men from the popular neighbourhoods of Bépanda disappeared altogether (Malaquais: 2002; Owona Nguini, J. B. Oyono: 2000). Other sporadic operations were carried out over the entire national territory, e.g. in Vautour, Harmattan etc. The procedure was always the same: neighbourhoods closure, resident arrests, ID controls at the police station, negotiations to come out of prison. These operations are named raids in Cameroon and we, researchers, have witnessed many, typically on the eve of international summits or during periods of increases in the number of thefts and attacks. As a result, State officers in charge of security in turn become a potential or known source of insecurity, and are recurrently accused of clientelism and corruption by the residents.

 

 

 

In the end, the scope of activities of the police and the gendarmerie concerns the security of political property as well as more "ordinary" security, i.e. the protection of properties and persons from crime. Historically, this has led to unequal access to security in the neighbourhoods of the capital, and has been reinforced since the 1980s by police "raids" which are a source of insecurity, and by the emergence of security companies in aid of the more well-off populations.

 

During the 2000s, sponsors provoked the politico-administrative and financial reorganisation of security institutions. France recently contributed to the renewal of the in-house training programme of the police force (1999 and 2007), focusing on the police force's image of public service and community policing in particular. In this regard, while Cameroon is still affected by the current trend which consists in making of security an imperative of development policies (UN-Habitat: 2007), she tends to distinguish herself from privatisation and participation principles (Coleman, Sim: 2000; Ruteere, Pommerolle: 2003; Bénit: 2004), advocating a public security service "for" rather than "with" the populations. Yet, these co-operation agreements have led, at best, to a reconfiguration of the government's action, mainly stimulating new ways of operating and reinforcing the security of the President of the Republic. We are far from the declared community policing units (which were, as an example, implemented in Brazil with many criticisms, Deluchey: 2003): at best, one or two police officers take turns at manning makeshift police stations, i.e. containers placed in tarred neighbourhoods. Security is negociated to the detriment of the poorest but in the favour of the clientelist State. As such, the residents must constantly try to organise themselves in order to protect themselves. In this light, security indeed proves to be a form of spatial injustice (Harvey: 1992) insofar as the spatial and social "distribution" of security is inequitable.

 

 

2- Creating One's Own Security: New Geographic Discontinuities


In the face of poverty, deficiencies and the asymmetry of security institutions and personnel, residents have been taking their own security initiatives. While these can rely on relative forms of clientelism with the police force (inhabitants can sometimes come to an arrangement in their favour), they prove to be relatively efficient where certain authorities structure the neighbourhood. Conversely, in the neighbourhoods that do not benefit from the same legitimacy from the local authorities, initiatives have been short-lived. Many temporal and spatial discontinuities exist as far as security is concerned. Moreover, we posit that residents' actions are a barometer for what they deem fair or unfair, such as access to security.

 

 

 

A Traditional Organisation at the Service of Security: The Archetypal Figure of La Briqueterie Neighbourhood

 

Opting for the neighbourhood called La Briqueterie or La Brique for our interviews was not an innocuous choice. For many residents and external observers, it incarnates the archetype of the ethnic neighbourhood (Agier: 1999; Bopda: 2003). It is necessary at this stage to qualify this representation.

 

Administratively speaking, La Brique is in fact called Ekoudou. It represents a cluster created from the destruction of the Haoussa neighbourhood in the 1930s (the current site of the central market). It is divided into eight districts: Ekoudou 1 to 6, Briqueterie Centre and Briqueterie Ouest. Each district is divided into blocks. La Brique is a particular district in that its inhabitants are Muslim and organised according to a model which is spread widely in the north of Cameroon: a strong hierarchical organisation of powers and a cluster head (the lawan, called lamido in La Briqueterie) assisted by a tribunal which, in principle, includes a dignitary who is responsible for the security of the cluster (sarkin garkoua), and who has posts in the various districts and blocks of the neighbourhood. Furthermore, cluster heads are well aware of the boundaries of their territories.

 

The Haoussa and Bornouan dominate and are assisted by the Bamouns (themselves creating an appendix within the cluster which is sometimes integrated, sometimes rejected) (Franqueville: 1984). La Brique is the result of Muslim migration in Yaoundé (and includes people from Niger, Nigeria, Senegal and Mali among others). As such, the social network of the neighbourhood is based on a common religious identity, i.e. Islam, as well as an "ethnic" identity, that of the Haoussa (who are in the majority). The Haoussa have ensured the continuation of their way of life: local industries (butchery, dressmaking) and trading in general (fabric, household electrical appliances, meat and grills). Because of its specificities, La Briqueterie attracts many residents from all over Yaoundé. Paradoxically, due in fact to its social and cultural particularities and identities, La Briqueterie remains separate in the representations of the capital's population and even feeds their imagination: the place where all the dangers can be found (stolen goods, thefts, attacks, prostitution, all kinds of traffics, Bopda: 2003).

 

The residents of La Briqueterie, who are stigmatised and feared, play on this image to maintain, reify and invent a social and political functioning peculiar to the neighbourhood. Also, by collectively putting forward ethnic membership, the residents ensure that the authority is maintained and keep any competing authority at a distance. In this case, the ethnic category has been mobilised in relation to the security issue.

 

The actual development of the neighbourhood makes it possible to maintain spatial and social proximity, thereby guaranteeing control as well as solidarity. Apart from three tarred roads, La Briqueterie is characterised by the absence of communication routes and a high population density.

 

Photograph 3 - La Briqueterie, Yaounde: Dwelling Density at the Service of Social Control

Auteur: S. Fer (2009)

 

Initially, land concessions were delimited by fences which disappeared with population increase. The "concessions"[13] were right next to one another, sometimes forcing residents to cross other residents' properties. Living in dwellings opening onto courtyards generally leads to greater conflictual as well as amicable social interaction (Durang: 2001). As such, each resident is part of a yard, an area, a family and, in the end, a community: that of his/her native village (or the village of his/her parents' and grandparents') which was built over the years in La Brique itself. Whether or not residents accept it, each and every one of them is known, which is the first step towards preserving relative security within the neighbourhood. Attacks can only come from outside (even if they can be ordered from inside). Each family must control its children, although some youth draw attention to themselves by committing criminal activities such as smoking dagga in groups. As such, La Brique is not a completely secure territory.

 

In 2009, two vigilance committees operated in La Brique: the Haoussa Committee and the Bamoun Committee, both depending on various founding district chiefs.

 

Map 3 - Popular Security Initiatives in La Briqueterie (2009)

While officially the Haoussa Committee was initiated by neighbourhood chief, unofficially it results from the initiative of one of the district chiefs (Ekoudou 5). This chief, who had been chief for many years already (although with a status inferior to that of the cluster head) and was assisted by the heads of his blocks, was in fact the legitimate person to mobilise the youth living in the Briqueterie, in agreement with the neighbourhood chief. This means that, generally, the neighbourhood chief appoints one of the district chiefs to see to the production of security in the most central sector of La Briqueterie, which is also the most commercial with the presence of many shops, in Ekoudou 5 in particular. The distribution of the Committee members from one street to another depends on their density in the street. The Committee works in collaboration with security guards and all share the money paid by the shopkeepers, which in the end, beyond the chief's will[14], guaranties the permanence of security actions. As to the Bamoun Committee, its area of action covers roughly the so-called district of Briqueterie 8, which is placed under the jurisdiction of the Bamoun Chief. On this side of La Brique, the Bamoun community is well represented, even if its presence is not as obvious as that of the Haoussa. It seems that the organisation of this Committee does not depend so much on the community as on the economic dynamics of the area: the Total petrol station, the large goods stations and the spare parts shops make enough money to pay the members of the Committee. As such, the security actions of La Briqueterie can appear disparate on a large scale and dependent on shopkeepers, while still being part of the hierarchical relations which structure the life of the neighbourhood. This tends to maintain a certain unity and the role of mediators of the main chiefs or even the imams.

 

Photograph 4 - La Briqueterie, Yaounde: Islam, One of the Foundations of the Community Dynamics of the Neighbourhood.

Auteur: S. Fer (2009)

In this context, the relationship with security forces and more generally institutions is not without ambiguity. Indeed, the chiefs did not hesitate to resort to the Sub-Prefect of their arrondissement to have their committees legalised. Consequently, while we cannot conclude that security initiatives, whether public or private, are strictly juxtaposed, we can perhaps conclude that the chieftaincies have been substituted or even somehow incorporated into the central administration. However, according to certain chiefs living in La Briqueterie, taking one's own security in hand is a means to keep a certain distance with the police. When a theft is committed and the identity of the thief is known, he is chased after by the members of the committees and is asked to return the stolen goods: "the members of our committee go and fetch the thief in his home. He returns what he stole" (District Chief: 2009). This is not so much about punitive as restorative justice which, according to some interviews, would also make it possible to exercise and turn a blind eye to various activities involving the receiving or possession of stolen goods. "The police station of the 2nd arrondissement requested premises (...) but nobody accepted. No one wanted to rent or sell a piece of land for them to settle there because we are a bit careful about the police. Because the shopkeepers import goods from Nigeria. And therefore the residents felt that this could harm their business. And then, if they wanted to settle there by force, I think that the premises would soon be burned down in the night" (deputy of a district chief, March 2009).

 

Nonetheless, sometimes this does not prevent the police or gendarmerie from submitting a case to court, when the people concerned are from outside the neighbourhood and have no connection to the main families of La Briqueterie. In this case and according to some members of the Haoussa Committee, the place called "Carrefour tissue", not far from the pharmacy of the Verset, is used to interface with the police. This is where the police or gendarmerie come to fetch criminals who were arrested in the night.

 

Moreover, the chiefs speak about the imperative of maintaining peace in case of riots, which brings us back to the ideological dimension of security. But, generally, the residents complain about the excessive corruption of the police and gendarmerie on the one hand[15], and the excess of laxity on the other hand: "the problem is that when they arrest a thief, he gets out the next day. When a parent or a friend of that thief pays, then the police let him go, when normally he needs to be punished. The problem is that you don't have the same way of measuring criminality. The police superintendent thinks that when a man steals a radio, that man is a petty thief, and the prisons are full of them, and therefore the police let him go. The police categorise crime differently from us. For the police, these are petty crimes, but for us it's not" (District Chief: 2009). Where the police think they are applying justice, paradoxically that is when the residents feel that they are the victims of an injustice.

 

On the whole, spatial and social proximity is what guarantees security in La Brique. Despite the diversity of the populations, we can conclude that there is a community-based security, with chiefs ensuring that any prejudice is remedied. How long will recognition of this authority last? In some areas, residents note the arrival of new lodgers and are concerned about the fact that La Brique is opened to strangers and falls outside of the current mediation patterns. The fact that this community-based security system has not been transposed at the city level, makes of La Brique an enclave more than ever, one that ensures the protection of its residents.

 

 

 

 

 Nkomkana: A Weak Territorial Organisation behind the Fragmentation of Security Systems


 

Unlike La Briqueterie, as far as identity foundation and maintenance are concerned, the densely populated peri-central neighbourhood of Nkomkana consists of a mixture of different cultures, with the Bamileke as the dominant ethnic group, although "bamileke" does not actually refer to a specific ethnic group, but to a group of chieftaincies with distinct yet related languages and common cultural traits.

 

Photograph 5 - Nkomkana, Abandoned by the Authorities

Auteur: S. Fer (2009)

The population of Nkomkana increased when the neighbouring neighbourhood of Madagascar underwent developments (Franqueville: 1984) and its residents were chased away. These decided to settle in Nkomkana and, together with migrants from western Cameroon, became the core of the population. These migrants came to live in the capital city for personal reasons and did not seek to join one community or another, although it always seems necessary to do so when living in Yaounde for the first time. Indeed, the density and diversity of the residents' origins do not guarantee social or solidarity networks.

 

 

 

Nkomkana does not have a regulation and control system like that of La Briqueterie. Also, in the face of recurrent insecurity (theft and house breaking), attempts have been made at improving the security of the neighbourhood, with the creation of several vigilance committees succeeding one another.

 

Map 4 - Popular Security Initiatives in Nkomkana (2009)

 

Interviewed residents spoke of the vigilance committees created already in the 1990s. These were organised in reaction to an increase in the number of thefts and attacks, and relied on the mobilisation of young men from the neighbourhood who were often out of work, and who came from all walks of life, whether graduates, unemployed or school dropouts. These committees relied on a subscription system: each resident who did not physically take part had to pay a certain sum of money (e.g. 100 francs per day per household for one of the committees, or irregular payments for other committees). The money collected was then used to remunerate vigilance committee members. In principle, every night, ropes were stretched across certain roads, de facto creating a roadblock where all pedestrians and cars were controlled. Whistles were used to sound the alarm when necessary. A committee can initially gather up to around fifty members. But this number can dwindle down to nothing, with the committee disappearing altogether in the space of several weeks. As such, Nkomkana's social profile is very different to that of La Briqueterie. Indeed, the potential emergence of collective security practices is slowed down by the absence of recognised authority and strong social principles. Vice versa, local response to insecurity does not manage to bring out a territorial unity or the collective appropriation of Nkomkana. As a result, the non-presence of the police is strongly felt, which keeps the image of the committee alive. This situation brings us to consider even more the multiplicity of figures and authorities intervening in the security of Yaounde. Who is behind a committee? What kind of relations does a committee have with the police and the gendarmerie? And, finally, what do residents end up choosing?

 

The authorities (and more particularly the Sub-Prefect) of Yaounde have encouraged the creation of vigilance committees to assist or relay the police, which is no secret in Yaounde or Cameroon for that matter. A report on the activities of the central police station of Yaounde dated from 1957, mentions the existence of vigilance patrols. The patrols of La Briqueterie and Nlongkak were pointed out particularly for having committed attacks. "These vigilance patrols do not always respect the instructions given to them and sometimes take advantage of the situation to satisfy their desire for personal revenge.[16]" The fact that instructions were given by the police means that these patrols were not necessarily the fruit of resident initiatives only. A the level of the country, during decolonisation, the central authorities in turn encouraged the residents of many villages to set up their own security endeavours to protect themselves from independence fighters (called maquisards).

 

 

 

Today, the Sub-Prefecture must give residents the means to buy the equipment. Committees make use of whistles, flashlights, ropes, clubs and machetes, which requires an initial investment, covered in part or in whole by the Sub-Prefecture[17]. As such, the populations want to see the existence of their vigilance committees legalised. The head of the neighbourhoods is then asked by one committee or another to take part in the negotiations with the authorities. While recognition of a committee should ensure its partnership with the police officers and/or gendarmes in charge of the area concerned, it should also guarantee committee members from any legal action against them.

 

However, the police strongly incriminate the existence of such committees and do not trust their initiative, pointing out the many blunders and lack of professionalism. In the end, the Sub-Prefecture remains reserved about a process which, paradoxically, it often ends up initiating as well as provoking. It wishes for a security at a lower cost but cannot fully pursue it, and even less cover potential criminal actions.

 

 

In this context, a vigilance committee was developed in Nkomkana 1 in 2009, on the initiative of the neighbourhoods head and a man named W, in charge of organising security, and for whom security is a personal investment. W is 28 years old and was born in Nkomkana. On the initiative of an association called Assistance Cynophile et Service, he hired himself out to various security companies in Yaounde. In agreement with the district chief where he lived, he put together a vigilance committee for Nkomkana 1 and, over time, became a reference in the district. The way this committee had been developing shows how an individual initiative can become a collective project. Permission to create a committee was requested from the authorities and more particularly the Sub-Prefecture of Yaoundé 2, the police station of Mokolo 2e and the gendarmerie squad of Tsinga Madagascar. With the approval of the Sub-Prefect, W received permission to compile a register of Nkomkana 1 residents, with a view to working out how much the committee could rely on if it was to function properly. Each household listed was to pay 3 000 FCFA per month, i.e. 100 FCFA per day. Then the committee began operating, erecting barriers at night to delimit its field of action, and controlling strangers coming in and out of the neighbourhood. The committee had around twenty members who were to be either posted at the entrances of the neighbourhoods, or organised in patrols doing rounds. W explained that, should this pilot project turn out to be efficient and sustainable, it would be extended to include greater Nkomkana.

 

 

 

 

However, Nkomkana residents felt that the action of the vigilance committee was more about sporadic reaction to security degradation than long term security investment in the neighbourhood. The committee relied on the existence of neighbourhood networks and their capacity to stir people into action, which was not inherent to each neighbourhood, particularly Nkomkana, from the viewpoint of La Briqueterie. Finally, while some residents did not want to pay, others simply could not afford regular fees towards a vigilance committee, leading the young committee members to lose heart and grow weary of carrying out security missions voluntarily.

 

http://www.dailymotion.com/video/xn4doy_la-justice-populaire-a-yaounde_news

 

 

 

 

 

 

 

 

Sometimes, the absence of vigilance committee gives way to people who take the law into their own hands. This was the case of two young brothers who, in 2009, decided to ensure security in Nkomkana. Each resident was supposed to have their cell phone number handy to reach them in case of mugging. The two brothers, who were also born in Nkomkana and were without occupation, were both under 30. They intervened on a portion of the neighbourhood which they called the "peace sector". Well-known in the neighbourhood for their strength and muscles, they headed a group of around fifteen resourceful youngsters who met every day. All shared the modest sums obtained from ensuring security in the area. They deemed it their duty to protect the area in which their families and friends lived. As such, security was informal and depended on the relationships developed with residents. In this light, one could consider the area as a micro-territory of security. In our interviews with the brothers, we noticed how they defined the right to protection and decided to re-establish a form of justice to the point of calling themselves "lawmen".

 

 

 

 

 

By keeping on claiming to be lawmen, the young brothers opened themselves to mistakes, legal actions and sanctions from potential thieves. This was testified by the fact that one of them requested protection from (and integration into) the police. This questions their status and intentions, which were not easily discernable in a few weeks' worth of interviews, but which some people mentioned during the interviews, questioning their status of lawmen and their concept of justice for personal ends.

 

 

 

Resulting from this all is a spatial distribution of neighbourhoods into many areas, which depends on the flow of security initiatives. Enclosing an area using ropes at best guarantees the protection of a few roads only, and as such Nkomkana is not fully covered by the actions of a vigilance committee. One could also question how two committees manage to coexist. All in all, one year after the first interviews, the vigilance committee established by W no longer exists and the two brothers left the neighbourhood. In the end, while it seems that a committee might need specific context and personal investment to come into existence, this certainly weakens the social network hypothesis. In addition, a committee relying on leadership makes it all the more fragile. This is a far cry from the emergence of in-/formal participative principles, materialised through road closure on the one hand and the creation of neighbourhood associations on the other (as shown in Nigeria, South Africa and Kenya, Bénit-Gbaffou, Fabiyi, Owuor: 2007). A committee in Cameroon can even partake of the fragmentation of a neighbourhood into zones of influence.

 

The absence or even privatisation of security seriously calls for a real public security policy. As seen previously, we cannot oppose police and popular responses too hastily and in a clear-cut manner. Security overlapping takes place at several levels and between different actors. However, it seems that residents are not actually included in the private initiatives of the few local personalities who, on the contrary, are in the security business to their own private ends. In this light, such initiatives are on a par with those of the police force which is inclined to make money from its interventions. In Nkomkana for example, what emerges is a deep feeling of injustice coupled with high expectations as far as city level public security service is concerned. On the other hand, the State appears to be almost ousted from the functioning of La Briqueterie where residents have taken public security management into their own hands.


Conclusion

 

 

Through our study on security, we are discovering a complete geography of urban powers, involving a multiplicity of actors such as security forces, private companies, neighbourhood and district chiefs, vigilance committees, lawmen and residents, all intervening on different time and spatial scales, opposing one another, meeting and negotiating, and raising the issue of a spatially fair access to security.

 

Our study reveals the individual logic found in well-off residential areas which make use of walls and cameras, and call on registered security companies or informal security guards, as in Bastos. It also reveals the more collective logic of popular neighbourhoods. In the end, security is not just a State affair; it also involves any actor intervening in the urban space. At this stage, we need to avoid reducing security initiatives to organising vigilance committees. While such committees are the most visible form of security in poor neighbourhoods, this does not mean that they are to be found there every time. As such, security raises the issue of power struggle and standards underlying the city, and leading to the appearance or consolidation of inequalities within it. Security is not accessible to all in the same way but the State remains a key element to negociate the access to security. Its production interacts with social inequalities understood in their spatial dimension: public security policies and the security practices of the police, communities and individuals, express, compose and reinforce strong urban segmentations and social distancing. Such differentiated security management depends on social dynamics peculiar to each neighbourhood, areas and blocks. Yet it also has an influence on the actual social space of the neighbourhood, and on the strengths or weaknesses of its identity and territorial unity. As such, from one neighbourhood to another, or even from one street to another, popular security initiatives are being distinguished. The more a neighbourhood carries a strongly claimed identity, the more the community - which is attached to it - manages to establish and maintain regulatory and monitoring authorities, and therefore security processes, which is what La Briqueterie illustrates. Conversely, some neighbourhoods fail to sustain and maintain social dynamics, leading to micro-territories of security, as in Nkomkana, which do not last.

 

 

Could the existence of a community principle, like that found in La Briqueterie, echo international requirements for a responsible, committed and community-based police force? The will to establish and develop police stations and squads without taking into account local political and regulatory systems, especially in a clientelist State (Bayart, 1985), represents a shortcoming in the construction of a committed police force. Nevertheless, this raises the issue of fair access to security for all throughout the urban space. There are no such social dynamics in Nkomkana. In Bastos, they lead to the privatisation of security as per resident affordability. As to La Briqueterie itself, it seems that the neighbourhood and districts chiefs with major shopkeepers want to ensure the security of their own properties first. Security is a factor of fragmentation (which depends on a diversity of criteria such as income, origin and gender) and spatial injustice: a reaction to a lack of security in one neighbourhood of the city reinforces relegation in another. What appears just and legitimate to the residents of La Briqueterie will, in the end, reinforce the marginalisation of Nkomkana.

 


[1] By poor suburb we mean densely populated, under-equipped and damaged suburbs, for lack of accurate statistics on income levels and professional status.

[2] After being initially colonised by the Germans, at the end of WWI Cameroon came under a League of Nations mandate and subsequently became a United Nations Trust Territory, shared between Great-Britain and France.

[3] Strategic Actions Programmes saw the day: 1988-1989, 1991-1992 and 1994-1995, then Cameroon was admitted to the Heavily Indebted Poor Countries (HIPC) programme in October 2000.

[4] This research was conducted in two phases: first in July and August 2007, when interviews were conducted with the Cameroonian police and gendarmerie in Yaoundé (29 interviews including 5 with representatives from the French Co-operation in Cameroon, 5 with gendarmes and 8 with police officers); and secondly in July 2008, at the Centre des Archives d'Outre-Mer d'Aix en Provence to add to the archives consulted in Yaounde (National Archives) to understand better the emergence of security institutions during the colonial period (francophone Cameroon).

[5] This programme was financed by the French Service de Coopération et d'Action culturelle in Cameroon.

[6] It was not always possible to record these interviews. The gendarmes and police officers who refused to be recorded were in fact the most forthcoming, as opposed to those who accepted the use of a microphone and who spoke little of themselves, their careers, their doubts and the daily realities of their work.

[7] A few letters today archived testify to the difficulties experienced by the forces present to fulfil their security missions: ANY, 1 AC/1100 and ANY, APA 11 223/M The Minister of Colonies to the Prefect in the Territories of Cameroon. Letter dated 14 May 1938: RE the annual report of the Police Commissioner for the year 1937 Paris, 14 May 1938 (rue Oudinot, Paris 7e).

[8] After the putsch of 6 April, the Republican Guard was dissolved by President Biya. He then created a joint task force made up of gendarmerie, Army, Air Force and Navy personnel called the Presidential Guard, which was legitimised by Decree n° 85/ 738 of 21 May 1985. This Guard falls under the jurisdiction of the Head of State and has two missions, i.e. parading and fighting (Belomo Essono: 2007: 430).

[9] The BIR is an elite unit recently created to fight against armed road gangs in the north and east of the country. The BIR intervenes where the police and gendarmerie cannot.

[10] Yaounde makes up an urban community, led by a government representative who is appointed by the Central Authority. This community is divided into 7 urban communes of arrondissement, each run by local councilors who are elected into post.

[11] We are not in possession of sufficiently accurate data to map the redeployment of police units in Yaoundé.

[12] The Groupe Spécial d'intervention (or Special Intervention Group) is made up of police officers specialized in the fight against organised crime. See also the Groupe Polyvalent d'Intervention de la Gendarmerie Nationale (GPIGN).

[13] Expression of colonial origin used locally to refer to plots of land in popular areas.

[14] A shopkeeper can give between 500 and 1 000 FCFA per week to the committee.

[15] It appears that paying to come out of jail is more expensive in a gendarmerie squad than in a police station. In this light, the gendarmerie is not any less corruptible than the police force, simply more inaccessible. Apparently gendarmes ask for 30 000 FCFA when police officers demand between        2 000 and 6 000 FCFA.

[16] ANY, 1 AC 1890

[17] A legalised vigilance committee must not be equipped with firearms.

 


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Archives

 

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CAOM 1AFFPOL/539 dossier 14 : Circulaire ministérielle n°2 C1, du 10 Juin 1930, relative à la nécessité de renseigner rapidement le Département sur les incidents locaux d'une certaine importance.

 

CAOM 1AFFPOL/1675 : Ville de Douala, 1927, Lettre adressée au Commissaire de la République française

 

CAOM 1AFFPOL/3304, dossier 2 : Rapport, non daté (vraisemblablement 1946 à la suite d'un courrier de mai 1946 du Haut Commissaire sur le transfert) : sur le transfert de la Sûreté de Douala vers Yaoundé.

 

 

Archives nationales de Yaoundé

 

ANY, 1 AC/1100 (existe aussi sous la côte APA 11 410/A)

Rapport sur le fonctionnement et l'activité de la police municipale de Yaoundé au cours de l'année 1951 présenté par R. Ducamin, commissaire de police de la Sûreté Nationale. Commissariat central de Yaoundé

 

ANY, APA 11 223/M Le Ministre des colonies à M. le Commissaire de la République française dans les Territoires du Cameroun. Objet de la lettre en date du 14 mai 1938 : au sujet du rapport annuel du Commandant des Forces de police pour l'année 1937 Paris, le 14 mai 1938 (rue Oudinot, Paris 7e)

 



Pour citer cet article | To quote this document

Stéphanie Fer, Université Paris 1 I Panthéon Sorbonne Marie Morelle, Université Paris 1 - Panthéon Sorbonne I Olivier Iyébi Mandjek, Fondation Paul Ango Ela
«Se protéger à Yaoundé», [«Security in Yaoundé», traduction : Laurent Chauvet, Institut Français d'Afrique du Sud (IFAS)]
justice spatiale | spatial justice | n° 04 décembre | décember 2011 | http://www.jssj.org

 

 

La Rénovation urbaine, vecteur de justice spatiale face à l’insécurité des déplacements ? |
Urban renewal – a vehicle for spatial justice in the face of traffic safety problems?

Godillon Sylvanie, doctorante Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, UMR Géographie-cités (équipe CRIA) - Allocataire de recherche à l’IFSTTAR (département Mécanismes d’Accidents)

traduction | translation :Sureeta Narula,Vandana Kawlra, FITI PVT. LTD

Résumé

La sécurité des déplacements est l'ensemble des actions, de la sensibilisation aux aménagements, visant à réduire les accidents. Dans un contexte méconnu d'inégalités face à l'insécurité des déplacements, les aménagements urbains réalisés dans le cadre du Programme National de Rénovation urbaine sont-ils le vecteur d'un accroissement de la justice spatiale ?

Les objectifs de l'article sont de démontrer qu'il existe des inégalités socio-spatiales face au risque d'accident et de s'interroger sur la réduction de ces injustices lors des projets de rénovation urbaine. À travers une analyse des lois, des projets et des discours des responsables, la prise en compte des enjeux de sécurité dans les programmes de rénovation urbaine est analysée.

Si la sécurité est intégrée implicitement lors des aménagements urbains, l'accroissement de la justice spatiale en terme de sécurité n'est pas maximisé. En effet, les acteurs n'ont pas connaissance de la combinaison de facteurs territoriaux en jeu et appréhendent l'insécurité par la délinquance et le comportement. L'absence d'analyse précise de l'accidentologie lors des projets de rénovation urbaine et d'acteurs portant ces enjeux ne permettent pas de maximiser l'accroissement de la justice spatiale.

 

Mots-clés :

Sécurité des déplacements - Justice spatiale - Rénovation urbaine - Délinquance

 

 

 

 

Introduction 

Discours alarmistes, dossiers spéciaux et reportages spectaculaires : beaucoup d'encre coule sur la sécurité dans les quartiers défavorisés[1]. Le débat médiatique et politique se situe dans le créneau de la sécurité des personnes et des biens dans un contexte « d'explosion » de l'insécurité dans les banlieues françaises. L'abondance de ces discours ne prend acte que d'un seul type d'insécurité : la délinquance. Cette profusion occulte d'autres types d'insécurité, telle que l'insécurité des déplacements, alors que plusieurs recherches montrent des liens étroits entre inégalités et accidents.

 

Si l'insécurité des déplacements est souvent considérée comme le résultat de comportements délinquants, des recherches montrent que les personnes pauvres ont 20 à 40% plus d'accidents (Hasselberg et al., 2001) et que les habitants des quartiers pauvres ont près de 40% plus d'accidents (Fleury et al., 2009). Les habitants des quartiers défavorisés seraient donc à la fois les « agresseurs » et les premières « victimes ». Toutefois, la position adoptée dans cet article évite cette dichotomie agresseur/agressé au profit d'une compréhension de l'accident comme le résultat d'un processus complexe mettant en relation des personnes, des modes de transports et l'environnement lors de l'accident.

 

Pour lutter contre les inégalités socio-spatiales, le Programme National de Rénovation Urbaine[2] finance depuis 2003 des opérations pour améliorer la qualité des quartiers défavorisés et aider au développement économique et social. Des objectifs en termes de santé et de qualité de vie sont affichés. Dans ce contexte, les inégalités socio-spatiales face à l'insécurité des déplacements sont-elles traitées ? Ce programme est une opportunité de financements de plusieurs types d'actions. À l'échelle de la rue, la rénovation urbaine permet de financer des projets d'aménagements sur les espaces publics : des actions correctrices de l'insécurité routière peuvent être effectuées. De plus, ces programmes incitent à des approches globales et des partenariats entre les acteurs lors de la définition des projets urbains. Les acteurs portant les enjeux de la sécurité des déplacements sont donc théoriquement associés et peuvent s'exprimer concernant les besoins en termes de sécurité des déplacements.

 

La sécurité des déplacements est définie comme l'ensemble des actions ayant pour but de protéger les personnes, autrement dit de réduire le nombre d'accidents, définis comme des chocs entre différents usagers des espaces publics qu'ils soient piétons, cyclistes ou automobilistes. Ces actions vont de la sensibilisation des usagers à des aménagements urbains (zones 30, mise en place de passages piétons, chicanes pour réduire les vitesses). Les gestionnaires des réseaux sont en mesure de réduire l'insécurité routière par les aménagements (Fleury, 1998). Des inégalités socio-spatiales existent face au risque d'avoir un accident : les aménagements urbains réalisés lors des projets de rénovation urbaine sont-ils le vecteur d'un accroissement de la justice spatiale ?

 

La justice spatiale est un concept débattu depuis les années 1970 qui reprend les analyses de Rawls (Gervais-Lambony et Dufaux, 2009). Le géographe Reynaud indique que les disparités « sont ressenties et vécues comme autant d'injustices par tous ceux qui en sont, à des degrés divers, les victimes » (Reynaud, 1981 : 10). Le sentiment d'injustice n'existe que si les inégalités sont connues. La justice socio-spatiale consiste alors à « savoir comment peut s'opérer un rééquilibrage au profit des aires marginales » (Reynaud, 1981 : 10). La sécurité des déplacements est donc juste si elle permet de réduire les accidents dans les espaces les plus défavorisés tout en permettant à chacun des habitants de ces espaces d'accéder à des déplacements sécurisés.

 

Les objectifs de l'article sont de montrer qu'il existe des inégalités sociales, spatiales et socio-spatiales face au risque d'accident à travers une revue de littérature (1), de s'interroger sur la réduction de ces injustices lors des projets de rénovation urbaine (2) et sur l'influence de la méconnaissance de cet enjeu sur l'absence d'une politique spécifique de sécurité des déplacements (3). L'analyse de la place et du fonctionnement de la sécurité dans les projets de rénovation est effectuée à travers une analyse qualitative du texte de loi du Programme National de Rénovation Urbaine et d'une analyse des processus de décision lors de cinq projets urbains[3] dans l'agglomération de Lille (France). Cette analyse des processus de décision se base sur les conventions financières signées entre les partenaires locaux (collectivités, bailleurs...) et l'Agence Nationale de Rénovation Urbaine, ainsi que sur les discours des techniciens en charge des projets urbain et de l'analyse des accidents[4].

 

1. L'insécurité des déplacements comme marqueur d'injustice

Chaque citoyen n'est pas égal face au risque d'avoir un accident de la circulation, en tant que conducteur d'un véhicule (automobile, moto, cyclomoteur, bicyclette) ou en tant que piéton. Des recherches montrent des inégalités socio-spatiales face à l'insécurité des déplacements (1.1). Ceci s'explique en partie par des comportements associés à la délinquance (1.2), mais l'influence du territoire n'est pas négligeable et permet de comprendre d'autres processus en jeu (1.3). L'objectif est donc de déterminer s'il existe un effet de quartier pour le risque des habitants, autrement dit d'analyser les « effets de la concentration de la pauvreté sur les habitants des quartiers "pauvres" » (Bacqué et Fol, 2007 : 181).

 

1.1. Des inégalités face aux accidents

Depuis les années 1980 des recherches ont été menées sur les différences socio-économiques en termes de santé et plus spécifiquement sur les disparités face à l'insécurité routière. La plupart des travaux ciblent des publics spécifiques (enfants, piétons, motards...) et les résultats montrent des inégalités importantes en termes d'insécurité des déplacements. Les épidémiologistes ou les géographes de la santé traitent cette question principalement par des analyses statistiques. Les liens entre les inégalités socio-économiques et la sécurité des déplacements ont été montrés suivant trois entrées : les pauvres ont plus d'accidents, les quartiers défavorisés concentrent plus d'accidents, les personnes qui habitent des quartiers défavorisés sont plus impliquées dans les accidents.

 

Plusieurs travaux montrent que les bas niveaux socio-économiques sont associés à de plus fort taux d'accidents (Wise et al., 1985 ; Van Beeck et al., 1991 ; Laflamme et Engstrom, 2002 ; Zambon et Hasselberg, 2006). Le risque d'accident est 20 à 40% supérieur pour les enfants de familles d'ouvriers que pour les enfants de classe intermédiaires (Hasselberg et al., 2001). Les facteurs sociaux et économiques sont plus significatifs que l'âge, le sexe ou le comportement pour expliquer les accidents d'enfants (Christie, 1995).

D'autres résultats montrent que les quartiers défavorisés sont le lieu privilégié des accidents de la circulation (Roberts et al, 1992 ; Bagley, 1992 ; Aguero-Valverde et Jovanis, 2006). Les taux d'accidents d'enfants sont deux fois supérieurs dans les quartiers pauvres. Il ne s'agit plus du risque encouru pour certaines populations, mais bien de la fréquence d'occurrence d'accidents dans un quartier donné.

 

Enfin, le niveau de pauvreté d'un quartier est mis en relation avec l'accidentologie de ses habitants. Les résultats montrent qu'il existe des corrélations positives entre ces deux variables (Durkin et al., 1994 ; Abdalla et al., 1997 ; Reimers et Laflamme, 2005). Les habitants de quartiers défavorisés ont 36% de risque supplémentaire par rapport à des habitants de quartiers plus aisés (Fleury et al., 2009). Des recherches récentes nuancent toutefois ces liens en montrant que l'influence de l'environnement lors de l'accident (Hewson, 2004) ou les variables individuelles (Borrell et al., 2002) sont plus explicatives que le niveau de pauvreté du quartier de résidence. Habiter dans un quartier pauvre n'influence pas directement le risque individuel, mais y contribue positivement.

 

Comment comprendre les différenciations socio-spatiales face à la sécurité des déplacements ? Un cadre interprétatif souvent mobilisé est celui relevant d'hypothèses comportementales.

 

1.2. Le comportement en question

Une hypothèse possible est que « les accidents résultent d'actes délictueux commis par des groupes asociaux. La sécurité passe alors par des actions sur l'homme, que ce soit la formation, l'information, le contrôle, la répression » (Fleury et al., 2009 : 145). Pourtant, un accident arrive à un conducteur normal, conduisant une voiture normale, sur une route normale (Baker, 1960). En effet, la violation délibérée de règles n'intervient que dans 5% des cas. Les défaillances des conducteurs relèvent davantage de l'erreur que de la transgression des règles de conduite (Van Elslande et al., 1997).

 

Les habitants des quartiers défavorisés sont plus impliqués dans les accidents en raison d'une plus grande présence démographique d'habitants enregistrant des risques supplémentaires. En effet, les quartiers défavorisés sont fortement peuplés par des jeunes. La part des moins de 20 ans représente 32% de la population des Zones Urbaines Sensibles, cible prioritaire de la politique de la ville depuis 1996, alors qu'elle n'est que de 25% en France métropolitaine selon le recensement général de population (INSEE, 1999). Or les jeunes, et particulièrement les jeunes hommes, ont des niveaux de risque plus élevés (Factor et al., 2008 ; ONISR, 2009). Une explication avancée est une attitude des jeunes davantage orientée vers la prise de risque (Hatfiel et Fernandes, 2008).

 

Les infractions et les comportements délictueux sont présents lorsque sont analysées les conditions d'accidents des habitants de quartiers défavorisés. 10,3% des usagers sont en infraction parmi les habitants d'un quartier défavorisé ayant eu un accident, alors qu'ils ne sont que 7,5% lorsqu'ils habitent dans un quartier aisé. Le pourcentage des infractions commises par les habitants des quartiers défavorisés est plus important que celui des habitants des quartiers favorisés, ceci quelle que soit la nature de l'infraction, sauf pour l'alcoolémie illégale. Mais la seule hypothèse des comportements délinquants ne suffit pas à expliquer le sur-risque des habitants des quartiers défavorisés puisque « beaucoup d'accidents restent très semblables dans leur déroulement - ou du moins dans les comportements qu'ils impliquent - à ceux [qui impliquent les habitants de quartiers aisés] » (Fleury et al., 2009 : 146).

 

Les hypothèses comportementales ne sont pas spatialisées. Elles peuvent l'être dans la mesure où les pairs influencent la prise de risque. Dans les actions, ces hypothèses comportementales renvoient à des campagnes de sensibilisation ou à des renforcement des contrôles et de la répression. Ces actions sont a-spatiales au sens où elles ne concernent pas un espace particulier.

 

1.3. La dimension socio-spatiale du risque

Les inégalités face à l'insécurité des déplacements peuvent s'expliquer par des facteurs sociaux, qui font écho aux facteurs individuels : utilisation du véhicule, entretien du véhicule, usage d'équipement de sécurité, ou adoption d'un comportement plus à risque (alcool, drogue) de la part des catégories sociales les moins favorisées (Zambon et Hasselberg, 2006).

 

Des caractéristiques liées au quartier jouent un rôle important. Ainsi, habiter dans un logement suroccupé (Rivara et Barber, 1985 ; Pless et al., 1989) ou habiter dans un immeuble (Mueller et al., 1990) influence positivement le risque d'accidents pour les enfants. Ces auteurs l'expliquent par la plus grande propension des enfants à passer du temps en dehors de leur logement. Ces résultats font écho à une recherche datant du début des années 1970 qui montre que les zones les plus accidentogènes ont une forte concentration de l'habitat avec de petits jardins, peu d'espace de jeux pour les enfants, et la présence de trafic de transit dans le quartier (Preston, 1972). Les niveaux de trafic dans le quartier entrent également dans l'explication de l'accidentologie piétonne (Mueller et al., 1990 ; Joly et al., 1991). Les caractéristiques des quartiers de résidence, ajoutées aux caractéristiques sociales des habitants, participent donc aux processus explicatifs des inégalités face à l'insécurité. Il s'agit donc moins d'effet de quartier que d'effet de milieu : la concentration de la pauvreté n'est pas le seul facteur explicatif de plus fort risque d'accident puisque s'ajoutent des facteurs morphologiques.

 

La mobilité, déterminée en partie par le profil socio-économique et le quartier de résidence, est également influente. Erskine montre que les ménages les moins motorisés sont disproportionnellement tués dans les accidents de la route (Erskine, 1996). Abdalla explique ce phénomène par des expositions au risque différentes selon les modes de déplacements. Les enfants scolarisés des quartiers riches sont véhiculés en voiture pour leurs déplacements : ils sont ainsi plus exposés aux accidents non piétons que les enfants des quartiers défavorisés, ces derniers étant davantage exposés au risque d'accident en tant que piéton (Abdalla, 1997).

 

Des inégalités existent face au risque d'être impliqué dans un accident. Elles s'expliquent en partie par des comportements délinquants, mais aussi par des aspects sociaux, des caractéristiques du quartier d'habitation et par la mobilité. Pour réduire ces inégalités, le Programme National de Rénovation Urbaine ayant des dimensions sociales et urbaines est une opportunité pour accroître la justice spatiale.

 

2. Une prise en compte implicite par les projets de rénovation urbaine

La rénovation urbaine comporte plusieurs volets dans lesquels la sécurité des déplacements est abordée implicitement. Cette prise en compte implicite signifie que la sécurité est un résultat collatéral d'autres objectifs, mais n'est pas un objectif affiché en tant que tel.

 

Les actions implicites de sécurité routière s'observent dans deux domaines principaux : par la prévention et la répression des comportements délinquants (2.1) et par l'amélioration de la qualité du cadre de vie (2.2). Toutefois, cette amélioration implicite s'effectue dans le cadre d'une ouverture des quartiers préconisée pour lutter contre l'exclusion. Les objectifs d'ouverture sont-ils en contradiction avec les objectifs de sécurité des déplacements (2.3) ?

 

2.1. Prévention et répression des comportements délinquants

Dans un contexte d'explication des situations d'insécurité par le comportement déviant des individus, les interprétations des inégalités face à la sécurité des déplacements sont trouvées : les habitants des quartiers défavorisés sont plus impliqués dans les accidents en raison de leur comportement.

 

Une analyse des conventions financières des cinq projets de rénovation urbaine dans l'agglomération lilloise permet d'analyser la place de la sécurité routière dans les projets et dans les processus de décision. Quand les projets de rénovation urbaine abordent les questions de sécurité routière, celles-ci sont traitées par les Contrats Locaux de Sécurité et de Prévention de la Délinquance (CLSPD) ou les contrats de Gestion Urbaine de Proximité (GUP). Les premiers représentent le volet prévention et sécurité de la politique de la ville. Les actions sont principalement tournées vers la sensibilisation ou la répression. Les secondes visent l'amélioration de la qualité de vie des habitants, dont un des aspects est la sécurité routière. La signature d'une telle convention est obligatoire dans les quartiers en rénovation urbaine. Dans les deux cas, les orientations visent la sensibilisation des conducteurs, la prévention des comportements pouvant générer des conflits et la répression des usagers ne respectant pas les règles. Ainsi, le contrat local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) de Lille de 2009 comporte des actions qui visent principalement à sensibiliser les jeunes face à la sécurité routière ou réduire le nombre d'accidents par des contrôles de police (Contrat Local de Sécurité, 2009, Lille). Le volet « Gestion Urbaine de Proximité » dans le grand projet de rénovation urbaine de la ville de Lille de 2006 traite sans distinction des questions de délinquance et de sécurité routière (Grand Projet de Rénovation Urbaine de la Ville de Lille, 2006, Lille).

 

Le discours des responsables des projets de rénovation urbaine interrogés montre cette proximité entre délinquance et accident. Par rapport à l'insécurité dans ces quartier, les principales raisons évoquées sont liées à l'incivilité des jeunes (« C'est sûr il y a des jeunes qui roulent comme des fous »[5]) ou des usagers de deux roues motorisés (« Avec les beaux jours, les motos sans casques, les quads circulent beaucoup dans le quartier. Cela conduit à des phénomènes d'incivilité qui peuvent créer des conditions d'insécurité »[6]). Les actions préventives et répressives des comportements délinquants sont explicitement citées comme un moyen de réduire l'insécurité, dont l'insécurité routière.

 

Lors du réaménagement des espaces publics, les acteurs techniques tiennent compte de ces incivilités : « dans les quartiers difficiles, forcément, il y a des rodéos, On pense toujours à ça quand on libère l'espace public ». En effet, d'autres actions ont un impact sur la sécurité des déplacements, comme les opérations d'aménagement urbain.

 

2.2. Une prise en compte implicite de la sécurité dans les aménagements urbains

L'article 6 de la loi d'orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine propose stipule que le programme « comprend des opérations d'aménagement urbain, la réhabilitation, la résidentialisation, la démolition et la production de logements, la création, la réhabilitation et la démolition d'équipements publics ou collectifs, la réorganisation d'espaces d'activité économique et commerciale, ou tout autre investissement concourant à la rénovation urbaine[7] ». Parmi les opérations d'aménagements urbains, des requalifications de voiries sont menées. Ces requalifications s'accompagnent d'une réflexion sur l'organisation des déplacements, la place accordée aux différents modes de transports, les vitesses autorisées, le stationnement... Ces choix influencent les niveaux de sécurité comme le montre Marine Millot dans sa thèse : « Si l'aspect "réseau" des espaces urbains a effectivement une influence forte sur les problèmes de sécurité, ce que montrait la littérature, il n'est pas le seul. D'autres propriétés sont à prendre en compte comme le traitement de l'espace public, l'environnement dans lequel évoluent les usagers, ... Et les interactions entre ces différents éléments sont également importantes » (Millot, 2003 : 362). Les requalifications des voies ont donc une influence implicite sur la sécurité.

 

Si la sécurité n'est pas un objectif explicitement affiché, elle est intrinsèque aux aménagements urbains. La prise en compte des enjeux de sécurité des déplacement au sein d'objectifs plus larges concernant la qualité de vie s'incarne dans le discours de la responsable du projet de rénovation urbaine à Lille Sud : « il n'y a pas de diagnostic de sécurité précis mais on pense à la sécurité routière. Sauf que ce n'est pas seulement pour la sécurité routière ! C'est pour la qualité de vie en ville, la convivialité, de cadre de vie, d'usages, plus que pour la sécurité routière ». Les responsables des projets de rénovation urbaine n'abordent pas la question de la sécurité lorsqu'ils sont interrogés sur les déplacements ou la qualité de vie en ville en général. Lorsque les enjeux d'insécurité routière sont abordés, leur prise en compte implicite est garantie : « la question de la sécurité n'est pas forcément évoquée clairement mais elle est prise en compte dès qu'on travaille sur la voirie, les places de parkings, les stations de transports en commun. On ne peut pas passer à côté de ces questions »[8]. Comme monsieur Jourdain, les projets de rénovation urbaine amélioreraient-ils la sécurité des déplacements sans le savoir ?

 

Lorsque la sécurité des déplacements est considérée comme un élément de la qualité de vie, sa prise en compte ne s'accompagne pas d'analyse chiffrée de l'insécurité. La réduction de la sécurité à une simple variable de la qualité de vie et sa dilution parmi d'autres nuisances sont deux obstacles pour comprendre les ressorts de cette insécurité spécifique et y répondre par des actions ciblées.

 

2.3. Prévention situationnelle et sécurité des déplacements : des objectifs similaires ?

La loi régissant le Programme National de Rénovation Urbaine stipule qu'une des orientations de la politique de la ville est de lutter contre l'exclusion. Ce terme d'exclusion apparaît deux fois dans le texte de loi. La lutte contre l'exclusion est tout d'abord citée comme l'un des moyens pour réduire les problèmes d'insécurité. Ensuite, la lutte contre l'exclusion justifie le développement des transports publics. Dans cette partie du texte de loi, le développement des transports en commun est un outil pour lutter contre l'exclusion, et ainsi lutter contre la délinquance. L'exclusion sociale et spatiale serait donc un facteur contribuant au développement de la délinquance et la lutte contre l'exclusion est un moyen de réduire la délinquance. Des aménagements de prévention situationnelle sont ainsi réalisés. L'idée sous-jacente est qu'une meilleure conception de l'environnement permettrait de prévenir la criminalité (Newman, 1972). Deux stratégies sont développées par la rénovation urbaine : le désenclavement physique des quartiers et une clarification des espaces publics grâce à des opérations de résidentialisation.

 

Afin de limiter le cloisonnement des quartiers et de le relier à l'espace urbain, les projets consistent à les ouvrir par la création de nouvelles « infrastructures routières "connectant" le quartier ANRU » (Louvet et Jemelin, 2007 : 14). Ainsi à Roubaix dans le quartier des Trois Ponts, le projet de rénovation urbaine prévoit d'améliorer l'accessibilité du quartier en créant un « ensemble de pénétrantes automobiles et piétonnes qui incitent à y accéder ou à le traverser ». Ces créations de voies ne s'accompagnent pas d'une réflexion précise par des données chiffrées et une analyse de l'accidentologie, alors qu'elles ont des impacts sur les trafics qui traversent le quartier. Sans analyse précise de l'insécurité, la stratégie d'ouverture des quartiers risquerait de créer de nouvelles conditions de conflits. Sans évaluation de l'évolution de l'insécurité suite à ces ouvertures, le conditionnel est de mise.

 

La résidentialisation est une opération d'urbanisme qui « pourrait littéralement se définir comme l'action de transformer un ensemble de logements sociaux en "résidence". La pratique d'aménagement ainsi désignée consiste au minimum à clarifier les statuts des espaces extérieurs et à délimiter, par une clôture, l'espace privé de la résidence de l'espace public de la ville. Les dispositifs spatiaux varient à la fois selon les intentions des bailleurs et des architectes et les marges de manœuvre laissées par la configuration des espaces. Ils vont de la simple fermeture pour éviter les passages, rassemblements et trafics à la constitution d'unités résidentielles offrant aux résidents des espaces à s'approprier » (Lelevrier et Guigou, 2005 : 51). En formant des rues traditionnelles, ces opérations réduisent les espaces intermédiaires peu lisibles pour l'usager en déplacements. En ce sens, les résidentialisations peuvent réduire les situations d'insécurité, mais aucune évaluation de ce type d'opération sur les accidents n'est effectuée.

 

Les aménagements urbains réalisés incorporent implicitement les enjeux de sécurité routière et explicitement les enjeux de sécurité civile, mais les situations d'insécurité ne sont pas précisément analysées. La rénovation urbaine est une opportunité d'amélioration de la justice spatiale, mais cette opportunité n'est pas maximisée. Ceci s'explique par une méconnaissance des injustices face à la sécurité des déplacements, tant sur les faits qu'au sujet des processus explicatifs.

 

3. Une méconnaissance des situations d'inégalités

À l'échelle des projets de rénovation urbaine comme à l'échelle des voiries réaménagées, il n'existe pas de diagnostic des situations d'insécurité (3.1). Au cours du processus de décision, l'analyse montre une absence de porteur de projet : les services qui analysent la sécurité ne sont pas présents lors des définitions des projets de voiries (3.2). Cette absence de portage technique n'est pas relayée par un portage associatif ou politique, malgré un fort sentiment d'insécurité routière chez les habitants des quartiers défavorisés (3.3). L'absence de prise en compte explicite des enjeux de sécurité routière s'explique par une méconnaissance de ces situations.

 

 

3.1. Une méconnaissance des inégalités face à l'insécurité

Lors des projets de rénovation urbaine, les quartiers ne font pas l'objet d'un diagnostic précis concernant les situations d'insécurité dans la quartier : « il n'y a pas de bulletin d'alerte sur les accidents de la circulation. Donc je ne sais pas s'il y a une fréquence particulière dans le quartier par rapport au reste de la ville »[9]. À l'échelle métropolitaine, les acteurs n'ont pas connaissance des inégalités en raison d'une absence d'études montrant les liens entre les accidents et les situations sociales des quartiers.

 

Les études de sécurité sont menées sur des axes par le service « Espaces Publics et Voiries » de Lille Métropole Communauté Urbaine à la demande des communes. Les voies réaménagées dans les projets de rénovation urbaine ne font pas l'objet d'une analyse particulière, alors qu'il existe un risque supplémentaire d'insécurité. L'aménagement de voirie ne fait pas l'objet d'un diagnostic de sécurité et la création de nouvelles voiries ne fait pas non plus l'objet d'une étude d'impacts concernant la potentielle création de nouvelles situations d'insécurité.

 

Dans ce contexte de méconnaissance, est-ce que les services en charge de l'analyse de l'insécurité sont présents lors des processus de décision des projets de rénovation urbaine ?

 

3.2. Une absence des spécialistes de l'insécurité dans les processus de décision

L'organisation institutionnelle de l'agglomération lilloise éclate les acteurs spécialistes de l'analyse des accidents, de ceux qui aménagent les espaces publics et de ceux qui sont en charge du projet de rénovation urbaine. Les analyses de l'insécurité sont réalisées au sein du service « Espaces Publics et Voiries », alors que les aménagements sur les voiries sont réalisés par les services techniques des Unités Territoriales correspondant au quartier. En outre, les services communautaires n'effectuent pas d'aménagement sans l'accord communal dans la mesure où les communes ont des compétences sur la voirie (éclairage, stationnement...). Cet éclatement n'est pas pallié par une consultation des spécialistes de l'insécurité lors du processus de décision du projet urbain comme le montre le schéma.

 

Des spécialistes de l'insécurité absents des processus de décision de la rénovation urbaine

La difficulté majeure à Lille Métropole Communauté Urbaine est donc l'éclatement des compétence entre les communes et l'agglomération dans la gestion du réseau viaire, de la circulation, de l'aménagement des espaces publics et du cadre de vie : « L'éclatement des compétences relatives à la gestion de l'espace public entre la communauté urbaine (gestion de la voirie communales et communautaire) et les communes (pouvoir de police, éclairage public, espaces verts) tend à isoler la sécurité routière dans le champs de l'ingénierie routière développées par les services communautaires » (Désiré et al., 2001 : 9).

 

La sécurité des déplacements n'est pas un objectif affiché et ne fait pas l'objet d'une attention particulière lors des projets de rénovation urbaine. Cette absence de porteur de projet au niveau institutionnel se manifeste également du côté des habitants.

 

3.3. Un fort sentiment d'insécurité sans mobilisation des habitants

Les habitants des quartiers défavorisés sont plus préoccupés par les risques d'accidents dans leur quartier de résidence que les habitants d'autres espaces urbains. Depuis 2005, l'enquête Cadre de vie et sécurité de l'INSEE intègre des questions relatives à l'insécurité dans les quartiers de résidence. Cette enquête permet de mesurer l'incidence de certaines atteintes aux biens et aux personnes, mais également les opinions de l'ensemble de la population en matière de cadre de vie et de sécurité. L'échantillon est d'environ 25 500 ménages et décompose les communes selon plusieurs types avec une extension nationale pour les Zones Urbaines Sensibles. 67 % des habitants des ZUS trouvent que leur quartier est agréable à vivre (contre 91% pour les habitants d'autres types de communes). La première critique concerne l'insécurité civile puisque 60% des habitants des ZUS sont préoccupés par la délinquance et les incivilités (contre 29%) et 49% sont préoccupés par les dangers de la circulation (contre 44%).

 

Malgré un sentiment relativement plus fort qu'ailleurs concernant les dangers de la circulation, aucune mobilisation d'habitants n'est recensée à ce sujet dans les quartiers défavorisés. Dans la métropole lilloise, l'association « 59, rue de l'Avenir » est une des rares associations dont la sécurité routière constitue le centre d'intérêt initial (Désiré et al., 2001). Dans les quartiers, aucune association n'a été recensée lors du travail de terrain. Or, une mobilisation locale serait un vecteur de prise en compte des enjeux de sécurité lors des projets de rénovation urbaine. Revenant sur la construction du courant de justice environnementale, Sylvie Fol et Géraldine Pflieger montrent à travers l'exemple des transports à San Fransisco qu'une égale répartition entre les populations des bénéfices et des inconvénients liés aux transports apparaît comme un objectif et un critère d'évaluation pour les politiques de transports (Fol et Pflieger, 2010). En devenant une catégorie d'action collective, la lutte pour une répartition plus juste des nuisances liées à l'automobile est susceptible de devenir une catégorie de l'action publique.

 

 

Conclusion

Alors qu'il existe des inégalités socio-spatiales face au risque d'accident, ces enjeux ne sont pas explicitement traités dans le cadre des projets de rénovation urbaine. Cette action publique territorialisée est pourtant un cadre établi pour améliorer la justice spatiale face aux nuisances des transports. L'explication de cette absence de prise en compte est la méconnaissance de ces inégalités. Peu de recherches appréhendent la question des inégalités face à l'insécurité des déplacements et les quelques résultats sont peu diffusés. De plus, le discours dominant insiste sur les aspects comportementaux pour expliquer l'insécurité. Alors que les inégalités résultent d'une combinaison de facteurs territoriaux, les services en charge de l'accidentologie ne sont pas présents lors de la définition des projets urbains. L'absence de portage technique des enjeux de sécurité n'est pas comblée par un portable associatif ou politique de la part des habitants.

 

Il suffirait de peu de moyens pour améliorer la justice spatiale face à l'insécurité des déplacements : rendre obligatoire une analyse des accidents, effectuer des études d'impacts des projets d'aménagement urbain sur les déplacements internes au quartier et l'insécurité, intégrer les services en charge des questions de sécurité routière lors de la définition des projets de rénovation urbaine sont des voies pour prendre en considération la sécurité des déplacements dans la rénovation urbaine. De tels changements ne se réaliseront qu'avec une meilleure connaissance des processus et des enjeux des inégalités face à l'insécurité.

 


[1] Un quartier défavorisé est défini comme un espace concentrant une forte part de ses habitants connaissant des difficultés économiques. Les indicateurs proposés par l'Observatoire des Inégalités en France sont le chômage, la part d'emplois précaires, le taux d'échec scolaire...

[2] Loi d'orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine n° 2003-710 du 1er août 2003

[3] Il s'agit des projets de Lille-Sud (Lille), de Roubaix Est (Roubaix), des Hauts Champs (Roubaix-Hem), du Nouveau Mons (Mons-en-Baroeul), de la Bourgogne (Tourcoing) et de Beaulieu (Wattrelos).

[4] Une série d'entretiens a été réalisée en avril/mai 2010. Ces entretiens ont été réalisés auprès de douze personnes en charge des projets urbains (cinq responsables), des aménagements de voiries (trois à l'échelle communale et deux à l'échelle communautaire) et d'analyse de l'insécurité (deux responsables à l'échelle communautaire).

[5] Extrait de l'entretien mené auprès du responsable d'un des cinq projets urbains analysés (les Hauts Champs).

[6] Extrait de l'entretien mené auprès du responsable d'un des cinq projets urbains analysés (le Nouveau-Mons).

[7] Extrait de la loi n° 2003-710 du 1er août 2003

[8] Extrait de l'entretien mené auprès du responsable des services techniques de la commune du Nouveau Mons.

[9] Extrait de l'entretien mené auprès du responsable d'un des cinq projets urbains analysés (le Nouveau-Mons).

 

Abstract

Traffic safety consists of various actions (like education or engineering) aimed at reducing accidents. The Urban Renewal Program funds projects to transform urban neighborhoods, thereby becoming a vehicle for greater spatial justice. Are engineering activities the vector of increased spatial justice even though inequalities in term of traffic safety exist?

The objectives of this article are to demonstrate the existence of socio-spatial inequalities in terms of traffic safety and to examine the reduction of inequalities in urban renewal projects. Through an analysis of laws, projects and the words of local authorities, safety issues in urban renewal programs are analyzed.

While security is incorporated implicitly in urban development, the increase of spatial justice in terms of safety is not maximized. Indeed, local authorities are not aware of the combination of accidentology factors and instead target behavior and delinquency. The lack of accident analyses and the lack of awareness of authorities and communities hinder the maximization of the increase in spatial justice.

 

 

 

Keywords

Traffic safety - Spatial justice - Urban renewal - Delinquency

 

 

 

 

Introduction

Alarmist speeches, special columns and spectacular reports - a lot of ink has been spilt on the issue of traffic safety in disadvantaged neighborhoods[1]. The media and political debate is focused on the issue of the safety of persons and goods in a context of "exploding" insecurity in France's suburbs. However, the numerous such speeches only take note of a single type of insecurity - delinquency. The profusion of references to this single issue conceals other types of insecurity, such as the lack of traffic safety, whereas several research works have demonstrated the existence of strong links between inequalities and accidents.

 

While the lack of traffic safety is often considered as an outcome of delinquent behavior, research has shown that the poor suffer 20-40% more accidents (Hasselberg et al., 2001) and that the inhabitants of poor city areas suffer almost 40% more accidents (Fleury et al., 2009). The inhabitants of run-down neighborhoods would therefore be both the "attackers" and the primary "victims". However, the stand taken in this article avoids the attacker/attacked dichotomy and opts for an understanding of accidents as the outcome of a complex process combining people, modes of transportation and the environment during an accident.

 

In order to fight against socio-spatial inequalities, the National Urban Renewal Program[2] has been funding operations since 2003 aimed at improving the quality of disadvantaged neighborhoods and at contributing to their economic and social development. Its stated objectives include health and quality of life. In this context, are socio-spatial inequalities given the lack of traffic safety also being addressed? The program offers the opportunities to fund several types of activities. At road level, urban renewal makes it possible to fund development projects in public areas - remedial actions for traffic safety can be taken. Moreover, these programs incite comprehensive approaches and partnerships between actors during the definition of urban projects. The actors involved in traffic safety issues are theoretically associated and can express themselves with regard to their traffic safety needs.

 

 

 

Traffic safety is defined as a series of actions aimed at protecting persons - in other words, at reducing the number of accidents, defined as clashes between different users of public areas, whether they are pedestrians, cyclists or motorists. These actions vary from sensitizing users with regard to urban development activities undertaken (30 zones, development of pedestrian crossings, double bends to reduce speed, etc.). Network managers are able to enhance traffic safety through certain developments (Fleury, 1998). There are socio-spatial inequalities with regard to the risk of having an accident - is the urban development undertaken during urban renewal projects a vehicle for increasing spatial justice?

 

Spatial justice is a concept that has been debated since the 1970s, based on the analyses undertaken by Rawls (Gervais-Lambony and Dufaux, 2009). The geographer, Reynaud, stated that disparities "are felt and seen as just so many instances of injustice by all those who fall victim to them, to different degrees" (Reynaud, 1981: 10). The feeling of injustice exists only if the inequalities are known. Socio-spatial justice therefore consists of "knowing how things can be re-balanced to the benefit of the marginalized areas" (Reynaud, 1981: 10). Traffic safety is therefore "just" if it helps reduce accidents in the most disadvantaged areas, while enabling each of the inhabitants of these areas to have access to traffic safety.

 

The article's objectives are to demonstrate the existence of social, spatial and socio-spatial inequalities in terms of the risk of accidents, through a review of the literature available (1), to raise questions about the reduction of such injustices in the framework of urban renewal projects (2) and to question whether the lack of understanding of these issues has influenced the absence of a specific traffic safety policy (3). The analysis of the place and functioning of security in renewal projects has been done through a qualitative analysis of the draft bill on the National Urban Renewal Program and an analysis of the decision-making processes during five urban renewal projects[3] in the city of Lille (France). The analysis of the decision-making processes is based on the financial agreements signed between local partners (local governments, funding agencies, etc.) and the National Urban Renewal Agency (Agence Nationale de Rénovation Urbaine), as well as on the discourse of the technicians in charge of the urban projects and an accident analysis[4].

 

1. The lack of traffic safety as a marker for injustice

Not all citizens are equal in terms of the risk of suffering a traffic accident, as the driver of a vehicle (automobile, motorbike, moped or bicycle) or as a pedestrian. Research shows that socio-spatial inequalities exist in terms of traffic safety (1.1). This can partly be explained by behavior associated with delinquency (1.2), but the influence of the territory as such is far from negligible and helps understand the other processes at play (1.3). The aim, therefore, is to determine whether there is a district-specific effect on the risk its inhabitants run - in other words, to analyze the "effects of the concentration of poverty on the inhabitants of 'poor' neighborhoods" (Bacqué and Fol, 2007: 181).

 

1.1. Inequalities in terms of accidents

Since the 1980s, research has been done on the socio-economic differences in terms of health and, more specifically, the disparities faced in terms of traffic safety. Most of the renewal work is targeted as specific groups (children, pedestrians, motorists, etc.) and the results reveal substantial inequalities in terms of traffic safety issues. Health-related epidemiologists or geographers deal with this issue essentially through statistical analyses. The links between socio-economic inequalities and traffic safety have been demonstrated through three entry points: the poor have more accidents, disadvantaged areas reveal a higher accident rate, and there is a higher involvement of people living in disadvantaged neighborhoods in accidents.

 

 

Several works show that low socio-economic levels are associated with higher accident rates (Wise et al., 1985; Van Beeck et al., 1991; Laflamme and Engstrom, 2002; Zambon and Hasselberg, 2006). Accident risks are 20-40% higher for children from laborers' families than for middle class children (Hasselberg et al., 2001). Social and economic factors are more significant than age, gender or behavior, in terms of accident rates among children (Christie, 1995).

 

Other results show that disadvantaged areas are particularly accident-prone in terms of traffic accidents (Roberts et al, 1992; Bagley, 1992; Aguero-Valverde and Jovanis, 2006). Children's accident rates are twice as high in poorer neighborhoods. Hence, it is no longer just a risk that certain population groups run, but the actual frequency of occurrence of accidents in a given district.

 

Finally, a district's poverty level can be related to the accident rates suffered by its inhabitants. Results show that there are positive correlations between these two variables (Durkin et al., 1994; Abdalla et al., 1997; Reimers and Laflamme, 2005). The inhabitants of disadvantaged neighborhoods run a 36% additional risk as compared to inhabitants from better-off neighborhoods (Fleury et al., 2009). Recent research does, however, add some nuances to these links, demonstrating that the environment's influence during an accident (Hewson, 2004) or individual variables (Borrell et al., 2002) explain more than the poverty level of the residential district concerned alone. Living in a poor district does not have a direct impact on individual risk, but does make a positive contribution to it.

 

How can socio-spatial differentiations be understood in terms of traffic safety? An interpretation framework often used is one based on behavioral hypotheses.


1.2. The behavior in question

A possible hypothesis is that "accidents result from criminal acts committed by asocial groups. Safety then depends on activities directed at individuals, whether in terms of training, information, control or repression" (Fleury et al., 2009: 145). However, normal motorists may suffer an accident, while driving a normal car, on a normal road (Baker, 1960). In fact, the deliberate breach of rules only occurs in 5% of cases. Motorists' faults are due more to errors than to the transgression of driving rules (Van Elslande et al., 1997).

 

 

The inhabitants of disadvantaged neighborhoods are more involved in accidents due to the higher demographic presence of inhabitants open to additional risks. In fact, disadvantaged neighborhoods are highly populated by youth. The share of the age group under 20 years accounts for 32% of the population in Sensitive Urban Areas (Zones Urbaines Sensibles), which is the priority target for the city's policies since 1996, although it accounts for only 25% of the population in metropolitan France, according to the general population census (INSEE, 1999). However, the youth, especially young men, are open to higher risk levels (Factor et al., 2008; ONISR, 2009). One of the explanations proffered for this situation is the attitude of the youth, which take more risks (Hatfiel and Fernandes, 2008).

 

Offences and criminal behavior are found to be present when the conditions in which accidents have occurred among inhabitants of disadvantaged neighborhoods are analyzed. 10.3% of the users have offences recorded against them among the inhabitants of a disadvantaged district in which an accident has occurred, as against just 7.5% for inhabitants in a well-off district. The percentage of offences committed by the inhabitants of disadvantaged neighborhoods is higher than the figure for the inhabitants of more prosperous neighborhoods, whatever the nature of the offence, except for illegal blood alcohol levels. But the hypothesis of delinquent behavior cannot suffice alone to explain the heightened risk of inhabitants of disadvantaged neighborhoods, since "many accidents are very similar in the way they take place - or at least, in terms of the behavior involved - to those [involving inhabitants of more prosperous neighborhoods]" (Fleury et al., 2009: 146).

 

Behavioral hypotheses are not 'spatialized' or area-specific. They can be, in the sense that peers influence risk-taking behavior. In such actions, these behavioral hypotheses lead to sensitization campaigns or the strengthening of control and repressive measures. Such activities are 'non-spatial' in the sense that they are not specific to a given area.

 

1.3. The socio-spatial dimension of risks

Traffic safety inequalities can be explained by social factors, which echo individual factors: vehicle use, vehicle maintenance, use of safety equipment, or adoption of more risky behavior (alcohol, drugs) by the most disadvantaged social categories (Zambon and Hasselberg, 2006).

 

District-related characteristics play an important role. Hence, living in overcrowded accommodation (Rivara and Barber, 1985; Pless et al., 1989) or living in a high-rise (Mueller et al., 1990) has a positive impact on accident risks for children. The authors explain this by the greater propensity of children to spend time outside their homes. These results echo another study dating back to the early 1970s, which shows that the most accident-prone areas have a high concentration of housing with small gardens, very little playing grounds for children, and the presence of transiting traffic in the district (Preston, 1972). Traffic levels in a district also play a role in pedestrian accident rates (Mueller et al., 1990; Joly et al., 1991). The characteristics of residential neighborhoods, along with their inhabitants' social characteristics, therefore play a role in traffic safety inequalities. Hence, it is less a district-specific effect than an environmental effect that plays a role in accident rates - the concentration of poverty is not the only factor behind higher accident risk levels, since morphological factors must also be added.

 

 

Mobility, partly determined by socio-economic profiles and the area of residence, is also an influencing factor. Erskine shows that a disproportionate number of members of the least motorized households are killed in road accidents (Erskine, 1996). Abdalla explains this phenomenon by differences in risk exposure depending on the mode of transportation. School-going children of prosperous neighborhoods travel by car - hence, they are more exposed to non-pedestrian accidents than children from disadvantaged neighborhoods, while the latter are more exposed to accident risks as pedestrians (Abdalla, 1997).

 

 

Inequalities also exist in terms of the risk of being involved in an accident. They can partly be explained by delinquent behavior, but also by social aspects, the residential district's characteristics and mobility. To reduce these inequalities, the National Urban Renewal Program with its social and urban dimensions offers an opportunity to increase spatial justice.

 

2. Implicit consideration of traffic safety by urban renewal projects

Urban renewal includes several sections in which traffic safety is implicitly broached. The implicit consideration of traffic safety means that safety is a collateral outcome of other objectives, but is not a clearly stated objective by itself.

 

 

These implicit traffic safety-related activities may be observed in two main areas: through the prevention and repression of delinquent behavior (2.1) and through the improvement in the living environment (2.2). However, this implicit improvement takes place within the framework of the recommended opening-up of certain neighborhoods in order to fight against exclusion. But are the objectives behind the opening-up of these neighborhoods in contradiction with traffic safety goals (2.3)?

 

2.1. Prevention and repression of delinquent behavior

In a context in which the reason given for the lack of traffic safety is the deviant behavior of individuals, different interpretations of inequalities in traffic safety can be found: the inhabitants of disadvantaged neighborhoods are more involved in accidents due to their behavior.

 

 

An analysis of the financial agreements of the five urban renewal projects in the city of Lille helps analyze the place of traffic safety in the projects and in their decision-making processes. When urban renewal projects address traffic safety issues, these issues are handled by Local Safety and Delinquency Prevention Contracts (CLSPD - Contrats Locaux de Sécurité et de Prévention de la Délinquance) or Proximity Urban Management (GUP - Gestion Urbaine de Proximité) contracts. The former represent the city's prevention and safety policy section. The actions taken focus mainly on sensitization or repression. The latter aim at improving the inhabitants' quality of life, with traffic safety being one of the aspects addressed. The signing of such an agreement is mandatory in urban renewal neighborhoods. In both cases, the orientations developed aim at sensitizing drivers, the prevention of behavior that could lead to conflicts and the repression of users who fail to abide by the rules. Hence, the 2009 Local Safety and Delinquency Prevention Contract (CLSPD) in Lille included activities aimed mainly at sensitizing youth with regard to traffic safety or at reducing the number of accidents through police checks (Contrat Local de Sécurité, 2009, Lille). The "Proximity Urban Management" (Gestion Urbaine de Proximité) section in Lille's Major Urban Renewal Project in 2006 addresses the issues of delinquency and traffic safety without any distinctions between them (Grand Projet de Rénovation Urbaine de la Ville de Lille or Lille City Great Urban Renewal Project, 2006, Lille).

The opinions of the urban renewal project managers interviewed show that they view delinquency and accidents as intimately related. With regard to safety in these neighborhoods, the main reasons given were related to the incivility of the youth ("One thing's for sure - there are young people who drive like madmen"[5]) or of motorized two-wheeler users ("On sunny days, you can see many moped or quad riders driving around the neighborhoods without helmets. This leads to incivility phenomena that can lead to conditions of insecurity"[6]). Preventive and repressive actions with regard to delinquent behavior are explicitly quoted as a means to reduce insecurity, including traffic insecurity.

 

During the re-development of public areas, the technical actors take the likelihood of such incivility into account: "in difficult neighborhoods, there's bound to be joyriding. We always think of that when we free up public areas". In fact, other actions too have an impact on traffic safety, such as urban development operations.

 

2.2. Implicit consideration of security issues in urban development

Article 6 of the Orientation and Programming Act for the City and Urban Renewal stipulates that the program "includes urban development, rehabilitation, residentialisation, demolition and housing development, the establishment, rehabilitation and demolition of public amenities, the re-organization of economic and commercial zones or any other investments that help bring about urban renewal[7]". The rehabilitation or requalification of the road network was an integral part of urban development operations. The requalification was accompanied by some thinking on traffic organization, the place of different modes of transportation, authorized speed limits, parking, etc. The choice made impacts the levels of safety as demonstrated by Marine Millot in her argument: "While the "network" aspect of urban spaces actually impacts strongly on safety issues, as shown in literature, it is not the only one. Other properties must be taken into consideration, such as treatment of public areas, the environment in which users evolve, etc. And the interactions among these different elements are equally significant" (Millot, 2003: 362). Consequently, the requalification of the roadways has an implicit influence on safety.

 

 

Whereas traffic safety is not an explicitly stated objective, it is intrinsic to urban development. Taking traffic security issues into consideration within larger quality of life objectives was embodied what the Lille Sud urban renewal project manager had to say: "There is no specific security diagnosis, but one does think of road safety. Except that it is not just limited to road safety! It has to do with the quality of life in the city, user-friendliness, the living environment and usage, much more than road safety alone". Urban renewal project managers do not speak of the safety issue when they are questioned about traffic or the quality of life in the city in general. When the issue of the lack of traffic safety is brought up, the fact that it has implicitly been taken into consideration is taken for granted: "the safety issue is not necessarily brought up clearly, but it is taken into account when we work on roads, parking areas and public transportation stations. These issues cannot be sidestepped"[8]. Like Mr. Jourdain, could urban renewal projects improve traffic safety unknowingly?

 

 

 

When traffic safety is considered as an element of the quality of life, the fact that it has been taken into consideration is not accompanied by any statistical analysis of insecurity. The reduction of safety to a mere quality of life variable and its dilution among other nuisances are two hindrances to understanding the motivations behind this specific insecurity and to dealing with it through targeted actions.

 

2.3. Situational prevention and traffic safety - similar objectives?

The law governing the National Urban Renewal Program stipulates that one of the city's policy orientations is to fight exclusion. The term 'exclusion' appears twice in the text of law. The fight against exclusion is first mentioned as a means to reduce insecurity issues. Subsequently, it is used to justify the development of public transport. In this section of the text, the development of public transport is considered as a tool to fight exclusion and, therefore, fight delinquency. Social and spatial exclusion is therefore seen as a factor contributing to the rise in delinquency and the fight against exclusion is seen as a means to reduce delinquency. Situational prevention development work is therefore carried out. The underlying idea is that a better conception of the environment would make it possible to prevent criminality (Newman, 1972). Two strategies have been developed for urban renewal: physically opening up neighborhoods and clearing public areas through "residentialisation" operations.

 

 

In order to limit the subdivision of neighborhoods and link it to the urban area, projects seek to open up neighborhoods by establishing new "road infrastructure 'linking up' the ANRU (National Urban Renewal Agency) neighborhood" (Louvet and Jemelin, 2007: 14). Thus, in Roubaix, in the Trois Ponts neighborhood, the urban renewal project plans to improve the area's accessibility by establishing a "set of urban motorways both for vehicles and pedestrians that incite you to take them or cross them". This road development project is not based on any clear thinking founded on statistical data or accident analyses, although these impact on the traffic moving across the area. Without a precise insecurity analysis, the strategy of opening up these neighborhoods might lead to new conflict conditions. Without an assessment of how insecurity has evolved after opening up these areas, only the use of a conditional clause would be appropriate.

 

Residentialisation is a town-planning operation that "could literally be defined as an action aimed at transforming a social housing complex into a 'residence'. The development practice thus designated consists of clarifying the status of external areas at the minimum and of demarcating the residence's private area from the city's public areas with the help of a fence. Spatial systems vary according to both the donors' and architects' intentions and the room for maneuver left by the different areas configured. They range from merely closing-off an area to prevent trespassing, gatherings and traffic, to the establishment of residential units offering residents areas they can appropriate" (Lelevrier and Guigou, 2005: 51). By forming traditional streets, such operations reduce undefined intermediary areas that users traveling through find difficult to figure out. In that sense, residentialisation can reduce situations of insecurity, but no assessment of the impact of such operations on accidents has been made.

 

Urban development work carried out implicitly incorporates traffic safety issues while including civil security issues explicitly, but traffic insecurity situations have not been specifically analyzed. Urban renewal offers an opportunity to improve spatial justice, but the opportunity is not maximized. This can be explained by the lack of knowledge concerning injustices in terms of traffic safety, both with regard to facts and explanatory processes.

 

 

3. Lack of knowledge about situations of inequality

In terms of urban renovation projects as well as re-developed roads, no traffic safety diagnosis is carried out (3.1). In the decision-making process, analyses have shown the absence of project promoters - the departments that analyze safety and security are not present when road projects are being defined (3.2). The absence of technical involvement is not compensated by an associative or political involvement, despite strong feelings concerning the lack of traffic safety among the inhabitants of rundown districts (3.3). The reason that traffic safety issues are not taken into consideration explicitly is therefore due to the lack of knowledge about these situations.

 

 

3.1. Lack of knowledge about safety-related inequalities

When urban renewal projects are developed, no specific diagnosis is conducted in the concerned neighborhoods with regard to traffic safety situations: "no warning notices are issued concerning traffic accidents. Therefore, I do not know whether there is any specific frequency (of accidents) in the neighborhood, as compared to the rest of the city"[9]. At the metropolitan level, actors have no knowledge of inequalities because of the absence of studies demonstrating the links between accidents and an area's social conditions.

 

Safety studies are conducted on the main roads by the "Public Areas and Roadways" Department of the Lille Metropolitan Area Authority at the request of the communes. No specific analysis is conducted for road re-development works in urban renewal projects, despite the existence of additional traffic safety risks. No safety diagnosis is done before initiating development work for new roads, nor is any impact study undertaken with regard to the potential emergence of new traffic safety situations once the work is completed.

 

Given the context of the lack of knowledge about traffic safety, are the departments in charge of safety analyses present during the decision-making processes for urban renewal projects?

 

3.2. Absence of traffic safety specialists in decision-making processes

The Lille urban area's institutional organization separates accident analysis specialists from those who develop public areas and those in charge of urban renewal projects. Traffic safety analyses are conducted within the "Public Areas and Roadways" Department, whereas road development is the responsibility of the technical departments of the Territorial Units corresponding to the neighborhood concerned. In addition, community departments do not undertake any development work without the approval of the commune concerned, insofar as the communes have jurisdiction over the roadways (lighting, parking, etc.). As shown in this diagram, the separation of responsibilities is not compensated by consultations with safety specialists in the decision-making processes of urban projects.

 

Traffic safety specialists absent from decision-making processes in urban renewal projects

 

The main problem in the Lille Metropolitan Area Authority is therefore the separation of jurisdictions between the communes and the city itself, with regard to the management of development work for the roadways, traffic, public areas and the living environment: "The separation of jurisdictions related to the management of public areas between the urban community (management of commune-level and community roads) and the communes (policing, public lighting, green areas) tends to isolate road safety within the field of road engineering developed by community departments" (Désiré et al., 2001: 9).

 

Traffic safety is not a clearly stated objective and is not paid any special attention during urban renewal projects. The absence of a promoter for this issue at the institutional level is echoed among the inhabitants as well.

 

 

3.3. A strong feeling of insecurity without the inhabitants being mobilized

The inhabitants of underprivileged districts are more concerned with accident risk levels in their residential areas than those living in other urban areas. Since 2005, the INSEE's Living Environment and Safety Survey has included questions related to the lack of safety in residential districts. The survey makes it possible to measure the impact of certain attacks on goods and persons, as well as the entire population's opinion with regard to its living environment and safety. The sample consists of about 25,500 households and breaks down communes according to several types, with a national-level extension for Sensitive Urban Zones (ZUS - Zones Urbaines Sensibles). 67% of ZUS dwellers find their neighborhood pleasant to live in (as against 91% of the inhabitants of other types of communes). The primary criticism concerns the lack of civil safety, as 60% ZUS dwellers were concerned by delinquency and incivility (as against 29%) and 49% by traffic hazards (as against 44%).

 

Despite a relatively stronger feeling than elsewhere about traffic hazards, there have been no records of the mobilization of residents in this regard in underprivileged districts. In the Lille metropolitan area, the "59, rue de l'Avenir" Association is one of the few associations that took up road safety as its initial area of interest (Désiré et al., 2001). But no records of any associations were found in the neighborhoods in the course of the field work. However, local mobilization could have been used as a vehicle for taking security issues into consideration in urban renewal projects. Reverting to the development of the environmental justice movement, Sylvie Fol and Géraldine Pflieger use the example of transportation in San Francisco to show that the equal distribution of the advantages and disadvantages related to transportation among the people has emerged as a goal and as an assessment criterion for transportation policies (Fol and Pflieger, 2010). By becoming a group action category, the fight for a fairer distribution of vehicle-related nuisance may become a subject for public action.

 

 

Conclusion

Whereas socio-spatial inequalities exist in terms of accident risks, these issues have not been dealt with explicitly within the framework of urban renewal projects. However, territorialized public action nonetheless provides an established framework to improve spatial justice in the face of transport-related nuisance. The explanation for the fact that these aspects are not taken into consideration is the lack of awareness of such inequalities. There is very little research on the issue of inequalities in terms of traffic safety and the few results available are not disseminated widely enough. In addition, the predominant discourse lays emphasis on behavioral aspects to explain the lack of traffic safety. While inequalities are the outcome of a combination of territorial factors, the departments responsible for accidentology are not involved in the definition of urban projects. The absence of any technical inputs with regard to traffic safety is not compensated by any associative or political mobilization on the part of the inhabitants.

 

Fairly limited means are needed to improve spatial justice as far as traffic security is concerned: making accident analyses compulsory, undertaking impact studies of urban development projects with regard to internal travel within a neighborhood and traffic safety, and involving departments responsible for road safety issues while defining urban renewal projects are the means required for taking traffic safety issues into consideration in urban renewal projects. Such changes can only occur if there is better awareness of the inequality-related processes and issues in terms of traffic safety.

 


[1] An disadvantaged district is defined as an area in which a large part of the inhabitants are facing economic problems. The indicators proposed by the Observatory of Inequalities in France are unemployment, the share of precarious jobs, school failing rates, etc.

[2] 1st August 2003 Orientation and Programming Act for the City and Urban Renewal No. 2003-710 (Loi d'orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine n° 2003-710 du 1er août 2003)

[3] These were the Lille Sud (Lille), Roubaix Est (Roubaix), Haut Champs (Roubaix-Hem), Nouveau Mons (Mons-en-Baroeul), Bourgogne (Tourcoing) and Beaulieu (Wattrelos) projects.

[4] A series of meetings were held in April-May 2010. The meetings were held with twelve people in charge of urban projects (five managers), roadways development (three at the commune level and two at community level) and traffic safety analysis (two community-level managers).

[5] Extract of meeting with the manager of one of the five urban renewal projects analyzed (Hauts Champs area).

[6] Extract of meeting with the manager of one of the five urban renewal projects analyzed (Nouveau-Mons area).

[7] Extract from Act no. 2003-710 dated 1st August 2003

[8] Extract from the interview conducted with the Nouveau Mons commune's technical department manager.

[9] Extract from the interview conducted with the manager of one of the five urban projects analyzed (the Nouveau-Mons).

 


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Pour citer cet article | To quote this document

Godillon Sylvanie, doctorante Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, UMR Géographie-cités (équipe CRIA) - Allocataire de recherche à l’IFSTTAR (département Mécanismes d’Accidents)
«La Rénovation urbaine, vecteur de justice spatiale face à l’insécurité des déplacements ?», [«Urban renewal – a vehicle for spatial justice in the face of traffic safety problems? », traduction : Sureeta Narula,Vandana Kawlra, FITI PVT. LTD]
justice spatiale | spatial justice | n° 04 décembre | décember 2011 | http://www.jssj.org

 

 

Récits de conflit et territoire |
Conflict and territory narratives

Germes Mélina, Assistant professor Institut für Geographie Erlangen-Nuremberg University

traduction | translation :Sharon Winkler Moren, C. Tran. (ATIO)

Résumé

Alors que les pratiques policières dans les quartiers sensibles font l'objet de nombreuses recherches, rares sont les travaux qui étudient la manière dont ces espaces sont conçus par la police. Or, les discours sur l'espace sont les grilles d'interprétation qui guident l'action individuelle et légitiment l'action institutionnelle. Le présent article se propose d'étudier le discours policier sur les quartiers sensibles à partir d'entretiens réalisés avec des responsables locaux de la police nationale et de polices municipales. L'analyse formelle des structures énonciatives et spatiales montre comment le récit de conflits construit une représentation des quartiers sensibles en termes territoriaux, distinguant l'espace appartenant aux uns de celui appartenant aux autres et dessinant des frontières transgressées. Dans un deuxième temps, l'analyse du discours sur les UTEQ (Unités Territoriales de Quartier) montre comment ces représentations antagonistes spatialisées sont mobilisées pour légitimer un dispositif, dont le but est la maîtrise du territoire et qui entretient un rapport ambigu avec la violence qu'elle suscite. La territorialisation du discours policier est indissociable de la violence du conflit, plus légitime dans certains espaces que dans les autres.

 

Mots-clés

Police ; quartiers sensibles ; territoire ; UTEQ ; discours

 

 

Introduction : Police et Territoires

 

En uniforme ou en civil, lors de patrouilles ou de missions spécifiques, les pratiques policières contribuent à la production de l'espace - et plus particulièrement à la production de l'espace urbain (Fyfe, 1995). En effet, l'activité policière[1] consiste en partie à surveiller et à contrôler l'espace ainsi qu'à mettre en place des stratégies spatiales : l'espace est un instrument au service de la mission particulière qui lui est dévolue. Les questions stratégiques et organisationnelles de la répartition des forces de sécurité, de la délimitation des circonscriptions et de la localisation des commissariats  dessinent une géographie propre à la police, dont le travail est très territorialisé (Fyfe, 1991). Les différenciations spatiales ainsi introduites par la police tendent à distinguer espaces menaçants et espaces menacés - tout comme à distinguer dans la population entre personnes menacées et menaçantes du seul fait de leur appartenance apparente à un groupe social. Au nom de l'espace public, des personnes identifiées comme déviantes sont bannies de certains lieux (Belina, 2007). En outre, des comportements discriminatoires de la part de la police sont observés en particulier dans les quartiers défavorisés des grandes villes dans le travail policier : en Amérique du Nord (cf. Herbert, 2003) mais également en Europe (cf. Loader, 2002) et aussi en France (cf. Goris et al., 2009).

La connaissance et la maîtrise de l'espace social sont des conditions du travail policier qui, réciproquement, contribue à la production de l'espace urbain. En France, le terme territoire est récurrent tant dans l'organisation police que dans les discours sur la police - on peut en distinguer deux acceptions différentes. Le territoire de compétence, première acception, désigne la circonscription de police, un maillage du territoire national. Même si l'utilisation du terme territoire est courante dans le domaine de l'action publique locale en France, elle exprime dans le cas de la police plus que la seule spatialisation de l'action institutionnelle, plus que l'attribution de responsabilités et de missions sur un espace donné - elle connote également le contrôle, la surveillance et la maîtrise de l'espace. La circonscription, le territoire local « confié » à l'autorité de la police par l'Etat, est en quelque sorte une synecdoque du territoire national. Une deuxième acception du terme territoire met l'accent sur le travail policier lui-même, le territoire étant (ou devant être) approprié par les pratiques policières : cette acception connote alors l'expérience, la connaissance des lieux et des habitants et la capacité à s'imposer. De telles utilisations du terme territoire en ce qui concerne la police rappellent que le territoire n'est pas n'importe quel espace, mais l'aire d'une souveraineté : le terme évoque l'appropriation (violente ou non), la maîtrise, la légitimité, le droit - et éventuellement leur contestation.

 

 

 

Police, Etat et violence

 

Le but de cette contribution est de participer à l'étude des relations entre Etat et violence et de proposer une interprétation géographique des réflexions menées en sciences sociales et en philosophie politique sur la police, grâce au concept de territoire. La police est en effet souvent conçue par rapport à l'Etat et à l'idée de violence légitime. En contrepoint de la violence cruelle d'un état de nature, en contrepoint de la violence arbitraire d'une société sans pouvoir, an-archique, l'Etat distingue la violence illégitime et la défense légitime et institue ainsi son propre pouvoir coercitif. L'usage de la force par la police est un exercice légitime de violence dont le but est de contrevenir à la violence (cf. Bittner, 1980). Selon la conception wébérienne pour laquelle l'Etat est caractérisé par le monopole de la violence, la police représente une des institutions permettant l'exercice de cette violence. La police ainsi est souvent problématisée comme relevant d'un paradoxe dans le contexte d'Etats de droit et de régimes démocratiques (cf. Herbert, 2003). Cependant, la définition de l'objet « police »[2] est confrontée aux problèmes épistémologiques de la construction de la police comme objet de recherche. Si les descriptions de l'appareil policier qui font abstraction de son rôle social sont quasi unanimement rejetées, l'ensemble des chercheurs ne se réunissent pourtant pas derrière une « sociologie des usages sociaux (légitimes) de la force » (Monjardet, 1996). En effet, la recherche sur la police peut être certes un moyen de s'interroger sur les relations étroites entre violence et Etat - mais ce serait oublier que le recours à la violence est, de fait, rare dans le quotidien policier, et qu'une définition de la police par la légitimité de la violence ne saurait rendre compte de la diversité de ses missions et de ses pratiques (Brodeur, 1994). Cependant, dissocier la recherche sur la police des rapports ambigus et complexes qu'elle entretient en termes conceptuels avec la violence et l'Etat n'est pas non plus une solution satisfaisante. Il ne peut pas être fait abstraction de la conception répandue selon laquelle la police, investie de pouvoirs délégués par l'Etat, le représente, en est le symbole même. Cette conception est justement le fondement de la légitimation de la police : son travail (potentiellement coercitif ou intrusif - cf. Herbert, 2003) est légitimé par l'Etat. Elle repose sur deux présupposés : premièrement, l'Etat protègerait d'une violence préexistante ; deuxièmement, la police serait issue de l'Etat. Or, la violence n'est pas en-dehors de l'Etat, elle n'est pas ce à quoi il s'oppose, elle est également la légitimation de son droit et l'instrument de sa puissance (Gros, 2006). Par ailleurs, l'antériorité de l'Etat sur la police est elle aussi discutable : l'Etat n'est pas une institution, mais une abstraction, dont la fonction est de légitimer une organisation sociale et politique, c'est-à-dire des institutions et leurs pratiques. Ce sont les pratiques quotidiennes, institutionnelles et les discours qui constituent l'Etat (cf. Painter, 2006 et 2010).

 

Le territoire : souverainetés et appropriations

 

Au lieu de considérer que l'Etat produit un ou des territoire(s) qui seraient les contenants et les structure de l'action policière, nous considérons que ce sont bien plutôt les pratiques policières quotidiennes et institutionnelles qui à la fois produisent un territoire et contribuent à constituer l'Etat. L'Etat (re)produit par la police le serait, entre autres, par le moyen du territoire - de techniques et de pratiques pour l'établissement d'espaces de souveraineté. Souvent controversé pour la multiplicité de ces acceptions possibles  la notion de territoire est pourtant fondamentale pour la géographie sociale francophone et pour la géographie politique anglophone - même si les significations en sont différentes. Dans le contexte francophone, territoire est le plus souvent conçu comme un espace approprié, support d'une identification - processus politiques, historiques, économiques ; individus et groupes sont concernés (Di Méo, 1998). Contre le risque de réification spatiale, le terme de territorialité permet de désigner les processus d'appropriation et d'identification spatiale - sans pour autant risquer de postuler la production d'une « chose-territoire » (Aldhuy, 2008). Ces notions permettent de penser les relations de pouvoir nouées dans l'espace (Ripoll et Veschambre, 2006), ainsi que la dimension concrète et symbolique des conflits qui s'expriment dans l'espace. Dans le contexte anglophone, territory renvoie souvent au (seul) territoire de la souveraineté politique  et la notion est très souvent étroitement liée à l'Etat. La constitution de territoires étatiques, l'histoire des concepts et des techniques territoriales, l'évolution récente de la (dé/re)territorialisation des Etats sont les principaux domaines de recherches, où le territoire est conçu comme le moyen d'un pouvoir.

De l'acception francophone de territoire[3] comme concept opératoire, nous retenons l'idée que le territoire est construit par de multiples pratiques sociales - et qu'il est un instrument de pouvoir et de luttes entre groupes sociaux aux intérêts divergents. Autour du territoire, la constitution d'un nous s'accompagne de la démarcation d'un eux : l'appropriation par est également une appropriation contre. De l'acception anglophone de territory comme objet historique spécifique, nous retenons l'idée de l'« espace de la souveraineté étatique » comme instrument du contrôle de la population. Des multiples questionnements sur la validité du terme territoire nous retenons également qu'il n'existe pas un (ni même des) territoire(s) produit(s), mais plutôt des processus de territorialisation, complexes et ambivalents.

 

Les banlieues françaises : un discours[4] policier ?

 

Le but de cette recherche est, à partir de la notion de territoire, d'étudier le discours policier sur les « quartiers sensibles » de la politique de la ville en France, sur les espaces réputés pour leurs « problèmes sociaux »[5].  Les sciences sociales analysent les dimensions urbanistiques et architecturales de ces problèmes (cf. Dufaux et Fourcaut, 2004), leur histoire socio-économique - liée à l'industrialisation et à la constitution de classes ouvrières urbaines, puis, avec la désindustrialisation (Duchêne et Morel-Journel, 2000 ; Beaud et Pialoux, 2003), aux phénomènes de désaffiliation identitaire (Bacqué et Sintomer, 2001). En ce qui concerne les politiques publiques, le « quartier en difficulté » fut créé comme un objet spatial par les textes, les institutions et les politiques, pour devenir une catégorie de l'action publique et servir à la réification de multiples problématiques sociales (Tissot, 2007). Les banlieues font également l'objet de représentations qui se sont révélées très puissantes dans les institutions politiques et administratives, parmi les « habitants » mêmes ou encore dans l'opinion publique (Fourcaut, 2000). Les médias jouent un rôle fondamental dans la production et la diffusion de telles représentations : le travail journalistique de production de la catégorie banlieue  (cf. Sedel, 2009) reflète les rivalités pour l'imposition d'un récit sur les banlieues - les causes de leurs problèmes et les esquisses de solutions. Malgré ces rivalités, émerge un discours hégémonique qui les associe quasi-invariablement à l'insécurité (Germes et al., 2010) - et qui explique en grande partie qu'elles fassent depuis plusieurs décennies l'objet de mesures répressives prenant la forme de dispositifs policiers spécifiques et territorialisés et de politiques locales de sécurité (cf. Dikeç, 2007 : 93-204 ; Bonelli, 2008). Par ailleurs, ces espaces qualifiés également de « zones de non-droit » font également l'objet de pratiques policières particulières : les interlocuteurs identifiés comme appartenant aux quartiers défavorisés (d'autant plus lorsqu'ils sont identifiés comme appartenant à une minorité visible ou ayant un faible capital social), deviennent plus facilement des cibles d'un travail policier plus répressif - ce qui tient en partie au pouvoir discrétionnaire des policiers (relatif à l'interprétation d'une situation et à la décision des modalités de l'intervention - cf. Herbert, 2003). Tout se passe comme si un « autre » droit règlementait les pratiques policières dans les quartiers sensibles (cf. l'analyse proposée par Jobard, 2005).

A quoi tiennent les différenciations spatiales du travail policier et quel rôle joue l'espace ? Nous formulons l'hypothèse que tant les dispositifs mis en place que les représentations réaffirmées sont des éléments distincts faisant pourtant partie d'un même discours. Le discours est défini comme  une manière de donner sens au monde, de le déchiffrer, de le comprendre, au-delà de la diversité des positions et des opinions particulières (cf. Glasze et Mattissek, 2009). L'espace fait l'objet de multiples discours : le focus porte ici sur le discours policier à propos des « quartiers sensibles », et sur la construction discursive des banlieues comme territoire policier.  L'appropriation par la police est pensée comme une appropriation contre (des adversaires), au nom de (l'Etat) : nous interrogerons sur le rôle du conflit et de la violence dans le discours de l'appropriation territoriale.

De manière à étudier une partie du discours policier sur les banlieues françaises, une dizaine d'entretiens semi-directifs ont été menés en 2008 et 2009 avec des acteurs étatiques locaux de la sécurité, parmi lesquels des membres de la police nationale à l'échelon du commissariat, de la direction départementale et de la direction centrale ainsi que des chefs de polices municipales[6]. Les communes concernées par ces entretiens comprennent au moins une Zone Urbaine Sensible. Il était d'abord demandé aux interlocuteurs de présenter et d'expliquer les dispositifs mis en place dans leur zone de compétence ; par la suite ils étaient questionnés plus particulièrement sur les quartiers sensibles et les UTEQ (Unités Territoriales de Quartier). Les textes recueillis ont permis d'étudier les discours des acteurs locaux (membres de la police) sur l'espace social. Ce corpus d'entretiens n'est pas considéré comme représentatif : il s'agit, grâce à cette étude exploratoire, d'identifier des discours possibles sans prétendre restituer le discours policier. L'analyse des entretiens a montré la mise en œuvre de récits de conflits qui s'appuient fortement sur des identifications territoriales. Comment un tel discours territorial est-il produit et à quelles fins ? 

 

1.    Constitution des territoires dans le récit policier

 

Le principe de l'analyse des discours est l'attention portée aux répétitions au-delà de la diversité des énoncés et des prises de position, afin de mettre en évidence, dans un corpus de textes particuliers, un discours commun - c'est-à-dire les « manières de dire » (et non « ce qui est dit »). Les méthodes utilisées permettent l'identification des structures énonciatives, des désignations spatiales ou spatialisations et de l'expression des conflits dans les entretiens (cf. Glasze et Mattissek, 2009). L'étude des structures énonciatives repose sur l'attention portée aux noms propres ou communs, aux pronoms personnels ou possessifs (ou encore aux formulations elliptiques et implicites) désignant personnes, groupes ou institutions. Cette étude permet d'analyser les positions de sujet constituées dans le discours. Dans un deuxième temps, l'étude des désignations spatiales repose sur l'inventaire des noms propres ou communs désignant des lieux ou des formes spatiales mais également des prépositions ou adverbes spatiaux, ou encore des verbes connotant le mouvement. L'identification des espaces permet de mettre en évidence des relations de correspondance ou d'appartenance établies entre espaces et sujets dans le discours. Dans un troisième temps, l'étude de l'expression des conflits repose sur le relevé des formes syntaxiques de la négation et des formes lexicales connotant le l'opposition, le pouvoir, l'empêchement et l'évitement. A l'issue de cette troisième analyse qui complète les deux premières, la constitution de territorialisations dans le discours peut être étudiée : le discours de la territorialisation est en effet une imbrication de sujets, d'espaces et de conflits. Un choix de citations particulièrement significatives et exemplaires (pour le corpus d'entretiens) seront analysées au fil du texte : les mots qui, selon notre analyse, font référence aux sujets, aux espaces ou aux conflits seront accentués par la typographie respectivement en petite capitale, en caractère gras ou soulignés. L'analyse d'abord formelle deviendra au fur et à mesure plus interprétative.

 

1.1  Une place pour chacun, chacun à sa place

 

La structure énonciative peu rigoureuse est typique des textes résultant de la transcription d'entretiens : tant la première, la deuxième et la troisième personne ne renvoient pas systématiquement aux mêmes sujets (tantôt le locuteur, tantôt la police, tantôt un groupe ou un autre) ; les sujets ne sont pas systématiquement désignés mais souvent sous-entendus (cf. citations 4 et 5[7]). Il a cependant été possible d'identifier la construction de trois sujets différents. Premièrement, le locuteur (le plus souvent, un membre d'une police nationale ou municipale) s'identifie à « la police », qu'il désigne tantôt à la troisième personne (cf. 1 et 6 : « ... signaler l'arrivée de la police » ; « ils ont vu la police »), tantôt à la première personne du pluriel  (cf. 3 et 5 : « on peut pas » ; « On n'y va pas »), voire même en interpellant l'auditeur, à la deuxième personne (cf. 3 : « Quand vous rentrez ...»). En interaction avec le sujet policier, se dessine le sujet qui fait l'objet principal des actions policières et qui est quasi-exclusivement désigné par la troisième personne du pluriel, au masculin (cf. 5 et 6 : « ils se sauvent » ; « c'est chez eux » ; exception cf. 3 : « on vous met »). Le vocabulaire « bande »,  « caïd », « leaders délinquants », « individu guetteur [dont le rôle est de signaler] » (cf. 2, 1, 6 et 7), constitue ce second sujet d'abord comme un groupe organisé autour de meneurs, ensuite par son opposition aux (ou sa contestation des) règles et lois présupposées par le sujet policier. « Ils », adversaire anonyme, renvoie à la figure discursive du jeune homme de banlieue, potentiellement délinquant et potentiellement menaçant (cf. Hancock, 2008). Enfin, un troisième sujet moins fréquent, celui de la 'population qui aspire à la tranquillité', est distingué de la 'minorité' des délinquants par laquelle il est menacé. Les trois sujets identifiés sont ainsi structurés par des relations d'opposition. 

Les désignations spatiales construisent autour d'une structure très claire une géographie un peu plus complexe, dont la cité, le ou les quartier(s) sont le premier référent[8] (cf. citations 3, 2 : « là, cette cité-là ...» ; « Quand vous allez dans les quartiers ...»). Ces espaces sont décrits comme des espaces fermés (cf. 3 et 1 : « vous tombez dans un cul-de-sac » ; « qu'un seul accès »), qui ont leurs annexes (cf. 5 : « ils se sauvent dans les bois ! ») ou leurs replis (cf. 5 : « ils vont (...) dans les caves »). Ces espaces sont construits en opposition avec un dehors, un espace environnant qui n'est pas plus spécifiquement désigné ni qualifié (cf. 6 : « les policiers, c'est en dehors de [la cité] »). Les verbes connotant le mouvement impliquent également l'existence de cet espace d'où l'on « rentre » dans le quartier, ou bien vers lequel on retourne lorsqu'on « court » ou lorsqu'on est « chassé » hors du quartier (cf. respectivement 3 et 6) : non seulement ils répètent la dichotomie spatiale, mais ils montrent que cette dernière est une structure signifiante efficace du discours. L'espace est signifiant. Cette démarcation réitérée entre intérieur et extérieur joue un rôle discursif fondamental en ce qu'elle recoupe et ainsi confirme l'opposition construite entre les deux principaux sujets.

En effet, le sujet policier appartient au « dehors », de même que l'autre sujet, le sujet adverse appartient au quartier, à la banlieue (cf. 6 : « Ils ont une logique de territoire, c'est chez eux, et puis les policiers, c'est en dehors de [la cité] »). Cette distribution extrêmement claire des sujets et des espaces est basée sur un réseau d'équivalences et d'oppositions discursives, où seulement deux éléments sont clairement et distinctement évoqués : la police et la banlieue. Les deux éléments complémentaires (les adversaires de la police d'une part et l'extérieur de la banlieue d'autre part) font l'objet de désignations beaucoup plus floues - tout en étant pourtant, dans le registre du non-dit, impliqués par les structures discursives étudiées (voir également Germes et Glasze, 2010). La mise en évidence de ce procédé montre bien comment la catégorie spatiale (ici, le quartier, la cité) permet de désigner des groupes sociaux sans avoir besoin de les nommer - ou comment le nom de lieu peut se substituer à la désignation d'un groupe social. Sur la base de ce discours socio-spatial se greffent de multiples expressions conflictuelles, qui seront étudiées en détail dans les paragraphes suivants.

 

1.2  Conflits spatiaux

 

Le texte des entretiens recours massivement à des expressions syntaxiques (comme les négations) et lexicales connotant un conflit. L'expression du conflit se base sur le réseau d'équivalences et d'oppositions que l'on vient de mettre en valeur. Le conflit est toujours étroitement lié au territoire qui en fait l'objet : il s'agit le plus souvent d'éviter de pénétrer ou de rester dans le « territoire des autres » (pour éviter un affrontement ou une épreuve de force).

(1) Quand il n'y a qu'un seul accès qui permet d'accéder au quartier, il suffit de mettre un individu guetteur à l'entrée pour signaler l'arrivée de la police. - (Direction d'une police municipale).

(2) Quand vous allez dans les quartiers, c'est bien d'y aller à pied, mais à pied vous faites une interpellation, vous en faites quoi du type. Et s'il y a une bande juste à côté, hostile, ils vous cassent la tête des deux policiers intervenant. - (Direction d'une police municipale).

(3) Quand vous rentrez, vous tombez dans un cul-de-sac, comment vous faites si on vous met une voiture en travers ? Vous sortez pas, vous abandonnez votre voiture et vous courez. [...] Et là, cette cité-là, c'est... on peut pas y mettre un pied parce que... on peut même pas rentrer avec le véhicule [...] C'est chez eux,... - (Direction d'une police municipale).

Ces propos déclinent les conflits (possibles) liés à l'entrée de la police dans les « quartiers » : la police fait l'objet d'une surveillance (ce qui constitue une inversion des rapports de force par rapport à sa mission de surveiller et contrôler elle-même) ; elle doit faire face à l'adversité (cf. 2 : « s'il y a une bande juste à côté, hostile »). Le récit de l'évitement constitue le tracé d'une limite et ainsi la production d'une frontière (cf. 3 : « ... on peut pas y mettre un pied »). Ces propos font référence à la configuration architecturale et urbanistique des grands ensembles, qui est systématiquement considérée comme une difficulté à laquelle la présence et la surveillance policière sont confrontées (cf. Romieux 2007; Landauer 2009). Les cheminements privilégiant les piétons, parfois « sans issue » et difficilement accessibles aux voitures de police, sont mis en cause, tout comme les coursives et toits qui peuvent être des postes d'observation voire d'agression. L'évitement n'est pas seulement le fait de la police ; il est raconté comme réciproque : la police éviterait les quartiers tout comme les « bandes » fuiraient ces derniers lorsque la police y a pénétré.

(4) Ils se sont mis à courir quand ils ont vu la police. - (Direction d'une police municipale).

(5) A chaque fois, ils se sauvent dans les bois ! On va pas les chercher dans les bois. Ou alors ils vont dans les parties communes, dans les caves, etc. On n'y va pas hein. - (Direction d'une police municipale).

Il est pourrait être paradoxal d'interpréter le récit de ces évitements (cf. 5 : « on n'y va pas » ; « ils se sauvent ») comme le récit d'un conflit. C'est justement parce que la raison de l'évitement est d'empêcher que le conflit que le premier sous-entend la possibilité du dernier, la possibilité d'un affrontement. Ainsi, l'affrontement est évité au profit d'un statuquo de part et d'autre d'une limite négociée au gré des évènements. Chaque loi a son espace et chaque espace sa loi : 

(6) [Il s'agit] de leaders délinquants qui font un peu régner leur loi, et quand ils voient des véhicules de police, qui font tout pour les discréditer, les policiers, qui font tout pour les chasser du territoire. Ils ont une logique de territoire, c'est chez eux, et puis les policiers, c'est en dehors de [la cité]. - (Direction d'une police municipale).

(7) Il y a un quartier qui n'est plus tout à fait sous les lois de la République, qui est tenu par un caïd. - (Direction d'une police municipale).

Les deux appropriations sont concurrentes et s'excluent mutuellement, elles réfèrent à la souveraineté de l'un ou de l'autre. Le territoire est l'instrument du conflit, en ce qu'il permet de formaliser les appropriations et de tracer les limites, et ainsi, de de concrétiser, de  matérialiser l'existence de l'autre. L'analyse discursive montre bien comment les conflits ne sont pas issus d'une rivalité territoriale préexistante, mais comment le récit du conflit produit des territorialisationsIl est intéressant de remarquer que la constitution discursive du territoire repose essentiellement sur l'omniprésence du conflit - sans évoquer les interactions non conflictuelles et l'interconnaissance.

 

2.    Les Unités Territoriales de Quartier : un discours de violence

 

La mise en place de dispositifs policiers particulièrement orientés vers les quartiers sensibles apparaît comme la conséquence de ce discours. Dès les années 1990, les services de renseignements de la police créent des unités particulières destinées à la surveillance des quartiers sensibles - dont le but serait de prévoir et de désamorcer les « violences urbaines » (Bonelli, 2001 ; Dikeç, 2007). Dans les années 1990 sont également instaurées des brigades en civil dont le but est l'intervention rapide et le flagrant délit : les Brigades Anti-Criminalité sont très mobiles sur une circonscription voire un département, elles travaillent beaucoup de nuit, mais se concentrent particulièrement sur les quartiers sensibles parmi d'autres « points chauds ». Entre 1999 et 2002, des unités de police de proximité sont déployées en priorité dans les quartiers sensibles : le but est d'améliorer le dialogue entre police et habitants et de prévenir la criminalité (Mouhanna, 2008). Les quartiers sensibles font donc l'objet de dispositifs policiers particuliers qui sont également accompagnés d'une certaine municipalisation des politiques de sécurité : au sein des Contrats Locaux de Sécurité (CLS) et des Conseils Locaux de Sécurité et de Prévention de la Délinquance (CLSPD) associent municipalité, Etat et administrations publiques pour déterminer quelles sont les aires « sensibles » d'une commune, pour faire établir un diagnostic de sécurité, réunir l'ensemble des acteurs concernés (police nationale, municipale, justice, mais également au sens large : écoles, hôpitaux, entreprises...) et mettre en place des actions concertées de prévention. Le but est l'implantation de systèmes communaux « sur mesure » de prévention de la délinquance (Bonelli, 2008). Les spatialisations des dispositifs policiers sont en grande partie basées sur les zonages de la Politique de la Ville (Dikeç, 2007), c'est-à-dire sur un découpage en « quartiers sensibles », construit à partir de critères socio-économiques (par exemple : emploi, population, logement, enseignement...).

En 2008, deux nouveaux dispositifs policiers sont conçus pour répondre à l'objectif de « sécuriser » les quartiers sensibles : la présence policière quotidienne et visible dans des quartiers très restreints (UTEQ) est complétée par l'existence d'unités policières mobiles à l'échelle départementale, prêtes à des interventions ponctuelles de maintien de l'ordre (CS, Compagnies de Sécurisation). Ces deux types d'unités, travaillant de manière complémentaire à des échelles et des temporalités différentes, sont inaugurés en Seine-Saint-Denis en 2008. Les premières UTEQ sont introduites dans les quartiers « les plus sensibles », avant d'être ouvertes progressivement dans de nombreuses autres agglomérations françaises[9].

L'objet de cette deuxième partie n'est pas d'analyser les UTEQ en tant que dispositif, mais d'analyser le discours mené sur les UTEQ par la police. Les UTEQ constituent plus qu'une localisation du travail policier : le territoire (espace de souveraineté, à la fois lieu et loi) fait explicitement l'objet du dispositif, qui prend sens uniquement dans le cadre du discours territorial antagoniste explicité ci-dessus. Cependant, l'étude des discours policiers sur les UTEQ montrent que celles-ci transgressent justement les limites territoriales définies dans le premier cas. L'analyse plus interprétative des entretiens étudiera le discours policier sur les UTEQ pour montrer en quoi elles transgressent les territoires construits et comment elles traitent le conflit.

 

2.1  Des « secteurs criminogènes »

 

Les UTEQ sont d'abord définies par l'espace de leur compétence : elles relèvent d'un territoire institutionnel très précis, en deçà des circonscriptions (cf. 8) :

(8) Disons que l'UTEQ par exemple, on va parler de l'UTEQ de S., elle est cantonnée à un secteur particulier. Donc son secteur d'investigation c'est la cité de F. [...] Pourquoi ?... parce que c'est une cité particulièrement criminogène de la circonscription et du département. - (Police nationale, commandement local).

Le « secteur » de l'espace urbain est abstrait de son contexte et limité à quelques blocs d'immeubles, à quelques rues. Il s'agit en grande majorité de grands ensembles et de quartiers déjà qualifiés en Zone Urbaine Sensible dans le contexte de la Politique de la Ville - pourtant, selon les entretiens, la principale raison de la délimitation est porte sur la criminalité. Le dispositif repose ainsi sur le postulat d'une relation d'immanence de la criminalité à l'espace. Ce postulat a été mis en question par les travaux de criminologie critique montrant comment fonctionne la série de réductions logiques qui consiste à qualifier un individu par son comportement (criminel), puis à qualifier un groupe social (celui auquel l'individu appartient) de criminel, et enfin à qualifier un espace (celui auquel le groupe est associé) de criminel (Belina, 2006). La conséquence de ce raisonnement par analogie est la territorialisation de l'action policière. Le tel contrôle d'un espace « criminel » s'exerce, à l'inverse, sur des groupes d'individus indépendamment de leur comportement effectif (id.).  Les secteurs criminogènes où les UTEQ doivent travailler appartiennent par définition au territoire « des autres » : les policiers sont donc conduits à traverser les frontières établies dans le discours sur les banlieues.

 

2.2  Maîtriser et représenter

 

La description du travail policier met l'accent sur la maîtrise de ce nouveau territoire.

(9) Les UTEQ ont même une formation encore plus poussée sur la connaissance de leur quartier. [...] Ce sont des territoires limités pour qu'ils puissent bien les connaître et qu'ils puissent être connus des habitants du quartier. [...] Les UTEQ ont la même formation sur la sociologie, la topographie des quartiers dans lesquels ils interviennent. - (Police nationale, direction départementale).

(10) Donc concrètement on va avoir dix fonctionnaires à pied qui patrouillent dans un secteur. - (Police nationale, commandement local).

(11) Là, ils ont une vocation plus répressive quand même. On occupe le terrain. On pacifie. Et on prend contact avec la population, on rend service à la population, on sécurise, on noue des contacts avec la population.  -  (Police nationale, commandement local).

La maîtrise du territoire consiste en plusieurs éléments : la formation préalable des policiers, l'information permanente au contact avec la population et  la présence manifeste. Le discours policier sur la pratique de l'UTEQ, reposant bien sûr sur la réaffirmation de l'exceptionnalité du territoire, a souvent recours au troisième sujet identifié plus haut, à celui qui n'est ni la police ni son adversaire, mais la « population », majorité pacifique (cf. 9, 10 et 14 : « tout le monde »). Les habitants sont non seulement d'éventuels informateurs, mais également les spectateurs de la réappropriation policière : « patrouiller à pied » (10), « occuper le terrain » (11) est justement l'inverse de la stratégie d'évitement évoquée plus haut, une affirmation de la tentative de repousser les limites de son propre territoire. Du fait de cette transgression, l'UTEQ est constituée comme un signe : là où la souveraineté de l'Etat serait menacée, elle se montre comme en étant le représentant, le symbole. L'occupation de l'espace public de la cité (défavorisée) par l'UTEQ peut être interprétée comme une stratégie visant à repousser les « indésirables » de l'espace public.

 

2.3 Une violence ambiguë

Le discours policier sur les UTEQ entretient en outre un rapport bien particulier à la violence :

(12) Parce que voilà il y a beaucoup de criminalité et puis il fallait que la police... que la police d'abord fasse partie des..., arrive à s'imposer dans le secteur pour que la population puisse mieux vivre tout simplement. - (Police nationale, commandement local).

(13) Au départ on a eu pas mal de soucis. Puisque le premier jour de la mise en place de l'UTEQ on a eu deux fonctionnaires blessés. Mais depuis la situation s'est normalisée. - (Police nationale, commandement local).

(14) C'est-à-dire pour nous, une UTEQ qui prend des cailloux, ça veut dire qu'elle dérange. Parce qu'elle prend des cailloux d'un côté et tout le monde est content qu'elle soit là de l'autre. - (Police nationale, direction centrale).

Le deuxième des trois sujets évoqués au début du texte, le sujet adverse, ici, celui qui commet des actes violents, est omniprésent (impliqué par les verbes conjugués, cf. 13 : « blessés », 14 : « prend des cailloux »), mais n'est pas désigné. Les faits de violence en quelque sorte sans auteur sont donc plus étroitement liés avec « le secteur », « le territoire » de l'UTEQ, comme si la violence était immanente à l'espace, comme elle si appartenait au territoire. C'est la présence policière (« soit  » ; « s'imposer dans le secteur ») qui semble être  le déclencheur d'actes de violence présentés comme normaux voire nécessaires, car cathartiques. La violence fait ainsi partie du dispositif territorial. Le rapport de force est présenté comme la finalité du dispositif qui doit permettre d'éradiquer la violence préexistante dans le but de de redéfinir le rapport de force et l'ordre symbolique. Le discours sur les UTEQ normalise paradoxalement une violence qui ne devrait pas cesser d'être illégitime. Les relations ambigües entre Etat et violence se cristallisent dans les discours policiers et dans le territoire qu'ils instituent. Alors même qu'il est construit par le conflit, le rôle qui échoit à (la notion de) territoire est de légitimer un affrontement qui semble être la condition du « retour à l'ordre ». 

 

Conclusion

 

Le discours policier sur les quartiers sensibles en France recourt premièrement de manière récurrente au récit d'un conflit fortement territorialisé. Le territoire, l'espace de légitimité ou de souveraineté des uns est contesté par les autres - et réciproquement. Fuites et stratégies d'évitement sont signifiantes : elles sont les limites que chacun  pose à son territoire. Cependant et deuxièmement, la transgression de ces frontières fait partie du dispositif policier : il s'agit alors de démonstrations de force qui entretiennent un rapport ambigu avec la violence, considérée comme nécessaire à la « réappropriation » policière des quartiers sensibles[10]. Ce résultat de l'enquête entre en résonnance avec l'idée formulée en introduction selon laquelle l'Etat est également fait de violence : elle légitime son droit et est l'instrument de sa puissance (Gros, 2006).

Ces discours policiers font des quartiers populaires français des territoires d'exception, qui sont, d'une certaine manière, pensés pour la violence. La portée symbolique de ces discours est d'autant plus forte que les « banlieues » sont, par ailleurs dans les discours dominants souvent considérées comme des badlands of the Republic (Dikeç, 2007), comme des espaces qui ne sont pas seulement dangereux pour eux-mêmes mais également pour les valeurs de la société majoritaire et pour l'Etat (et son autorité). La banlieue est un espace qui dans le discours hégémonique acquiert une dimension symbolique (Germes et Glasze, 2010) : « l'anti », le contraire et presque l'adversaire de la République, ou de l'Etat ou de la Nation. Le déni de l'appartenance au collectif politique, au « nous » rassembleur de la communauté politique représente dans ce contexte une injustice symbolique. L'utilisation du terme « banlieue » fut souvent critiquée du fait qu'il procède à la fois d'une spatialisation (quasi-causale) abusive des problèmes sociaux et d'une réduction de la diversité des enjeux - ce terme contribue également à faire passer pour spécifiquement française une combinaison de problématiques en grande partie communes à d'autres sociétés contemporaines. Même si la question des discours policiers sur les quartiers sensibles présente des spécificités notables en France, celles-ci ne constituent pas le cœur du problème, mais plutôt l'une de ces déclinaisons : la prise en compte de la profondeur historique montre comment la question des quartiers sensibles en France est ancrée dans les problématiques de la ségrégation socio-spatiale des villes postindustrielles (et dans la continuité avec les villes industrielles) et de la discrimination des sociétés postcoloniales (dans la continuité avec l'époque coloniale).  De même, les injustices liées aux pratiques dans et aux discours policiers sur les quartiers en difficulté ne sont pas spécifiques au cas français, mais sont étroitement liées à une conception contemporaine d'un Etat répressif.

 


[1] Le travail policier est extrêmement varié : surveillance de la circulation, enquêtes judiciaires, renseignements, police aux frontières... (cf. Monjardet, 2002 ; Brodeur, 2003: 350-353). Monjardet explique comment s'établit une relation différente au territoire (de compétence) selon les fonctions et les missions de chaque type de police : il affirme que les forces d'intervention mobiles (comme les CRS) ont un rapport de circonstance avec le territoire ; que la police criminelle est marquée par le jeu entre la  géographie judiciaire (des zones de compétences) et   la géographie propre des pôles et des réseaux de la criminalité. La police urbaine, en revanche, requiert une plus grande adaptation au terrain ainsi qu'une meilleure compréhension des spécificités locales comme une capacité à l'intégration dans la société locale (Monjardet,1996 : 135). La recherche proposée ici s'intéresse uniquement à cette police urbaine (nationale ou municipale).

[2] Une définition nuancée de la police comme « une institution de contrôle social dotée d'une relative latitude de définition des situations qui appellent son intervention et qui peut alors mettre en œuvre les moyens de coercition dont elle est dotée. Nous voulons dire, en premier lieu, que l'activité policière est moins répressive qu'organisatrice : la police sans cesse négocie les conditions de son intervention, la police participe plus que d'autres à la définition collective du tolérable et de l'intolérable et elle contribue fortement à organiser un ordre social à laquelle elle est non pas extérieure mais partie prenante ». (Favre et Jobard , 1997 :207)

 

[3] L'usage courant du terme territoire dans les discours policiers introduit une certaine polysémie. Il désigne en effet un objet unique et univoque, l'espace de compétence et de travail. Pour plus de clarté, les termes espaces et spatialisation seront utilisés pour désigner ces territoires et territorialisations.

[4] Au lieu de considérer que les représentations (individuelles ou collectives) sont en quelque sorte des empreintes de la perception du monde réel, la notion de discours (rapportée à des sujets qui ne sont ni des individus ni des groupes, mais des institutions ou encore des positions énonciatives) permet de concevoir en quoi les conceptions du monde socialement négociées  modèlent l'action.

[5] Il est avec raison reproché à l'utilisation des désignations génériques « banlieue »  et « quartier sensible » le fait de contribuer à une représentation unifiée de situations extrêmement différentes et de produire ainsi une catégorie spatiale réifiée et support de la stigmatisation. Or, ces notions ne permettent pas de concevoir la complexité et l'imbrication de problématiques concernant, entre autres, la précarisation du travail, les inégalités de genre, les discriminations raciales quotidiennes, un habitat délabré, des conditions de logement insalubres, le manque d'accessibilité, la gentrification par le fait du marché ou par le fait de la rénovation urbaine, etc.

[6] De manière à respecter l'anonymat des personnes rencontrées, les municipalités ne sont pas désignées. Seule une référence à la position institutionnelle du locuteur sera faite. 

[7] Les citations complètes sont reproduites discutées dans le paragraphe 1.2 ci-dessous.

[8] Ce qui est tout simplement dû au fait que les dispositifs et le travail de la police dans les « quartiers en difficulté » ; « quartiers à problèmes » étaient l'un des thèmes principaux de l'entretien.

[9] Les UTEQ sont de petites unités, compétentes sur des espaces restreints, dans les quartiers défavorisés - malgré ces points communs, elles sont conçues par opposition à l'ancienne police de proximité : il s'agit de « faire respecter l'autorité de l'Etat et  le respect de la loi, là où il le faut et à l'heure où il le faut » (M. Alliot-Marie, Ministre de l'Intérieur, 14.01.2008)

[10] Nos résultats présentent deux motifs discursifs complémentaires: le discours de l'évitement (première partie) est dans notre corpus caractéristique des propos tenus par des polices municipales, alors que le discours de la confrontation (deuxième partie) est plutôt caractéristique de la police nationale. 

 

 

Abstract[1]

While policing practices in sensitive neighbourhoods are widely researched, little of this research has studied how these spaces are thought of by the police. Discourses on space are interpretation grids that guide individual action and legitimize institutional action. This article intends to study the police discourse on sensitive neighbourhoods based on interviews conducted with national police local authorities and municipal police authorities. The formal analysis of descriptive and spatial structures demonstrates how the narrative of conflict constructs a representation of sensitive neighbourhoods in territorial terms, distinguishing the space belonging to some from that belonging to the others and delineating infringed boundaries. Second, the analysis of the discourse on the UTEQs (Unités TErritoriales de Quartier[2]) shows how these spatialized antagonistic representations are used to legitimize a device, the purpose of which is control of the territory and which has an ambiguous relationship with the violence it gives rise to. The territorialization of the police discourse is inseparable from the violence of conflict, deemed as more legitimate in some spaces than in others.

 

Key words

Police; sensitive neighbourhoods; territory; UTEQ; discourse

 

 

Introduction: Police and Territories

 

Whether in uniform or civilian clothes, on patrol or specific assignments, police practices are a contributing factor to the production of space - and more specifically, the production of urban space (Fyfe, 1995). Policing[3] activity consists in part of monitoring and controlling space as well as establishing spatial strategies: the space is an instrument in the service of the specific mission it has been assigned. The strategic and organizational issues of the distribution of security forces, the delineation of districts and the location of police stations delineate a geography that is specific to the police, whose work is very territorialized (Fyfe, 1991). The spatial differentiations thus introduced by the police tend to identify threatening spaces and threatened spaces - just as there is differentiation in the population of individuals who are threatening and those who are threatened based solely on their apparent belonging to a social group. In the name of public space, individuals identified as deviant are banned from certain places (Belina, 2007). Moreover, discriminatory behaviours on the part of the police are observed particularly in disadvantaged neighbourhoods of major cities: in North America (cf. Herbert, 2003) but also in Europe (cf. Loader, 2002) and in France (cf. Goris et al., 2009).

 

 

Knowledge of and control of social space are the working conditions for the police, while at the same time, police work contributes to the production of urban space. In France, the term territoire [territory] is recurrent in the police organization and likewise in the discourse on the police - and two different meanings of the word can be distinguished. The first meaning, the territory of jurisdiction, refers to the district belonging to the police as part of the national territory network. Even if the use of the term territory is current in the general domain of local public action in France, in the case of the police, it expresses more than simply the spatialization of institutional action or the attribution of responsibilities and assignments over a given space - it also implies control, surveillance and mastery of the space. The district, the local territory "entrusted" to police authority by the State, is something of a synecdoche of the national territory. A second meaning of the term territory emphasizes police work itself, the territory being (or supposed to be) appropriated by policing practices; this meaning implies the experience, knowledge of the site and the inhabitants and the ability to impose itself. Such uses of the term territory with regard to the police are a reminder that the territory is not just any space, but a sovereign area: the term calls to mind appropriation (violent or otherwise), control, legitimacy, law - and potentially, protests against the same.

 

 

 

 

Police, the State and violence

 

The purpose of this contribution is to participate in the study of the relationships between the State and violence and to propose a geographic interpretation of the considerations in the social sciences and political philosophy on the police, based on the concept of territory. The police are in fact often thought of in relationship to the State and the idea of legitimate violence. In counterpoint to the cruel violence of nature or the arbitrary violence of a powerless, an-archical, society, the State distinguishes illegitimate violence from legitimate defence and thus institutes its own coercive power. The use of force by the police is a legitimate exercise of violence, the purpose of which is to contravene violence (cf. Bittner, 1980). According to Weber's concept that the State is characterized by the monopoly of violence, and the police represent one of the institutions making the exercise of this violence possible. The police thus are often raised as an issue as coming under a paradox in the context of constitutional states and democratic regimes (cf. Herbert, 2003). However, the definition of the object "police"[4] is compared to the epistemological problems of the construction of the police as a research topic. If the descriptions of the police apparatus that make an abstraction of its social role are nearly unanimously rejected, researchers as a whole are not however united behind a "sociology of social (legitimate) uses of force" (Monjardet, 1996). Research on the police may of course be a means for examining the close relationship between violence and the State - but this would be forgetting that resorting to violence is in fact rare in day-to-day police work and that defining the police through the legitimacy of violence would not account for the diversity of policing assignments and practices (Brodeur, 1994). However, separating the research on the police from the ambiguous and complex relationships they entertain in conceptual terms with violence and the State is not a satisfactory solution, either. It is impossible to ignore the wide-spread concept that the police are invested with powers by the State, that they represent the State and that they are even the very symbol thereof. This concept is precisely the foundation of the legitimization of the police: their work (potentially coercive or intrusive - Herbert, 2003) is legitimized by the State. The concept is based on two assumptions: first, that the State would provide protection from pre-existing violence; second, that the police would stem from the State. Now, violence is not apart from the State, it is not what the State is against; violence is also the legitimization of the State's right and the instrument of its strength (Gros, 2006). Moreover, the State's precedence over the police is also questionable. The State is not an institution but an abstraction, whose function is to legitimize social and political organization, i.e. institutions and their practices. These day-to-day, institutional practices and discourses are what form the State (Painter, 2006 and 2010).

 

Territory: Sovereignties and appropriations

 

Rather than considering that the State produces one or more territories which would be the containers and structures of police action, we deem instead that the day-to-day and institutional police practices are what simultaneously produce a territory and contribute to forming the State. The State (re-)produced by the police would be produced in part by means of territory - methods and practices for the establishment of sovereign spaces. Often controversial due to the its many possible meanings, the concept of territory is, however, fundamental for Francophone social geography and Anglophone political geography, even if its meanings are different. In the Francophone context, territoire is most often conceived as an appropriated space, supporting an identity - political, historic and economic processes; individuals and groups are affected (Di Méo, 1998). Against the risk of spatial reification, the term territoriality makes it possible to refer to the processes of spatial appropriation and identity - without however running the risk of assuming the production of "territory as a thing" (Aldhuy, 2008). These concepts make it possible to think about the power relationships that are entered into in the space (Ripoll and Veschambre, 2006), as well as the concrete and symbolic aspect of the conflicts that are expressed in the space. In the Anglophone context, territory often refers to the territory (alone) of political sovereignty and the concept is very often closely tied to the State. The constitution of state territories, the history of territorial concepts and methods, and the recent evolution of States' (de-/re-) territorialization are the main areas of research where territory is conceived of as a means of power.

 

From the French meaning of territoire[5] as an operative concept, we recall the idea that territory is constructed by multiple social practices - and that it is an instrument of power and struggles between social groups with diverging interests. Around territory, the forming a "we" goes together with the demarcation of a "them": appropriation by is also an appropriation against. From the English language meaning of territory as a specific historic object, we recall the idea the "space of state sovereignty" as an instrument for controlling the people.  From the great deal of questioning on the validity of the term territory, we also recall that a (or even many) territory/ies is/are not produced, but instead, there are complex and ambivalent territorialization processes.

 

 

The banlieues in France: A policing discourse[6]?

 

The purpose of this research is to study the policing discourse of city policy in France on "sensitive neighbourhoods", spaces that are known for their "social problems"[7], on the basis of the concept of territory. The social sciences analyze the urban planning and architectural aspects of these problems (Dufaux and Fourcaut, 2004), their socio-economic history - related to industrialization and the creation of urban working classes, then later with deindustrialization (Duchêne and Morel-Journel, 2000; Beaud and Pialoux, 2003), the phenomena of identity disaffiliation   (Bacqué and Sintomer, 2001). With regard to public policies, the neighbourhood "in trouble" was created as a spatial object by texts, institutions and policies to become a category of public action and to be used for the reification of multiple social issues (Tissot, 2007). France's banlieues are also subject to representations that have been shown to be very powerful in political and government institutions among the "inhabitants" themselves or alternatively, in public opinion (Fourcaut, 2000). The media play a crucial role in the production and dissemination of such representations; journalism's work in producing "banlieue" as a category ( Sedel, 2009) reflects rivalries for imposing a narrative on the banlieues - the causes of their problems and outlines for their solutions. Despite these rivalries, a hegemonic discourse emerges which associates the banlieue almost invariably with insecurity (Germes et al., 2010) - and which explains in great part that for a number of years, they have been subject to repressive measures taking the form of specific and territorialized policing devices and local security policies (Dikeç, 2007: 93-204; Bonelli, 2008). Furthermore, these spaces, described as well as "no-man's land" are also subject to particular policing practices: subjects identified as belonging to disadvantaged neighbourhoods (the more so when they are identified as belonging to a visible minority or a minority with low social capital), are more easily targeted for police repression, which is in part at the discretion of the police officers (with regard to the interpretation of a situation and determining how to intervene - Herbert, 2003). Everything occurs as if a "different" law governed policing practices in sensitive neighbourhoods (the analysis proposed by Jobard, 2005).

 

 

What causes the spatial differentiations in police work and what role does space play? We formulate the hypothesis that both the devices put in place and the reaffirmed representations are separate components of the same discourse. "Discourse" is defined as a way of giving meaning to the world, to decipher it, to understand it, beyond the diversity of positions and individual opinions (Glasze and Mattissek, 2009). Space is the topic of multiple discourses; here, the focus is on the policing discourse regarding "sensitive neighbourhoods", and on the discursive construction of the banlieues as police territory. Appropriation by the police is thought of as appropriation against (adversaries), in the name of  (the State). We will investigate the role of conflict and violence in the appropriation discourse as related to territory.

As a way of examining a portion of the police discourse on the French banlieues, about ten semi-directive interviews were conducted in 2008 and 2009 with local state security stakeholders, among which were some members of the national police at the precinct level, departmental headquarters, and central headquarters as well as municipal chiefs of police[8]. The communes affected by these interviews include at least one "Sensitive Urban Zone". Speakers were first requested to present and explain the mechanisms in place in their jurisdiction; then, they were questioned more specifically on the sensitive areas and the UTEQs [territorial neighbourhood units]. The texts gathered made it possible to examine the discourses of local stakeholders (members of the police) on the social space. This corpus of interviews is not considered representative; thanks to this exploratory study, possible discourses are identified without claiming to reconstruct the police discourse. The analysis of the interviews showed the implementation of narratives of conflict heavily supported on territorial identifications. How is this type of territorial discourse produced and to what ends? 

 

 

 

1. The Formation of Territories in the Police Narrative

 

The principle of discourse analysis is the attention given to repetitions beyond the diversity of statements and positions in order to draw attention to a common discourse in a corpus of particular texts; i.e. the "how" things are said (and not "what" is said). The methods used make possible the identification of enunciative structures, spatial designations or spatializations and the expression of conflicts in the interviews (Glasze and Mattissek, 2009). The study of enunciative structures is based on the attention given to proper and common nouns, personal and possessive pronouns (or alternatively, elliptical or implied formulations) designating individuals, groups or institutions. This study makes it possible to analyze the subject positions formed in the discourse. Second, the study of spatial designations is built on the inventory of proper and common nouns designating the places or spatial forms, as well as spatial prepositions and adverbs, but also verbs of motion. The identification of spaces makes it possible to highlight relationships of correspondence or belonging established between spaces and subjects in the discourse. Third, the study of the expression of conflicts is built on the reading of syntactical forms of negation and lexical forms implying opposition, power, impediment and avoidance. At the end of this third analysis, which completes the first two, the formation of territorializations in discourse can be studied: the territorialization discourse is in fact, an interweaving of topics, spaces and conflicts. A selection of especially significant and typical quotes (for the corpus of interviews) will be analyzed throughout the text; the words that, based on our analysis, refer to the subjects, to the spaces or to conflicts will be emphasized respectively through the use of small capitals, bold face or underscoring. The initially formal analysis will gradually become more interpretative.

 

 

 

1.1  A place for everyone and everyone in his/her place

 

The not very strict enunciative structure is typical of texts resulting from the transcription of interviews: the first, second and third persons do not systematically refer back to the same subjects (now the speaker, now the police, now one group or another); the subjects are not systematically designated but are often implied (cf. quotes 4 and 5[9]). It was however possible to identify the construction of three different subjects. First, the speaker (more often than not a member of the national or municipal police) identifies himself with the "police" which he'll sometimes designate in the third person (cf. 1 and 6: "...to signal the arrival of the police ; "they  saw the police "), sometimes in the first person plural (cf. 3 and 5: "We can't; "We don't go there."), indeed, even directly addressing the listener, in the second person (cf. 3: "When you go back..."). In interaction with the police, the subject emerges as the main object of the police actions and which is almost exclusively designated by the third person plural in the masculine (c.f 5 and 6: "They take off"; "it's their place"; exception cf. 3: "They put you[10]"). The vocabulary "gang", "gang leader", "delinquent leaders", "the look-out" [whose role is to give a signal]" (cf. 2,1,6 and 7), make up this second subject, first as a group organized around leaders, and second by its opposition to (or its protest against) the rules and laws presupposed by the police-subject. "They", an anonymous adversary, refers to the discursive figure of the young male of the banlieue who is potentially delinquent and potentially threatening (Hancock, 2008). Finally, a third less frequent subject is the 'peace-loving population'; this population is distinguished from the 'minority' of delinquents that threaten it. The three subjects that have been identified are thus structured by relationships of opposition.

 

The spatial designations construct a slightly more complex geography around a very clear structure, of which the housing projects, the neighbourhood or neighbourhoods are the first referent[11] (cf. quotes 3, 2: "there, that project there..."; "When you go into the neighbourhoods..."). These spaces are described as closed spaces (cf. 3 and 1: "you hit a dead-end"; "just one way in"), with their attached areas (cf. 5: "They take off to the woods!")" or their hideouts (cf. 5: "They go...to the cellars)." These spaces are constructed in opposition with an "outside", a nearby space that is not more specifically designated or described (cf. 6:, "The police, they're outside [the project]"). The verbs imply movement, also implying the existence of this space from which one "comes home" to the neighbourhood or indeed, towards which one returns when "running" or "hunted" outside the neighbourhood (cf. 3 and 6 respectively): Not only do they repeat the spatial dichotomy, but they show that this dichotomy is an effective signifying structure of the discourse. The space is meaningful. This reiterated demarcation between inside and outside plays a fundamental discursive role in that it tallies with, and thus confirms, the opposition constructed between the two main subjects.

 

In fact, the police subject belongs to the "outside", by the same token as the other subject, the adversary, belongs to the neighbourhood, the banlieue (cf. 6: "They have a territorial mind-set, they're at home, and the police, they're from outside [the project."]). This extremely clear distribution of the subjects and spaces is based on a network of discursive equivalencies and oppositions, where only two elements are clearly and distinctly evoked: the police and the banlieue. The two additional elements (the adversaries of the police on the one hand, and the area outside the banlieue on the other) are described much more vaguely - while also, however, being unsaid, implied by the discursive structures examined (see also Germes and Glasze, 2010). This clarification procedure points out how the spatial category (in this case the neighbourhood, the projects) makes it possible to refer to social groups without having to name them - or how the name of the place can replace the reference to a social group. Numerous expressions of conflict are grafted onto the base of this socio-spatial discourse; they will be studied in detail in the following paragraphs.

 

1.2  Spatial conflicts

 

The text of the interviews resorts overwhelmingly to syntactical (like negations) and lexical expressions implying conflict. The expression of conflict is based on the network of equivalencies and oppositions that have just been highlighted. Conflict is always closely tied to the territory subject to it: more often than not, this is avoidance of entering or remaining in "the others' territory" (to avoid a confrontation or a test of strength).

(1) When there is only one way into the neighbourhood, it's enough to post a single lookout at the entrance to signal the arrival of the police. - (Municipal police department).

(2) When you go into the neighbourhoods, it's fine to go on foot, but on foot you, if you question someone, what are you going to do with the guy? And if there's a hostile gang nearby, they're going to give these two police butting in a hard time. - (Municipal police department).

(3) When you go in, and end up in a dead-end, what are you going to do if they block you in with a car? You can't get out, you abandon your vehicle and you run....And that project, there, you can't set foot in there because... you can't even go in with the vehicle ...It's their  turf... -  (Municipal police department).

These remarks set out the (possible) conflicts related to the police entering the "'hoods". The police are subject to surveillance (which is a reversal of the power relationships with regard to its own mission to keep under surveillance and control); the police have to deal with adversity (cf. 2: "if there's a hostile gang nearby"). The narrative of avoidance constitutes drawing a line and thus, produces a border (cf. 3 : you can't set foot in there ).

These remarks refer to the architectural and urban planning configuration of the large complexes which is automatically considered a problem facing police presence and surveillance (Romieux 2007; Landauer 2009). The occasionally "dead-end" pedestrian-friendly traffic flows are difficult for police cars to access, and are challenged, as are the alley ways and roofs that can be used as look-out posts, not to mention attack points. The police aren't the only ones practicing avoidance; it's said to be reciprocal. The police apparently avoid the "'hoods" just as the gangs supposedly flee them when the police penetrate the area.

(4) The took off running when they saw the police. - (Municipal police department).

(5) Every time, they take off into the woods! We're not going to look for them in the woods. Or, they go into the common areas, into the cellars, etc. We're not going in there, uh-uh! - (Municipal police department)

Interpreting the narrative of these avoidances could be surprising (cf. 5 : "We're not going in there" ; "they take off") as a narrative of conflict. This is precisely because the reason for avoidance is to prevent the conflict, that the former connotes the possibility of the latter, the possibility of a confrontation. Thus, the confrontation is avoided to the benefit of a status quo on both parts of a negotiated limit at the mercy of the events. Every law has its space and every space, its law: 

(6) [It is the]  gang leaders who more or less rule by their own law, and when they see police vehicles, the police who do everything they can to discredit them, the police who do everything to chase them out of the territory. they have a territorial mind-set, they're at home, and the police, they're from outside [the projects."]. - (Municipal police department).

(7) There's a neighbourhood that is no longer completely under the laws of the Republic, controlled by a gang leader. - (Municipal police department).

Both appropriations are concurrent and mutually exclusive, they directly refer to the sovereignty of one or the other. The territory is the instrument of the conflict, in that it makes it possible to formalize the appropriations and mark the boundaries and thus, to make tangible, to materialize, the existence of the other. The discursive analysis shows that the conflicts are not the result of a pre-existing territorial rivalry but that the narrative of conflict produces territorialization. It is valuable to note that the discursive make-up of the territory relies essentially on the omnipresence of conflict, without reference to non-conflict-related interactions or inter-knowledge.

 

2. Territorial Neighbourhood Units: A Discourse of Violence

 

The implementation of police devices specifically directed toward sensitive neighbourhoods appears as the consequence of this discourse. Since the 1990s, police intelligence services have created special units for the surveillance of sensitive neighbourhoods, for the purpose of foreseeing and defusing "urban violence" (Bonelli, 2001; Dikeç, 2007). During the 1990s, plain-clothes squads were also instituted. Their purpose was rapid intervention and catching criminals in the act: the anti-crime squads are very mobile over a jurisdiction, not to say a department, work a great deal at night particularly concentrating on the sensitive neighbourhoods and other "hot spots". Between 1999 and 2002, community police units were also deployed in sensitive neighbourhoods for the purpose of improving dialogue between the police and local residents and preventing crime (Mouhanna, 2008). Therefore, the sensitive neighbourhoods are subject to special police devices which are also accompanied by a certain municipalisation of security policies. Local security contracts (CLS) and local security and criminality prevention councils (CLSPD) link the municipality, State and government administrations to determine the "sensitive" areas in a commune, to have a security assessment done, to bring together all the stakeholders involved (national police, city police, the courts, but also in the broader sense, schools, hospitals, businesses, etc.) and implement concerted preventive actions. The purpose is implementation of "made to measure" communal criminality prevention systems (Bonelli, 2008). The spatializations of police devices are in great part based on city zoning policy (Dikeç, 2007), i.e. cutting the area into "sensitive neighbourhoods" constructed on the basis of socio-economic criteria (e.g.: employment, population, housing, level of education, etc.).

 

 

In 2008, two new police devices were designed to meet the objective of "securing" sensitive neighbourhoods - the daily, visible presence of the police (UTEQ) in very limited areas of sensitive neighbourhoods, completed by department wide police mobile units ready for rapid response for maintaining order (CS, security companies). These two types of units, working on different scales and timelines, were launched in Seine-Saint-Denis in 2008. The first UTEQs were introduced in the "most sensitive" neighbourhoods before being gradually expanded to many other French agglomerations[12].

 

 

The objective of this second part is not to analyze the UTEQs as a device but to analyze the discourse conducted on the UTEQs by the police. The UTEQs are more than a positioning of police work: the territory (sovereign space, simultaneously the place and the law) is explicitly subject to the device, which takes on meaning solely in the context of the antagonistic territorial discourse expressed above. However, the study of police discourses on the UTEQs show that the UTEQs in fact infringe the territorial limits described in the former case. The most interpretative analysis of the interviews will study the police discourse on the UTEQs to show how they infringe the territories constructed and how they handle conflict.

 

 

 

2.1 "Criminogenic areas"

 

To begin with, the UTEQs are defined by the space under their jurisdiction. They come under a very specific institutional territory, below the district level (cf. 8):

(8) Let's say that the UTEQ for example, let's talk about the UTEQ in S., [this UTEQ] is confined to a particular area. So, its investigation area is the F. project. ...Why?... because it's an especially criminogenic project in the district and the department. - (National police, local command).

 

The "area" of urban space is abstracted from its context and limited to a few apartment blocks, a few streets. The vast majority are housing projects and neighbourhoods already qualified as being in a Sensitive Urban Zone in the context of City Policy - and yet, according to the interviews, the main reason for the demarcation pertains to crime. The device thus is based on the assumption of crime being inherent to the space. This assumption was challenged by research in critical criminology showing how the series of logical reductions works which consists of describing an individual by his or her (criminal) behaviour, then describing a social group (that to which the individual belongs) as criminal and finally, describing the space (with which the group is associated) as criminal (Belina, 2006). The result of this reasoning by analogy is the territorialization of police action. This control of a "criminal" space is exercised, conversely, over groups of individuals independently of their actual behaviour (idem.). The criminogenic areas where the UTEQs must work belong by definition to territory belonging to "the others": the police are therefore led to cross borders established in the discourse on the banlieues.

 

 

2.2 Control and representation

 

The description of police work emphasizes the control of this new territory.

(9) The UTEQs have even more in-depth training on knowing their neighbourhood....These are small territories so that they're able to really know them and be known by the neighbourhood's residents....the UTEQs are even trained in the sociology and topography of the neighbourhoods they operate in- (National police, departmental headquarters).

 

(10) So, in concrete terms, we're going to have ten public employees on foot, patrolling an area. - (National police, local command).

(11) They have a more repressive mission, at any rate. We occupy the ground. We pacify. And we make contact with the population, we serve the population, we make it safe, we make contact with the population.  -  (National police, local command).

Control of the territory consists of a number of components: prior training for the police, continuous information in contact with the population and obvious presence. The police discourse on UTEQ practices, based of course on the reaffirmation of the exceptional nature of the territory, often resorts to a third subject identified above, one that is neither the police nor the adversary but the "population", by and large peaceful (cf. 9, 10 and 14: "everyone"). The inhabitants are not only potential informers but also spectators of police re-appropriation: "foot patrol" (10), "occupying the ground" (11) is quite the opposite of the avoidance strategy referred to previously, an affirmation of the attempt to push back the limits of one's own territory. Because of this infringement, the UTEQ is a sign: wherever the State's sovereignty is threatened, the UTEQ will be seen as being its representative, its symbol. The occupation of the (disadvantaged) projects' public space by the UTEQ can be interpreted as a strategy to drive back the "undesirables" from the public space.

 

2.3 Ambiguous violence

 

The police discourse on the UTEQs moreover maintains a quite particular relationship with violence:

(12) Because, you see, there is a great deal of crime and the police had to ... the police first of all belong to..., manage to impose itself in the area so that the population could quite simply live better. - (National police, local command).

(13) At the beginning we had plenty to worry about. Because the first day the UTEQ was in place, we had two public officials injured. But the situation has since normalized. - (National police, local command).

(14) In other words, for us, if a UTEQ [officer] is hit with stones this means they're a disturbance. Because stones are being thrown on the one hand, but on the other everyone is glad the officer is there. - (National police, headquarters).

The second of the three subjects evoked at the beginning of the text, the adversary here, the individual who commits violent acts, is omnipresent (implied by the conjugated verbs, cf. 13: "injured", 14:  "is hit with stones,") but is not named. The violent acts, that in a way are committed by no one in particular, are therefore more closely linked to "the area", "the territory" of the UTEQ, as if violence were inherent to the space, as if it were part of the territory. It's the police presence ("be there"; "impose itself on the area") that seems to trigger the violent acts presented as normal, indeed necessary, because they are cathartic. Violence thus is part of the territorial device. The power relationship is presented as the purpose of the device, which must make it possible to eradicate the pre-existing violence for the purpose of redefining the power relationship and symbolic order. The discourse on the UTEQs paradoxically normalizes a violence that should always be illegitimate. The ambiguous relationship between the State and violence crystallizes in the police discourse and in the territory they establish. So just as it is constructed by conflict, the role that falls to (the concept of) territory is to legitimize a confrontation that seems to be the condition for a "return to order."

 

Conclusion

 

The police discourse on sensitive neighbourhoods in France repeatedly resorts to the narrative of a highly territorialized conflict. Legitimate space, or the sovereignty over the territory by some, is contested by the others - and this goes both ways. Get-aways and avoidance strategies are significant: they are the boundaries that each places on his territory. However, and secondly, infringing these borders is part of the police device; this is a demonstration of strength, which maintains an ambiguous relationship with the violence that is considered necessary for the police to "reappropriate" sensitive neighbourhoods[13]. This investigation finding echoes the idea formulated in the introduction according to which the State is also made of violence; violence legitimizes its right and is the instrument of its power (Gros, 2006).

These police discourses present France's working class neighbourhoods as the exception, that are thought to be somehow in favour of violence. The symbolic impact of these discourses is all the greater as the "banlieues" are moreover, in dominant discourses often considered as badlands of the Republic[14] (Dikeç, 2007), as spaces that are not only dangerous in and of themselves but also for the values of the majority society and the State (and its authority). The banlieue is a space that in the hegemonic discourse acquires a symbolic dimension (Germes and Glasze, 2010): the "anti", the contrary and nearly the adversary of the Republic or the State or the Nation. In this context, the denial of belonging to the political collective, to the "us" that gathers the political community together, depicts a symbolic injustice. The use of the term "banlieue" has often been criticized for the fact that it springs from both an excessive (quasi-causal) spatialization of the social problems and an over-simplification of the issues. This term also contributes to making a combination of issues that are in great part common to other contemporary societies appear as specific to France. Even if the issue of police discourses on sensitive neighbourhoods presents appreciable specificities in France, they do not represent the core of the problem but instead one of these manifestations: the consideration of the historic depth shows how the issue of sensitive neighbourhoods in France is anchored in issues of the socio-spatial segregation of post-industrial cities (and in the continuity with industrial cities) and the discrimination of post-colonial societies (in continuity with the colonial era). By the same token, the injustices tied to the practices in neighbourhoods in difficulty and police discourses about the same are not specific to the situation in France but are closely tied to a contemporary conception of a repressive State.

 


[1] Translator's note: While the word "banlieue" is generall translated as "suburb", I have left the word in French because "suburb" gives rise to thoughts of the middle class developments with their lawns and single family homes that in North America in particular, are more of a refuge from the city; the French banlieue referred to in this article is much closer to the "inner city" in the North American (particularly U.S.) setting. SWM

[2] Translation: Neighbourhood territorial units. SWM

[3] Police work is extremely varied: traffic monitoring, court investigations, information, border police, etc. (cf. Monjardet, 2002; Brodeur, 2003: 350-353). Monjardet explains how a different relationship is established with the territory (jurisdiction) based on the duties and assignments of each type of police: he states that mobile response forces (like the CRS [Compagnie républicaine de sécurité; tr.: Republican Security Company]) have a circumstantial relationship with the territory; that the crime police are distinguished by the play between geographic jurisdiction (areas of jurisdiction) and the geography proper of hubs and networks of criminal activity. Urban police, however, require greater adaptation to the field as well as a better understanding of the local specificities like an ability to fit into local society (Monjardet, 1996: 135). The research proposed here is concerned solely with urban police (state and municipal).

[4] A nuanced definition of the police as "[translation] an institution of social control equipped with a relative latitude for defining the situations that call for its intervention and which may then implement the means of coercion that it is equipped with. We mean that first, the activity of policing is less repressive than organizational; the police endlessly negotiate the conditions of their intervention, the police participate more than others in the collective definition of what is tolerable and what is intolerable, and the police make a major contribution to organizing a social order to which it is not external but a stakeholder." (Favre and Jobard , 1997 :207)

 

[5] L'usage courant du terme territoire dans les discours policiers introduit une certaine polysémie. Il désigne en effet un objet unique et univoque, l'espace de compétence et de travail. Pour plus de clarté, les termes espaces et spatialisation seront utilisés pour désigner ces territoires et territorialisations.

[6] Instead of considering that representations (individual or collective) are in some way impressions of the real world's perception, the concept of discourse (in relation to topics that are neither individuals or groups but institutions or, alternatively, statement positions) makes it possible to imagine how the socially negotiated conceptions of the world shape the action.   

[7] Criticism is justified of the generic designations such as "banlieues" and "sensitive neighbourhood", which in fact contributes to the unified representation of extremely different situations and thus producing a reified spatial category and support of the stigmatiziation. These concepts do not allow the conception of the complexity and overlapping of issues concerning, in part, precarious employment situations, gender biais, racial discrimination on a daily basis, run-down housing, unhealthy living conditions, lack of accessibility, gentrification due to  market factors or urban renewal, etc. 

[8] In order to protect the identity of the individuals met with, the municipalities are not indicated. The speaker's position in the institution will be the only reference made.

[9] The complete quotations are reproduced and discussed in paragraph 1.2 below.

[10] Translator's note: The French construction using "on" - a 3rd person impersonal singular wihich is given the attributes of 1st person plural in the previous sentence - is indicated as an exception because this construction was associated with the police in other instances in the interviews. However, in the instance cited as an exception, "on" takes on the 3rd person impersonal sense and makes the "criminal" element the subject, and not the 1st person plural (i.e. self reference by the police) referred to above.SWM

[11] This is quite simply due to the fact that the police devices and work in the "troubled neighbourhoods", or "problem neighbourhoods" were one of the main themes of the interview.

[12] The UTEQs are small units with jurisdiction over small areas in disadvantaged neighbourhoods. Despite these points in common, they are designed in contrast to the former community police: the UTEQ is for "[translation] ensuring that State authority is respected and respect for the law wherever and whenever necessary" (M. Alliot-Marie, France's Minister of the Interior, 14.01.2008)

[13] Our findings present two complementary discursive motives: the avoidance discourse (first part) is in our characteristic corpus of remarks by city police, while the confrontation discourse (second part) is instead characteristic of the national police.

[14] Translator's note: In English in the French text. SWM

 


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Pour citer cet article | To quote this document

Germes Mélina, Assistant professor Institut für Geographie Erlangen-Nuremberg University
«Récits de conflit et territoire», [«Conflict and territory narratives», traduction : Sharon Winkler Moren, C. Tran. (ATIO)]
justice spatiale | spatial justice | n° 04 décembre | décember 2011 | http://www.jssj.org

 

 

Pluralité des modalités de la sécurisation du centre historique de Gênes |
Plurality of the production of secured spaces in Genoa’s historic centre

Sébastien Jacquot, Université de Paris 1 Panthéon Sorbonne, IREST Membre de l’EA EIREST, Université de Paris 1 Membre associé de l’UMR 8586 PRODIG

traduction | translation :Sureeta Narula,Vandana Kawlra, FITI PVT. LTD

Résumé

Ce texte porte sur les modalités de sécurisation du centre historique de Gênes, en identifiant l'exigence de justice spatiale formulée ou  sous-jacente aux interventions publiques et privées, à travers l'espace de référence de l'action et les justifications apportées. Ce travail repose sur le postulat d'une compétence à la justice des acteurs, en reprenant certains acquis de la sociologie pragmatique. La production de la sécurité apparaît alors multiforme, relevant de plusieurs logiques d'actions et justifications. Enjeu de renouvellement urbain, les politiques de sécurisation urbaine menée par la municipalité reposent sur l'application de recommandations diffusées par un réseau de collectivités consacré à cette question, le FISU, et à la mise en œuvre d'une politique de  développement de la circulation de certains usagers, parallèlement à la volonté de contrôle de certaines marginalités, notamment la prostitution. Les controverses sur les fermetures privées d'espaces publics font apparaître d'autres formulations de l'exigence de sécurité. Une telle approche de la justice spatiale se rapproche de l'idée d'une justice procédurale.

 

Mots clefs : Justice spatiale, sécurisation, légitimités, évictions,  centre historique, Gênes.

 

Les espaces centraux des villes méditerranéennes, emblématiques des centres-villes populaires, connaissent depuis les années 1990 un processus important de gentrification (Bidou-Zachariasen, 2003). Toutefois cette gentrification peut être qualifiée d'incomplète : les espaces historiques centraux révèlent plutôt des mutations en mosaïque, marquées par les résistances de couches populaires (Giroud, 2007). La co-existence dans ces mêmes espaces centraux de groupes d'horizons divers, aux pratiques différentes, pose la question des légitimités à y résider ou à y déambuler. A cet égard, certaines pratiques ou catégories de populations sont perçues sous l'angle de l'insécurité. Cet article s'attache aux enjeux de la sécurisation urbaine.

La sécurisation urbaine désigne la production de sécurité en ville, par la mise en place de dispositifs particuliers. Le dispositif consiste en la solidification de discours, d'aménagements, d'institutions, permettant une maîtrise territoriale (Foucault, 1994), via des discours sur la ville, un « urbanisme de la sécurité » (Bourdin, 2004) et ses techniques particulières (vidéosurveillance, fermeture d'espaces), des règlements urbanistiques, la définition du rôle des individus. La régénération urbaine intègre de façon croissante de tels dispositifs de sécurisation (Coleman, Sim, 2000).

Toutefois, la sécurisation urbaine n'est pas le monopole des acteurs publics mais a plusieurs foyers de production, relevant autant de politiques publiques et privées que de pratiques. En outre, elle est portée par des conceptions de l'ordre public, des dispositifs de contrôle et de maintien de l'ordre, des modèles d'intervention, qui reposent sur des valeurs et idéologies, et la définition des pratiques et catégories d'usagers jugées illégitimes, construits comme « usual suspects » (Coleman, Tombs, Whyte, 2005). La sécurisation se traduit donc par le déploiement de dispositifs hétérogènes, reposant sur des acteurs et des espaces différents, rejoignant la position d'Ugo Rossi sur la « multiplex city » (2004).

Dans les espaces centraux étudiés, certains espaces sont surinvestis, marqués par des mutations immobilières, sociales et commerciales, révélant des inégalités territoriales. Cela correspond à une première approche concernant l'injustice spatiale, développée par Harvey (1998) dans ses « liberal considerations ». Toutefois, des justifications sont données à ces inégalités territoriales : pour le centre historique de Gênes il s'agit selon les acteurs publics de concentrer l'attention sur des points stratégiques, destinés à faire tâche d'huile, par les opérations de normalisation urbaine. Ces inégalités territoriales ne sont donc pas nécessairement injustes selon la perspective choisie. Les théories de la justice elles-mêmes admettent une certaine dose d'inégalité, par exemple chez John Rawls au nom de l'équité. Partant de cette pluralité possible des justifications ou contestations apportées aux inégalités spatiales, la première partie de ce travail montrera la nécessité de considérer la façon dont est posée l'exigence de justice spatiale dans les modèles et pratiques de sécurisation urbaine, par les acteurs eux-mêmes. Cette posture s'inspire des méthodes de la sociologie pragmatique (Boltanski, Thévenot, 1991) : elle part du principe de l'existence de critères et jugements internes au monde socio-spatial, pluriels, éventuellement concurrents, et révélés par les pratiques et justifications des acteurs, pour lesquels est postulée une capacité réflexive et critique, permettant de construire une sociologie de la critique (Boltanski, 2009). La justice est d'abord une compétence du jugement, avant d'être pour le chercheur une catégorie d'évaluation exogène.

Ces définitions plurielles de la justice spatiale seront étudiées à travers les formes de sécurisation urbaine à Gênes. Elles se manifestent tant dans les interventions publiques, pour lesquelles la question de la justice spatiale est posée de façon explicite, en référence à des théories et modèles, que dans les pratiques citadines privées voire informelles, qui intègrent également une évaluation du caractère juste ou injuste des dispositions publiques et de la situation actuelle.  Après une présentation de la naissance du thème de l'insécurité à Gênes seront étudiés les modèles de sécurisation qui y sont développés, permettant de mener un repérage d'une justice spatiale internalisée aux mobilisations politiques et citadines.

 

1. La construction de la question de la sécurité à Gênes

Justice spatiale et sécurisation de la ville

 

La justice spatiale est une préoccupation récente (Gervais-Lambony, Dufaux, 2009 ; Soja, 2010) par rapport à l'idée de justice sociale, tout en devenant une entrée fréquente des travaux se réclamant d'une géographie radicale, aussi bien pour les biens environnementaux (Blanchot, Moreau, 2009) que pour l'accès à la ville (Fainstein, 2009 ; Lehman-Frisch, 2009).

En géographie, la question est portée dès les années 1970 par David Harvey (1998). La justice spatiale peut être traitée dans une première approche comme une juste allocation des ressources sur un territoire donné. La privation de certains biens, l'éloignement des aménités urbaines, les co-localisations de groupes en difficultés sociales, seraient autant de signe d'une ville injuste, renvoyant aux travaux inauguraux de Lefebvre (1968). Appliquée à la production de sécurité, une telle conception de la justice spatiale prend en compte les inégalités d'accès à la sécurité sur une base territoriale, par exemple à travers une analyse géostatistique des répartitions des délits, ou la territorialisation de la sécurisation urbaine. Cette méthode identifie a posteriori des espaces plus ou moins concernés par certains types de délits, et permet d'identifier diverses formes d'injustices, de l'absence de pouvoir à la marginalisation, selon les catégorisations opérées par Iris Young (Dufaux, Gervais-Lambony, 2009). Ces catégorisations permettent de passer du repérage d'inégalités qualifiées d'injustes (à condition d'en faire apparaître le critère, car les inégalités en soi ne peuvent être qualifiées de telles) à l'étude des processus de production d'injustices.

Cela nous mène à une seconde approche, dans laquelle l'insécurité est perçue autant comme un bien spatialisé que comme un élément en interaction avec l'espace urbain, bref comme produit de l'espace urbain autant que facteur de production de la ville. Ces deux approches, relevant du spatial turn (Soja, 2000 ; 2010), sont théorisées par M. Dikeç (2009). Il distingue la spatialisation de l'injustice de l'injustice de la spatialité, qui renvoie à la façon dont l'espace lui-même produit et entretient des situations d'injustice. Ainsi les interactions entre justice spatiale et sécurité désignent tant la spatialisation des inégalités liées à l'insécurité et à la sécurisation que la façon dont des dispositifs spatialisés produisent une sécurité spatialement différenciée.

Toutefois fait défaut le critère permettant d'évaluer le degré de justice spatiale : du seul constat d'inégalités ne peut être déduite une situation d'injustice. Le cadre dans lequel s'opère cette évaluation d'une situation donnée doit lui-même être construit, comme le montre L. Boltanski : « la référence critique à la justice peine à définir non seulement les ensembles à l'intérieur desquels les asymétries doivent être dévoilées, mais aussi les êtres qu'il est pertinent de prendre en compte, qu'il s'agisse des êtres humains ou non-humains » (2009). Appliquée à l'idée de justice spatiale, cela pose la question de la construction de l'espace de référence, entre la remise en cause des États  comme espace de régulation, l'émergence des villes comme territoires politiques (Le Galès, 2003), l'émiettement institutionnel et la constitution de solidarités transnationales. Les constructions localisées de la justice spatiale impliquent un cadre spatial de référence, mobilisant un imaginaire spatial particulier (Dikeç, 2007), comme le montrera l'exemple de la sécurisation du centre historique de Gênes.

Ainsi, plutôt que de tenter l'identification des critères objectivés permettant au chercheur d'évaluer le degré de justice spatiale contenu dans les modalités de sécurisation, cet article est basé sur l'idée d'une capacité des acteurs (parmi lesquels les habitants) à formuler un jugement de justice. Cette posture est inspirée de la sociologie pragmatique (Boltanski, Thévenot, 1991), qui prend au sérieux les évaluations faites par les individus eux-mêmes, à travers le « sens de la justice » présent dans les « critiques ordinaires » (Boltanski, 2009). Elle implique de considérer que les individus et les collectifs institutionnalisés ont une « compétence à la justice » (Boltanski, 1990), c'est-à-dire à la définition et l'évaluation de situations. Les échanges ou controverses entre acteurs en font apparaître les critères, « ordres de grandeur » qui renvoient à différents registres de légitimation, basés sur l'idée de « principes supérieurs communs » permettant un accord sur le caractère juste d'une situation. L'exigence de justice spatiale est ainsi internalisée au monde social-spatial, permettant de faire droit à une pluralité de conceptions de la justice spatiale, dont il s'agit d'étudier les manifestations, discours, effectivités et cohérences. Cette démarche peut être rapportée à l'idée d'une justice procédurale, « définie et négociée entre plusieurs acteurs parties prenantes » (Dufaux, Gervais-Lambony, 2009), mais sans postuler le caractère juste en soi du résultat, comme le montre le débat participatif concernant la reconversion du Bronx Terminal Market analysée par S. Fainstein (2009). De la même façon, analysant des conflits sur les transports publics à Los Angeles, E. Soja (2010) fait apparaître les « visions contrastées de l'équité et de la justice », qui fondent les positions des différents groupes en conflit. Cette idée d'une pluralité des conceptions possibles de la justice spatiale, portées par des acteurs différents à travers conflits ou négociations, constitue l'axe de ce travail.

L'étude est issue de missions de recherches menées à Gênes entre 2006 et 2008, permettant entretiens formels et échanges informels avec les acteurs de la transformation de la sécurisation du centre historique (acteurs publics institutionnels, habitants mobilisés dans divers projets de sécurisation, acteurs du tissu associatif local), des phases d'observation, et une étude des documents urbanistiques et de la presse locale[1] (entre 1997 et 2010).

 

Gênes et la naissance de l'insécurité comme problème urbain

 

Le centre historique de Gênes se distingue par sa morphologie particulière, résultat de processus urbanistiques de destructions et protections, et est à présent constitué en territoire de l'action publique dans le cadre de la régénération urbaine (Gazzola, 2003), identifié depuis 1976 dans les différents plans régulateurs de Gênes[2]. Marqué par un processus de délabrement du bâti, le centre historique devient un espace d'intervention sur ses 113 hectares, notamment en vue de la préparation de l'événement Colombiane de 1992 sur le port ancien qui jouxte les espaces médiévaux. D'autres événements urbains (G8 de 2001, Capitale Européenne de la Culture en 2004) sont l'occasion de mobiliser des financements publics importants (Masboungi, 2004) et d'opérer une réhabilitation du centre historique de Gênes. Dans ce contexte, la question de la sécurité est présente dès l'origine, sous la forme de revendications citoyennes ou au sein de programmes urbanistiques. Elle est relayée dans le centre historique de Gênes par la presse locale : les relevés d'articles pour les années 1984 et 1987 montrent une couverture importante de la micro-criminalité dans le centre historique, et une présentation d'espaces qui seraient criminogènes par leur forme même : le centre historique est réduit à ses ruelles, vicoli ou carruggi, théâtre des agressions, overdoses et parfois crimes.

Toutefois cette mise en avant de l'insécurité s'opère sans consensus et à travers d'importants conflits principiels. En effet, l'insécurité est envisagée ici non sous sa forme ressentie ou statistique, mais comme catégorie politique, au sens où la naissance et la mobilisation de l'idée d'insécurité urbaine modifie les priorités et modalités de l'action publique (Bonelli, 2010). La question de l'insécurité des espaces du centre historique de Gênes est posée par des groupes de citadins aux orientations variées, tandis que les réponses apportées par les acteurs publics ont évolué, tout en entraînant une cristallisation des principes d'intervention.

Dans les années 1980 se mettent en place des comités d'habitants qui fustigent la dégradation du bâti et la présence de toxicomanes dans les ruelles du centre. La question de la sécurité est posée explicitement, avec un appel à l'intervention des pouvoirs publics, dont l'action est présentée sur le registre de l'abandon (Associazione per la Rinascita del Centro Antico, 1992), tandis que la relation entre immigrés et insécurité est faite de façon croissance par certains de ces comités. Le mouvement de comités se scinde alors en deux groupes, l'un entrant dans une démarche participative autour de programmes de requalification urbaine, adhérant à l'idée que l'intervention urbanistique est le préalable à la résolution des autres problèmes (Besio, 1999), l'autre accentuant la dimension sécuritaire des demandes, et s'auto-organisant : ainsi à la fin des années 1980 sont mis en place des rondes d'habitants, qui armés de bâtons s'en prennent à certains individus jugés indésirables (vendeurs de drogue notamment). Certains commerçants évoquent en entretien cette période, en légitimant l'action menée par l'incapacité des pouvoirs publics.

À l'inverse pour les autorités publiques, la question de la sécurité est seconde : l'intervention sur le bâti et la régénération urbaine sont la promesse d'une résolution des problèmes de  sécurité. Ainsi l'insécurité est analysée dans les documents de diagnostic du centre historique produits par l'observatoire communal du centre historique CIVIS ou dans la justification du projet Urban 2 comme une des dimensions du « degrado sociale ». Giuseppe Pericu, maire de Gênes de 1997 à 2007 (coalition de gauche), commente ses deux mandats dans un ouvrage-bilan (Pericu, Leiss, 2007) : alors que le centre historique occupe une place importante de sa narration, la question de la sécurité n'est pas une entrée du discours.

En revanche, Marta Vincenzi, nouvelle maire en 2007, issue de la même coalition, modifie les hiérarchies, sous l'effet d'une prégnance plus forte de cette question au niveau national. Un service à la sécurité urbaine est créé, avec pour assesseur F. Scidone. Or cette mutation n'est pas seulement le résultat de l'arrivée d'une nouvelle équipe municipale. En effet, depuis plusieurs années, le gouvernement régional élabore une réflexion sur la sécurité urbaine, en collaboration avec les municipalités, et tant la proximité géographique des lieux du pouvoir entre la mairie de Gênes et le bâtiment de la région Ligurie que les concordances politiques[3][MM1]  favorisent les échanges formels (colloques) et informels entre élus et techniciens régionaux et municipaux. En outre, cette mise en avant de la sécurisation dans les politiques municipales est conforme aux dispositions nationales italiennes. Sous l'impulsion du gouvernement national sont mis en place les Patti di sicurezza, entre la préfecture, la commune, la région, la province, qui s'accordent sur des objectifs communs. Cet instrument s'inspire des Contrats Locaux de Sécurité créés en France en 1997 (Bonelli, 2010). Le pacte de sécurité est conclu en juin 2007 à Gênes, et définit les engagements communs et les priorités d'intervention (contrôle de la prostitution, requalification urbaine à des fins de sécurisation, ...). La commune apparaît dès lors comme acteur légitime de la régulation sécuritaire, renforcé par le décret national du 8/8/2008. Ces transformations posent la question des modèles de sécurisation du centre.

 

2 Les principes publics de la sécurisation du centre

 

La sécurisation du centre implique de définir la conception de la justice spatiale sous-jacente à l'action publique, puis de faire apparaître les catégorisations opérées pour agir sur l'insécurité.

 

Réseaux d'acteurs et principes de sécurité, quelle conception de la justice spatiale ?

 

Les entretiens menés auprès des acteurs publics révèlent la volonté de rattacher la sécurisation urbaine à des principes. En effet, les acteurs de la sécurité au sein de la municipalité de Gênes se réclament de nouvelles méthodologies d'intervention, synthétisées par le FISU, Forum italien de la sécurité urbaine. Le FISU constitue une émanation de l'European Forum for Urban Safety (EFUS), fédération de collectivités territoriales créée en 1987 par l'ancien maire d'Épinay-sur-Seine, Gilbert Bonnemaison, actif dans le champ de la sécurité municipale dans les années 1980 et 1990. L'EFUS rassemble en 2010 plusieurs centaines de collectivités en Europe, notamment en France, Belgique, Espagne, Italie et Portugal. Son action est basée sur une logique préventive et intégratrice (Bonelli, 2010). Le FISU est formé en 1996 et rassemble près de cent collectivités territoriales italiennes. Il agit comme réseau-relais entre des théories et pratiques élaborées à l'étranger et les praticiens et élus italiens, permettant l'accommodation de programmes et les échanges d'expériences.

En effet, le FISU édite un certain nombre de préconisations, et se démarque explicitement d'autres formes de sécurisation centrées exclusivement sur le volet répressif ou  la prévention situationnelle. Parmi ses principes fondateurs se trouvent l'équilibre entre liberté et sécurité, et l'idée que la sécurité est atteinte plus efficacement par une meilleure intégration et une plus juste répartition des ressources au sein de la ville. Ainsi une condition de répartition socio-spatiale juste est posée, illustrant l'idée d'une justice spatiale interne aux pratiques et discours des acteurs, de façon assumée puisqu'un ouvrage recensant 100 bonnes pratiques évoque « la philosophie intégrale qui oriente les politiques de sécurité » (FISU, 2008). Le manifeste adopté en 2000 par le Forum Européen à Naples, « Sécurité & démocratie, le manifeste des villes », promeut le développement de villes multiculturelles et l'intégration de la sécurité aux politiques urbaines. Il met en avant le principe de la nécessité de « l'inclusion » et de la « prévention », tandis que les politiques exclusivement répressives sont jugées inefficaces. La dimension politique de la sécurisation est posée, permettant d'aller à l'encontre d'une réponse strictement technique qui escamote le débat sur les principes.

Forum de collectivités locales, ce réseau est porté par l'idée que les villes constituent des rouages et partenaires fondamentaux de l'action publique en terme de sécurité, en mettant en œuvre ses principes fondamentaux diffusés par le partage d'expériences, grâce aux publications consacrées à des compilations de bonnes pratiques. Des formations et séminaires sont proposés aux élus et techniciens locaux, par des praticiens dotés souvent d'une double casquette universitaire et d'acteur public local. La consultation des cours donnés aux responsables et cadres locaux révèle une approche théorique et pratique, mobilisant les théoriciens de la ville et de la sécurité urbaine. Toutefois cela ne signifie pas une adaptation directe des modèles ; au contraire, un travail critique est fait, par exemple en se démarquant de la prévention situationnelle. Ainsi un des formateurs déclare : « Une communauté sûre est une communauté qui prend soin d'elle-même, n'abandonnant aucun de ses membres en difficulté[4]. » (Bonaposta, 2006), ce qui implique des interventions de prévention destinées à créer davantage de lien social. À l'inverse, la prévention situationnelle est jugée inefficace et injuste, laissant « inchangées les causes des problèmes, se limitant seulement, en substance, à les déplacer ailleurs  » (FISU, 2006 / cours de D. Bonaposta). Ainsi les principes et modalités d'action portés par le FISU font apparaître une vision spécifique de la justice spatiale articulée à des politiques de prévention, en opposition avec les modèles de la prévention situationnelle et de la répression. Son espace de référence est la ville et pas le quartier, impliquant de considérer à cette échelle les conséquences des politiques de sécurisation menées.

La municipalité de Gênes adhère activement à ce réseau. La région Ligurie en est également un membre actif, menant des expérimentations dans les différentes villes de la région, dont Gênes. De plus, Claudio Montaldo, adjoint à la sécurité de la région, est depuis plusieurs années président du FISU. Dans cet échange de principes et recommandations autour des politiques locales de sécurisation, la région Ligurie apparaît comme un acteur-relais clef. Un observatoire régional de la sécurité urbaine est monté, dirigé Stefano Padovano, sociologue spécialisé dans l'étude des insécurités urbaines, et son action est suivie directement par Claudio Montaldo. Les expérimentations menées par la région sont relayées par la commune de Gênes, en dépit de quelques divergences (sur l'usage de la vidéosurveillance). Un autre indice de cette conception multidimensionnelle de la sécurité est l'intégration en 2007 au secteur municipal Città sicura de la sociologue Carla Costanzi[5], qui auparavant gérait un service municipal consacré aux problèmes générés par le vieillissement de la population. Ce changement de service est un signe de l'articulation plus forte entre enjeux de société et enjeux de sécurité. La sécurisation urbaine est articulée aux politiques municipales et régionales d'intervention sociale, et repose sur deux piliers : « welfare et requalification urbaine » (entretien S. Padovano, 2008).

Les reconfigurations des cadres de l'action publique en matière de sécurisation à Gênes (principes, réorganisations, acteurs mobilisés) s'appuient ainsi sur les recommandations du FISU, déployant une conception particulière de la justice spatiale, basée sur l'idée de la ville comme espace d'intervention et du nécessaire traitement social de la sécurité.

 

Gérer les mobilités pour sécuriser les espaces

 

Aux recommandations du FISU s'ajoutent d'autres logiques d'intervention sur le long terme, notamment la promotion d'un principe circulatoire et les catégorisations des usagers légitimes, dévoilant une conception de la justice spatiale plurielle, fonctionnant aussi à une autre échelle, en définissant qui a vocation à occuper les espaces réhabilités.

Les premières prises en compte de la sécurité dans les interventions urbanistiques dans les années 1980 reposent sur un postulat qui irradie depuis lors les acteurs publics locaux : la circulation des individus au sein des espaces en crise permet leur récupération et sécurisation. Le premier projet (non réalisé) de ce type est élaboré par l'architecte génois De Carlo pour le secteur de Pré et de la Darsena dans les années 1980, un des plus dégradés, dans le cadre de  la régénération urbaine du centre historique préparant l'événement urbain de 1992. Dans ce projet, la création de circulations par la réalisation d'équipements polarisateurs est l'instrument du changement urbain puisque la réhabilitation est « entièrement subordonnée à la réalisation de liaisons efficaces avec le tissu urbain qui lui fait face et de façon plus générale avec la ville » (De Carlo, 1987). Les modalités de récupération du centre historique dans les années 1990 semblent également s'y conformer : les narrations des mutations du centre historique faites en entretien par divers acteurs insistent sur le rôle inaugural de l'implantation d'équipements culturels et universitaires (faculté d'architecture, théâtre de la Tosse), par leur capacité à attirer de nouveaux usagers. Toutefois, les circulations générées produisent de nouveaux usages qui n'aboutissent pas à la simple disparition de pratiques illégales, mais reconfigurent les relations entre pratiques légales et illégales. Ainsi le quartier Sarzano du centre historique est devenu suite à la régénération urbaine des années 1990 un lieu de sortie nocturne pour étudiants et jeunes salariés, générant une relocalisation de pratiques liées à la consommation de drogues. Les activités illicites ne fonctionnent pas séparées du reste de la ville, mais en relation (Dal Lago et Quadrelli, 2006), rendant complexe l'application du principe de circulation.

Ce même principe est mobilisé dans les interventions ultérieures. L'espace portuaire Darsena est finalement transformé dans les années 2000, avec l'implantation de la faculté d'économie, générant de nouvelles circulations étudiantes le long des carruggi[6] entre Darsena et via Balbi, traversant la via di Pré, point focal des craintes en terme de sécurité. De même le plan de sécurité élaboré pour le programme d'initiative communautaire Urban 2 (2001 - 2006) mentionne comme stratégie contre l'insécurité la création d'un « flux consistant de personnes capable d'influer sur le [contexte] social, en misant beaucoup sur la création d'hôtels et de logements pour étudiants » (Comune di Genova, Settore Centro Storico, Piano della Sicurezza). Sur la base de ce constat est lancé un programme de création de commerces dans le centre historique, à travers l'incubateur d'entreprises (loi nationale Bersani 266/97), service co-financé par la région et la municipalité apportant une aide aux commerces dans les quartiers en crise[7]. Les nouvelles mobilités générées par les pratiques commerciales (correspondant aux usagers rêvés : touristes, étudiants, gentrifiers) sont supposées constituer un élément de sécurisation. À rebours tout espace en dehors de ces dynamiques circulatoires devient criminogène comme l'indiquait la précédente déléguée municipale à la sécurité Angela Burlando (entretien, 2006) : « le jeune qui vend de la drogue, où va-t-il ? il va surtout dans un environnement qui n'est pas fréquenté, et [un environnement] moins fréquenté est plus dégradé, alors le centre historique a été pendant des années un espace de référence pour la criminalité locale ».

Certaines formulations prennent la forme de la reconquête, par exemple cette présentation du projet du Ghetto, quartier ancien perçu comme dégradé : « Il s'agit d'une tentative de coloniser les parties les plus abandonnées de la ville, qui cependant conservent un certain mystère, à travers une série de phénomènes qui ont contribué à [y] porter une série de personnes qui vivaient en dehors de cette zone au sein du centre historique, entraînant le remplissage de ses places, grâce à des concerts et des événements » (Giberti, 2006). Ici la circulation doit aboutir à une « mixité sociale » supplémentaire, laquelle renvoie à l'arrivée de nouvelles couches sociales, perçue comme condition du renouvellement urbain autant que comme adjuvant de la revalorisation immobilière (comme le confirment les entretiens menés entre 2005 et 2009 avec B. Gabrielli, adjoint à l'urbanisme, ou certaines agences immobilières spécialisées tel Pugliese). À l'inverse, les circulations d'individus avant le processus de régénération urbaine font l'objet d'une déqualification. Par exemple, selon le fondateur du théâtre de la Tosse, avant son implantation le quartier de Sarzano « était désert avec le bar siège du jeu clandestin, personne ne venait » (entretien 2006). Il ne s'agit ainsi pas de favoriser l'anonymat à travers une circulation généralisée, mais bien de maîtriser les catégories circulatoires.

 Toutefois, ce principe induit une tension entre un droit de tous à circuler dans la ville ancienne requalifiée, et une spécification des usagers désirés. En effet, il s'accompagne d'une volonté d'éviction de certaines marginalités incarnées par des individus typifiés, qui apparaissent en creux ou comme cible des politiques menées.

 

3. Définir les usagers légitimes des espaces

 

Après avoir examiné les principes publics de sécurisation et leur articulation avec la justice spatiale, cette dernière partie est consacrée aux productions émergentes de sécurisation, manifestant cette idée d'une origine multifocale, publique et privée, formelle et informelle, de la sécurité. Les controverses en termes de justice spatiale portent sur la catégorisation des usagers légitimes ou non, entre éviction et négociations, et les dispositifs qui les accompagnent.

 

Ouvrir, fermer : prise de contrôle privée sur l'espace et légitimités concurrentes

 

Face aux échecs supposés de la municipalité, des réactions populaires se mettent en place, et prônent une auto-organisation, avec une action sur l'espace urbain lui-même, à travers l'installation de portails pour fermer des ruelles, désormais réservées aux habitants des maisons concernées, qui disposent de la clef. Les fermetures de voies publiques s'inscrivent dans un débat politique important au sein de la ville, avec deux types de légitimations.

D'une part, une partie des habitants et des comités revendiquent un droit à la sécurité pour chaque résident dans son espace domestique et ses alentours. Fiorella Guarnero, moteur de ces mouvements, me montre en entretien des coupures de presse et des photos représentant de jeunes individus allongés au milieu de seringues dans une ruelle du centre. Il s'agit de me convaincre du caractère légitime de la fermeture, et cela passe par un droit à la sécurité, jugé au-delà des incuries de l'intervention publique, donnant droit aux citadins « de bonne volonté » de s'auto-organiser. Certains élus de droite dans les conseils de quartier justifient pareillement les actions menées par certains habitants par la nécessité de prendre en main sa propre sécurité. Une expression récurrente est « non è terra di nessuno (no man's land) » (repérée dans plusieurs entretiens en 2008, avec élus de quartier ou habitants proches de ces positions), citation ambivalente qui désigne à la fois la volonté d'éviter toute appropriation arbitraire et le caractère marginal de ceux supposés aujourd'hui contrôler de façon illégitime cet espace, dont la nationalité étrangère, notamment marocaine, est souvent précisée. Cette position d'auto-organisation repose sur des principes discordants par rapport à ceux de la municipalité, et se manifeste par toute une gamme de logiques d'intervention : accusations publiques, écrits relayant leurs positions (Guarnero, Simonetti, 2008), pétitions, alliances et collaborations avec d'autres acteurs, notamment la préfecture ou la police, ... Le président du conseil municipal de quartier, Aldo Siri, proche de ces mouvements, identifie une « solidarité déviante » (entretien 2008) pour caractériser les modalités dominantes d'intervention à Gênes : sous prétexte de tolérance tout serait accepté (nuisances nocturnes, ivresse sur la voie publique). Cela établit un volontaire contraste avec les recommandations du FISU, comme le montre la reprise du terme « solidarité ». La justification du positionnement sécuritaire met en œuvre un critère d'efficacité, et une différenciation plus nette des individus entre habitants et usagers moins légitimes. L'idée d'injustice spatiale est présente dans ces mobilisations, et repose sur un décalage entre la situation actuelle du centre historique et les légitimes prétentions des habitants légitimes que sont ces Génois face aux appropriations arbitraires. Les fermetures des ruelles sont légitimées en tant qu'auto-défense rendue nécessaire par l'incurie publique. Ce dispositif spatial, multilocalisé, vise à une remise en ordre socio-spatial.

À l'inverse, une autre partie des habitants du centre fustigent les fermetures d'espaces, au nom de la qualité même de l'espace public. Des actes de vandalisme sont réalisés, avec sabotage de serrures. Le Comitato Santa Brigida, association d'action sociale de quartier (sur les hauteurs du centre historique), organise en 2008 un questionnaire auprès des habitants, pour légitimer sa position. Les membres de cette association critiquent la gestion individualisée du problème par la municipalité, qui autorise l'installation de portails de façon discrétionnaire, dès lors que quelques habitants se plaignent, pour calmer les protestations. L'échelle territoriale de référence de ces citadins (entretiens 2008) est la ville et pas seulement leur propre quartier : fermer une ruelle déplace le problème de la toxico-dépendance ailleurs. Ces deux positions reposent bien sur des argumentaires politiques, qui font place à une  conception propre de ce qui est juste ou non, en prenant appui sur une territorialisation spécifique, et envisagent les conséquences en matière de justice spatiale des dispositifs spatiaux.

Confrontée à ces diverses mobilisations, entre fermetures des ruelles et protestations au nom du droit de tous à circuler, la municipalité tente d'élaborer une politique d'espaces publics ouverts dont la gestion est assurée en partie par des acteurs privés. Ainsi la transformation de la place dei Trugoli, menée par l'incubateur d'entreprises du centre historique, consiste dès le départ en une mise en réseau des différents commerces, influencée par les Business Improvement Districts, organisations de commerçants nées aux Etats-Unis, caractérisées par une gestion privée des espaces publics et de leur sécurité (Steel, Symes, 2005). Les commerçants sont organisés en un consortium chargé d'animer la place, en proposant des activités culturelles, créant un sentiment d'unité. Interrogés en entretien (2008), des commerçants évoquent leur participation à la sécurisation par une surveillance informelle des espaces et des activités, pour réguler une micro-criminalité liée à la consommation de drogue : « L'important est de montrer que je n'ai pas peur d'eux, qu'ils se trompent et qu'ils doivent s'éloigner » (commerçante, 2008). Il faut créer un environnement particulier pour les clients, éviter la vue de toxicomanes dans cette place positionnée près d'un axe du trafic de drogue (via di Pré). Certains commerçants regrettent également la teneur sociale de l'ensemble du projet d'aménagement de la place, avec de nombreux logements sociaux, alors que selon eux l'arrivée de nouvelles couches sociales aurait assuré la diffusion de modes de vie plus adéquats. L'insécurité n'est pas une réalité sociale séparée mais est pensée en continuité avec d'autres processus sociaux, dont les questions de mixité sociale au sein de la ville.

 

 

Sécurisation et évictions : la négociation du droit à la ville

 

La sécurisation des espaces ne relève ainsi pas d'un foyer unique. Les différentes formes de sécurisation publiques et privées reposent sur des justifications différentes, mettant en œuvre une conception de la justice spatiale aboutissant à une définition du territoire de référence mais aussi des usages et usagers légitimes des espaces, dessinant en creux le droit à la ville-centre, de façon imposée ou négociée.

Dès lors est posé de façon croissante le devenir de certaines marginalités. Le maintien dans le centre historique nécessite des stratégies de négociation et résistances, qui s'expriment partiellement en reprenant le langage de la sécurisation.

La prostitution dans le centre historique, construite comme problème urbain, illustre ces enjeux. Cette volonté d'éviction semble correspondre à la direction donnée par les politiques de régénération urbaine en centre-ville en Europe, qui se traduisent de façon croissante par une éviction des prostitués (Hubbard, 2004 ; Kantola, Squires, 2004). Ainsi en Italie la prostitution devient un enjeu croissant : des études nationales sont menées par le Ministère de l'Intérieur, tandis que  l'Observatoire régional sur la sécurité urbaine de la Ligurie l'identifie comme une catégorie de criminalité cachée. Ces études construisent la prostitution comme problème. Le Ministère de l'Intérieur par le décret du 8 août 2008 confie aux maires la possibilité d'intervenir sur la prostitution, au nom à la fois des comportements sur la voie publique et de l'exploitation des prostitués. De nombreuses villes prennent des mesures en ce sens.

À Gênes la prostitution diurne est localisée dans les ruelles qui partent de la Via Garibaldi, cœur du secteur inscrit Patrimoine Mondial de l'Humanité en 2006. L'intervention y est rendue complexe par le caractère hétérogène de la prostitution dans le centre historique. À une prostitution transsexuelle essentiellement italienne dans le quartier du Ghetto, et une prostitution italienne ancienne et mythifiée, chantée par Fabrizio de André, s'ajoute depuis les années 1980 une prostitution étrangère diverse : prostituées d'Amérique Latine, prostituées venues du Nigeria devant rembourser une dette à des passeurs, ou prostituées sous contrôle de groupes d'Europe de l'Est (Abbatecola, 2005). Ces diverses modalités sont apparentées à une forme de dégradation urbaine par une partie des acteurs locaux, en lien avec l'insécurité, générant des conflits avec des résidents (Il Secolo XIX, 21/08/2008).

Dans un premier temps, l'action choisie cible non les prostitués mais les conditions urbaines d'exercice de la prostitution, en agissant sur ses espaces. En effet, les prostitués utilisent des locaux au rez-de-chaussée des habitations médiévales, appelés bassi. Un grand nombre d'acteurs en entretien mentionne comme évidents les liens entre bassi et criminalité organisée : les familles de la mafia sicilienne et calabraise seraient propriétaires de certains de ces bassi, loués aux prostitués. La certitude locale de ce lien[8] a entraîné un mode opératoire particulier pour évacuer les prostitués du centre historique, basé sur l'urbanisme réglementaire. Une ordonnance d'août 2008 modifie les usages possibles des bassi, en interdisant les usages résidentiels (la présence d'un lit).

Toutefois cette politique provoque des formes localisées de résistances et négociations. Tout d'abord, les transsexuels présents dans le quartier du Ghetto disposent d'une acceptation sociale accrue, comme le montre leur participation au contrat de quartier mis en place par la municipalité précédente  pour le Ghetto ou la négociation des horaires des travaux en fonction de leurs horaires de travail (entretien B. Gabrielli, adjoint au maire en 2007). Ils mobilisent des relais locaux, notamment la communauté catholique San Benedetto et son fondateur le médiatique prêtre Don Gallo[9], et retournent l'argumentaire sur la sécurisation. Les prostitués transsexuels abordés dans le Ghetto en 2008 sur leur lieu de travail face aux bassi dont ils sont souvent propriétaires, me renvoient à un de leur porte parole, qui évoque leur propre rôle dans la sécurisation, notamment face au trafic de drogue grâce à leur présence continue en journée, et l'attachement des habitants à leur présence. Le droit à demeurer dans le centre est ainsi légitimé par une forme de surveillance visuelle territoriale et une sécurisation informelle. Suite à cette mobilisation, le Ghetto échappe à l'ordonnance anti-bassi, illustrant des différenciations entre prostitués, basées sur leur degré d'ancrage local, et sur la nationalité des prostituées[MM2] .

Les critiques ultérieures de diverses associations féministes, sociales et de gauche, qui accusent la municipalité d'agir sur le sentiment d'insécurité au détriment des populations les plus fragiles, conduisent à l'annulation de ce dispositif. La question territoriale est encore un élément clef de l'argumentaire, en évoquant le risque de déplacement en périphérie, et donc de démantèlement de la relation des prostitués au territoire, qui permet de leur garantir une sécurité minimale. En entretien plusieurs membres de l'unité de rue qui gère le programme Oltre la strada  relèvent le rôle sécurisant de la prostitution sur un territoire concerné par des formes diverses de marginalité, mais aussi leur vulnérabilité forte face à diverses insécurités.

Le lien entre sécurité et prostitution a ainsi été retourné. Une démarche négociée entre prostitués et municipalité a lieu en 2009. Les prostitués du centre historique s'engagent à une visibilité moindre, par leurs comportements et vêtements, mais aussi à une collaboration avec les acteurs publics, en signalant les actes de micro-criminalité. Le rôle d'individus jugés auparavant indésirables dans la régulation informelle des espaces est ainsi  reconnu, suite à l'échec initial de la mairie dans l'éviction du phénomène, mais aussi au retournement des principes mobilisés pour l'éviction des prostitués. En effet, les prostitués ont négocié leur droit à rester dans la ville-centre en argumentant sur leur contribution à la sécurisation des espaces. Le droit à demeurer dans ces espaces est donc négocié, mais toujours précaire, comme en témoigne la nouvelle ordonnance municipale du 26 octobre 2010 mettant en avant le contrôle de formes de racolage passif, et aboutissant à de nouvelles actions de protestation des prostitués du centre historique.

Ainsi apparaît le statut ambivalent de catégories d'individus, construits à la fois comme victimes et facteur de dégradation, au croisement de justifications différentes,  construisant les arguments permettant de rendre juste ou injuste une occupation territoriale à renégocier.

 

 

 

 

Conclusion

 

Le centre historique de Gênes apparaît ainsi comme le lieu de construction d'une sécurisation multiforme, émanant tant des acteurs publics que de collectifs d'habitants et d'associations. Cette sécurisation plurielle est basée sur des justifications et des échelles de référence différentes. Pour les acteurs publics, elle correspond à un enjeu de renouvellement urbain et à l'influence de modèles, d'expériences et de valeurs partagés, entre municipalité et région, diffusés par le réseau FISU, qui promeut une sécurité articulée à l'intervention sociale et identifie la ville comme territoire cohérent de la sécurisation. L'action municipale est également structurée par un principe de développement de circulations de types d'usagers au sein d'espaces jugés criminogènes, parallèlement à la volonté d'éviction de certaines marginalités, illustrant le rapport entre sécurisation, dispositifs spatiaux, et catégorisation des usagers légitimes des espaces. Toutefois l'intervention publique n'est pas la seule source de constructions de discours et d'interventions en terme de sécurisation, comme le montrent les controverses citadines sur les fermetures de ruelles par des habitants, lesquelles font également apparaître des justifications mobilisant l'idée de justice ou d'injustice spatiale. Enfin, les débats sur l'éviction des prostitués dans le centre historique font apparaître une géographie des négociations qui réarticulent les notions de sécurité et de justice spatiale.

L'identification de ces divers foyers de production et discussion de la sécurité repose sur le postulat d'une compétence à la justice des individus, à partir des travaux de L. Boltanski et L. Thévenot, permettant d'étudier la façon dont l'exigence de justice spatiale se déploie dans les politiques publiques de sécurisation, mais aussi à travers des initiatives de collectifs d'habitants et d'acteurs privés, relevant de logiques de substitution, accompagnement, ou résistances. Cette exigence de justice se fragmente en diverses modalités d'identification des légitimités à occuper l'espace, et construit des catégories d'individus et des modalités de spatialisation de la justice. La définition de la justice spatiale demeure de la responsabilité des acteurs et se trouve cristallisée dans les modalités d'intervention de certaines institutions ou les actions informelles des habitants. Justification contre justification, une telle notion de la justice spatiale suppose l'étude des conflits et négociations pour faire apparaître la pluralité des justices possibles, comme M. Dikeç (2007) a pu le mener dans le cas de la politique de la ville. Cela implique une conception procédurale de la justice spatiale, sans pour autant en attendre un résultat univoque, faisant plutôt apparaître le caractère précaire et engagé des définitions d'une situation juste. 

 

 


[1] Il Secolo XIX.

[2] Piano Regolatore Generale de 1976, puis Piano Urbanistico Comunale de 2000.

[3] Marta Vincenzi, maire de Gênes depuis 2007, est membre du Partito Democratico (centre gauche), tout comme Claudio Burlando, ancien maire et actuel président de la région Ligurie.

[4] L'intervention de D. Bonaposta repose sur un commentaire de textes nord-américains, d'où l'usage du terme « comunità » dans son cours, dérivant directement de « community ».

[5] Deux entretiens ont été menés avec Carla Costanza en 2006 et  2008.

[6] Terme dialectal génois désignant les ruelles étroites du centre historique, associé à un imaginaire de l'insécurité et de la transgression sociale.

[7] Cet instrument est utilisé dans d'autres villes italiennes, par exemple dans les quartiers en difficulté de Naples (Burroni, Piselli, Ramella, Trigilia, 2009).

[8] Les contrôles fiscaux menés permettent par exemple d'identifier une famille originaire de Calabre propriétaire de 78 bassi (La Repubblica, 04/07/2009).

[9] Don Gallo est une figure nationale, engagé auprès des marginaux, se mobilisant pour diverses actions, par exemple la légalisation de drogues.

 

 

 

 

 

Summary

This article examines the multiple modes used for securing Genoa's historic centre by identifying the demand for spatial justice. as formulated in or underlying public and private interventions, through the reference space where these activities take place and the justifications proffered for them. This work relies on the premise that actors have the competence to work towards ensuring justice, based on certain aspects of pragmatic sociological knowledge. The "production" of security therefore appears to be multi-faceted, based on several rationales and justifications for taking action. An urban renewal issue, the urban security policies implemented by the municipal authorities are based on the application of recommendations issued by a network of local bodies working on this problem - the FISU (Italian Urban Security Forum) - and the implementation of a policy aimed at increasing the traffic of certain types of users, along with the desire to keep a check on certain marginal groups, particularly sex workers. The controversial private closure of certain public areas has brought other expressions of security requirements to light. Such an approach to spatial justice is akin to the idea of procedural justice.

 

Key words: Spatial justice, security, securing, legitimacy, eviction, historic centre, Genoa.

The central districts of Mediterranean cities, emblematic of popular city-centres, have undergone a significant process of gentrification since the 1990s (Bidou-Zachariasen, 2003). However, this gentrification may be described as somewhat incomplete as the changes that have taken place in these areas have been patchwork-style, marked by resistance from the working classes (Giroud, 2007). The co-existence of groups from a variety of horizons, with different practices, in the same central areas, raised the issue of legitimacy - who are the area's legitimate residents and visitors? In this connection, some practices or population categories were seen from an angle of insecurity. This article focuses essentially on urban security issues.

Urban security implies ensuring security in the city through the institution of specific apparatus. The « apparatus » consists of the ensemble made of discourses, institutions, urban developments, thereby enabling territorial control (Foucault, 1994), through discourses on the city, an  "urban security planning" (Bourdin, 2004) and its specific techniques (video surveillance, closing-off areas), urbanistic regulations, and the definition of the role of individuals. Urban regeneration increasingly includes such an apparatus of secured spaces production (Coleman, Sim, 2000).

However, urban security is not the monopoly of public actors and may stem from several sources, falling within the framework of both public and private policies and practices. In addition, it is impacted by different conceptions of law and order, of control and the maintenance of public order, as well as different models of intervention. These models of intervention are themselves based on values and ideologies and the definition of practices and categories of users deemed illegitimate and those designated as the "usual suspects" (Coleman, Tombs, Whyte, 2005). Hence, security is manifested through the deployment of heterogeneous apparatus, relying on different actors and spaces, akin to Ugo Rossi's stand on the "multiplex city" (2004).

In the central areas examined, over-investment was noted in some districts, marked by real estate, social and commercial changes, bringing different territorial inequalities to light. This corresponded to the initial, spatial injustice-related approach, as developed by Harvey (1998) in his "liberal considerations". And yet, justifications can inevitably be found for such territorial inequalities. In the case of Genoa's historic centre, according to municipal and government actors, the purpose was to focus attention on strategic activities that would then spread like wildfire through urban standardization efforts. Hence, territorial inequalities are not necessarily unjust - it all depends on the perspective adopted. Theories regarding justice themselves admit to a certain dosage of inequality in the name of equity, according to John Rawls, for instance. Based on the possible plurality of justifications or protests pertaining to spatial inequalities, the first section of this work shall demonstrate the need to consider the manner in which spatial justice requirements are raised in urban security models and practices by the actors themselves. This position is inspired by pragmatic sociology methods (Boltanski, Thévenot, 1991); it is based on the principle of the existence of criteria and judgments that are internal to the socio-spatial, plural and perhaps even concurrent worlds, and find expression in the practices and justifications of actors who are presumed to enjoy reflexive and critical abilities, making it possible to develop a sociology of criticism (Boltanski, 2009). Justice is primarily the skill of being able to judge, and only secondarily an exogenous assessment category for researchers.

These multifarious definitions of spatial justice shall be examined on the basis of the different forms of the production of urban security in Genoa. They can be seen both in public interventions - in which the issue of spatial justice is described explicitly, with reference to theories and models - and in private or even informal urban practices that also include an assessment of the just or unjust nature of public measures and the current situation. After an introduction describing how the subject of insecurity emerged in Genoa, different security models that have developed there shall be examined, which will make it possible to identify a kind of spatial justice that is internalised in political and citizens' mobilisation.  

 

1. The development of the issue of security in Genoa

Spatial justice and securing the city

 

Spatial justice is a fairly recent concern (Gervais-Lambony, Dufaux, 2009; Soja, 2010), as compared to the idea of social justice, while frequently being used as an entry point for building works proposed as a form of radical geography, both to serve environmental interests (Blanchot, Moreau, 2009), as well as to provide access to the city (Fainstein, 2009; Lehman-Frisch, 2009).

In geography, the issue was first raised in the 1970s by David Harvey (1998). In the first approach, spatial justice may be considered to mean the fair or just allocation of resources in a given territory. The deprivation of some goods, the remoteness of urban amenities and the combined location of groups facing social difficulties are the signs of an unjust city, as described in the works by Lefebvre (1968). Applied to the "production" of security, such a conception of spatial justice takes inequalities in access to security into account on a territorial basis, for instance, through a geo-statistical analysis of the distribution of offences or the territorialisation of urban security.  This method identifies areas that are more or less concerned by some types of offences a posteriori and makes it possible to identify various forms of injustice - from absence of power to marginalisation, according to Iris Young's categorisation (Dufaux, Gervais-Lambony, 2009). These categorisations help in progressing from merely spotting inequalities described as unfair (provided that the criteria can be demonstrated, since inequalities cannot in themselves be described as such), to studying the processes that produce such injustices.

 

That brings us to a second approach, in which insecurity is perceived to be as much a "spatialised" good as a factor interacting with urban space - in other words, both a product of urban space and an urban factor of production. Both these approaches - pertaining to the "spatial turn" (Soja, 2000; 2010) - have been theorised by M. Dikeç (2009). He makes a distinction between the spatialisation of injustice and the injustice of spatiality, which refers to the manner in which space itself produces and maintains situations of injustice. Consequently, interactions between spatial justice and security designate both the spatialisation of inequalities linked to insecurity and security, as well as the manner in which spatialised apparatus produce spatially differentiated security.

However, what is missing is the criteria that could help assess the degree of spatial justice - a situation of injustice cannot be deduced merely from the acknowledgement of inequalities. And as shown by L. Boltanski, the framework in which such an assessment of a given situation is reached must itself be constructed: "the critical reference to justice struggles to define not just the sets within which asymmetries must be unveiled, but also the beings that must be taken into account - whether they are human or non-human" (2009). When applied to the idea of spatial justice, this raises the issue of the construction of a reference space, somewhere between calling States into question as the regulatory space, the emergence of cities as political territories (Le Galès, 2003), the fragmentation of institutions and the formation of transnational solidarities. When spatial justice is developed locally, it implies a reference spatial framework, relying on a special spatial imaginary (Dikeç, 2007), as will be shown by taking the example of the production of secured spaces in Genoa's historic centre.

Thus, rather than attempting to identify objective criteria enabling the researcher to assess the degree of spatial justice contained in security modalities, this article is based on the idea of the ability of actors (including inhabitants) to judge justice. This position draws its inspiration from the pragmatic school of sociology (Boltanski, Thévenot, 1991), which takes a serious view of assessments made by individuals themselves through the "sense of justice" that "ordinary critics" have (Boltanski, 2009). It involves considering that individuals and institutionalised groups have a certain "competence in justice" (Boltanski, 1990), i.e. the skill to define and assess situations. Discussions or controversies between actors reveal criteria - certain "orders of magnitude" referring to different types of legitimisation. These types of legitimation are based on the idea of "superior common principles" enabling an agreement on the fair or unfair nature of a situation. The need or demand for spatial justice is therefore internalised within the socio-spatial world, making it possible to accept a multitude of conceptions of spatial justice; all their manifestations, discourses, effectiveness and coherence would be studied. Such an approach may be related to the idea of procedural justice, "defined and negotiated between several stakeholding actors" (Dufaux, Gervais-Lambony, 2009), but without affirming the nature of the outcome as just in itself, as evidenced by the participatory debate on the redevelopment of the Bronx Terminal Market analysed by S. Fainstein (2009). Likewise, by analysing the public transport conflicts in Los Angeles, E. Soja (2010) showed the "contrasting visions of equity and justice" that can be found at the root of the stands taken by different parties to a conflict. The idea of a plurality of possible conceptions of spatial justice put forward by different actors through conflicts or negotiations is the main thrust of this article.

The study is the outcome of research trips to Genoa between 2006 and 2008, which made it possible to conduct formal interviews and informal discussions with the historic centre's actors who led to the transformation of its security situation (public institutional actors, inhabitants mobilised in various security projects, actors from local associations), along with phases of observation and a study of urbanistic and local press documents[1] (1997-2010).

 

Genoa and the emergence of insecurity as an urban problem


Genoa's historic centre stands out because of its special morphology, an outcome of urbanistic processes of destruction and protection, and is currently established as a public action territory within the framework of urban regeneration (Gazzola, 2003), identified as such in different regulatory plans[2] in Genoa since 1976. Marked by the dilapidation of the built area, the historic centre became the target for interventions covering 113 hectares, particularly in view of the preparations for the 1992 Colombiane event at the old port, adjoining the medieval area. Other urban events (the G8 in 2001, European Cultural Capital in 2004) offered further opportunities for mobilising massive public funds (Masboungi, 2004) in order to proceed with the rehabilitation of Genoa's historic centre. In this context, the issue of security was present right from the beginning, in the form of citizens' demands or as part of urbanistic programmes. It was also taken up by the local press in Genoa's historic centre - a series of articles published between 1984 and 1987 reveal an extensive coverage of petty crimes in the historic centre and the presentation of areas that could be considered as being conducive to crime due to their shape itself; the historic centre was reduced to its lanes and by-lanes - called vicoli or carruggi - seen as a hub for muggings, overdosed drug-addicts and sometimes crime.

However, the focus on insecurity was not based on any consensus, and appear through  major conflicts based on principlesIndeed, insecurity was envisaged here not in the form of a feeling or statistics, but as a political category, in the sense that the emergence and mobilisation of the idea of insecurity could change the priorities and modalities of public action (Bonelli, 2010). The issue of the insecurity of areas in Genoa's historic centre was highlighted by citizens' groups of varied orientations, whereas the responses of public actors gradually changed, leading to a crystallization of the principles of intervention.

In the 1980s, Residents' Committees were formed that castigated the dilapidation of the built-up area and the presence of drug addicts in the centre's lanes and by-lanes. The issue of security was raised explicitly, with an appeal for intervention by the authorities, whose activities were till then seen as a complete abandonment of the area (Associazione per la Rinascita del Centro Antico, 1992), while the relationship between immigrants and insecurity was increasingly evoked by some of these committees. The committee movement then split up into two groups; while one initiated a participatory approach based on urban requalification programmes, subscribing to the idea that urbanistic interventions were a prerequisite for the resolution of other problems (Besio, 1999), the other group highlighted the security-related dimension of the inhabitants' demands and did some self-organisation. Thus, at the end of the 1980s, patrolling by groups of residents, armed with sticks, was initiated, and they went after certain so-called undesirable elements (drugs peddlers in particular). While speaking of this period during interviews, some of the traders legitimised these activities by ascribing the fault to the authorities' powerlessness.

Conversely, for the authorities, the security issue came second. For them, interventions in the built-up area and urban regeneration seemed to hold the promise of resolving security problems. Consequently, the lack of security was analysed in the diagnostic documents on the historic centre produced by the historic centre's commune-level observatory, CIVIS, or in the argument defending the URBAN 2 project, as one of the dimensions of "degrado sociale" (social degradation). Giuseppe Pericu, Genoa's Mayor from 1997 to 2007 (left coalition), commented on his two terms in office in a book reviewing this period (Pericu, Leiss, 2007); while the historic centre occupied an important place in his narrative, the issue of security was not used as an entry point for his discourse.

On the other hand, Marta Vincenzi, the new Mayor elected in 2007 and a member of the same coalition, changed the order of priorities, in view of the greater predominance of the security issue at the national level. An urban security department was established, with F. Scidone as the assessor. However, this change was not merely the outcome of the advent of a new municipality team; in fact, for several years, the regional government, along with the municipal authorities, had been thinking about urban security and both the geographical proximity of the seats of power between Genoa's Town Hall and the Ligurie Region's building, and their political concordance[3], promoted informal and formal discussions (symposiums) between elected representatives and regional and municipal technicians. In addition, the emphasis on security in municipal politics was in line with Italy's national-level measures. Under the impetus of the national government, a series of Patti di sicurezza or security pacts were set up between the prefecture, commune, region and province, which then agreed on common objectives. This instrument drew inspiration from the Local Security Contracts drawn up in France in 1997 (Bonelli, 2010). The security pact was concluded in June 2007 in Genoa, defining shared commitments and intervention priorities (prostitution control, urban requalification for the purposes of security, etc.). The municipality then emerged as a legitimate actor for regulating security, reinforced by the 8/8/2008 national decree. These changes then raised the issue of the centre's security models.

 

2 Public principles for the centre's security

 

The production of secured spaces in the historic center called for the concept of social justice underlying public action to be defined.Next we'll have to study the categorisations that are formulated to act on insecurity.

 

Actors' networks and principles of security - what kind of spatial justice?

 

The interviews conducted with public actors revealed the desire to base urban security on principles. In fact, security actors in Genoa's municipality claimed to follow the new intervention methodologies summarised by the FISU or Italian Forum for Urban Security. The FISU was an offshoot of the European Forum for Urban Safety (EFUS), a federation of local governments established in 1987 by the former Mayor of Épinay-sur-Seine, Gilbert Bonnemaison, active in the field of municipal security in the 1980s and 1990s. In 2010, the EFUS brought together several hundred local authorities in Europe, particularly in France, Belgium, Spain, Italy and Portugal. Its activities were based on a preventive and integrational rationale (Bonelli, 2010). The FISU was formed in 1996 and brought almost a hundred Italian local governments together. It acted as a relay- network between theories and practices formulated abroad and Italian practitioners and elected representatives, making it possible to adapt programmes and initiate exchanges of experience.

In fact, the FISU published a certain number of recommendations and clearly stood apart from other forms of security that were based exclusively on repression or situational prevention. Among its founding principles is the balance between freedom and security and the idea that security is achieved more effectively through better integration and a fairer distribution of resources within the city. Thus, one prerequisite for fair socio-spatial distribution is put forward, illustrating the idea of a spatial justice that is internal to actors' practices and discourses, and it seems to be accepted as a publication listing 100 best practices mentions "the complete philosophy guiding security principles" (FISU, 2008). The manifesto adopted in 2000 by the European Forum in Naples, "Sécurité & démocratie, le manifeste des villes" (Security and Democracy - The City Manifesto), promotes the development of multi-cultural cities and the inclusion of security in urban policies. It puts forward the principle of the need for "inclusion" and "prevention", while exclusively repressive policies are deemed inefficient. The political dimension of security was therefore laid down, making it possible to oppose strictly technical responses that evaded the debate on principles.

A forum of local authorities, this network is motivated by the idea that cities are the fundamental cogs in the wheel and the main partners in public action regarding security, by implementing its fundamental principles through a sharing of experiences via publications compiling best practices. It offers training programmes and seminars for elected representatives and local technicians, imparted by expert practitioners often wearing two hats - an academician's and a local public actor's hat. The courses offered to local officials and management staff include a theoretical as well as practical approach, mobilising urban theoreticians and urban security. However, this does not mean that models are to be directly adapted; on the contrary, a critical study is undertaken, for instance by  standing out from  situational prevention. Thus, one of the trainers said, "A safe community is a community that looks after itself and does not abandon any of its members facing difficulties[4]" (Bonaposta, 2006). This implies preventive measures that seek greater social linkages. Conversely, situational prevention is deemed ineffective and unjust, as it leaves the "cause of the problems unchanged, only limiting itself, in substance, to pushing them elsewhere" (FISU, 2006/class by D. Bonaposta). Thus, the principles and modalities of action promoted by the FISU present a specific vision of spatial justice related to preventive policies, as opposed to situational prevention and repression models. Its reference space is the city and not district, which means that the consequences of security policies must be taken into consideration at this scale.

 

Genoa's municipal authorities actively subscribe to this network. The Ligurie Region too is an active member, conducting experimentations in its different cities, including Genoa. In addition, Claudio Montaldo, the region's deputy security in-charge has been the FISU president for several years. In the discussions on principles and recommendations related to local security policies, the Ligurie Region has emerged as a key connector and actor. A regional urban security observatory was set up, led by Stefano Padovano, a sociologist specialising in the study of urban insecurities, and Claudio Montaldo monitored its activities directly. The experiments conducted by the region were taken over by the Genoa commune, despite some differences (on the use of video surveillance). Another indication of the multi-dimensional conception of security was the inclusion of the sociologist, Carla Costanza[5] - who previously managed a municipal department that dealt with problems related to the ageing of populations - in the Città sicura municipal department in 2007. The change in department was a sign of greater linkages between social issues and security issues. Urban security was linked to municipal and regional social intervention policies, and was based on two pillars: "welfare and urban requalification" (interview with S. Padovano, 2008).

 

The reconfiguration of public action framework in the field of security in Genoa (principles, re-organisation, actors mobilised) was therefore based on the FISU's recommendations, deploying a specific conception of spatial justice, rooted in the idea of the city as an area of intervention and of the necessity of handling security through a social prism.

 

Managing mobilities to produce secured spaces

 

Other long-term intervention rationales were added to the FISU's recommendations, particularly the promotion of a principle concerning human circulation and the categorisations of legitimate users, unveiling a pluralistic conception of spatial justice, and functioning at another scale as well, by defining who should occupy the rehabilitated areas.

The first times security was taken into consideration in urbanistic interventions in the 1980s, it was based on a premise that has been upheld since then by local public actors: human traffic flows within crisis areas contribute to their recovery and security. The first (unrealised) project of this type was prepared by the Genoese architect, De Carlo, for the Pré and Darsena neighbourhoods in the 1980s - among the most dilapidated areas - within the framework of the historic centre's urban regeneration plan, in preparation for the 1992 urban event. Under this project, the creation of human traffic flows through the development of attractive facilities was used as an instrument for bringing about urban changes, since rehabilitation was "entirely subordinated to the establishment of effective transportation links with the urban space facing it and with the city in general" (De Carlo, 1987). The historic centre's rehabilitation modalities in the 1990s also seemed to comply with this principle; the stories about the changes that took place in the historic centre recounted during interviews with various actors emphasise the role initially played by the establishment of cultural and university facilities (Faculty of Architecture, La Tosse theatre) because of their ability to attract new users. However, the traffic flows thus generated led to new usages that did not lead merely to the disappearance of illegal practices, but, rather, restructured the relationships between legal and illegal practices. Consequently, the historic centre's Sarzano district became a late-night hangout for students and young employees, leading to the relocation of practices related to drug consumption, following the 1990 urban regeneration. Illicit activities did not take place away from the rest of the city, but in relation to it (Dal Lago and Quadrelli, 2006), making the application of the human traffic flow principle even more complex.

The same principle was applied for subsequent interventions. The Darsena port area was finally transformed in the 2000s, with the establishment of the Economics Faculty, generating new student traffic along the carruggi[6] between Darsena and via Balbi, crossing the via di Pré, the focal point of security related fears. In the same way, the security plan drafted for the Community Initiative Programme, Urban 2 (2001-2006) refers to the creation of a "constant flow of people able to influence the social [context], banking heavily on the construction of hotels and lodgings for students" as a strategy against insecurity (Comune di Genova, Settore Centro Storico, Piano della Sicurezza). On the basis of this observation, a programme for the establishment of shops and stores in the historic centre was launched through the enterprise incubator (266/97 Bersani National Act) - a department co-funded by the region and the municipality, which provides support to shops and stores in crisis-hit districts[7]. The new traffic flows and mobility generated by commercial practices (corresponding to the ideal users: tourists, students, "gentrifiers") were supposed to constitute an additional security factor. On the other hand, the entire area outside these traffic flow dynamics became conducive to crime, as mentioned by the municipal representative for security, Angela Burlando (interview, 2006): "where do young drug peddlers go? They go essentially to areas that are not so busy, and [an area] that is not very popular is more dilapidated, whereas for years together, the historic centre has been a prime area for local criminality".

 

Some formulations took the form of a re-conquest - for instance, the following presentation of the Ghetto project, a former district seen as having deteriorated: "It is an attempt to colonise the most deserted areas of the city, which nonetheless retain a certain mystery, through a series of phenomena that contributed to bringing [in] a string of people who used to live outside the area to the historic centre, leading to its squares filling up, thanks to concerts and events" (Giberti, 2006). Here, traffic was supposed to lead to a further "social mixing", which related back to the advent of new social strata, perceived as a prerequisite for urban renewal and as an additive for real estate value addition (as confirmed by interviews held between 2005 and 2009 with B. Gabrielli, urban development assistant at the municipality, or by certain specialised real estate agencies, such as Pugliese). Conversely, the individuals that circulated in those spaces before urban regeneration are regarded as insignificant. For instance, according to the founder of the La Tosse Theatre, before it was built, the Sarzano district "was deserted, with the bar becoming a hub for clandestine gaming - nobody came here" (meeting in 2006). Hence, it was not about promoting anonymity through widespread human traffic, but about actually controlling the traffic categories.

 

However, this principle led to tension between everyone's right to movement in the regenerated old town, and the specification of the desirable users. In fact, it was accompanied by the determination to evict certain marginal groups incarnated by typified individuals, who seemed to be at the bottom of the heap or the targets of the policies implemented.

 

3. Defining the legitimate users of urban areas

 

After having examined the public principles of security and their connections with spatial justice, this latter section is devoted to emerging security-related productions - manifestations of the idea of a multi-focal, public and private, formal and informal source of security. The controversies in terms of spatial justice relate to the categorisation of users as legitimate or not, between eviction and negotiations, and the accompanying mechanisms.

 

Opening, closing: Private control over space and concurrent legitimacies

 

Faced with the municipality's supposed failures, people started reacting to the situation, favouring self-organisation, acting on the urban area itself, by installing gates to close-off lanes in their areas, which were thenceforth reserved for the houses concerned, which alone held keys to them. The closing down of public pathways took place within the framework of a major political debate within the city, with two types of legitimisations.

On the one hand, part of the inhabitants and some committees claimed each resident's right to security within their domestic space and its surroundings. During a meeting, Fiorella Guarnero, the driving force behind these movements, showed me press cuttings and photos showing people lying surrounded by syringes in a lane in the city centre. The aim was to convince me of the legitimacy of closing-off the lanes, based on the right to security, deemed to be above and beyond negligence of public interventions, giving citizens with "goodwill" the right to organise themselves. Some rightist elected representatives in the District Councils offered the same justification for the actions taken by certain inhabitants due to their need to take their security into their own hands. A recurring expression used was, "non è terra di nessuno (no man's land)" (mentioned during several interviews in 2008 with elected representatives of the area or inhabitants close to these positions) - a rather ambivalent quotation that designates both the desire to avoid any arbitrary appropriation and the marginal nature of those who were supposedly controlling the area illegitimately, whose foreign nationality - notably Moroccan - was often specifically mentioned. The self-organisation stand taken was based on principles that conflicted with those of the municipality, and took shape through a gamut of different approaches to intervention: public accusation, writings declaring their positions (Guarnero, Simonetti, 2008), petitions, alliances and collaborations with other actors, especially the prefecture or the police, etc. The district's Municipal Council Chairman, Aldo Siri, close to these movements, used the term "deviant solidarity" (interview, 2008) to characterise the predominant modalities of intervention in Genoa - in the name of tolerance, everything could be considered acceptable (nocturnal nuisance, drunkenness on public roads, etc.). This was in deliberate contrast to the FISU's recommendations, as shown by the use of the term of "solidarity". The justification for the security-related stand brought the criterion of efficiency into play, and a clearer differentiation of individuals - between the area's inhabitants and less legitimate users. The idea of spatial injustice was present in these mobilisations, and was based on the gap between the current situation of the historic centre and the legitimate claims of its legitimate inhabitants - the Genoese facing such arbitrary appropriations. The closing-off of the lanes was legitimised as self-defence, made necessary due to the negligence of the authorities. This multi-location, spatial mechanism was aimed at a socio-spatial restoration.

Conversely, another section of the centre's inhabitants castigated the closing-off of certain areas in the name of the very quality and character of a public space. Acts of vandalism took place, with the locks on the gates being sabotaged. The Comitato Santa Brigida, a social action association in the district (on the highest part of the historic centre), organised a questionnaire in 2008 addressed to the inhabitants, in order to legitimise its position. The association's members criticised the individualised management of the problem by the municipality, which authorised the installation of gates at its discretion, as long as a few inhabitants submitted a complaint, in order to calm down the protests. The reference territorial level for these citizens (interviews in 2008) was the city - not just their own district; closing-off a lane displaced the drug dependency problem to another area of the city. These two stands were obviously based on political arguments, which gave way to each side's own conception of what was right and what was not, based on a specific territorialisation, and envisaging the consequences of spatial provisions in terms of spatial justice.

Faced with these different kinds of mobilisation, between the closing-off of lanes and protests in the name of every citizen's right to freedom of movement, the municipality is trying to draft an open public space policy that would be partially managed by private actors. Hence, right from its inception, the transformation of the Dei Trugoli Square, conducted by the historic centre enterprise incubator, was based on networking between the various shops, influenced by the Business Improvement Districts - storeowners' organisations established in the USA, characterised by the private management of public areas and their security (Steel, Symes, 2005). The storeowners are organised into a consortium that is responsible for organising events in the area, by proposing cultural activities, creating a feeling of unity. Questioned during an interview (2008), storeowners mentioned their participation in securing the district through an informal surveillance of the different areas and activities, in order to regulate petty crimes related to drug use: "What is most important is to show that I don't fear them, that they are wrong and must move away" (shopkeeper, 2008). A specific environment needs to be created for customers, avoiding glimpses of drug addicts in the square, located close to a drug trafficking route (Via di Pré). Some shopkeepers were also sorry for the social contents of the square's restoration project  as a whole, with the number of social housing complexes, whereas according to them, the advent of new social strata would have led to the spread of more appropriate ways of living. Insecurity is not a distinct social reality, but is thought of in continuity with other social processes, including the issue of the social mix within the city.

 

Security and evictions: Negotiating the right to the city

 

Securing areas is therefore not confined to a unique source. The various forms of public and private security are based on different justifications, calling a conception of spatial justice into play that leads to the definition of a reference territory but also legitimate uses and users of areas, establishing the right to the city-centre, in an imposed or negotiated manner.

 

That leads to a growing concern about the future of certain marginalities. Staying on in the historic centre calls for negotiating strategies and resistance movements, partially expressed by using the language of security.

Prostitution in the historic centre, presented as an urban problem, illustrates these issues. The desire to evict seems to correspond to the direction given by city-centre urban regeneration policies in Europe, which are increasingly translated into the eviction of sex workers (Hubbard, 2004; Kantola, Squires, 2004). Hence, in Italy, prostitution is becoming a highly sensitive issue: national-level studies are being conducted by the Ministry of the Interior, whereas the Liguria's Regional Urban Safety Observatory sees it as a category of hidden criminality. These studies present prostitution as the problem. The Ministry of the Interior, by its 8 August 2008 decree, granted Mayors the possibility of intervening with regard to prostitution, both in the name of behaviour in public areas and the exploitation of sex workers. Several cities are taking measures in this direction.

 

In Genoa, daytime prostitution is located in the lanes leading out of Via Garibaldi, the heart of the sector that was inscribed as a World Heritage Site in 2006. Interventions here were complicated by the heterogeneous nature of prostitution in the historic centre. Along with essentially Italian transsexual prostitution in the Ghetto district and the legendary Italian prostitution, mythified through the songs of Fabrizio de André, since the 1980s, diversified foreign prostitution was added: sex workers from Latin America, prostitutes from Nigeria who have to reimburse their debts to human traffickers, or prostitutes under the control of East European groups (Abbatecola, 2005). These diverse modalities were related to a form of urban degradation by some local actors, along with insecurity, generating conflicts with residents (Il Secolo XIX, 21/08/2008).

 

Initially, the action chosen did not target sex workers as such, but the urban conditions in which prostitution took place, by acting on the concerned areas. In fact, sex workers used premises that were on the ground floors of medieval buildings, called "bassi". In meetings, a large number of actors pointed to the obvious links between the bassi and organised crime - Sicilian and Calabrian mafia families were said to be the owners of these bassi, rented out to sex workers. Local certainty about these links[8] led to a specific operational modality aimed at removing the sex workers from the historic centre, based on regulatory town planning. An August 2008 ordinance changed the possible uses of the bassi, prohibiting residential use (the presence of a bed).

However, this policy provoked local forms of resistance and negotiation. Firstly, social acceptance of the transsexuals present in the Ghetto district had grown, as can be seen from their participation in the district contract drawn up by the preceding municipality for the Ghetto or in the negotiation of timings for public works in the light of their working hours (meeting with B. Gabrielli, Deputy Mayor in 2007). They mobilised local supporters, in particular the Catholic San Benedetto community and its founder, the famous priest, Don Gallo[9], and turned the whole argument back to securing the area. The transsexual sex workers broached in the Ghetto in 2008 at their working place in front of the bassi that they often owned, referred me to one of their spokespersons, who mentioned their own role in securing the area, especially with regard to drug trafficking, thanks to their continuous presence throughout the day and the inhabitants' attachment to their presence. The right to remain in the centre was therefore legitimised by a type of visual territorial surveillance and informal security. Following this mobilisation, the Ghetto managed to elude the anti-bassi regulation, illustrating the differentiation between sex workers, based on the degree to which they were locally rooted and their nationality.

Subsequent criticisms by various feminist, social and leftist associations, who accused the municipality of playing with the inhabitant's feelings of insecurity to the detriment of the most fragile population groups, led to the cancellation of the regulation. The territorial issue was another key factor in the argument, evoking the risk of displacement to the suburbs and, therefore, dismantling the sex workers' relationship with the territory, which made it possible to provide them a minimum level of security. During meetings, several members of the road unit managing the programme, Oltre la strada, highlighted the securing role played by sex workers in an area in which diverse forms of marginality were present, but also their high level of vulnerability faced with diverse forms of insecurity.

The link between safety and prostitution was therefore turned around. A negotiated approach between the sex workers and the municipality was adopted in 2009. The sex workers in the historic centre undertook to lower their visibility, through their behaviour and clothes, but also to collaborate with public actors, by informing them of petty crimes. The role of individuals earlier deemed as undesirable in the informal regulation of urban areas was therefore recognised, following the Town Hall's initial failure in evicting the phenomenon, but also after the principles used for the eviction of sex workers were turned on their head. In fact, the sex workers negotiated their right to remain in the city-centre by arguing that they contributed to the area's security. The right to remain in these areas was therefore negotiated, but remains precarious, as testified by the new 26 October 2010 municipal ordinance highlighting the control of passive forms of soliciting and leading to fresh protest actions by the sex workers in the historic city centre.

All this points to the ambivalent status of categories of individuals, deemed both victims and a causal factor of degradation, at the crossroads of different justifications, based on arguments highlighting the rightness or wrongness of a territorial occupancy to be renegotiated.

 

 

 

 

Conclusion

 

Genoa's historic centre therefore seems a place where multiple forms of production of security have emerged, stemming both from public sector actors as well as associations and action groups set up by its inhabitants. The plurality of safety mechanism is based on different justifications and scales of reference. For public actors, it corresponds to the issue of urban regeneration and the influence of shared models, experiences and values, between the municipality and the region, disseminated by the FISU network, which promotes a security that is connected with social intervention and identifies the city as a coherent territory for providing security. Municipal action is also structured by the principle of developing mobilities of certain kinds of users within areas deemed crime prone, along with the a desire to evict certain marginal groups, illustrating the relationship between security, spatial mechanisms and the categorisation of the legitimate users of the areas concerned. However, public intervention is not the only source for the development of a security-related discourse and interventions, as can be seen by urban controversies over the closing-off of lanes by inhabitants, with the latter also proffering justifications founded on the idea of spatial justice or injustice. Finally, the debates on the eviction of sex workers from the historic centre point to a certain geography of negotiations that re-structures the notions of security and spatial justice.

 

The identification of the various configurations in which security is "produced" and discussed is based on the postulate that individuals are competent with regard to justice, according to the work done by L. Boltanski and L. Thévenot, which makes it possible to study how the need for spatial justice is deployed in public security policies, but also through initiatives taken by action groups established by inhabitants and private actors, based on a logic of substitution, support, or resistance. This need for justice may be broken down into several modalities of legitimacies for occupying space, while also establishing categories of individuals and modalities of "spatialising" justice. The definition of spatial justice remains the actors' responsibility and finds concrete shape in the modalities of intervention of certain institutions or in the inhabitants' informal activities. If these justifications are placed one against another, such a notion of spatial justice presupposes the examination of conflicts and negotiations in order to bring to light the multiple forms of justice possible, as M. Dikeç (2007) was able to do in the case of the city's policies. This implies a procedural conception of spatial justice, without, however, waiting for a univocal outcome, but, rather, demonstrating the precarious and committed nature of definitions of a fair situation. 

 

 


[1] Il Secolo XIX.

[2] Piano Regolatore Generale in 1976, followed by Piano Urbanistico Comunale in 2000.

[3] Marta Vincenzi, Genoa's mayor since 2007, is a member of the Partito Democratico (centre-left party), along with Claudio Burlando, the former Mayor and current President of the Ligurie Region.

 

[4] D. Bonaposta's intervention is based on a commentary of North American texts, hence the use of the term "comunità" in his courses - a direct derivative of the term "community".

[5] Two interviews were conducted with Carla Costanza in 2006 and 2008.

[6] Dialectal Genoese term for the narrow lanes and by-lanes of the historic centre, associated with an imaginary world of insecurity and social transgression.

[7] This instrument was used in other Italian cities as well, for instance, in degraded districts of Naples (Burroni, Piselli, Ramella, Trigilia, 2009).

[8] The tax audits carried out made it possible, for instance, to identify a family from Calabria who owned 78 bassi (La Repubblica, 04/07/2009).

[9] Don Gallo is a national figure, committed to working for marginalised groups, who mobilises several activities, for instance, for the legalisation of drugs.

 


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Pour citer cet article | To quote this document

Sébastien Jacquot, Université de Paris 1 Panthéon Sorbonne, IREST Membre de l’EA EIREST, Université de Paris 1 Membre associé de l’UMR 8586 PRODIG
«Pluralité des modalités de la sécurisation du centre historique de Gênes», [«Plurality of the production of secured spaces in Genoa’s historic centre», traduction : Sureeta Narula,Vandana Kawlra, FITI PVT. LTD]
justice spatiale | spatial justice | n° 04 décembre | décember 2011 | http://www.jssj.org

 

 

Les injustices de la sécurisation urbaine dans la ville brésilienne de Campinas |
The injustices of urban securitization in the Brazilian city of Campinas

Lucas Melgaço, Universités de São Paulo et de Paris 1 Panthéon-Sorbonne

traduction | translation :George Mc Gairl

A cause de la peur de la violence, les grandes métropoles, particulièrement latino-américaines ont connu une profonde transformation de leurs paysages urbains. De nouvelles formes urbaines, comme des condominiums clôturés, des architectures répulsives et des caméras de surveillance sont apparues pour répondre à une demande de plus en plus pressante de sécurité. Sans réflexion préalable, des villes comme celle de Campinas-SP, au Brésil, ont opté pour des politiques de vidéosurveillance et pour la construction de formes spatiales qui stimulent la ségrégation et entravent les libertés individuelles. Mais si ce mouvement a apporté une certaine sécurité pour quelques-uns, il a aussi promu la militarisation et la privatisation de l'espace public, y engendrant des injustices et encore plus d'insécurité.

 

Mots-clés : sécurisation urbaine, sécurité, condominiums clôturés, surveillance, ségrégation socio-spatiale. 

 

 

Introduction

 

            Discuter de la sécurité est devenu un phénomène courant dans les sphères sociales les plus variées. Il n´est pas restreint pour autant au domaine du discours. Le désir contemporain de sécurité se concrétise également par des formes qui modifient les paysages urbains. A cet égard, deux principaux mouvements sont facilement identifiables : un mouvement « matériel », que nous appelons ici « la création d'espaces exclusifs », et dont nous soulignerons deux des manifestations les plus empiriques, les condominiums clôturés (traduction en français des condomínios fechados brésiliens ) et les architectures répulsives (telles les piques qui empêchent des gens de s'assoi)r ; et un second mouvement plus « immatériel » et technologiquement plus développé que nous nommerons « l'informatisation du quotidien ». Celui-ci se traduit à l'heure actuelle par une tendance à implanter des caméras de surveillance, ce qui sera notre second objet d'analyse.

            L'objectif central de ce texte est de montrer comment la sécurité, telle qu'elle a été conçue au Brésil est fréquemment inefficace pour la plus grande partie de la population, et surtout qu'elle conduit à la production d'un espace fortement ségrégué, considéré injuste, voire même violent pour certains.

Afin de pouvoir corroborer notre hypothèse, nous consacrerons la première partie de ce texte à une réflexion sur le concept de « sécurisation urbaine », idée importante pour la compréhension de la tendance actuelle à l'implantation d'outils de sécurité et de leurs conséquences.

Dans une deuxième étape, nous présenterons une mise en contexte des transformations sociales qui ont eu lieu au Brésil et plus spécifiquement à Campinas. Ce raisonnement sera utile pour comprendre pourquoi les transformations architecturales, dues au processus de sécurisation, se sont particulièrement multipliées à Campinas, ville brésilienne très prospère, abritant à la fois d'importantes entreprises et des universités, mais aussi des quartiers très pauvres, où les taux de criminalité et de délinquance sont supérieurs à la moyenne nationale.

Fondée sur des exemples tirés d'enquêtes réalisées auprès d'agents locaux et sur des observations effectuées à partir de nos travaux sur des cartes et des photographies prises dans cette ville, la troisième partie montrera comment la quête démesurée de sécurité à travers la création des espaces exclusifs est capable de créer de nouvelles violences qui peuvent être ressenties par certains habitants comme des injustices spatiales.

La dernière partie du texte analysera les nouvelles tendances de sécurisation basée sur le contrôle d'information, plus spécifiquement sur l'utilisation et les conséquences de la vidéosurveillance sur la criminalité et le quotidien urbains. Bien qu'il soit moins visible dans les paysages, ce genre de transformation, qui utilise les nouvelles technologies informationnelles, peut aussi être générateur de violence et d'injustice.

 

 

Le concept de sécurisation urbaine

 

Pour parler du processus d'implantation des formes et des objets urbains, ayant pour but de promouvoir un quelconque type de sécurité, nous suggérons le concept de « sécurisation urbaine » . Ainsi, on pourrait regrouper sous cette seule expression, toutes les architectures de la peur de la violence, car elle se réfère aussi bien à la création d'espaces d'exclusion - tels que les condominiums clôturés, ou les « enclaves fortifiées » comme les proposent Teresa Caldeira (2000) - qu'à l'informatisation du quotidien à des fins de sécurité. On peut ici, néanmoins, émettre une réserve, puisque « sécuriser » ne signifie pas nécessairement transformer tout lieu en un lieu plus sûr. Le terme se réfère à une implantation d'objets motivée par la quête de sécurité, et non pas à la garantie de l'efficacité de ces derniers.

Si l'on fait une distinction entre les notions de risque et celles d'insécurité - la première serait entendue comme une probabilité, une occasion réelle de subir une violence et la seconde comme une sensation d'angoisse, un sentiment de peur de la violence - on peut affirmer que la sécurisation finit par agir davantage sur le sentiment de la sécurité, l'insécurité, que sur la réduction effective des risques. A Campinas, par exemple, il y a différents condominiums clôturés qui, même en ayant installé divers équipements de sécurité, comme des caméras, des grilles et des fils barbelés, ont quand même été attaqués . Les dispositifs de sécurité se sont révélés de très nombreuses fois inefficaces : les cas ne sont pas rares où les assaillants, après avoir neutralisé les portiers ou les habitants, finissent par accéder par la grande porte d'entrée de l'immeuble principal. La sécurisation apparaît donc comme une réponse hâtive au discours de la peur.

Faire la critique du processus actuel de sécurisation urbaine ne signifie pas, toutefois, que toute quête de sécurité doit être condamnable. Si d´une part, son excès est susceptible de renforcer l'autoritarisme et les injustices, d'autre part, la complète absence de sécurité peut, effectivement, engendrer le chaos et la violence .

Le concept de violence a été, ici, entendu sous une forme assez large, non restreinte aux agressions physiques ni aux crimes et délits ; elle prend aussi en considération des manifestations moins explicites. Parmi les différentes définitions de la violence existantes, celle de Galtung est l'une des plus intéressantes (1969, p. 168) : celui-ci la définit en termes de différence entre réalisation et potentialité. « La violence est présente quand les êtres humains s'en trouvent être persuadés d'une telle manière que leurs réalisations somatiques et mentales sont au-dessous de leurs réalisations potentielles ». Morais (1981, p. 24) se réfère à un phénomène similaire quand il soutient que la violence « n'est cependant pas quelque chose qui se définit par le vrai et le faux, mais seulement une chose ou une situation qui nous menace nécessairement dans notre intégrité personnelle, ou qui nous exproprie de nous-mêmes ». Dans cette même ligne, Odália (1983, p. 86) montre que « chaque fois que le sentiment que je ressens est celui de privation, que certaines choses me sont refusées, sans raison solide ni fondée, je peux être sûr de ressentir une violence à mon encontre». C'est cette définition élargie de la violence qui nous a été capitale pour comprendre pourquoi la sécurité peut également, en elle-même, être génératrice de nouvelles violences.

La sécurité est le but ultime de la sécurisation, mais pas le seul. La sécurisation est aussi un moyen de ségrégation sociale grâce à  la création d'espaces homogènes et libérés des personnes considérées indésirables. L'idée de sécurité ne correspond pas ici au risque possible d'encourir une violence, mais bien plutôt à l'assurance de demeurer dans un groupe de personnes provenant de la même couche sociale, comme dans les cas des résidents des condominiums clôturés.

            Le concept de sécurisation urbaine renvoie à une conception complexe et dialectique  de l'espace géographique. Comme l'affirment des auteurs comme Santos (1999) ou Soja (2009), l'espace est plus qu'un simple réceptacle des actions humaines, parce qu'en même temps que la société altère l'espace à la recherche de plus de sécurité, l'espace agit aussi sur elle ; soit en lui apportant plus de tranquillité, soit en y recréant des craintes, des violences et des injustices. Cette conception de l'espace attire notre attention sur les conséquences gérées par l'implantation de nouveaux instruments techniques sur le territoire. Par exemple, l'installation d'une caméra de surveillance ou la fermeture d'une rue modifient le comportement des personnes qui passent par les endroits où ces aménagements ont été mis en place.

 

 

L'émergence de la sécurisation à Campinas

 

            Aujourd'hui, le processus de sécurisation se manifeste comme une tendance mondiale. Les caméras de surveillance, les architectures répulsives et même les condominiums clôturés se multiplient dans de nombreux pays. Bien qu'il y ait un processus qui soit devenu global, la forme sous laquelle il apparaît et cette quête de sécurité en des lieux différents ne sont absolument pas homogènes. Campinas, par exemple, présente une réalité particulière différente du reste du Brésil et du monde. Toutefois, pour mieux comprendre ces particularités propres à Campinas, il nous faut les mettre en contexte avec la formation socio-spatiale brésilienne (Santos, 1999).

Même si elle est un processus d'origine récente, la sécurisation au Brésil résulte d'événements historiques marquants comme le « Colonélisme ». Prenant ses origines à l'époque du Brésil Colonial (1500- 1822), ce mouvement s'est consolidé pendant la Première République (1889-1930). Ce nom vient du grade de colonel promis par la Garde Nationale à tous les grands propriétaires terriens. Le colonel était non seulement le propriétaire des moyens de production, mais il était aussi une figure politique influente, capable de diriger les actions des forces de l'ordre. La sécurité publique brésilienne est, donc, dès son origine marquée par des intérêts exclusifs et particularistes.

L'usage politique des forces de sécurité se raffermit davantage durant la dictature militaire lorsque pendant plus de vingt ans (1964-1985), le pays vécut de nombreuses violences engendrées par une quête excessive d'ordre et de sécurité. Pendant toute cette période, le Brésil fut gouverné par les militaires, sans élections démocratiques. Tout particulièrement entre 1968 et 1978, avec la promulgation de l'Acte Institutionnel Numéro 5, l' « AI 5 », qui donnait des pouvoirs extraordinaires au Président de la république, l'argument sécuritaire entraîna d'extrêmes restrictions aux libertés individuelles.

            En 1985, avec la fin du régime militaire, mais plus encore après la mise en place de la nouvelle Constitution Fédérale, en 1988, le pays met un terme au processus de transition vers un régime plus démocratique. L'ouverture politique coïncide, toutefois, avec une augmentation des inégalités et, par conséquent, également une très nette augmentation de la criminalité violente. Le nombre d'homicides connait une très vive augmentation après les dernières années de la dictature militaire. Le graphique 1 représente la hausse du taux des homicides dans le pays entre 1980 et 2008.

 

 

 

Graphique 1. Brésil. Taux d'homicides pour 100 mille habitants. 1980-2008.

 

Source : DataSUS/MS pour les homicides et IBGE pour la population.

 

            Juste après la transition démocratique, non seulement le nombre de crimes et délits en tous genres a augmenté, mais il y a eu une nette accélération de la du nombre de détenus parmi la population brésilienne. Selon les données du Ministère Brésilien de la Justice, pendant les vingt années de la dictature, le taux de prisonniers avait, si l'on peut dire, simplement doublé, alors que pendant les vingt années démocratiques suivantes, ce nombre a plus que triplé. C'est pendant cette période que nombre de pratiques et de formes spécifiques au monde carcéral commencent à faire partie des paysages urbains. Les murs, les clôtures, la surveillance et la ségrégation socio-spatiale se multiplient tout azimut.

Peu avant l'ouverture, le Brésil commençait déjà à voir la naissance de nombreuses formes de sécurisation urbaine. On peut même dire que c'est à partir du début des années 1970 que le rôle de la peur et de la sécurité est devenu de plus en plus évident dans la structuration du paysage urbain brésilien. Symboliquement, toujours sous la période de la dictature militaire, un événement important eut lieu : la création, en 1973, d'Alphaville, le premier « condominium » brésilien, entièrement clôturé. Situé dans la ville de Barueri, dans la grande banlieue de São Paulo, cet investissement immobilier promettait d'allier la sécurité des grands immeubles aux avantages et à la liberté du pavillon individuel.

            C'est en 1997 qu'a été inaugurée la version campinoise du condominium. Aujourd'hui, les lotissements de la marque Alphaville se sont éparpillés dans plus de 40 villes de 16 états brésiliens. De plus, de nombreuses autres entreprises de construction ont commencé à proposer des produits immobiliers ayant comme référence ce type de modèle de condominium entièrement fermé sur lui-même. L'apparition d'Alphaville a, donc, été le fait marquant d'une nouvelle période dans l'urbanisme brésilien.

Quelques autres événements beaucoup plus récents, tout spécialement ceux orchestrés par une organisation auto-proclamée comme le Premier Commando de la Capitale (PCC), ont aussi aidé à renforcer le processus de sécurisation, en lien avec la crainte collective qu'ils ont produite. Le 18 février 2001, des prisonniers liés au PCC ont organisé une rébellion simultanée dans de nombreuses prisons brésiliennes. Par l'entremise de la télévision, les téléspectateurs de différentes parties du Brésil ont assisté à une impressionnante démonstration de la capacité d'organisation des criminels et de la fragilité des organes de justice et de sécurité brésiliens. En 2006, la même organisation a créé la panique dans de nombreuses villes brésiliennes, surtout à São Paulo, en provoquant des attaques contre des objectifs militaires et civils. Certaines de ces attaques ont été commises aussi à Campinas, une ville qui a une importance stratégique pour les actions du PCC.

            Selon José Enéas Marinello Jr., directeur du Groupe Madri, une des plus grandes entreprises campinoises de sécurité privée, après les attaques du PCC, la recherche en équipements de sécurité, qui avait déjà augmenté au cours des dernières années, a explosé. La peur provoquée par ces attaques, et exponentiellement exagérée par les médias, a servi de stimulant à la sécurisation urbaine.

La croissance du marché de la sécurité électronique, au cours des dix dernières années, démontre combien le processus de sécurisation se trouve en pleine expansion. D'après des données de l'Association Brésilienne des Entreprises des Systèmes Electroniques de Sécurité (ABESE), ce marché florissant a crû en moyenne de 13% par an entre 1999 et 2008.

L'Association Brésilienne de Blindage (ABRABLIN) possède d'autres chiffres prouvant combien quête de sécurité est devenue une nécessité de plus en plus présente dans le pays. D'après l'association, la  quantité de voitures blindées au Brésil a augmenté 18 fois entre 1995 et 2008.

            Le nombre des employés qui travaillent dans la sécurité privée a aussi augmenté de manière très significative. Juste après la fin de la dictature militaire, il y a eu une stagnation du nombre de personnes agissant dans les différentes polices (fédérale, de l'état et municipale) comme dans l'armée ; alors que, le nombre des vigiles privés, quant à lui, augmentait très sensiblement. D'après les chiffres de 2008 de la Coordination de Contrôle de la Sécurité Privée de la Police Fédérale, il y a déjà, au Brésil, 431.600 vigiles, soit un nombre 5% supérieur au total des policiers militaires du pays, qui représentent 411.900 agents de police.

            Il est important de rappeler, ici, que même si la quête de sécurité est bien devenue une réelle préoccupation nationale, elle se présente de manière très différente selon les diverses régions du pays. Le tableau 1 met bien en évidence la plus grande concentration des vigiles dans la région Sud-est du Brésil.

 

 

 

Le fait que Campinas soit située dans la Région Sud-est, la plus active du pays d'un point de vue économique, nous aide à comprendre les spécificités de son processus de sécurisation. Comme tout ce qui se passe dans la formation territoriale brésilienne, mais surtout dans la Région Sud-est, Campinas est, également, marquée par de très profondes inégalités spatiales, ce qui justifie la dissémination des architectures de la peur dans son propre territoire.

Située à 90 km de la ville de São Paulo, le plus grand centre financier du Brésil, Campinas est connue pour son pôle technologique. Elle est considérée par certains comme la « Silicon Valley brésilienne ». En effet, il existe plusieurs universités renommées, de célèbres centres de recherche et de grandes entreprises nationales et multinationales. D'un autre côté, c'est une municipalité marquée par la présence d'occupations informelles et de favelas. Elle connaît aussi un fort trafic de stupéfiants et peut être considérée comme un noyau du réseau du crime organisé national.

Il nous faut tout de même rappeler que jusqu'aux années 70 il n'y avait pratiquement pas de favelas, à Campinas, ni de condominiums clôturés. En 40 ans, la ville a réalisé un saut économique qui a apporté de très profondes transformations à sa structure urbaine et à son paysage, de plus en plus contrastées.

Quelques données socio-économiques révèlent encore davantage les évidentes inégalités de la municipalité. En 2007, son Produit Interne Brut (PIB) a été de 27 millions de réais, ce qui l'a placée à la 10ème position du plus grand PIB du Brésil, supérieur à celui de beaucoup d'autres métropoles brésiliennes. En même temps, Campinas occupe aussi la 10ème position dans le classement des municipalités du plus grand nombre d'habitants sans logis.

Malgré ces particularités, le processus de formation territoriale campinoise est proche de la formation socio-spatiale brésilienne. Si nous analysons, par exemple, l'évolution des homicides dans cette municipalité, nous observons qu'elle suit une logique assez semblable à celle du pays (graphique 2). On peut aussi noter qu'à Campinas il y a eu, également, une assez forte croissance de ce type de criminalité, juste après l'ouverture politique de la fin des années 80, avec une diminution à partir de 2003.

 

 

Graphique 2. Campinas. Taux d'homicides pour 100 mille habitants. 1980-2007.

 

Source : DataSUS/IBGE.

 

En dépit des réductions du nombre des homicides qui a lieu depuis 2003, le discours de la peur et la sécurisation continue toujours d'augmenter à Campinas. Cependant, aussi bien la diminution des assassinats que l'augmentation de tout dispositif de sécurité ne se sont traduits par une augmentation de la justice spatiale. Les principales victimes des homicides sont toujours les pauvres (Melgaço, 2010).

La mise en contexte des particularités du processus de formation campinois et des profondes inégalités spatiales qui existent dans cette municipalité, devient, ici, fondamentale. Sans elle, on ne peut pas comprendre le processus de la quête de sécurité à tout prix qui y est en vigueur. La forme selon laquelle la sécurité publique vient à y être « privatisée », non seulement n'arrive pas à combattre les origines mêmes de la criminalité, mais encore renforce les peurs et les inégalités socio-spatiales qui y existent déjà.

 

 

La sécurisation urbaine comme outil de ségrégation socio-spatiale

 

            La façon selon laquelle la sécurisation a jusqu'ici été assurée dans la majeure partie des grandes villes latino-américaines suit un modèle de militarisation de l'espace urbain. A Campinas, il est possible de trouver, devant certaines demeures, des guérites, ou encore, sur les murs de diverses maisons, des fils de fer barbelés qui rappellent des tranchées de guerre.

En revanche, l'équipement devenu quasiment obligatoire sur les façades des immeubles de la ville et qui est le plus vendu actuellement par les entreprises de sécurité, ce sont les clôtures électriques. Malgré la loi municipale 11.674 (Campinas, 2003) qui affirme que toutes les clôtures électriques doivent être placées à au moins 2,10 mètres du sol et qu'elles doivent être tournées de 30° vers l'intérieur de l'immeuble, la figure 1, ci-dessous, montre comment ces normes d'installation sont ignorées. Un passant moins attentif pourrait facilement toucher ces fils et recevoir un choc électrique. Même très ponctuel, il s'agit d'un bon exemple de la manière dont la sécurisation peut générer des troubles et des nouvelles violences.

 

 

Figure 1. Clôture électrique hors normes dans le quartier Barão Gerlado - Campinas, 2010. Photo de l'auteur.

 

            La violence de la sécurisation, pourtant, devient encore plus évidente lorsque nous analysons les formes urbaines qui paraissent destinées à éloigner les criminels, mais qui, en réalité servent à empêcher la présence de toutes sortes de personnes « indésirables » : mendiants, jeunes, usagers de drogues, prostituées .

            Dans la ville de Campinas, en 2006, un viaduc dans le quartier aisé de la Guanabara a fait l'objet de grands travaux, diverses modifications ayant permis à la mairie d'installer des pierres pointues dans le seul but de repousser les habitants des rues et les mendiants (figure 2). Ce sont des politiques qui combattent le pauvre, en tant qu'un être indésirable dans le paysage, et non pas la pauvreté. Et le plus impressionnant réside dans le fait qu'il s'agit d'un ouvrage public construit par la mairie.

 

 

Figure 2. Architecture anti-indésirables sous le viaduc de Campinas, 2007. Auteur : Tiago Macambira.

 

Même l'Eglise Catholique, institution dont le discours principal est d'aider les plus démunis, met en place des architectures répulsives. La Cathédrale de Campinas a installé des piquets et des pieux sur les escaliers de l'église, n'ayant pour seul objectif que d'empêcher des personnes pauvres et habillées de guenilles de s'y assoir trop longtemps (figure 3).

 

 

 

Figure 3. Piquets et pieux sur les escaliers de la Cathédrale Métropolitaine de Campinas, 2007. Auteur : Tiago Macambira.

 

            Une architecture anti-indésirable peut être considérée, selon la théorie de Milton Santos, comme une « forme-contenu » . La charge symbolique que ces objets portent en eux revêt une grande importance. Quand la mairie en arrive au point de concevoir des architectures contre les pauvres, elle crée une forme dont le contenu va révéler les objectifs réels.

La comparaison entre les deux photos qui suivent, prises à Campinas (figures 4 et 5) est aussi révélatrice. Elles font référence à deux constructions de la ville non dénuées d'une certaine ressemblance.

 

 

 

Figure 4. Façade d'un ensemble résidentiel fermé de Campinas, 2007. Auteur : Tiago Macambira.

 

 

Figure 5. Façade de la prison de Campinas, 2007. Auteur : Tiago Macambira.

 

            Sur la première photo, le mur et la guérite sont ceux d'un condominium clôturé, alors que sur la seconde, ce sont ceux du plus grand complexe pénitencier de la région. Leurs formes sont pratiquement les mêmes et leurs fonctions ont à peine une petite différence de direction : alors que la première vise à y empêcher l'entrée de ceux qui sont à l'extérieur ; la seconde prétend empêcher la sortie de ceux qui sont à l'intérieur. Même si les architectes qui ont conçu les condominiums clôturés ne se sont pas délibérément inspirés de l'architecture carcérale, les ressemblances frappantes de cette forme révèlent un désir d'exclusivité qui peut amener à des excès. 

            Ce désir d'exclusivité se révèle très clairement dans l'enclosure de rues dans des quartiers déjà construits. C'est le cas du quartier Parque Alto Taquaral, à Campinas, où, sans respecter la loi, des résidents se sont réunis et ont décidé de clôturer des voies et de contrôler leurs accès par la construction de guérites et d'obstacles qui bloquaient la circulation des véhicules. Certains habitants du quartier, opposés à la fermeture, se sont résolus à faire appel à la Justice pour garantir l'accès illimité à ces rues. Le Maire, Izalene Tiene, appuyée par un mandat judiciaire, ordonna alors que des fonctionnaires de la Mairie retirent toutes les barrières qui clôturaient ce lotissement. La réaction des habitants favorables à la clôture fut immédiate. Dans un acte de provocation, et ignorant la détermination de la Mairie, ils fermèrent une fois de plus les rues, mais cette fois-ci par l'installation de gros bacs à fleurs (figure 6), et en y plantant des arbustes, de grands palmiers déjà adultes ou, tout simplement en y déversant des déchets non organiques.

Ce mouvement de réouverture et de nouvelle clôture des rues du quartier a été répété de nombreuses fois. Ce qui met en évidence la faiblesse de la Mairie face au pouvoir politique de certains des habitants du quartier. La pression qu'ils ont effectué a permis qu'une bonne partie du lotissement soit toujours maintenu clos. C'est une situation qui perdure encore.

 

 

Figure 6. Bacs bloquant l'accès des véhicules à une rue du quartier Parque do Alto Taquaral, Campinas, 2010. Photo de l'auteur.

A Campinas, on peut compter au moins encore une trentaine de cas où des quartiers ont été clos à l'initiative des résidents eux-mêmes. La carte suivante montre le cas du quartier Cidade Universitária où, après la fermeture des rues marquées par un point rouge, l'accès à l'Université Catholique de Campinas (PUC), située au milieu du quartier, a été profondément perturbé parce qu'un gros flux de véhicules se trouva être concentré dans le carrefour marqué par un carré bleu dans la figure 7.

 

 

Figure 7. Rues clôturées aux alentours de l'Université Catholique de Campinas (PUC), 2010. Source : Google Earth. Elaboration de l'auteur

 

Pour éviter les embouteillages un effectif considérable d'étudiants a commencé à quitter les classes quelques minutes avant la fin des cours, ce qui montre comment l'espace sécurisé pour quelques-uns peut apporter des troubles à beaucoup d'autres résidents de la ville. En plus, en cas d'incendie, par exemple, l'évacuation de la zone et l'accès des pompiers et des ambulances seraient gravement perturbés par ce blocage des rues.

Avec l'excuse de la sécurité on crée même de vraies villes fermées, comme dans le cas du condominium Swiss Park, à Campinas. Il s'agit d'un ensemble de 19 lotissements fermés construits dans un grand complexe urbanistique et qui accueillera, une fois achevé, plus de 35 000 personnes. Placé à côté de quelques favelas et protégé par de hauts murs et des caméras de vidéosurveillance, l'ensemble occupe plus de 6% de la zone urbaine de la ville (figure 8).

 

 

Figure 8. Le condominium Swiss Park dans la ville de Campinas. Source : Google Earth, 2010. Elaboration de l'auteur.

 

            Outre le fait qu'ils n'empêchent pas complètement que la criminalité externe pénètre dans les condominiums clôturés, les murs, les blocages et les caméras n'évitent pas non plus qu'il y ait des criminels parmi les résidents eux-mêmes. Il suffit que l'intéressé soit capable de payer sa maison. De plus, certains crimes et délits font aussi déjà partie du quotidien contrôlé par ces ensembles fermés comme : la conduite dangereuse, la conduite par des mineurs non accompagnés, le trafic de drogues, les agressions domestiques et les cambriolages, dont beaucoup d'entre eux ne sont provoqués que par des habitants eux-mêmes (Capron et al., 2006).

Mais le problème va plus loin. Après leur construction, ces ensembles fermés font partie des habitations de la ville et, malgré l'idée, fausse, d'une soi-disante autosuffisance, les résidents utilise obligatoirement l'infrastructure et les autres services urbains qui restent, malgré tout, ouverts à tous. Il n'y a, en revanche, aucune contrepartie offerte par les habitants de ces ensembles clôturés envers une ville, qui est non seulement la leur mais reste toujours celle des autres. Or, pour tout le reste de la population, l'accès à ces zones clôturées est bien interdit. On peut ainsi parler, ici, d'un cas d'injustice spatiale parce que les riverains peuvent se servir de la ville et en utiliser tout ce dont ils en ont besoin, alors que tous les autres citoyens ne peuvent même plus avoir accès aux endroits « publics » qui sont situés à l'intérieur même de ces quartiers devenus privés parce que privatisés.

 

 

La sécurisation « informationnelle »

 

            Outre le fait que la construction de formes architecturales engendre une ségrégation socio-spatiale et la répulsion des indésirables, la sécurisation est aussi marquée par une informatisation du quotidien, c'est-à-dire, par l'émergence de technologies destinées à la vigilance informationnelle. En même temps que ces technologies peuvent apporter une certaine sécurité, elles peuvent aussi générer de nouvelles paranoïas et des violences nouvelles.

            A Campinas, en réponse au fort taux de criminalité vécu par la ville entre 1999 et 2003, un projet public d'implantation de caméras, élaboré par la Mairie, intitulé Centrale Intégrée de Monitorage de Campinas (CIMCAMP) a été mis en place. Créé mi-2006, il souhaitait promouvoir la surveillance des rues et des carrefours. 121 caméras avaient déjà été installées et 169 autres implantations possibles avaient déjà été repérés et n'attendaient que le déblocage de fonds publics, et surtout privés.

            Toutefois, la plupart des caméras installées à Campinas, ne proviennent pas de la CIMCAMP, mais d'initiatives individuelles des habitants et des commerçants. Elles ont été installées sans aucune réflexion approfondie sur leur probable efficacité et, encore moins, sur leur possible conséquence sur la vie privée. Par ailleurs, il n'y a pratiquement aucune mention dans la législation municipale ni fédérale qui régule l'installation et l'usage de ces caméras de surveillance.

Les caméras ont ainsi commencé à apparaître non seulement sur la voie publique et dans les condominiums clôturés mais aussi dans des endroits plus privés comme les écoles. A Campinas, les caméras qui surveillent ces établissements d'éducation ont été utilisées sans évaluation sur les effets négatifs qu'elles pourraient entraîner sur le développement moral des enfants (Westacott, 2010). Ou alors, si de tels effets ont bien été identifiés, ils ont été considérés comme étant moindres par rapport à ce qu'en gagnerait la sécurité, nécessité devenue de plus en plus urgente.

L'exemple de l'école Anglo, construite à l'intérieur d'un centre commercial de la ville (fait déjà sujet à controverse) est révélateur. L'école y a installé un système intégré de télésurveillance par caméras qui observe jusqu'à l'intérieur des salles de classe. Elles ne servent pas seulement à garantir la sécurité des élèves, mais bien plus à discipliner leurs comportements et celui des enseignants. Un professeur, au cours d'un entretien, nous a confirmé que l'attention de la coordination pédagogique s'était portée sur elle parce qu'elle était restée assise pendant tout un cours.

Ces caméras servent également à maintenir certaines conceptions morales, dans une optique de discipline. Lors d'un entretien, un professeur d'un collège catholique traditionnel de Campinas nous a raconté une polémique suite à des ébats sexuels de deux élèves sous les caméras. A cause de la rumeur, ce fait est parvenu aux oreilles des professeurs, des fonctionnaires, des parents et des élèves. Les technologies de sécurité engendraient ainsi de nouvelles formes de violence, les caméras étant source de honte pour ce jeune couple d'adolescents. Pour leur éviter tout type de harcèlement scolaire et d'humiliations, les parents impliqués ont décidé de les transférer dans une autre école.

Cette surveillance des écoles dans l'éducation des élèves engendre une ambiance panoptique (Foucault, 1975), dans laquelle l'étranger, le différent est toujours vu comme suspect. La surveillance par des caméras n'identifie pas seulement les suspects, mais elle peut aussi les créer. Comme l'expose Bauman (2003, p. 104),  la peur de l'incertitude se matérialise sur la figure de l'étranger. Et il ajoute que : « étant donnée l'intensité de la peur, si les étrangers n'existaient pas, il faudrait les inventer. Et ils sont inventés dans la surveillance du quartier par la télévision en circuit fermé » (ibidem, p. 105).

Ce qui devient assez curieux c'est que, dans la majeure partie des cas des écoles surveillées, ce sont les parents eux-mêmes qui réclament des stratégies de surveillance, en ne s'apercevant pas que ces mêmes traitements sont appliqués aussi bien à leurs enfants qu'aux criminels emprisonnés. De plus, ces enfants reçoivent une éducation déformée quant au concept de règles, car ils apprennent qu'ils doivent les respecter parce qu'ils sont surveillés, et non pas pour l'importance de ces dernières dans la vie en communauté.

            Un projet de loi est déposé à l'heure actuelle devant le Conseil Municipal de Campinas pour obliger l'installation de caméras de vidéo dans les dépendances scolaires publiques et privées utilisées par des enfants de moins de sept ans. Selon le conseiller municipal responsable, « a priori ces images sont conservées à l'école. Et en un second temps, l'idéal c'est qu'elles soient disponibles sur internet pour que toute la société puisse protéger les enfants » (Campinas, 2009). A partir du moment, pourtant, où l'image d'un enfant devient une information numérique, elle est passible d'être volée par des hackers, et, ainsi, elle peut subir des utilisations différentes de celles initialement attendues. Le projet de loi envisage encore que, en cas d'approbation, les écoles et les crèches disposeraient de 90 jours pour se mettre en conformité avec la loi ou recevoir une amende. Les caméras y seraient imposées, les parents et les directeurs n'ayant pas le droit de refuser que les enfants soient ainsi surveillés.

Si on considère l'espace dans sa complexité, on remarque que les objets techniques qui y sont installés pour promouvoir la sécurité peuvent recevoir ou créer des utilisations totalement différentes de celles qui avaient été initialement prévues. Les cas de subversion impliquant la surveillance par des caméras sont assez nombreux. Parmi les plus inhabituels, nous pouvons citer l'exemple des trafiquants de drogue de Rio de Janeiro qui utilisent les caméras de surveillance pour leurs trafics et prévenir l'action de la police dans les favelas (Leitão, 2008). A Campinas, nous avons le cas de l'installation de caméras de surveillance par des camelots , pour lesquels la sécurisation est apparue comme un support technique à une pratique illégale (figure 9).

 

 

Figure 9. Marché libre des camelots (le « camélodrome ») surveillés par des caméras, Campinas, 2010. Photo de l'auteur.

 

L'informatisation du quotidien créée par l'utilisation des technologies de vidéosurveillance n'est donc pas une panacée prête à résoudre tous les problèmes concernant la sécurité urbaine. L'espace transformé en espace de contrôle ne reçoit pas tout simplement les nouvelles actions humaines mais il se transforme aussi, dialectiquement, en un agent inquisiteur, et souvent injuste, dans ce processus de quête de sécurité.

 

 

Conclusion

 

Il est certain que la protection contre les risques et la réduction du sentiment d'insécurité constituent d'importantes conditions pour une vie tranquille et heureuse. On ne doit donc pas refuser le droit fondamental à la sécurité. La question majeure, cependant, concerne la manière dont cette quête de sécurité a été jusqu'à présent réalisée.

En ce sens, le concept de sécurisation urbaine s'est montré important. Il a fait ressortir le processus de militarisation de l'espace public au Brésil. En plus, ce concept a été fondamental pour mettre en évidence le caractère particulariste et ségrégationniste de la privatisation de la sécurité dans la ville de Campinas.

Au lieu de combattre les causes de la violence ou de rechercher des relations de confiance dans son propre quartier, on a préféré déléguer le rôle de la sécurité à quelques entreprises spécialisées et privées. La sécurité a alors été réifiée car plus qu'un état final recherché, elle finit par être vue comme une marchandise qui s'acquiert par le biais du financement de son achat et de sa consommation.

Par l'option prise pour des ensembles immobiliers fermés et la construction d'architectures anti-indésirables, nous avons vu apparaître une nouvelle forme d'urbanisme extrêmement ségrégationniste et même, pour quelques-uns, injuste. La sécurité qui compte, ici, est celle d'un petit groupe privilégié et non pas celle de la sécurité collective. Ces pratiques de sécurité sont donc individualistes puisqu'elles ne visent qu'à résoudre des problèmes ponctuels, même si, par ailleurs, elles peuvent avoir des conséquences négatives pour une autre partie de la population. De plus, l'actuel processus de sécurisation n'utilise, dans de nombreux cas, la violence que comme une excuse apte à justifier la création d'espaces devenus de plus en plus exclusifs.

Cet espace transformé a également une influence sur la société. La clôture de rues est un net exemple d'une pratique sécuritaire qui peut être promotrice d'injustices spatiales : en même temps qu'elle est passible d'apporter plus de sécurité à ceux qui se trouvent à l'intérieur de ces quartiers fermés, elle engendre de nouveaux problèmes pour les voisins et qui finissent par souffrir de l'augmentation du trafic de véhicules dans les rues qui sont encore restées ouvertes.

De cette manière, il est possible d'affirmer que l'espace géographique ne reçoit pas simplement les interventions sécuritaires car lorsqu'il est transformé en un espace sécurisé, il y agit d'une manière dialectique sur la société. Par exemple, les enfants des ensembles fermés et des écoles télésurveillées sont élevés dans un milieu de négation du différent, de « l'autre », et ils auront tendance à reproduire ce modèle de société lors de leur propre vie adulte. La complexité de l'espace nous amène donc à considérer la justice spatiale bien au delà d'une simple « justice spatialisée ». Plus que la distribution de l'accès à la justice, la spatialité fait référence à la manière dont l'espace peut, en lui même, être promoteur soit de justice, soit d'injustices.

            Dans l'exemple du cas des caméras de surveillance, notre intention n'a pas été de les refuser de façon inconditionnelle. Ce qui nous a ici intéressé c'est de savoir si elles sont réellement nécessaires et, surtout, quelles seront les conséquences de leur implantation. Affirmer tout simplement que, suite à l'installation de ces appareils, les indices d'indiscipline dans les écoles ou le taux de vol dans une ville ont effectivement diminué, ne constitue pas un argument suffisant pour justifier ce choix de la surveillance. Il faut inclure dans cette balance toutes les formes silencieuses de violence et les menaces à la liberté que tout ce nouvel appareillage technique de surveillance peut créer.

Les finalités auxquelles se destinent les caméras ne se restreignent pas seulement à des applications en matière de sécurité. Des cas tels que ceux de certaines écoles qui ont installé des caméras dans les salles de cours, mettent en évidence que la télésurveillance est également utilisée pour discipliner des corps et des comportements. Au lieu de lancer des campagnes éducatives et de stimuler la confiance et la responsabilité des élèves, ces écoles ont fait l'option de choisir les technologies de surveillance.

Il est donc nécessaire de revoir le discours sécuritaire et de tenter de penser à une alternative possible à l'actuel processus de sécurisation. C'est le défi lancé de rechercher la sécurité à partir de pratiques qui respectent les libertés individuelles, qui privilégient le collectif et augmentent les solidarités et les accords urbains. Un espace ouvert et généreux sera beaucoup plus efficace et bien moins violent dans la quête de la sécurité.

 

 

Summary:  

Large metropolises, particularly in Latin America, have gone through deep transformations due to fear of violence. New urban forms - such as gated communities, deterrent architecture and security cameras - have answered the increasing demand for security. With no real prior consideration, towns such as Campinas-SP, in Brazil, have opted for a policy of video surveillance and the construction of buildings which incite segregation and stifle individual freedoms. But if this movement has led to increased security for some, it has also encouraged the militarization and privatization of public space, leading to injustices and even further insecurity to others.

 

 

 

Key words: urban securitization, security, gated communities, surveillance, socio-spatial segregation.

 

Introduction

 

            Discussing security has become a common phenomenon in all walks of life. And yet it is not confined to mere discussion. The modern wish for security has also been manifested in ways which alter the urban landscape. In this respect, two principle movements are readily identifiable. One of them being "concrete", or even "material", which we shall call here "the creation of exclusive spaces"; the more practical examples of which are gated communities (the best English translation of the Brazilian condomínios fechados[1]) and deterrent architecture, such as spikes to prevent people from sitting down. A second more "intangible" and technologically developed movement, which we will call the "computerization of daily life", has resulted in a tendency to install appliances such as surveillance cameras, and will form the second part of our analysis.

 

 

            The main objective of this article is to show that the way in which security has been conceived up to now in Brazil - aside from the fact it is largely inefficient for the majority of the population - has led to strongly segregated spaces, considered unjust, and even violent to some.

            In order to corroborate our hypothesis, we will dedicate the first part of this article to the concept of "urban securitization[2]" as it is important to grasp this idea to understand the current trend of installing security tools and its consequences.

 

            The second part will concentrate on putting into context the social transformations that have occurred in Brazil, and more specifically, in Campinas. This examination will help us to understand why the architectural changes - that have come about due to the process of securitization - have been so extensive in Campinas. Located in the state of São Paulo, Campinas is a very prosperous Brazilian city, home to both large companies and universities, but also very poor neighborhoods, where the crime rate and level of antisocial behavior are above the national average. 

            Based on examples from local inquiries and on observations made from our own work on maps and photographs taken in this town, the third part will show how this excessive quest for security through the creation of exclusive spaces can lead to new instances of violence, considered by some residents to be forms of spatial injustice.

 

            The final part of the article will examine the new trends of securitization based on the control of information, and more specifically on the use of video surveillance and its consequences on criminality and every day urban life. Despite being less visible, this type of transformation, which uses new, computerized technology, can also be seen as a generator of violence and injustice.

 

 

 

The concept of urban securitization

 

            To best encapsulate the installation process of urban forms and objects, which aims to promote some kind of urban security, we suggest the concept of "urban securitization". We can therefore regroup within this one expression all forms of architecture based around the fear of violence, as it refers just as much to the creation of exclusion areas - such as gated communities, or the "fortified enclaves" referred to by Teresa Caldeira (2000) - as it does to the computerization of daily life for the purposes of security. We can, nevertheless, express one reservation here, as "securitizing" does not necessarily transform any area into a safer place. The term refers to the installation of objects designed for the sake of security, and does not guarantee the efficiency of these objects.

            If we make the distinction between the notions of risk and actual insecurity - the former would be construed as a likelihood, a real chance of falling prey to violence, and the second would concern a state of anguish, a sense of fear of violence - we can assert that securitization has a greater influence on the feeling of insecurity, than on an effective diminishing of any risk. In Campinas, for example, there are different gated communities which, despite having installed all manner of security equipment, such as cameras, gates and barbed wire, have still come under attack.[3] The security measures have repeatedly shown themselves to be inefficient, with numerous cases where the assailant, having disarmed the doorkeeper or the residents themselves, has managed to access buildings through the main front door. Securitization therefore appears to be a hasty response within a culture of fear.

 

            To criticize the current process of urban securitization is not, however, to condemn every quest for greater security. If, on the one hand, excess securitization can lead to increased authoritarianism and injustice, a total absence of security, on the other, would prompt chaos and violence.[4]

            The concept of violence is seen here as a wide notion, not merely limited to physical aggression, crimes or other offences; it also encompasses the least explicit of displays. Amongst the various existing definitions of violence, we consider that one of the more interesting ones can be attributed to Galtung (1969, p. 168). He defines it in terms of the difference between the potential and the actual: "Violence is present when human beings are being influenced so that their actual somatic and mental realizations are below their potential realization". Morais (1981, p. 24) refers to something similar when he maintains that violence "is not, however, something that can be defined by true or by false, but only a thing or a situation which threatens our personal integrity, or which expropriates us from ourselves". In the same line of thinking, Odália (1983, p. 86) shows that "every time that I sense a feeling of deprivation, that some things are refused me, with no real reason, I can be sure that I feel violence towards me". It is this enlarged definition of violence which was central to our understanding why security can, itself, generate new forms of violence.

 

 

            Security is the ultimate goal of securitization, but not the only one. Securitization is also a means of social segregation, thanks to the creation of homogenous spaces free of people considered undesirable. The idea of security here does not correspond to a potential risk of encountering violence, but more to the assurance of residing in a group of people from the same social background, as is the case in gated communities.

 

            The concept of urban securitization refers to a complex and dialectical[5] conception of geographic space. As authors such as Santos (1999) or Soja (2009) affirm, space is not merely a receptacle of human actions, because as society alters space in search of greater security, simultaneously space acts on society; either in granting it greater tranquility, or in recreating fear, violence and injustice. This conception of space brings our attention to the consequences emerging from the installation of new technical instruments on the land. For example, the setting up of a surveillance camera or the closure of a street changes the behavior of those that come across the area in question

 

 

 

 

The emergence of securitization in Campinas

 

            Today, the process of securitization has become a worldwide trend. Surveillance cameras, deterrent architecture and even gated communities have been on the increase in numerous countries. Even though the process has become global, this quest for security adopts many different forms in different places. Campinas, for example, has its own particularities, different from the rest of Brazil and from the world. However, for us to better understand these traits that are peculiar to Campinas, they must first be put into context within the Brazilian socio-spatial formation (Santos, 1999).

 

            Even if it is a recent process, securitization in Brazil results from significant historical events, such as Coronelismo. From its origins during Brazil's colonial period (1500-1822), Coronelismo established itself during the First Republic (1889-1930) as a common practice in the way politics were conducted across the country. It derives its name from the rank of colonel (coronel in Portuguese) attributed by the National Guard to all the major landowners. The colonel would not only be the owner of local goods and services, but also an important political figure, capable of influencing and even managing the actions of law enforcement officers. As a result, Brazilian public security has, since its inception, been tarnished by individual and selfish interests.

            The use of security forces for political means gained strength during the military dictatorship, as for more than twenty years (1964-1985) the country suffered under a cloud of violence, brought about by an excessive quest for security and order. Throughout this time Brazil was governed by the military, with no democratic elections. During a particularly agitated 10 year period (1968-1978), symbolised by the promulgation of the Institutional Act Number 5, the "Al 5", which gave exceptional powers to the President of the Republic, the culture of security resulted in severe restrictions on individual freedoms.

            Coinciding with the end of the military regime in 1985, and more importantly with the new Federal Constitution signed in 1988, the country's transition period gave way to a more democratic regime. Political opening, however, also led to a dramatic rise in inequality, and, as a result, to a very visible increase in criminal violence. One of the crimes which soared, just after the final years of military dictatorship, was homicide. Graph 1 shows the increased homicide rate in Brazil between 1980 and 2008.

 

 

Graph 1. Brazil. Rate of homicide for 100,000 inhabitants. 1980-2008.

Source: DataSUS/MS for the homicides and the IBGE for the population.

 

            Just after the democratic transition, not only did the number of crimes and other offences rise, but there was also a distinct acceleration in the increasing number of Brazilians being imprisoned. According to the figures from the Brazilian Ministry of Justice, during the twenty years of military dictatorship the prison population doubled, whereas during the twenty democratic years that followed, it tripled. It was during this period that aspects of prison life began to appear in the ordinary urban landscape. Privacy walls, enclosures, video surveillance and socio-spatial segregation became widespread.

 

            Just prior to the political era of openness, various forms of urban securitization were already appearing across Brazil. We can even claim that it was in the early 1970's that fear and security began to play a significant role in the makeup of the Brazilian urban landscape. Symbolically, still under the military dictatorship, an important event occurred, namely the creation of Alphaville in 1973, the first Brazilian "condominium", entirely enclosed. Situated in the town of Barueri, in the outer suburbs of the City of São Paulo, this property investment promised to combine the security of large buildings with the advantages and the freedom of individual homes.

 

            It was in 1997 that Campinas' own version first saw the light of day. Today, Alphaville-branded housing estates are scattered over 40 towns in 16 Brazilian states. Furthermore, numerous other construction companies have begun to design buildings based entirely on the enclosed-condominium model. The emergence of Alphaville was, therefore, a pivotal factor in a new era of Brazilian urbanism.

 

            Several other more recent events have contributed to reinforce this process of securitization through the collective sense of fear they have inspired, with those orchestrated by the self-proclaimed First Commando of the Capital (PCC) at the top of the list. On 18th February 2001, prisoners linked to the PCC organized a simultaneous rebellion in several prisons across the country. On television, viewers from all over Brazil witnessed an impressive demonstration of the criminals' capacity for organization, contrasted with the fragility of the State's justice and security systems. In 2006, the same organization caused panic in multiple Brazilian towns, especially in São Paulo, through targeted attacks against military and civilian targets. Some of these attacks were carried out in Campinas, a town of strategic importance for the PCC.

 

            According to José Enéas Marinello Jr., head of the Madri Group, one of the biggest private security firms in Campinas, the demand for security equipment, already on the rise prior to the attacks, rocketed following the PCC's acts. The fear generated by these attacks, which was subsequently exponentially overplayed by the media, served as a catalyst towards urban securitization.

 

            The growth of the electronic security market in the past ten years proves that the securitization process is expanding. According to figures from the Brazilian Association of Electronic Security Systems Firms (ABESE), this flourishing market sees annual average growth of 13% between 1999 and 2008.

            The Brazilian Armor Plating Association (ABRALIN) provides further data which supports the notion that quest for security has become a more widespread necessity across the country. According to them, the quantity of armor-plated cars in Brazil increased 18 times between 1995 and 2008.

 

            It is not merely the equipment, such as armor-plated cars, which has significantly increased in number; the number of employees working in private security has also risen. Just after the military dictatorship, there was stagnation in the number of people in the police forces (federal, state, and municipal) as well as in the army. By comparison, the number of private security officers increased noticeably. The 2008 figures from the Federal Police's Coordination Unit for Private Security show that there were already 431,600 private security officers in Brazil, 5% more than the total number of public police officers, of which there were 411,900.

 

 

            It is important to remember that, even if the quest for security is a veritable national preoccupation, it varies greatly from one region to another. Table 1 shows the greater number of private security officers in the south-eastern region of Brazil.

 

Table 1. Brazil. Number of private security officers for 100,000 inhabitants. 2004.

 

The fact that Campinas is situated in the South East Region, the most economically active part of the country, helps to explain the specificities of its securitization process. As is widely the case in Brazilian territorial formation, and particularly in the South East, Campinas is full of deep spatial inequalities, which goes some way to justifying the spread of fear-inspired architecture within the town.

 

Situated 90km from the City of São Paulo, Brazil's main financial hub, Campinas is known as a technological center. It is considered by many to be the "Brazilian Silicon Valley". It is home to several well-reputed universities, famous centers of research, and large national and multinational companies. On the flip side of the coin, it is a town awash with squatters and favelas, with a very active drug trade, and can be considered as a core of the national organized crime network.

 

We must not lose sight of the fact that up until the 1970's there were practically no favelas and no gated communities in Campinas. In 40 years, the town has leapt forward economically, leaving in its wake an urban landscape of profound transformations and contrasts.

 

There are yet more socio-economic statistics that shed light on the obvious inequalities within the municipality. In 2007, its Gross Domestic Product (GDP) was 27 million reais, putting it in 10th position in Brazil, higher than many other cities. Equally, though, Campinas is 10th on the list of municipalities with the most homeless residents.

 

 

Despite its particularities, the territorial inclinations in Campinas are heavily influenced by the wider Brazilian socio-spatial formation. If, for example, we analyze the number of homicides over the years within this municipality, we notice that the curve follows the nationwide trend. We note also that there was a significant increase in this crime just after the political opening at the end of the 1980's, with a diminution as of 2003.

 

 

Graph 2. Campinas. Number of homicides for 100 mille habitants. 1980-2007.

Source: DataSUS/IBGE.

 

In spite of the reduction in homicides since 2003, the fear and the securitization in Campinas have continued to increase. And neither a fall in the homicide rate nor an increase in security measures have resulted in a higher sense of spatial justice. The principle victims of homicide remain the poor (Melgaço, 2010).

 

Putting into context the particularities of Campinas' makeup, and the profound spatial inequalities that exist in this municipality, becomes fundamental here. Without this perspective, we cannot attempt to understand the current process of seeking security at all costs. Furthermore, the privatization of public security which emanates from this process not only fails to combat this criminality at its root, but rather encourages growth of existing fear and the socio-spatial inequalities.

 

 

 

Urban securitization as a tool of socio-spatial segregation

 

            The way in which securitization has been implemented up to now in the large majority of Latin American cities follows a model of militarization of the urban space. It is not uncommon, in front of some homes in Campinas, to find a sentry box, or even barbed wire above walls, creating a scene reminiscent of war trenches.

 

            However, the equipment that has almost become obligatory for the façades of buildings, and which is the best-seller for security firms, is the electric fence. Despite the Municipal law 11,674 (Campinas, 2003) which provides that all electric fences must be placed at a height of at least 2.1 meters, at an angle of 30º towards the inside of the building, Figure 1 below shows that these installation rules are normally ignored. A less attentive passer-by could easily touch these wires and receive an electric shock. Even as a very isolated example, it rightly points to a way in which securitization can lead to further unrest and new forms of violence.

 

 

Figure 1. Non-compliant electric fencing in the Barão Gerlado neighborhood of Campinas, 2010. Author's photo.

 


            The violence of securitization, though, becomes even more evident when we analyze the urban mechanisms whose aim is to keep criminals at bay, but which, in reality, dissuade the presence of any "undesirable" people: beggars, young people, drug users, prostitutes.[6]

 

            In Campinas in 2006, a viaduct in the wealthy neighborhood of Guanabara underwent a major facelift, with various modifications allowing the town's authorities to install sharp-edged stones, with the sole aim of repelling street dwellers and beggars (Figure 2). Politicians took on the poor, as undesirable blots on the landscape, rather than tackling poverty itself. And all the more remarkably; this was a public project, built by the town's authorities.

 

Figure 2. Anti-undesirable architecture under the viaduct of Campinas, 2007. Photo: Tiago Macambira.

Even the Catholic Church, an institution whose entire set of beliefs revolves around helping the least advantaged members of society, has put in place deterrent architecture. Campinas Cathedral has installed stakes on the church's steps, with the sole aim of preventing the poor and disheveled from sitting for too long (Figure 3).

 

 

Figure 3. Stakes on the steps of the Metropolitan Cathedral of Campinas, 2007. Photo: Tiago Macambira.

            Anti-undesirable architecture can be considered, according to the theory of Milton Santos, as an example of "form-substance"[7]. The symbolism associated with these objects is of great importance, because once the town's authorities conceive architecture to repel the poor, they have created a form whose substance reveals its true aim.

            A comparison of the following two photographs taken in Campinas is also high in symbolism (Figures 4 and 5). They reveal two constructions within the town whose similarities might lead one to believe they are fit for the same purpose.

 

Figure 4. Façade of a gated residential community in Campinas, 2007. Photo: Tiago Macambira.

 

Figure 5. Façade of Campinas Prison, 2007. Photo: Tiago Macambira.

            In the first photo, the wall and the tower form part of a gated community, whereas in the second they belong to the largest prison in the region. Their forms are practically the same and their functions can be distinguished by a small change in direction: whereas the first aims to prevent the entry of those on the outside, the second intends to prevent the exit of those on the inside. Even if the gated community's architects did not deliberately base their design on the prison architecture, the striking resemblances in these two forms reveals a desire for exclusivity that can lead to excesses.

 

            This desire for exclusivity becomes very apparent through the closure of streets in neighborhoods that are already built. Such is the case in the Parque Alto Taquaral neighborhood of Campinas, where, with no concern for the law, residents have got together and closed off the streets, limiting any access by the construction of a sentry box and obstacles to block traffic. Some of the neighborhood's residents, opposed to the closure, reverted to civil court to obtain unlimited access to these streets. The Mayor, Izalene Tiene, armed with a warrant, ordered public workers from the town authority to remove all barriers which enclosed the estate. The reaction from the residents favorable to the enclosure was immediate. In an act of provocation, and in total disrespect of the Mayor, they once again closed off the streets, this time by installing large flower beds (Figure 6), planting shrubs, large palm trees, or simply by dumping inorganic waste.

 

            This process of reopening and closing of the neighborhood's streets was repeated several times. It served to highlight the Mayor's weakness when confronted with the political power of some of the neighborhood's residents. The pressure they applied has guaranteed that a large part of the estate is still shut off to this day.

 

Figure 6. Flower beds blocking the vehicle access to a street in the Parque Alto Taquaral neighborhood, Campinas, 2010. Author's photo.

            In Campinas at least thirty cases remain of neighborhoods shut off at their own residents' initiative. The map below shows the Cidade Universitária neighborhood, where, following the closure of streets marked with a red dot, access to the Catholic University of Campinas (PUC) - situated in the heart of the local community - was severely disrupted as a large quantity of vehicles were drawn to the crossroads marked with a blue square in Figure 7.

 

Figure 7. Closed streets surrounding the Catholic University of Campinas (PUC), 2010. Source: Google Earth. Author's illustration.

In order to avoid traffic jams, a considerable part of the student body started leaving classes a few minutes before they were supposed to, in a demonstration of how a secure space for some can lead to trouble for many others. Furthermore, in a potential emergency, the evacuation of the area and access for firemen and ambulances would be severely compromised by this shutting off of streets.

 

In the name of security, veritable enclosed towns have been created, as is the case for the Swiss Park complex in Campinas. It consists of 19 closed off estates built in a large urban area and which will house, once complete, 35,000 people. Situated near to several favelas and protected by high walls and video surveillance cameras, the whole project occupies more than 6% of the city's urban area (Figure 8).

 

 

Figure 8. The Swiss Park complex in Campinas. Source: Google Earth, 2010. Author's illustration.

 

            Not only do the walls, blockades and cameras fail to keep out all external criminal activity, they also fail to provide guarantees that there is no such criminality amongst the residents themselves. In order to gain access to this artificial community, one must simply be able to afford the housing. Furthermore, some crimes and offenses already form part of daily life inside the gates of the communities: dangerous driving, unaccompanied driving by minors, drug trafficking, domestic violence and burglary, many of which are perpetrated by the residents themselves (Capron et al., 2006).

 

            Yet the problem runs deeper still, given the consequences brought about by these enclosures. Once built, they form part of the town's housing, and despite a false ideology of supposed self-sufficiency, the residents continue to benefit from the infrastructures and other urban services, which are, after all, open to everyone. There is, however, nothing given to the city in return for this usage by the gated residents. We can evoke here a case of spatial injustice; the gated residents are able to use the city at will for all that they need, whereas its other citizens cannot even gain access to the public spaces situated within these privatized enclosures. 

 

 

 

 

 

"Computerized" securitization

           

            Other than the fact that certain architectural constructions can lead to socio-spatial segregation and the deterrence of undesirable people, securitization is also feeling the effects of the computerization of daily life, the emergence of the digital era bringing with it information technology designed for the purposes of vigilance and surveillance. Even if this technology provides a certain security, it can equally lead to paranoia and new forms of violence.

            In Campinas, in response to the high crime rate between 1999 and 2003, a public project for the installation of cameras was launched under the Mayor's authority, called the Integrated Center for the Monitoring of Campinas (CIMCAMP). Created in mid-2006, it encourages the surveillance of streets and road junctions. 121 cameras had already been installed and 169 potential sites had been identified, awaiting public - and especially private - funds.

 

            However, the majority of the cameras in Campinas do not belong to CIMCAMP, but come from the private initiative of individual residents and shop owners. They were installed without any real prior reflection on their potential efficiency, and even less thought to the impending infringement of privacy. In addition, there is almost no mention - be it in municipal or federal legislation - of regulations that might control the installation or usage of these surveillance cameras.

            Cameras therefore began to spring up not only in public places and in gated communities, but also in more private areas such as schools. In Campinas, the cameras were set up in educational establishments without consideration for the negative effects they might have on the moral development of the children (Westacott, 2010). Or if these potential effects were identified, they were considered of less importance than the increased security, a necessity which was gaining in urgency.

 

            The example of the Anglo school, built within one of the town's shopping centers (in itself a source of controversy), is revealing. The school installed an integrated system of video surveillance, using cameras whose scope extends inside the classrooms. Their aim is not merely to guarantee the pupils' security, but to add discipline to their behavior and that of the teachers. During an interview, one teacher told us how she had been reprimanded by the headmaster for spending a whole lesson sitting down.

 

            These cameras are also used for maintaining a certain moral code, in the name of discipline. During a meeting, a teacher from a traditional Catholic school in Campinas told us that a controversy had erupted after the sexual antics of two pupils had been caught on camera. The rumor spread to the teachers, to the other staff, to the parents and to the pupils. This new technology can therefore lead to new forms of violence, as these cameras were a source of shame for the two young adolescents involved. To free them from any type of harassment or humiliation, their parents decided to transfer them to another school.

 

            This surveillance of schools in the pupils' education generates a panoptic environment (Foucault, 1975), where the stranger, the outsider, is always seen as a suspect. Surveillance by cameras does not only identify suspects, it creates them too. As Bauman established (2003, p. 104), the fear of uncertainty shows itself on the face of the stranger. And he adds: "given the intensity if the fear, if these strangers do not exist, they must be invented. And they are invented through the surveillance of the area by closed-circuit cameras" (ibidem, p.105).

            What is curious is that in the majority of schools under surveillance, it is the parents themselves who petition for this policy of observation, not realizing that the same treatment is given to both their children and to imprisoned criminals. What is more, these children receive a distorted education with regard to rules; respecting them because they are being watched and not because of their importance within a society.

 

 

            A bill is currently before the Municipal Council of Campinas which supports the obligation to install video cameras in private and public school buildings used by children under the age of seven. According to the councillor in charge, "on the face of it, these pictures will be kept within the school. Eventually, they would ideally be available online so that the whole of society can protect the children" (Campinas, 2009). Once the image of a child becomes digital data, however, it is open to hacking, and to all sorts of uses different from those originally intended. If the bill is passed as law, schools and daycares would have 90 days to comply, or face a fine. The cameras would therefore be imposed, and parents and head teachers would not have the right to refuse that their children be monitored. 

 

 

            If we consider these spaces in their complexity, we notice that the technical equipment put in place to promote security can be used - or create usages - for purposes entirely different from those initially conceived. The cases of subversion involving video surveillance are numerous. Amongst the rarer examples, we can cite the drug traffickers of Rio de Janeiro who use the cameras to anticipate any police activity in the favelas (Leitão, 2008). In Campinas, we have the case of the installation of cameras by street peddlers[8], for whom securitization has become a source of technical support for an illegal activity (Figure 9).

 

 

 

Figure 9. Street Peddlers market  (the « camelódromo ») guarded by cameras, Campinas, 2010. Author's photograph.

            The computerization of daily life created through video surveillance technology is not, therefore, the panacea ready to solve all the problems of urban security. The urban space, transformed into a controlled area, not only receives new securitizing actions, but in turn transforms itself, dialectically, into an inquisitive and often unjust eye in this quest for security.

 

 

Conclusion

            There is no doubt that a level of protection from risk and a reduced feeling of threat are essential elements of a happy and peaceful life. We must not therefore refuse this fundamental right to security. The crux of the argument, however, lies in the way in which this quest for security has, to date, been undertaken.

            With this in mind, the concept of urban securitization has shown itself to be important. It has brought about the process of militarization of public spaces in Brazil. Moreover, this concept has been fundamental in highlighting the individualistic and segregationist nature of the privatization of security in the city of Campinas.

            Rather than combating the causes of violence or seeking relationships built on trust within a neighborhood, the role of creating a more secure community has been delegated to specialized private companies. The notion of security has therefore been objectified, seen not as a final state for which to aim, but rather as a commodity which can be financed, acquired and consumed.

            Through the choice made for gated property complexes and the emergence of architecture designed to deter undesirable people, we have seen a new and extremely segregated form of urbanism appear, which, for some, is unjust. The security which counts in this context is that of a small elitist group and not any kind of collective security. These security practices are therefore individualistic, as they only seek to resolve isolated problems, even if, in addition, they can generate negative consequences for an entirely different portion of the population. What is more, in many cases, the current securitization process only uses violence as an excuse to justify the creation of areas which are becoming more and more exclusive.

 

            This transformed space transforms society too. The closure of streets is a prime example of a security practice which can be a promoter of spatial injustices: while it is liable to bring greater security to those inside the closed compounds, it generates other problems for the neighbors, who end up suffering from an increase in traffic in those streets that remain open.

 

            As a result, we can claim that the geographic space doesn't simply benefit from security interventions, because when it is transformed into a secure space, it acts in a dialectic way on society as a whole. For example, children from gated communities and schools with video surveillance grow up in denial of that which is different, of "the other", and they will attempt to reproduce this model of society in their own adult lives. The complexity of space leads us, therefore, to consider spatial justice well beyond a simple "spatialized justice". More than the distributive access to justice, the spatiality refers to the way in which a space can, itself, be a promoter either of justice or injustice.

 

            Given the example of the video cameras, it was not our intention to reject them out of hand. We were eager to know if they were really necessary, and, above all, what would be the consequences of their emergence. To claim simply that, following their installation, the signs of indiscipline in schools or the rates of theft in a town were diminished is not a sufficient argument to justify the choice of surveillance. Included in the equation must be all the silent forms of violence and the threats to freedoms which this new technical equipment can create.

 

 

            The ultimate goal of the cameras is not merely security based. In such cases as those schools with cameras installed inside the classroom, it becomes clear that video surveillance is also used to discipline and condition behavior. Instead of launching educational projects, instilling trust and a sense of responsibility in these children, the schools chose the surveillance technology.

            It is necessary, therefore, to review the question of security and to try to establish a potential alternative to the current process of securitization. The challenge is laid down, to seek security through practices which respect individual freedoms, which prioritize collective behavior and which increase urban solidarity and partnership. A large and open space would be much more efficient and far less violent in the quest for security


[1] In Brazil, the term condomínio fechado can refer to very different urban forms. It is possible to identify at least four principle types of residential condominiums (Melgaço, 2010): vertical ones, comprised of towers and communal leisure areas; the small horizontal ones, with twin detached buildings, usually with few communal leisure areas and which occupy a space barely larger than an urban plot; the closure of public streets at the residents' initiative, such as those in the Parque Alto Taquaral neighborhood, and the large urban complexes such as the Swiss Park, both of which we will address hereafter. As regards the disputes over the illegality of the condomínios fechados in Brazil, see Sarmento Filho (2009).

 

[2] The word securitization is most used in the world of  investment banking.  According to Oxford Dictionary securitize means "convert (an asset, especially a loan) into marketable securities, typically for the purpose of raising cash by selling them to other investors". This new application of the word, a neologism for securitization, does not reference finance but rather security studies.

[3] According to the State Ministry of São Paulo for Public Security, there were 32 cases of burglary of closed residential structures in this area in 2009.

 

[4] There is an incompatibility between security and freedom which must be noted. To make the most of our freedom, it is fundamental that we enjoy a certain level of security, but in order to gain this security, we must abandon part of our freedom. Extreme freedom can lead to a complete anomy, to a lawless land, where there would be no guarantee of a right to life. Excessive security creates an unbearable society, where almost every act is supervised and controlled. As Zygmunt Bauman shows (2003, p. 24), "freedom and security, which are both crucial and indispensable, are hard to reconcile without conflict". Or, as Jean Delumeau warns us (2002, p. 80), "great pressure for security can open the door to the acceptance of dictatorship".

[5] In this study, the dialectal method is understood to be the conjunction of four essential elements: the perpetual movement of the transformation of things, totality in the course of totalization, coherent contradiction, and complexity. The first element grabs our attention through the submission of the social happenings to a time variable. Everything is defined historically, including the notions and the concepts. The second element reminds us that we should never lose sight of the principle of totality (Kosik, 1976). Totality not being understood here as totality of reality, which is not in itself tangible. It concerns the perception of the social reality as a whole structure, where it is impossible to reach an individual element without upsetting the balance of the entirety. The third element pertains to the notion of contradiction, which is present in the concept of dialectic. We are not going by Hegel's idealistic proposition here, but rather using Marx's rereading as a basis, in which contradictions are seen as symbols of class. Finally, for a method to truly be considered as dialectic, it must, on principle, confront the notion of complexity (Morin, 2005). We turn to the dialectic when we find ourselves incapable of understanding and interpreting the world through ordinary and Cartesian methods.

[6] Better known in Brazil under the title of anti-beggar architecture (arquiteturas anti-mendigos, in Portuguese), these objects are in fact designed to repel all undesirables. If they are principally used to dissuade tramps from settling, they are also designed to scare away other badly regarded social groups.

[7] "With every event, the form recreates itself. Therefore, the form-substance cannot be considered as simply as a form, nor merely as substance. It entails that for the event to occur, it must do so in the most convenient available form in order to achieve its particular function. What is more, once the event has occurred, the form takes on another dimension as a result of this occurrence. In terms of significance and reality, one can neither exist nor be understood without the other. It is impossible to envisage them separately. The form-substance idea unites process and result, function and form, past and future, subject and object, natural and social. It supposes an analysis of space as an inseparable entirety of systems of objects and systems of actions." (Santos, 1997, p.71).

[8] Street peddlers in Brazil (« camelôs » in Portuguese) are sellers of diverse goods and hardware, not always but very often illegal. Many of them are mobile sellers, running off at the first sign of any authority, but there are also those who work in small shops or in shopping centers, known as "camelódromo" in Portuguese. 

 


Bibliographie | References

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(http://www.philosophynow.org/issue79/79westacott.htm). 

 



Pour citer cet article | To quote this document

Lucas Melgaço, Universités de São Paulo et de Paris 1 Panthéon-Sorbonne
«Les injustices de la sécurisation urbaine dans la ville brésilienne de Campinas», [«The injustices of urban securitization in the Brazilian city of Campinas», traduction : George Mc Gairl]
justice spatiale | spatial justice | n° 04 décembre | décember 2011 | http://www.jssj.org

 

 

Pratiques de sécurité et inégalités à Caracas |
Security practices and inequalities in Caracas

Julien Rebotier, CNRS – Laboratoire SET, UMR 5603 (Université de Pau et des Pays de l’Adour)

traduction | translation :Sharon Winkler Moren, C. Tran. (ATIO)

Résumé

Caracas compte aujourd'hui parmi les villes les plus dangereuses d'Amérique latine. Les pratiques de sécurité largement répandues y marquent le paysage, les pratiques territoriales, et les rapports sociaux. Plus que par la distribution de ces pratiques (de surveillance, de limitation de fréquentation de certains lieux, de collectifs de défense), c'est à travers le sens qui leur est donné et les représentations de l'insécurité des différents acteurs que des inégalités, non pas tant de distribution mais de reconnaissance, semblent jouer à plein. On note que l'insécurité, incontournable à Caracas et présente à l'esprit de chacun, n'est pas également prioritaire pour tous. Un panorama de pratiques de sécurité parmi différents groupes d'acteurs permet de les confronter et, au-delà de formes parfois similaires, de les distinguer. Ainsi, stigmatisation et discours dominants fondés sur des rapports sociaux et culturels inégaux, propres au contexte caraqueño, constituent à la fois un moteur de, et se trouvent renforcés par des pratiques de sécurité différemment signifiées. On trouve là une dimension politique nécessaire à la compréhension des pratiques de sécurité dans un contexte urbain pétri d'inégalités.

Mots-clés : Insécurité urbaine ; Représentations ; Discours ; Territoire ; Ordre

 

 

Introduction

 

Si l'on suit le regard synthétique de Diane Davis (2006), l'Amérique latine est devenue à la fois un théâtre et un laboratoire privilégiés pour étudier une insécurité urbaine omniprésente et invasive depuis la « décennie perdue » et les crises des années 1980 (Carrión, 2005; Briceño León, 2007 ; Kessler, 2009). L'insécurité constitue un grand récit structurant de la vie urbaine, en lieu et place du progrès, du développement ou de la modernité, ainsi qu'une catégorie cardinale de l'urbanité entendue comme condition historique de relations socio-spatiales (Boudreau, 2011). L'insécurité et la peur qu'elle inspire ont des conséquences bien connues, au-delà de la seule Amérique latine, au Nord comme au Sud: enfermement, fractures, séparations, recul de l'espace public (Tuan, 1979 ; Davis, 1998 ; Low, 2005 ; Capron, 2006 ; Pain et Smith, 2008).

 

Caracas caracole irrégulièrement en tête des classements des villes les plus dangereuses depuis l'explosion sociale durement réprimée en février 1989, connue comme le Caracazo, et au rythme de l'agitation politique et des soubresauts économiques (étroitement liés au marché du pétrole) qui ont secoué le pays depuis trente ans. La polarisation politique récente de la société vénézuélienne ajoute une dimension conjoncturelle à une insécurité urbaine qui s'envole à nouveau au début des années 2000 (Ellner et Hellinger, 2003 ; Briceño León et al. 2009). C'est dans ce cadre que l'on se penche sur les pratiques de sécurité en ville et sur leurs liens avec différents types d'inégalités à Caracas.

 

Les pratiques renvoient à des acteurs, à leur intentionnalité, et à une certaine matérialité. Pour autant, on sait le poids que les représentations de l'insécurité ou les discours qui s'y rapportent peuvent recouvrir en Amérique latine (Caldeira, 2000 ; Kessler, 2009) comme en Europe (Smith, 1986 ; Beaud et Pialoux, 2003). On considèrera alors les pratiques de sécurité à Caracas dans les contextes sociaux, politiques et culturels qui les encadrent. Enfin, c'est à travers le prisme de la justice que le numéro thématique de Justice Spatiale - Spatial Justice nous invite à penser les pratiques de sécurité en ville. En suivant Young (1990) et Fraser (1995), on conçoit la justice sur les bases pratiques de la redistribution ainsi que sur celles, plus symboliques, d'une reconnaissance sociale et culturelle. Ainsi, en plus de la distribution des pratiques de sécurité à Caracas, on considèrera le sens qu'elles recouvrent et leurs implications en soulignant des mécanismes sous-jacents liés aux inégalités de redistribution aussi bien que de reconnaissance.

 

Sur le terrain, on relève que les pratiques de sécurité largement diffusées répondent à une insécurité urbaine différemment distribuée dans l'espace. Or, le rapprochement entre les pratiques et l'insécurité observées ne présente pas de correspondance évidente. Deux questions émergent de ce constat : Que dire de l'homogénéité apparente des pratiques de sécurité répandues à travers la ville au-delà du grand récit indifférencié de l'insécurité urbaine à Caracas ? Comment en interpréter les disparités ? En analysant les pratiques de sécurité dans leur contexte et au prisme des notions de redistribution et de reconnaissance, on formule l'hypothèse selon laquelle les pratiques de sécurité participent à une reproduction d'inégalités fortes dans l'espace urbain. De là, on affirme que la dimension culturelle et les représentations qui sous-tendent les pratiques et le sens qui leur est conféré constituent des ressorts fondamentaux d'inégalités, et au-delà, d'un processus de territorialisation qui donne forme et sens à l'espace social.

 

Afin de tester ces hypothèses (de renseigner les liens entre pratiques de sécurité et inégalités, et de situer le poids de ces pratiques dans la production de l'espace urbain), on propose une réflexion en trois étapes. Dans une première partie, on dresse un diagnostic de la ségrégation socio spatiale à Caracas ainsi que de l'inégale distribution des faits d'insécurité urbaine. Dans une deuxième partie, l'accent est mis sur les pratiques de sécurité, leur diversité et leurs similitudes. Enfin, après avoir rapproché les données contextuelles et relatives aux pratiques de sécurité, on tâchera d'en expliquer les disparités par les discours et les représentations qui conditionnent ces pratiques et qui leur donnent du sens.

 

Ségrégation sociale et inégale distribution de l'insécurité à Caracas

 

L'étude porte sur l'agglomération de Caracas qui rassemble plus de 3 millions de personnes dans la vallée de San Francisco, à l'intérieur des limites de 5 municipalités formant le District Métropolitain (DMC).

 

Une configuration socio spatiale méridienne à l'échelle de la vallée

 

A l'échelle du DMC, on distingue une démarcation méridienne (Carte 1). Dans la partie occidentale, on trouve une surreprésentation des populations démunies[1] aux densités relativement importantes. Dans  la partie orientale, les densités sont en revanche plus faibles et les populations pauvres sont moindres,  même si le grand secteur populaire de Petare se distingue nettement à l'Est (densité et pauvreté importantes). Cette démarcation tranche avec un axe Est-Ouest structurant les fonctions urbaines, matérialisé par une ligne de métro (en violet) et un axe autoroutier (pointillé épais). Par ailleurs, on trouve une plus grande hétérogénéité socio-économique des populations au centre-Ouest, secteurs des premières extensions urbaines du début du 20ème siècle, espaces plurifonctionnels (résidentiel, infrastructure, transports, anciennement industriel), le long d'un autre axe de moindre importance qui rejoint Los altos mirandinos, souligné par une ligne de métro et par le début d'une voie autoroutière. Dans la partie orientale à l'inverse (hormis Petare), l'homogénéité socio-économique des populations apparaît plus grande et bien moins corrélée aux axes secondaires de communication vers Baruta, au Sud, et El Hatillo, au Sud-Est (pointillé léger).

 

[Carte 1 : Distribution socio-spatiale et densité de population dans le DMC]

 

La distinction socio-économique est soulignée par des pratiques territoriales différenciées. Malgré l'axe fonctionnel Est - Ouest du « Centro » (centre historique) à « Petare » (Carte 2), il apparaît que la fréquentation de l'Est ou de l'Ouest de cet axe est fonction du lieu de résidence des habitants qui le pratiquent. Selon que l'on vienne de l'Est ou de l'Ouest de la ville, on fréquentera respectivement la partie orientale ou occidentale de l'axe pourtant continu et transversal aux différents secteurs. Ainsi, les déplacements effectués dans le DMC et qui ont pour destination le centre historique (aux contours surlignés sur la Carte 2) ont majoritairement pour origine des secteurs situés dans l'Ouest de l'agglomération de Caracas.

 

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[Carte 2 : La ségrégation urbaine à travers les pratiques territoriales]

Pour autant, la démarcation Est-Ouest et l'homogénéité relative de la partie orientale du DMC doivent être nuancées à grande échelle. La ségrégation méridienne de l'agglomération tranche avec la marqueterie du paysage urbain dans une intrication socio-spatiale fine aux contrastes forts (García Sanchez et González Tellez, 2008).

 

A grande échelle, la mosaïque du paysage urbain

 

La géographie sociale de l'agglomération doit être déclinée sur le terrain. Les quebradas, ravines creusées par des torrents, lacèrent la ville d'incises aux flancs souvent abrupts et occupés par des barrios de ranchos (littéralement « quartiers de bicoques »), habitat populaire pour l'essentiel d'invasion, auto-construit et consolidé au fil du temps. L'invasion des quebradas peut aller jusqu'au cœur des quartiers les plus cossus traversés par les torrents, comme le barrio Chapellín au sein du Country Club, ou le barrio Santa Rosa, proche de Plaza Venezuela (Photo 1, droite). En plus d'une proximité spatiale évidente, des liens existent entre ces secteurs urbains hétérogènes, qu'il s'agisse d'une fréquentation à but commercial, liée à l'emploi (dans les bureaux, personnel de maison, services ponctuels), ou encore à l'approvisionnement en produits illicites (Baby-Collin, 2000). Pour autant, cette circulation ne peut dissimuler la distance sociale, symbolique et les contrastes évidents qui distinguent parfois un côté et l'autre d'une rue. De fait, jusqu'à la fin des années 1990, les barrios n'apparaissaient guère dans nombre de documents officiels de gestion urbaine alors même qu'ils abritaient près de la moitié de la population de l'agglomération (Baby-Collin et Zapata, 2006). En outre, selon qu'elles sont occupées par des barrios ou par un habitat résidentiel plus formel, les collines de la ville prennent le nom de cerro ou de colina.

 

[Photos 1 : Vue du ciel, vue du sol, les forts contrastes du paysage urbain de Caracas

Image des barrios Las Minas, Santa Cruz del Este, et du secteur Terrazas del Club Hípico ; photo de droite : vue de la Plaza Venezuela et des Colinas de Bello Monte (arrière-plan) depuis le barrio Santa Rosa]

 

En termes de statuts, la place de chacun de ces différents secteurs est aussi contrastée. Lorsqu'ils ne sont pas ignorés des plans d'urbanisme, les barrios ne sont pas fréquentés, sont craints par les classes plus favorisées, et même ouvertement stigmatisés à la suite des troubles sociopolitiques des années 1980 qui culminent avec le Caracazo (Lopez Maya, 2003). A la suite de cet épisode, le plus sanglant de l'ère démocratique vénézuélienne, c'est une atmosphère de suspicion manifeste qui s'installe durablement à Caracas entre les classes moyennes et « ceux qui sont descendus des collines [cerros] » couvertes de ranchos (Rotker, 2005). Jusqu'à aujourd'hui, le processus de ségrégation urbaine est nourri par ce schéma d'opposition morphologique et symbolique.

C'est dans un espace urbain aux lignes de ségrégation renforcées, d'inégalités et de conflictualité rendues manifestes depuis 1989, que l'on se penche sur la distribution des crimes et délits comme un des marqueurs de l'insécurité urbaine.

 

Distribution de l'insécurité urbaine : déterminants fonctionnels et sociaux

 

D'aucuns reconnaîtront que les chiffres de l'insécurité constituent des données sensibles à collecter, à utiliser et à interpréter, susceptibles d'instrumentalisation et de partialité. Il n'existe pas au Venezuela de grands chantiers de collecte d'information ni d'enquête systématique de victimisation, comme il peut en exister en Argentine, pour donner une image cohérente de la situation à Caracas. Les réformes de l'automne 2009 impulsées par la commission nationale de réforme de la police (CONAREPOL), dont les travaux ont fait l'unanimité parmi les acteurs politiques et sociaux du pays, visent à corriger l'éclatement et les lacunes de l'information liée à la sécurité. Pour autant, nombre d'ONG, d'associations civiles et d'universitaires, souvent engagés dans le militantisme civique[2] produisent des données sur le sujet. Ce sont du reste les chiffres du volet « sécurité » du « rapport [annuel] sur la situation des droits de l'homme au Venezuela » de l'ONG PROVEA[3] que l'on trouve souvent cités dans la presse ou repris par différents acteurs.

 

Les paragraphes suivants ne cherchent pas de responsabilités, ni à juger de l'évolution des faits d'insécurité. Ils visent à donner une image contemporaine de la distribution des crimes et délits dans le périmètre du DMC. Pour ce faire, on a eu recours aux bases de données partielles du secrétariat du DMC à la sécurité qui collecte les crimes et délits déclarés sur le territoire du District. L'information disponible concerne 7 semaines discontinues entre le 14 août 2006 et le 28 janvier 2007. Il est fait état de la répartition et de la quantité d'homicides, de vols, d'agressions et de blessures déclarés sur cette période (Carte 3). Les chiffres publics, s'ils sont limités et partiels, ont le mérite de localiser les lieux d'occurrence des faits.

 

La distribution observée fait ressortir l'axe fonctionnel principal et fréquenté, Est - Ouest, pour les vols et agressions, et dans une moindre mesure pour les blessures et homicides. En outre, on distingue un axe secondaire, partant du centre historique vers le Sud-Ouest, qui correspond également à un axe commercial et fréquenté, marqué par de grandes voies de communication, mais occupé par des populations aux profils socio-économiques plus hétérogènes, parfois populaires. Enfin, à ces deux lignes fortes s'ajoutent deux points où homicides, vols, agressions et blessures ressortent. Il s'agit des secteurs populaires de Sucre et de Petare. En outre, la logique sociale de distribution des faits d'insécurité (les secteurs les plus pauvres sont les plus exposés) doit être plus marquée puisque par peur des représailles ou par défiance des services de police, les délits seraient moins déclarés dans les secteurs populaires que dans les secteurs plus favorisés (Briceño León et al., 1999). Cette tendance à la surexposition des secteurs populaires est plus évidente encore en ce qui concerne la distribution des homicides. De fait, de manière générale, les premières victimes d'homicide à Caracas sont des hommes, jeunes, non blancs, pauvres et vivant dans les barrios (Briceño León et al., 2002). A l'inverse, les secteurs plus cossus du Sud-Est, loin des axes fonctionnels intensément fréquentés, présentent relativement moins de faits déclarés.

 

[Carte 3 : Distribution des crimes et délits déclarés dans le DMC durant 7 semaines discontinues entre le 14 août 2006 et le 28 janvier 2007]

Malgré la partialité et les limites des données disponibles, les informations concordent quant aux logiques sociales et fonctionnelles de localisation des faits d'insécurité à Caracas. C'est dans ce cadre d'une ville ségréguée et de la distribution différenciée de l'insécurité urbaine que l'on se penche sur les pratiques de sécurité que développent différents acteurs.

 

Des pratiques de sécurité largement répandues... et plurielles ?

 

Des pratiques de sécurité adoptées par différents types d'acteurs sont mises en regard entre un secteur cossu du Sud-Est du DMC, des secteurs populaires de barrios de l'Ouest, de tours dégradées d'habitat collectif, et des services de police locales dans l'Est de la ville (municipalités Chacao et Baruta - Carte 1).

 

Les initiatives du secteur cossu de Santa Clara

 

Santa Clara est une urbanización de villas dans le secteur El Cafetal à Baruta et compte environ 200 familles. La forme de l'urbanización correspond à des unités de voisinage caractéristiques de l'urbanisation de Caracas à partir des années 1930 quand les terrains des haciendas de café de la vallée étaient progressivement lotis par ensembles résidentiels plus ou moins exclusifs (Baby-Collin et Zapata, 2006). En termes de pratiques de sécurité, Santa Clara appartient à ces secteurs favorisés de la ville où le contrôle de l'accès intervient dès le début des années 1990 sous la forme de douanes urbaines (García Sanchez, 2004). D'après la responsable du Conseil Communal[4] (CC) de l'urbanización, « des grilles sont posées pour barrer la rue en 1992. [...] En 2004, on a installé des guérites pour les gardiens. On en compte trois pour huit rues »[5]. Les CC sont constitués de commissions dont une concerne la sécurité et « poursuit le travail entamé par l'association des voisins de Santa Clara au milieu des années 1990 ». Par ces mesures de contrôle d'accès et de surveillance, l'objectif était « de diminuer les vols dans cette zone rouge, passage stratégique entre Baruta et Petare. On a diminué les vols de 90% entre 2000 et 2008 ».

 

En plus des grilles systématiques aux fenêtres, des portails, et très souvent des installations électriques sur les clôtures des propriétés, le dispositif de protection de l'urbanización compte des rues barrées, des guérites, des gardiens ainsi que des caméras dont les images sont mises à la disposition de la police locale. Santa Clara compte en permanence cinq gardiens choisis par les voisins. Mais « le problème de gérer l'insécurité sans le gouvernement, c'est que c'est cher ! ». Ne pas passer par une entreprise de sécurité permet de diminuer les coûts mensuels du tiers pour un service de jour, et du quart environ avec un service de nuit. Par ailleurs, la possibilité qu'ont les gardiens de dormir sur place (et « d'économiser le transport »), l'uniforme et le café fournis, ainsi que la nourriture (mais seulement pour le superviseur de l'équipe) sont autant « de prestations sociales accordées par les voisins de Santa Clara ».

 

Sur les 200 familles, 110 collaborent et cotisent (inégalement) pour assurer les coûts du service. Un groupe de « séparatistes » gère une impasse de l'urbanización de façon autonome, avec leur propre grille. La sélection des gardiens reste un processus délicat qui implique « de ne pas sélectionner les meilleurs, car très vite, ils s'en vont ». La responsable du CC précise les stratégies de recrutement :

 

« On a choisi des gens intermédiaires, des limités, qui parviennent à réaliser des tâches simples, manuelles, mais si on les leur répète souvent. On a pris des border-line, des 'à moitié bêtes'. Ceux-là se présentent toujours. En revanche, on a choisi un technicien informatique colombien comme chef d'équipe. Sa maman est nourrice chez un des voisins. Il est noir, grand, massif, merveilleux... tout le monde l'adore. Lui n'a pas de papiers. C'est un peu un moyen de le retenir. Il y a deux autres Colombiens de plus sans papiers. Ils sont en train de faire les démarches, mais ça prend parfois 4 ans ».

 

Dans les secteurs populaires : la sécurité parmi d'autres difficultés

 

Deux types de secteurs populaires ont été observés. Avant de présenter le cas de barrios, on rend compte du secteur Horno de Cal, municipalité Libertador, près de Parque Central.

 

Les informations concernent la tour A d'un ensemble résidentiel largement paupérisé. La présidente de la Banque Communale (BC)[6] confie que dans le CC « Travail et Terre » de la tour A, c'est la commission logement et habitat qui est la plus active. « 1600 personnes vivent dans 242 appartements [en copropriété, peu sont loués]. Les enfants restent chez les parents, faute de solution de logement »[7]. Un des principaux enjeux consiste par exemple à réparer des ascenseurs « tous en panne depuis 4 mois » pour ce bâtiment de plus de 20 étages. 

 

Si le bâtiment présente une double grille dans le hall, séparant la rue des parties communes du rez-de-chaussée, les pratiques de sécurité sont moins matérialisées qu'à Santa Clara, et marquent plutôt les rapports sociaux :

 

« Le CC ne dispose pas de commission de sécurité. Sur le bout d'autoroute tout proche [Horno de Cal se situe entre l'autoroute de l'Ouest et les collines des barrios de San Agustín], ça vole beaucoup. Ils descendent du cerro [de San Agustín] et volent, mais pas sur les trottoirs [aux abords des tours]. Pas à l'intérieur, non. Il y a de la confiance. Mais malgré ça, personne ne se risque à la commission de sécurité ».

 

La responsable de la BC dit avoir vécu un temps dans le barrio Marín, secteur San Agustín, et ne nourrit pas de crainte particulière envers les gens du barrio où l'on trouve « des avocats, des professeurs, des économistes ». En revanche, elle relève une méfiance à l'endroit des policiers « souvent des balances qui n'appliquent aucun code ni règlement ». Personne n'ose dénoncer personne, « sinon le policier rapporte : 'celui là t'a dénoncé !' ». En outre, le paysage d'insécurité du barrio n'est pas baigné d'angélisme :

 

« Dans le cerro, ils se tirent dessus à tout bout de champ. Il y a plus d'armes que de policiers, et ce sont les paramilitaires qui ont les armes. Mais on sait qui est qui. On fait attention à la façon dont les paramilitaires peuvent pénétrer le CC ».

 

Dans des secteurs également défavorisés, mais au sein des barrios, la question de l'insécurité est également présente, parmi nombre d'autres préoccupations. Elle implique des pratiques très concrètes (comme la profusion incontournable des grilles aux maisons et des portes cadenassées à l'entrée de certaines venelles) mais façonne aussi beaucoup les rapports sociaux.

 

Les barrios Briceño Irragory, La Cruz, Niño Jesús, La Trilla et Santa Rosa ont été parcourus. Ils sont situés respectivement dans les secteurs Propatria, San Martin, El Junquito, Altagracia et El Recreo (Carte 2). Les informations exploitées sont tirées des résultats de 118 questionnaires individuels destinés à connaître les conditions objectives de risques environnementaux et les risques identifiés par les personnes interrogées au lieu de leur résidence, les modalités de gestion envisagées, les savoir-faire développés en termes de gestion de crise ou de prévention, et les représentations plus générales autour des acteurs publics et privés impliqués dans les risques et leur gestion (Rebotier, 2008). On en extrait ici les réponses à trois questions traitant des priorités et préoccupations à moyen terme, des projets envisagés à l'horizon des cinq prochaines années, et de la hiérarchisation des menaces immédiates ressenties. Il est significatif de souligner que le questionnaire ne portait ni sur l'insécurité, ni sur le sentiment d'insécurité urbaine, mais bien sur les notions plus vagues de « risque », de « menace » ou de « danger ». De fait, interroger sur l'insécurité sans avoir recours à des questions propitiatoires est une précaution importante à observer durant la collecte de données (Kessler, 2009).

 

Des 114 séries de réponses exploitables, il ressort que l'insécurité figure en troisième position des priorités déclarées à moyen terme, derrière des préoccupations liées au logement et au travail. De meilleures conditions de logement et de revenu constituent aussi les principaux objectifs pour les cinq années à venir dans plus de 40% des réponses. Concernant les menaces immédiates ressenties, on trouve les glissements de terrains et les infiltrations liées à l'absence ou au piètre état des réseaux d'évacuation d'eau. L'estimation moyenne du sentiment d'insécurité des personnes interrogées s'établit pour ces deux menaces à 0,3[8]. Les menaces suivantes prennent des valeurs de 0,44 ; 0,45 et 0,46 respectivement à l'endroit de la délinquance et de l'insécurité urbaine, des inondations, et des tremblements de terre. Parmi les habitants des barrios, comptant pourtant parmi les premières victimes de l'insécurité urbaine, ce sont les conditions matérielles du quotidien qui importent le plus.

 

Malgré ce constat, à nuancer en fonction des profils de barrios (niveau de consolidation, durée d'occupation, type de population), les pratiques de sécurité n'en sont pas moins marquées, et l'insécurité loin d'être sous-estimée. Les dispositifs de protection (grilles, serrures, portes en fer) sont omniprésents, à l'image du reste de la ville, mais pas systématiques et pas aussi imposants que ceux de l'urbanización Santa Clara. Dans le cas de Santa Rosa, des grilles posées par des voisins existent parfois, barrant des impasses. Mais elles ne sont pas systématiquement fermées à clé. La sécurité repose sur d'autres pratiques : « On surveille, il y a toujours quelqu'un dans la rue, de toute façon »[9] confie une leader populaire qui vit dans le barrio. « Les gens se connaissent, mais il faut faire attention. Il y a des voyous [malandros], ils se droguent, on sait qui c'est. La nuit, quand tu pars, il vaut mieux ne pas rester dans la rue ».

 

Ainsi, à Horno de Cal comme dans les barrios parcourus, l'insécurité n'est pas au cœur des priorités des habitants interrogés mais reste très présente. On constate des formes de protection et des pratiques de sécurité que l'on retrouve ailleurs en ville mais différemment déclinées et signifiées. L'accent est mis sur les rapports interpersonnels, sur les gens que l'on connaît ou non, sur ceux que l'on identifie comme porteurs d'insécurité ou pas dans le périmètre de son propre quartier ou de son lieu de vie. Les grilles ne sont qu'un marqueur matériel et aléatoire des diverses pratiques de sécurité. De fait, elles ne sont pas rigoureusement fermées et parfois contre-productives - en cas d'évacuation soudaine pour cause d'inondation par exemple.

 

A grande échelle, quels que soient les secteurs concernés, les pratiques de sécurité sont aussi influencées par l'action des polices municipales. Afin de compléter le panorama de pratiques de sécurité dont les formes peuvent s'avérer similaires, mais dont on commence à entrevoir les significations différentes qui leur sont conférées, on se penche sur certaines pratiques des polices de Baruta et de Chacao.

 

Poids et regard des polices locales sur les pratiques de sécurité des habitants

 

La petite mais très riche municipalité de Chacao compte plus d'officiers de police mieux payés et mieux équipés que les autres municipalités du DMC. La mission de Polichacao est circonscrite au territoire municipal et consiste à faire « régner l'ordre et la sérénité publique »[10] dans les cadres édictés par le Ministère de l'Intérieur et de la Justice. Des liens avec les communautés sont établis par l'intermédiaire des délégués d'associations de voisins et plus récemment par les présidents des commissions sécurité des CC. Suite à une formation ponctuelle en Israël de quelques officiers, Polichacao cherche à passer d'une collaboration réactive à une collaboration proactive avec les habitants. Ceux-ci deviennent ainsi des acteurs coresponsables de la sécurité publique, par exemple au moyen de « brigades de personnes âgées qui surveillent et dénoncent les actes d'incivilité, les comportements suspicieux ou une quelconque irrégularité ». Enfin, d'après l'officier interrogé, aucun problème particulier n'entravait les rapports aux quelques secteurs de barrios de cette municipalité cossue, même si un certain flou demeure sur la nature des relations de Polichacao avec ces secteurs.

 

Pour un des commissaires de Polibaruta, l'action de la police est rationnelle, tirée d'un diagnostic de la situation élaboré grâce au travail de la municipalité et des communautés organisées[11]. Au-delà de la bataille de chiffres à Baruta, municipalité plus étendue et dont la population est plus hétérogène qu'à Chacao, le commissaire insiste sur une préoccupation majeure : la diffusion des armes dans la société. « Bien sûr, les classes moyennes sont armées aussi dans les urbanizaciones. Mais le problème, c'est quand il y a des vols. Les voleurs emmènent les armes avec eux, dans les barrios et la quantité d'armes en circulation continue ainsi d'augmenter ». Une fois opéré le distingo des armes détenues entre de « bonnes » et de « mauvaises » mains, le commissaire signale l'existence d'unités consacrées aux « liens avec les communautés » et aux « services aux citoyens ». Des réunions et ateliers publics sont organisés avec les associations de voisins et les CC sur les comportements sûrs, les mesures de prévention à adopter, et les besoins formulés par les habitants. Outre les lignes téléphoniques directes mises à disposition, Polibaruta fonctionne avec un système de 400 radios équipant inégalement les quartiers : les secteurs les plus défavorisés sont peu concernés « puisque la dépense qu'implique l'acquisition du matériel [à la charge de la communauté] est trop élevée ».

 

Ces perspectives différentes montrent combien les pratiques de sécurité structurent inégalement les rapports entre acteurs et leur manière d'occuper l'espace. La diffusion de pratiques de sécurité (protection, organisation de la surveillance, dénonciation) ne reprend pas nécessairement les traits de la ville ségréguée, ni à l'échelle du DMC, ni localement. En revanche le sens qui est donné à ces pratiques interroge le chercheur. Dans une ville où le grand récit de l'insécurité est désormais structurant (Rebotier, 2011), plus qu'à travers la diffusion des grilles, le recours à un service de surveillance ou le contrôle de l'accès aux rues, c'est à travers les représentations de l'insécurité et le sens donné aux pratiques de sécurité que jouent fortement des inégalités de reconnaissance.

 

Inégalités et représentations, moteurs et produits des pratiques de sécurité

 

Outre les inégalités dans la distribution des faits d'insécurité et dans la capacité des différents secteurs à y faire face, on avance que les inégalités de reconnaissance, i.e. des représentations de l'insécurité et du sens donné aux pratiques d'insécurité, à la fois influencent et renforcent un processus différencié de territorialisation à Caracas.

 

Des représentations socio-spatiales différenciées

 

Des pratiques de sécurité similaires font différemment sens pour les acteurs en fonction de leurs représentations de l'insécurité, leur place dans la société, ou encore leur environnement social. De fait, selon que l'on soit dans un secteur cossu de l'Est de la ville (Santa Clara) ou dans les secteurs populaires (barrios de l'Ouest ou Horno de Cal), l'insécurité n'occupe pas la même place, ni parmi les priorités des habitants, ni au titre des relations sociales qu'elle affecte. La diffusion large de l'insécurité et des pratiques qu'elle motive n'est pas contradictoire avec les représentations inégales qui les sous-tendent. Par exemple, le fait de s'armer pour se protéger est entendu différemment pour Polibaruta selon qu'il s'agit de classes moyennes des urbanizaciones ou d'habitants du barrio. La sécurisation de l'espace urbain se construit sur la base d'inégalités de reconnaissance importantes (Davis, 1990). Certains discours dominent et marginalisent, introduisant des disparités importantes qui discriminent les pratiques de sécurité.

 

La localisation des secteurs « sûrs » et « dangereux » que donne le ministère des affaires étrangères français (Carte 4) dans la rubrique en ligne « conseils aux voyageurs » est une façon d'illustrer par la carte les discours dominants. A Caracas, on retrouve ce « discours du crime » (Caldeira, 2000) parmi les secteurs cossus, la couverture médiatique de l'insécurité ou le paysage urbain qui identifient des territoires « sûrs » et ceux qui ne le sont pas. Le marquage des limites du territoire de Chacao, en signalant l'entrée ou la sortie (photo 2 en haut), s'accompagne régulièrement de la mention « Chacao, territorio seguro [territoire sûr] ». De fait, les marqueurs paysagers des pratiques de sécurité associés aux représentations différenciées de l'espace social ainsi véhiculées font plus de sens lorsqu'on les relie aux traits caractéristiques de ségrégation socio-spatiale que lorsqu'on les compare à la distribution des crimes et délits à Caracas (Carte 1 à 4).

 

[Carte 4 : Les secteurs occidentaux sûrs (cercle mauve) et les secteurs centraux et orientaux « plus dangereux » (polygones anguleux roses) d'après le Quai d'Orsay]

La territorialisation de l'insécurité aide à donner du sens aux pratiques en ceci qu'il s'agit d'un processus permanent de production de l'espace. Ce processus allie des aspects matériels et intangibles, et se traduit par un paysage, des formes ou des équipements tout autant que par une identification, un contrôle ou une appartenance. Il désigne la dimension spatiale de l'organisation sociale à travers laquelle l'espace fait sens et prend forme (Di Méo et Buléon, 2005). Dans le cadre des pratiques de sécurité, les représentations jouent un rôle fondamental au titre de la place que prend l'insécurité dans l'organisation de l'espace. La diffusion large des pratiques de sécurité influence la production de l'espace urbain alors même que les caractéristiques socio-spatiales et politiques propres à Caracas façonnent en retour de nombreux aspects de ces pratiques. 

 

[Photos 2 : Paysages et espaces urbains marqués par l'insécurité

De haut en bas et de gauche à droite : marquage de la sortie du territoire de Chacao (en direction de Las Mercedes) ; douane urbaine à las Lomas de San Rafael ; architecture et équipement sécuritaire (grilles, tours, caméras, fils électrifiés) à Alta Florida]

 

Le sens différent attribué à des pratiques de sécurité similaires reprend des traits forts d'un ordre urbain ségrégué. La territorialisation de l'insécurité permet de rendre compte de la dimension performative pour l'espace social des pratiques de sécurité. Plus qu'un simple marqueur, leur statut différencié en termes de reconnaissance en fait un ressort important de reproduction de l'ordre socio-spatial inégalitaire à Caracas.

 

Pratiques de sécurité et inégalités : des rapports de construction mutuelle

 

Par des panneaux, grilles, vigiles ou caméras, les pratiques de sécurité rendent visible le régime de l'invisible. Elles structurent aussi l'ordre urbain de la capitale vénézuélienne.

 

Il est bon de souligner à nouveau qu'à Caracas le poids de ces pratiques dans les mobilités urbaines, les pratiques territoriales et le rapport à la ville est antérieur à l'émergence de l'insécurité comme question sociale et politique cardinale (à partir du Caracazo). A l'occasion d'un bref passage à Caracas après avoir séjourné à Bogotá, Claude Bataillon rend compte de la façon dont la sécurité conditionnait déjà une partie des recommandations de collègues vénézuéliens au milieu des années 1960 :

 

« [...] les villes étaient déjà brutalement modernisées, avec leur monde d'ingénieurs et de technocrates parfois étrangers, leurs classes moyennes hautement prospères, déjà entièrement conquises par les voyages en avion ou en auto sur des routes modernes impeccables. Alors qu'en Colombie je pouvais facilement utiliser les hôtels vieillots pour commis voyageurs en centre-ville, au Venezuela on me déconseillait des hôtels équivalents, dans des quartiers centraux réputés dangereux, et je devais me résoudre à loger dans les grands palaces modernes, d'où il fallait atteindre en taxi les lointains buildings des universités et des services publics » (Bataillon, 2008 : 66).

 

On reconnaît une géographie sociale et de l'insécurité dans laquelle se dégage déjà le « centre » dégradé et dangereux (le centro, dans la partie occidentale populaire de la ville). Dans ce témoignage, l'insécurité est construite en opposition à la modernité des grands palaces et buildings caractéristiques de l'urbanisation qui gagne à cette époque l'Est de la vallée de San Francisco.

 

A la fin des années 1980, une autre ligne de tension que celle opposant Est et Ouest de la ville est construite autour de l'insécurité et des pratiques qu'elle suscite. Les émeutes urbaines de février 1989, constituent un seuil dans les représentations et le rapport à la ville des Caraqueños (Lopez Maya, 2003). Le Caracazo met un terme au mythe de « l'exceptionnelle démocratie » qu'aurait connu le pays entre 1958 (fin du régime dictatorial de Pérez Jiménez) et les années 1980, dont les piliers consistent en une paix sociale, civile et militaire, une sérénité politique et une prospérité sans pareil sur le continent. Un contrôle de la société verrouillé par la rente pétrolière et le jeu d'une démocratie pactée ne résistent pas à l'approfondissement, à la faveur de la crise des années 1980, d'inégalités qui ont en réalité toujours existé (Ellner et Tinker Salas, 2007). L'émergence de fortes tensions sociales longtemps maîtrisées bouleverse le rapport à la ville de certains secteurs :

 

« La décennie 1980 prend fin alors que se concrétise la terreur latente que les secteurs favorisés de Caracas ont toujours ressentie : la terreur du jour où descendraient les gens des collines pauvres qui entourent la capitale pour prendre la ville, fatigués de leur propre misère. Le 27 février 1989 ont eu lieu des soulèvements populaires de deux jours, réprimés par le gouvernement au prix du plus grand nombre de morts dans le pays en un siècle. [...] Le fil ténu qui maintenait le lien social  commençait à s'effilocher » (Rotker, 2005 : 171).

 

Le Caracazo  est aussi connu comme « el día que bajaron los cerros [le jour où les cerros sont descendus] ». On retrouve la distinction entre cerros et colinas, le danger est identifié comme venant des cerros couverts de barrios. Ce sont ces secteurs populaires qui sont marqués du sceau de la menace, origine du danger. Face à cette identification, les pratiques de sécurité visibles (aujourd'hui légitimées) renforcent des formes préexistantes et plus subtiles de distinction et de mise à distance que la généralisation de ces pratiques ne doit pas dissimuler. La plupart des quartiers aisés présente une « forme socio-spatiale personnalisée [...] qui a permis à cette population, aidée par la qualité de la géographie de la vallée, d'habiter de façon indépendante et éloignée de grands ensembles de bidonvilles » sur des collines (colinas) et non des cerros (Maldonado Brito, 2006 : 414).

 

Au terme de l'analyse, on souligne que les pratiques de sécurité sont un produit mais aussi un des ressorts du peuplement urbain historiquement ségrégué à Caracas, et de sa reproduction. Dans le discours dominant, un amalgame s'opère entre les représentations de l'insécurité et les secteurs les plus défavorisés. On y retrouve les traits caractéristiques de la ségrégation socio-spatiale. La frontière est ténue entre représentation et stigmate. Les pratiques de sécurité, pas tant par leurs formes qu'à travers leurs significations, sont pour beaucoup influencées par d'importantes inégalités. Une fois établie, l'origine de l'insécurité - quartiers, populations - présente tous les caractères d'un bouc émissaire, soulignant encore leur mise au ban (Douglas, 2001).

 

De fait, à la suite de grandes manifestations et grèves patronales de 2001-2002, et du coup d'Etat perpétré en avril 2002, García Guadilla a relevé de telles logiques à travers des pratiques de défense en contexte de crise. Elle repère notamment à Caracas la désignation d'un ennemi « extérieur » suivant des traits classistes, racistes ou politiques. Dans les « plans de défense communautaire » à destination des classes moyennes et consultés par l'auteure, il est dit qu'il « ne faut pas croire le personnel de maison, en particulier celui du service de jour. Souvenez-vous que nombre d'entre eux ont été manipulés et que certains commencent à vous voir comme des ennemis » (2007 : 149). De manière exacerbée en période de crise, les pratiques de sécurité creusent les distances entre divers « autres » construits comme autant de menaces, qui « oligarques », qui « sauvages », qui « anti-démocratiques », selon des clivages structurants qui rejouent bien plus qu'ils n'émergent dans un contexte d'inégalités et de fortes confrontations. De telles pratiques portent la marque des tensions et disparités sociales et politiques qui les encadrent. Elles en sont un vecteur aussi bien qu'un ressort, aujourd'hui sur le devant d'une scène urbaine gagnée par la fièvre de la sécurisation.

 

Conclusion

 

L'insécurité se traduit par - mais se réalise aussi à travers - des pratiques de sécurité et des représentations. Certaines formes d'appropriation de l'espace, l'influence de politiques publiques, d'initiatives privées, ou le type de paysage urbain sont les marques de ces pratiques. Mais les représentations qui les accompagnent, et parfois les suscitent, ne peuvent être négligées dans la mesure où elles contribuent à les signifier. La production de l'insécurité, par le biais des liens entre pratiques et représentations, reproduit et consolide certains aspects de l'injustice sociale.

 

La territorialisation, associant ressorts matériels et intangibles, permet de mettre l'accent sur la dimension culturelle et sur les statuts sociaux qui interviennent dans la construction du « discours du crime » (Caldeira, 2000) ainsi que dans la nature et le sens des pratiques de sécurité. Elle contribue à articuler les pratiques de sécurité à un contexte socio spatial, dépassant ainsi le seul régime de l'observation des pratiques pour comprendre leurs logiques de construction et réinscrire ces dernières dans la durée, des rapports de force, des intérêts divergents et des jeux d'échelle singuliers.

 

Des pratiques de sécurité largement répandues et apparemment homogènes ne sont pas incompatibles avec un ordre social injuste et des inégalités sous-jacentes. De fait, tout le monde n'est pas également victime ni même exposé à l'insécurité urbaine. Ces inégalités ne sont pas nécessairement visibles à travers le recours à la surveillance, aux grilles et grillages, à la modification des pratiques territoriales ou à la fréquentation des espaces et des transports publics. Elles se traduisent de façon plus ténue mais non moins fondamentale d'une part par un sens différent donné par les acteurs aux pratiques de sécurité, comme le recours aux armes pour se défendre (entretien avec le commissaire de Baruta) ou l'importance toute relative donnée à la délinquance parmi les secteurs populaires ; d'autre part par le recours à la peur comme levier de la régulation sociale et spatiale qui permet d'enraciner certains comportements sociaux (Pedrazzini et Sanchez, 1998) ou de légitimer des mesures de séparation, de mise à distance, voire de stigmatisation.

 

De fait, le grand récit de l'insécurité et la diffusion large des pratiques de sécurité aplatissent inégalités et conflits. Pour autant, l'analyse du sens contingent que ces pratiques recouvrent (comme l'on développé Douglas, 2001 ou Wacquant, 2006, à propos du stigmate, de l'outsider ou de l'outcast) permet de rendre visibles des rapports d'injustice déterminants et largement préexistants à l'émergence de l'insécurité urbaine comme question cardinale. Les pratiques de sécurité produisent de l'espace. Elles sont opérationnelles ou instrumentales quand elles légitiment des actions ou des intentions (parfois étrangères au seul problème d'insécurité), et elles sont performatives lorsqu'elles donnent forme et sens au réel. La figure du bandit comme celle du malandro (Pedrazzini et Sanchez, 1998) et les pratiques de sécurité dans son sillage renvoient immanquablement à toute « l'injustice du monde » (Pedrazzini et Desrosiers-Lauzon, 2011), à commencer par celle de la société vénézuélienne.


[1] Les recensements de l'institut national de statistiques (INE) distribuent la population en 5 catégories de A (plus riche) à E (plus pauvre).

[2] On pense ici à l'Observatorio Venezolano de la Violencia, Laboratoire de Sciences Sociales de l'Université Centrale du Venezuela, mené par le sociologue Roberto Briceño León; au Centro por la Paz y los Derechos Humanos, de la même univeristé, dirigé par Ana María San Juan; ou à l'ONG Paz Activa présidée par un autre sociologue, Luis Cedeño.

[3] Programa Venezolano de Educación-Acción en Derechos Humanos - Programme Vénézuélien d'Education-Action dans le domaine des Droits de l'Homme.

[4] Institution locale d'organisation communautaire pour la participation qui prend la suite des associations de voisins en 2006 (Compagnon et al., 2009).

[5] Les citations concernant Santa Clara sont tirées d'un entretien réalisé le 3 novembre 2008, dans le cadre du programme ANR - METRALJEUX.

[6] Un des dispositifs institutionnels de participation qui permet au CC de lancer des appels de fonds publics et de les gérer.

[7] Les citations concernant Horno de Cal sont tirées d'un entretien réalisé le 9 décembre 2008 (ANR - METRALJEUX).

[8] Pour des valeurs s'échelonnant de 0 : Sentiment d'insécurité absolu, à 1 : Sentiment de totale sécurité. Les réponses étaient initialement étalonnées de 0 à 5, mais les résultats on été standardisés de 0 à 1 pour le calcul d'indices sur l'ensemble des questionnaires.

[9] Les citations qui suivent sont tirées des échanges périphériques à l'application d'une partie des 118 questionnaires dans le barrio Santa Rosa, avec une leader locale, au cours du mois de juillet 2005.

[10] Les citations et informations concernant la police de Chacao sont tirées d'une entrevue réalisée le 27 novembre 2008 avec un officier chargé des relations publiques (ANR - METRALJEUX).

[11] Les citations et informations sur la police de Baruta sont tirées d'une entrevue réalisée le 06 novembre 2008 avec un des commissaires (ANR - METRALJEUX).

 

 

Abstract

Caracas is one of the most dangerous cities in Latin America. Security practices are broadly spread across the city and can be seen in urban landscape, land use and mobility, and social relations. Beyond the distribution of such practices (like neighbor watching, reduced mobility, defensive groups), the meaning they are given and the way urban insecurity is represented are rooted in inequalities. Actually, misrecognition more than distributive inequalities seem to work at full blast in the framing of security practices and its socio-spatial meanings. Urban insecurity cannot be ignored in Caracas. But obviously, it is unevenly prioritized across society. An overview of security practices embodied in different logics of actors allows characterizing them beyond similarities at first sight. Therefore, stigma and dominant discourses are grounded in the context of Caracas, stemming from unequal cultural and social relations. They are driven by, as well as they frame, unevenly implemented and socially driven security practices. Here is a politicized dimension that needs to be assessed so that security practices and its implications can be fully understood in a deeply unequal urban context.


Keywords: Urban insecurity; Representations; Discourse; Place-based assessment; Order

 

 

Introduction

 

If we followed the overall view of Diane Davis (2006), Latin America has become both a preferred theatre and laboratory for studying an omnipresent and invasive urban insecurity since the "lost decade" and crises of the 1980s  (Carrión, 2005; Briceño León, 2007; Kessler, 2009). Insecurity is a master narrative structuring urban life, replacing progress, development or modernity, as well as a fundamental category of urbanity understood as an historic condition of socio-spatial relationships (Boudreau, 2011). Insecurity and the fear it inspires have well-known consequences beyond just Latin America, in North and South America alike: seclusion, fracturing, segregation, and the retreat from public space (Tuan, 1979; Davis, 1998; Low, 2005; Capron, 2006; Pain and Smith, 2008).

 

 

Caracas teeters at the top of the list of the most dangerous cities since the harshly repressed social explosion in February 1989 known as the Caracazo, to the beat of political unrest and the economic shudders (closely tied to the petroleum market) that have shaken the country for 30 years. The recent political polarization of Venezuelan society adds a cyclical economic dimension to the urban insecurity that soared again in the early 2000s (Ellner and Hellinger, 2003; Briceño León et al. 2009). It is in this context that we have examined the security practices in the city and their links with various types of inequalities in Caracas.

 

 

The practices reflect the stakeholders, their intentionality, and a certain materiality. However, we know how important insecurity - its representations of insecurity and related discourses - can be in Latin America (Caldeira, 2000; Kessler, 2009) and Europe alike (Smith, 1986; Beaud and Pialoux, 2003). We will then consider security practices in Caracas in the social, political and cultural contexts that frame them. Finally, this thematic issue of Justice Spatiale - Spatial Justice invites us to think about security practices in the city from the perspective of justice. According to Young (1990) and Fraser (1995), justice is conceived of on the practical basis of redistribution as well as on more symbolic bases of social and cultural recognition. Thus, in addition to the distribution of security practices in Caracas, we will consider their meanings and their implications by emphasizing the underlying mechanisms related to the inequalities of redistribution and recognition alike.

 

 

On the ground, one notes that the broadly disseminated security practices respond to an urban insecurity that is distributed differently in the space. Close comparison of the observed practices and insecurity does not present any obvious connection. Two questions emerge from this observation: What can be said about the apparent homogeneity of the widespread security practices throughout the city beyond the undifferentiated master narrative of urban insecurity in Caracas? How should the disparities be interpreted? By analyzing security practices in their context and from the perspective of the concepts of redistribution and recognition, the assumption is formulated that the security practices contribute to the reproduction of powerful inequalities in the urban space. From there, we maintain that the cultural aspect and the representations that underlie the practices, and the meaning given to them, constitute fundamental drivers of inequalities and beyond that, of a territorialisation process which gives shape and meaning to the social space.

 

In order to test these assumptions (to indicate the links between security practices and inequalities and to situate the importance of these practices in the production of urban space), we propose a three-stage reflection process. First, a diagnosis of socio-spatial segregation in Caracas will be laid out as well as the unequal distribution of the acts of urban insecurity. Second, emphasis will be placed on security practices, their similarities and differences. Finally, after having compared the contextual data related to security practices, we will attempt to explain the disparities through the discourses and representations that condition these practices and give them meaning.

 

 

Social segregation and the unequal distribution of insecurity in Caracas

 

The study is concerned with the agglomeration of Caracas, which clusters more than 3 million inhabitants in the San Francisco valley, within the boundaries of the 5 municipalities forming the Metropolitan District (DMC).

 

A valley wide socio-spatial meridian configuration

 

Across the DMC as a whole, we can distinguish a meridian demarcation (Map 1). In the western segment, we find relatively high-density over-representation of poor populations[1]. However, in the eastern portion, densities are lower and there are fewer poor populations, even if the large working-class area, Petare, clearly stands out to the east (significant density and poverty). This demarcation forms an East-West axis structuring the urban functions, and is made tangible by a subway line (in purple) and a highway (thick broken line). Moreover, there is greater socio-economic heterogeneity in the centre-west populations, the areas where the first urban expansions occurred in the early 20th century. These are multi-functional spaces (residential, infrastructure, transportation, and formerly industrial), along another less important line that meets Los altos mirandinos, underscored by a subway line and the start of a highway. Conversely, in the western segment (excluding Petare), the socio-economic homogeneity of the populations appears much greater and much less correlated to the secondary communication lines toward Baruta to the south and El Hatillo to the southeast (light dotted area).

 

 

[Map 1: Socio-spatial distribution and density of the DMC population]

 

Socio-economic distinction is underscored by differentiated territorial practices. Despite the functional east-west line from the "Centro" (historic centre) to Petare (Map 2), it would appear that whether one frequents the east or west side of this line is based on one's place of residence. Depending on whether one is from the east side or the west side of the city, one will frequent the east or west side respectively of the continuous and transversal line going through the various areas. Thus, travel in the DMC to the historic centre (outlined on Map 2) primarily originates in the western sectors of the agglomeration of Caracas.

 

 

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[Map 2: Urban segregation through territorial practices]

However, the East-West demarcation and the relative homogeneity of the eastern part of the DMC must be nuanced on a large scale. Segregation along a meridian through the agglomeration forms a checkerboard of the urban landscape in a subtle socio-spatial intermingling with sharp contrasts. (García Sanchez and González Tellez, 2008).

 

The large-scale urban landscape mosaic

 

The agglomeration's social geography is ever recurrent on the ground. Quebradas, ravines carved by fast-running streams, slash the city on the often-sharp slopes occupied by barrios de ranchos (literally "shack neighbourhoods"). Mainly self-built by squatters, these shanty towns have consolidated over time. The invasion of the quebradas can go into the core of the wealthiest neighbourhoods crossed by the torrents, like the Chapellín barrio in the Country Club area, or the Santa Rosa barrio, near Plaza Venezuela (Photo 1, right). In addition to the obvious spatial proximity, connections exist between these heterogeneous urban sectors, whether it be for business purposes, related to employment (in offices, servants, occasional services), or alternatively, the supply of illicit goods (Baby-Collin, 2000). Yet, this flow cannot hide the symbolic social distance and the obvious contrasts that occasionally distinguish one side of the street from the other. In fact, until the late 1990s, the barrios scarcely appeared in many urban management documents even though they housed nearly half the agglomeration's population (Baby-Collin and Zapata, 2006). Moreover, depending on whether they are occupied by barrios or by the more official residential habitations, the city's hills are called cerros or colinas, respectively.

 

 

[Photos 1: Birds'-eye view, view from the ground, the strong contrasts of the Caracas urban landscape)

Image of the Las Minas and Santa Cruz del Este barrios, and the Terrazas sector of the Club Hipico [Hunt Club] Photo at right: View of the Plaza Venezuela and the Colinas de Bello Monte (background) behind the Santa Rosa barrio

 

In terms of status, there is also a great deal of contrast between the rank of each of these various areas. When the barrios are not ignored in urban planning, the more privileged classes do not go to there; the barrios are feared and even overtly stigmatized following the socio-political problems of the 1980s that culminated with the Caracazo (Lopez Maya, 2003). In the aftermath of this bloodiest episode of Venezuelan democracy, an obvious atmosphere of suspicion seems to have settled permanently in Caracas between the middle classes and "those who came down from the hills [cerros] covered with ranchos" (Rotker, 2005). To date, the urban segregation process is fed by this morphological and symbolic configuration of contrast.

An urban space with its reinforced lines of segregation, inequalities and conflict, made clear since 1989 will be the setting of our examination of the distribution of crimes and misdemeanours as one of the markers of urban insecurity.

 

Distribution of urban insecurity: Functional and social determinants.

 

Some will acknowledge that the collection, use and interpretation of insecurity figures is sensitive and that this information is susceptible to spin and bias. In Venezuela there are no major information gathering projects nor any systematic investigation of victimization, as may exist in Argentina, to give a coherent image of the situation in Caracas. The autumn 2009 reforms driven by the national police reform commission (CONAREPOL), are for the purpose of correcting the fragmentation and gaps in security-related information; the commission's work has been a source of unanimity among the country's political and social actors,. However, many of the NGOs, civil and university associations that are frequently committed to civic activism[2], produce data on the topic. Moreover, these figures from the NGO PROVEA[3] "security" component's "[annual] report on the human rights situation in Venezuela" are often those quoted in the media or taken up by various stakeholders.

 

 

The following paragraphs do not seek to assign responsibility nor to judge how acts of insecurity have evolved. Their purpose is to give a contemporary picture of the distribution of crime and misdemeanours within the DMC. To do this, the DMC security secretariat's partial databases were consulted; the security secretariat collects [data on] the crimes and misdemeanours reported in the District. The information available pertains to 7 non-consecutive weeks between August 14, 2006 and January 28, 2007. A breakdown is made of the number of homicides, thefts, assaults and injuries reported over this period (Map 3). Although the government figures are limited and incomplete, they do have the merit of pinpointing where the acts occurred.

 

The distribution of theft and assaults, and to a lesser degree, injuries and homicides followed the main, regularly visited east-west line observed. Moreover, a secondary line is distinguishable starting from the historic downtown toward the Southwest, which also corresponds to a commercial, regularly visited line, marked by major communication arteries but occupied by populations that are more socio-economically heterogeneous and occasionally working class. Finally, two points are added to these two strong lines where homicides, theft, assaults and injury stand out. These are the working class areas of Sucre and Petare. Furthermore, the social logic of how the acts of insecurity are distributed (the poorest sectors are the most exposed) ought to be more noticeable since crime is under-reported in working-class areas compared to better-off areas due to fear of retaliation or mistrust of the police (Briceño León et al., 1999). This trend toward over-exposure of working class areas is more obvious still with regard to the distribution of homicides. As a general rule, in fact, homicide victims in Caracas are primarily young, non-white males who are poor and live in the barrios (Briceño León et al., 2002). Conversely, the wealthiest sectors in the South East, far from the intensely frequented lines, report relatively fewer acts.

 

 

[Map 3: Distribution of crimes and misdemeanours reported in the DMC during the 7 non-consecutive weeks from August 14, 2006 to January 28, 2007]

 

Despite the incompleteness and limitations of the data available, the information is in agreement with regard to the social and functional logics of the location of the acts of insecurity in Caracas. It is this context - that of a segregated city and the differentiated distribution of urban insecurity - that we examined the security practices these various stakeholders develop.

 

Security practices that are widespread... and wide-ranging?

 

The security practices adopted by various stakeholders juxtapose a well-to-do area in the DMC's southeast, the working class areas of the barrios to the west, deteriorating high-rise apartment buildings, and local police departments in the city's east end (municipalities of Chacao and Baruta - Map 1).

 

Initiatives in the affluent Santa Clara area

 

Santa Clara is an urbanización of single-family residences in Baruta's El Cafetal area that is home to about 200 families. The urbanización is a form of neighbourhood units characteristic of the urbanization of Caracas beginning in the 1930s when coffee hacienda properties in the valley were gradually divided into more or less exclusive residential lots (Baby-Collin and Zapata, 2006). In terms of security practices, Santa Clara is among the favoured areas of the city where access control began in the early 1990s with the introduction of gated communities (García Sanchez, 2004). According to the person responsible for the urbanización's Communal Council[4] (CC), "gates were installed to block the street in 1992. ... In 2004, guard houses were installed. There are three of them for eight streets."[5] CCs are made up of committees, one of which deals with security and "continues the work begun by the Santa Clara neighbourhood association in the mid-1990s." The purpose of these access control and surveillance measures was "to reduce thefts in this hot zone, which is a strategic passage between Baruta and Petare. Thefts were down 90% in 2008 from 2000 levels."

 

In addition to systematic use of grilles on windows and doorways and frequent use of electrified fences on properties, the urbanización's protection includes blocked streets, guard houses, guards and video cameras, the images of which can be viewed by local police. Santa Clara permanently employs five guards selected by residents. But "the problem with managing insecurity without the government is how expensive it is!" Bypassing a security firm cuts the monthly cost by a third for day service and by about a quarter for night service. In addition, guards can choose to sleep on-site (and "save on transportation"); they are also provided with a uniform and coffee, as well as food (but only for the team supervisor). These are "employment benefits granted by Santa Clara residents."

 

 

Of the 200 families, 110 collaborate and contribute (unequally) to cover the cost of the service. A group of "separatists" independently manages a cul-de-sac of the urbanización with their own gate. Guard selection remains a sensitive process that involves "not selecting the best, because they leave very quickly." The person in charge of the CC explains the recruitment strategies:

 

 

"We chose middle-of-the-road people, with limited abilities, who can manage to carry out simple, manual tasks, as long as they are told what to do often. We took borderline people, 'half-idiots'. These are the ones who always turn up. However, we chose a Colombian computer technician as team leader. His mother is a nanny for one of the neighbours. He is black, tall, heavy, marvellous ... everyone loves him. He has no papers. It's kind of a way to keep him on. There are also two other Colombians without papers. They are in the process of going through the system, but it can take up to four years."

 

In working class areas: Security is just another problem

 

Two types of working class areas have been observed. Before presenting the case of the barrios, we will address the Horno de Cal area, in the Libertador municipality, near Parque Central.

 

The information concerns Tower A of a largely impoverished housing complex. The president of the Communal Bank (BC)[6] confides that in the "Work and Earth" CC of Tower A, the housing and apartment committee is most active. "1,600 people live in 242 apartments [condominiums, few are rented out]. Children stay with their parents, for lack of a housing solution."[7] One of the main issues, for example, is repairing the elevators, "all of which have been out of service for four months" in this building over 20 storeys high. 

 

While the building features a double gate in the foyer to separate the street from street-level common areas, there are fewer security practices than in Santa Clara and those it does have considerably affect social relations:

 

"The CC does not have a security committee. On the section of highway right next to us [Horno de Cal is located between the western highway and the hills of the San Agustín barrios], there is a lot of theft. They come down from the [San Agustín] cerro and steal, but not on the sidewalks [near the towers]. Not inside, oh no. There is confidence. But even so, no one wants to stick their neck out with a security committee."

 

The person responsible for the BC says she lived for a time in the Marín barrio, in the San Agustín area, and has no particular fears about barrio dwellers, who include "lawyers, professors and economists." However, she does show mistrust toward police officers "[who are] often stool pigeons who enforce neither laws nor regulations." No one dares to report another, "otherwise the police officer will say, 'that person reported you!'" What's more, the barrio landscape is pretty tough:

 

"In the cerro, you never know when they are going to start shooting at each other. There are more weapons than police, and it's the paramilitaries who have the guns. But we know who is who. We're careful of the ways in which paramilitary members can get into the CC."

 

In areas that are just as poor, but within the barrios, insecurity is also an issue, among numerous other concerns. It involves highly concrete practices (such as the inevitable profusion of gates and grilles protecting homes and padlocked doors at the entrance to some alleys) but also significantly shapes social rapports.

 

The barrios Briceño Irragory, La Cruz, Niño Jesús, La Trilla and Santa Rosa were visited. They are located respectively in the areas of Propatria, San Martin, El Junquito, Altagracia and El Recreo (Map 2). The information used is drawn from the results of 118 individual questionnaires designed to elicit the objective conditions of environmental risks and the risks identified by the respondents in the place where they live, the management approaches considered, the expertise developed in crisis management or prevention, and more general representations concerning the public and private stakeholders involved in the risks and their management (Rebotier, 2008). From these results we extracted the answers to three questions dealing with medium-term priorities and concerns, projects being considered for the next five years, and the ranking of perceived immediate threats. It is significant to point out that the questionnaire was neither about insecurity nor the sense of urban insecurity, but rather on the vaguer notions of "risk", "threat" or "danger." Questioning respondents about insecurity without using leading questions is an important precaution to observe when collecting data (Kessler, 2009).

 

From the 114 series of usable responses, the finding is that insecurity ranks as the third stated priority in the medium term, behind housing and work concerns. Better housing conditions and higher income are also the main objectives for the next five years in over 40% of the responses. Perceived immediate threats include landslides and flooding due to a poor, or non-existent, water drainage system. The average estimation of the respondents' sense of insecurity for both threats is 0.3.[8] The threats of delinquency and urban insecurity, flooding, and earthquakes rated respectively as 0.44, 0.45 and 0.46. Among barrio residents, who are the foremost victims of urban insecurity, the material conditions of day-to-day life count the most.

 

 

 

 

Despite this finding, which is nuanced based on barrio profiles (level of consolidation, length of occupation, type of population), security practices are no less marked, and insecurity is far from underestimated. Protection (gates, grilles, locks, iron doors) are everywhere, just as elsewhere in the city, but are not systematic and not as imposing as those in the Santa Clara urbanización. In Santa Rosa, the residents install gates to block off cul-de-sacs. But these are not systematically locked. Security is based on other practices: "We keep watch, there is always someone in the street, anyway,"[9] confides a popular leader who lives in the barrio. "People know one another, but you have to be careful. There are hooligans [malandros] who take drugs, we know who they are. At night, when you leave, it's best not to linger in the street."

 

 

Thus, in Horno de Cal as in the barrios visited, insecurity is not the residents' chief priority, although it remains very present. The same types of protection and security practices are found here as elsewhere in the city, but in different forms and presentations. The focus is on interpersonal rapports, on the people one knows or doesn't know, on those who represent insecurity or not within the perimeter of one's own neighbourhood or living environment. Gates are but a physical and random marker of an assortment of security practices. Indeed, they are not consistently closed and can be counter-productive ─ in the event of a sudden evacuation due to flooding, for example.

 

 

 

On a wider scale, whatever the area in question, security practices are also affected by the action of municipal police. In order to sketch a comprehensive picture of security practices that may be similar in form but whose varied meanings we are beginning to understand, we will examine a number of police practices in Baruta and Chacao.

 


How local police forces affect and view residents' security practices

 

The small but very wealthy municipality of Chacao has more police officers who are better paid and better equipped than those in other DMC municipalities. The mission of the Polichacao is confined to the municipal territory and consists of upholding "the reign of order and public peace"[10] within the frameworks set by the Ministry of the Interior  and Justice. Community ties are established through the representatives of neighbourhood associations and, more recently, by the chairs of CC security committees. After several officers travelled to Israel for training, Polichacao is now looking to transition from a reactive collaboration with residents to a proactive one. This turns residents into stakeholders with joint responsibility for public security, for example, through "brigades of seniors who monitor and report acts of incivility, suspicious behaviour or any other irregularity." Finally, according to the officer interviewed, no particular problem hindered relations in the few barrio areas of this affluent municipality, although some vagueness remains as to the nature of the Polichacao's relations with these areas.

 

 

For one Polibaruta commissioner, police action is rational, stemming from an analysis of the situation developed through the work of the municipality and the organized communities.[11] Beyond the battle of numbers in Baruta─a municipality that is more spread out and whose population is more heterogeneous than Chacao's─the commissioner emphasizes one major concern: the spread of weapons in society. "Of course, the middle classes are also armed in the urbanizaciones. But the problem is when there are robberies. The thieves take the weapons with them into the barrios, which means the number of guns in circulation continues to rise." After making a distinction between weapons in the "right" and "wrong" hands, the commissioner points to the existence of units dedicated to "communities ties" and "citizen services." Public meetings and workshops are organized with the neighbourhood associations and the CCs on the topics of safe behaviours, prevention measures, and the needs expressed by residents. In addition to making direct telephone lines available, Polibaruta operates with a system of 400 radios with unequal distribution among the neighbourhoods: this is of little concern to the poorest areas, "since the cost of buying the equipment [borne by the community] is too high."

 

 

These varying perspectives show the degree to which security practices unequally structure relations among stakeholders and how these practices occupy the space. The dissemination of security practices (protection, organization of surveillance, reporting) does not necessarily reflect the traits of the segregated city, whether at the level of the DMC or locally. On the other hand, the meaning attributed to these practices interests the researcher. In a city where the master narrative of insecurity has now become structuring (Rebotier, 2011), more than through the widespread use of gates, use of a surveillance service or control of street access, it is through the representations of insecurity and the meaning assigned to security practices that the inequalities in recognition come strongly into play.

 

 

Inequalities and representations, driving forces and products of security practices

 

Beside the inequalities in the distribution of the facts of insecurity and various areas' ability to deal with it, we put forward that inequalities in recognition, i.e. the representations of insecurity and the meaning given to the practices of insecurity both affect and reinforce a differentiated territorialisation process in Caracas.

 

Differentiated socio-spatial representations

 

Similar security practices mean different things for stakeholders based on their representations of insecurity, their place in society or alternatively, their social environment. In fact, depending on if one is in an affluent area on the city's east side (Santa Clara) or in working class areas (the barrios on the west side or Horno de Cal), insecurity is not ranked the same among the inhabitants' priorities nor with regard to the social relationship it affects. The broad dissemination of insecurity and the practices resulting from it are not in contrast to the unequal representations that underlie it. For example, the Polibaruta [the Baruta police] interpret arming oneself for protection differently, depending on whether this involves the middle class residents of the urbanizaciones or the inhabitants of the barrio. Securing urban space is construed on the basis of significant disparities in recognition (Davis, 1990). Certain discourses dominate and marginalize, introducing significant disparities that distinguish between security practices.

 

The location of areas designated as "safe" and "dangerous" that the French ministry of foreign affairs gives (Map 4) in the online heading "Advice to Travellers" is a way to illustrate the dominant discourses using a map. In Caracas, we come across this "crime discourse" (Caldeira, 2000) among the affluent areas, media coverage of insecurity or the urban landscape that identifies areas that are "safe" and those that are not. The delineation of the boundaries of Chacao, indicating the entrance or exit (photo 2, above), is normally accompanied by the statement "Chacao, territorio seguro [tr. safe area]". In fact, landscape markers of security practices associated with the differentiated representations of social space thus conveyed make more sense when they are tied to the characteristic traits of socio-spatial segregation than when they are compared to the distribution of crimes and misdemeanours in Caracas (Maps 1 through 4).

 

[Map 4: The "safe" west end areas (mauve circle) and the central and east end "more dangerous" areas (pinks polygons) according to the French ministry of foreign affairs]

The territorialisation of insecurity helps give meaning to security practices in that it concerns a permanent process of space production. This process brings together the tangible and intangible, with shapes and facilities forming a landscape, and likewise, forming an identity, control or belonging. It sets out the spatial dimension of social organization through which the space creates meaning and takes shape (Di Méo and Buléon, 2005). In the context of security practices, representations play a fundamental role on the basis of how insecurity ranks in the organization of space. The broad dissemination of security practices affects the production of urban space while by the same token the socio-spatial and political characteristics specific to Caracas in turn shape numerous aspects of these practices.

 

 

[Photos 2: Urban landscapes and spaces marked by insecurity

Top to bottom, left to right: Designation of the exit from the Chacao area (heading toward Las Mercedes); Gated community entrance at las Lomas de San Rafael; security architecture and equipment (gates, towers, video cameras, electric wires) in Alta Florida]

 

The different meaning attributed to similar security practices carries on the strong characteristics of a segregated urban order. The territorialisation of insecurity makes it possible to realize that there is a performative dimension of security practices for social space. More than a simple marker, their differentiated status in terms of recognition makes them an important driver for reproducing the elitist socio-spatial order in Caracas.

 


Security practices and inequalities: mutually constructed relationships

 

Signs, gates, grilles, guards and video cameras - security practices make the regime of the invisible visible. They also structure the urban order of Venezuela's capital.

 

It is a good idea to once again stress that in Caracas, the importance of these practices in urban mobility - the territorial practices and the relationship to the city - pre-dates the emergence of insecurity as a fundamental social and political issue (starting with the Caracazo).  On the occasion of a brief trip through Caracas after having stayed in Bogotá, Claude Bataillon reports on how security was already conditioning a portion of the recommendations of Venezuelan colleagues in the mid-1960s:

 

"... the cities were already brutally modernized, with their crowd of engineers and technocrats (some of which were foreign), their highly prosperous middle classes, already completely enamoured with travel in planes or in cars on impeccable modern highways. While in Colombia I could easily use old-fashioned downtown hotels for travelling salesmen; however, in Venezuela I was advised against similar hotels in downtown areas reputed to be dangerous, and I had to resign myself to staying in the large, modern luxury hotels from which one had to take a taxi to get to the far-away buildings of the universities and government services." (Bataillon, 2008 : 66).

 

 

A social geography is recognizable as is the insecurity in which the run-down and dangerous "centre" emerges (the centro, in the working-class west side of the city). In this testimonial, insecurity is construed against the modernity of the large luxury hotels and buildings typical of the urbanization that was gaining ground at that time on the east side of the San Francisco valley.

 

In the late 1980s, another line of tension than the one pitting the east and west sides of the city against one another was built around insecurity and the practices that stem from it. The urban riots of February 1989 were a threshold in the representations and relationship to the city of Caraqueños (Lopez Maya, 2003). The Caracazo put an end to the myth of the "outstanding democracy" that the country supposedly experienced between 1958 (the end of the dictatorial regime of Pérez Jiménez) and the 1980s, the pillars of which consisted of a social, civil and military peace, political calm and a prosperity that was unequalled on the continent. This society, closed off by oil profits and the game of a democracy formed by pact, does not stand up to close examination, owing to the crisis of the 1980s and the inequalities that in reality have always existed (Ellner and Tinker Salas, 2007). The emergence of social tensions long held in check upset relations in the city in certain areas:

 

"The decade of the 80s ended with the latent terror that the privileged areas of Caracas had always felt becoming tangible: the terror of the day when the poor from the hills surrounding the capital, who were exhausted from their own destitution, would descend to take the city. On February 27, 1989 the two-day people's uprisings took place, repressed by the government at the cost of the greatest number of deaths in the country in 100 years. ...The slender thread that held the social bond together began to fray." (Rotker, 2005 : 171).

 

 

The Caracazo  is also known as "el día que bajaron los cerros [the day when the cerros came down]". Again we have the distinction between cerros and colinas, danger identified as coming from the cerros covered with barrios.  These are working-class areas labelled as threatening, the place where danger originates. In response to this label, the visible security practices (today justified) reinforce the pre-existing and subtler forms of distinction and distancing that the generalization of these practices must not conceal. Most of the affluent neighbourhoods present with a "customized socio-spatial form...which has enabled this population, assisted by the geography of the valley, to live on the hills (colinas) and not the cerros, independently and away from the large collections of shanty-towns" (Maldonado Brito, 2006: 414).

 

At the end of the analysis, we stress that security practices are a product but are also one of the drivers of Caracas' historically segregated settlement and its reproduction. In the dominant discourse, a commingling takes place between the representations of insecurity and the most disadvantaged areas. We find therein the typical traits of socio-spatial segregation. There is a fine line between portrayal and stigma. Less through their forms than through their meanings, the security practices are affected by significant inequalities for many. Once established, the origin of insecurity - neighbourhoods, populations - presents with all the characteristics of a scapegoat, again underscoring their banishment (Douglas, 2001).

 

 

As a matter of fact, following the major demonstrations and lockouts in 2001-2002 and the coup d'état in April 2002, Garcia Guadilla re-erected these types of logic through defence practices in the crisis context.  She specifically pinpointed in Caracas the designation of an "external" enemy along classist, racist and political lines. The "community defence plans" intended for the middle classes and consulted by the author, state that "[translation] domestic staff, particularly day staff, should not be believed. Remember that many of them have been manipulated and that some of them are starting to see you as the enemy." ((2007: 149). Security practices widen the gap with various "others" construed as so many threats, whether "oligarchs", "savages", or "anti-democracy" - a fact particularly true in times of crisis - based on structuring divisions that tend to replay rather than emerge in a context of inequality and major confrontation. These practices bear the mark of the social and political tensions and disparities that frame them; they are a vector as well as a driver thereof today, front and centre on the urban stage won over by "security fever".

 

 

 

Conclusion

 

Insecurity translates into - but is also realized through - security practices and representations. Certain forms of appropriation of space, the impact of public policies, private initiatives or the type of urban landscape are the marks of these practices. But the representations that accompany these practices, and occasionally produce them, cannot be overlooked in as much as they help to signify them. The production of insecurity through links between practices and representations reproduces and reinforces certain aspects of social injustice.

 

Territorialization, associating tangible and intangible drivers, makes it possible to accentuate the cultural aspect and social statuses that intervene in the construction of the "crime discourse" (Caldeira, 2000) as well as in the nature and meaning of security practices. Territorialization helps to connect the security practices to a socio-spatial context, thus going beyond the simple observation of practices to understanding the logic of their construction and to rerecord them in the persistence of power relationships, diverging interests and singular games of scale.

 

 

Widespread and apparently homogeneous security practices are not incompatible with an unjust social order and underlying inequalities. In fact, all are not equally victims nor even exposed to urban insecurity. These inequalities do not necessarily become visible through surveillance, gates and fencing, the modification of territorial practices or the use of public spaces and mass transit. They more subtly but no less fundamentally translate into the different meaning given by the stakeholders to security practices, like resorting to weapons for self-defence (discussion with the commissioner of Baruta) or the completely relative importance placed on delinquency in working-class areas; on the other hand, using fear to leverage social and spatial regulation which enables certain social behaviours to take root (Pedrazzini and Sanchez, 1998) or legitimizes segregation, distancing, or indeed, stigmatization.

 

 

 

The master narrative of insecurity and the broad dissemination of security practices flattens inequalities and conflicts. However, the analysis of the incidental meaning that these practices cover (as developed by Douglas, 2001 or Wacquant, 2006 with regard to stigma, the outsider or the outcaste) makes it possible to see the deciding relationships of injustice that greatly pre-exist the emergence of urban insecurity as a fundamental question. Security practices produce the space. They are operational or instrumental when they legitimize actions or intentions (occasionally foreign to the problem of insecurity alone), and are performative when they give shape and meaning to reality. The criminal, like the malandro (Pedrazzini and Sanchez, 1998), and the security practices that follow in his wake inevitably echo all "the world's injustice" (Pedrazzini and Desrosiers-Lauzon, 2011), starting with that of Venezuelan society.


[1] The national statistical institute (INE) censuses distribute the population over 5 categories from A (richest) to E (poorest).

[2] Consideration is given here to the Observatorio Venezolano de la Violencia, social sciences laboratory at the Universidad Central de Venezuela, led by sociologist Roberto Briceño León; the Centro por la Paz y los Derechos Humanos, at the same university, directed by Ana María San Juan; or the NGO Paz Activa chaired by another sociologist, Luis Cedeño.

[3] Programa Venezolano de Educación-Acción en Derechos Humanos - Venezuelan education action plan in human rights.

[4] A participation-based, community-organized local institution that took over from neighbourhood associations in 2006 (Compagnon et al., 2009).

[5] Quotations on Santa Clara are drawn from an interview conducted on November 3, 2008, under the ANR - METRALJEUX program.

[6] One of the participation-based institutional mechanisms that allows the CC to apply for public funding and to manage those funds.

[7] Quotations on Horno de Cal are drawn from an interview conducted on December 9, 2008 (ANR - METRALJEUX).

[8] For values ranging from 0: Sense of absolute insecurity, to 1: Sense of total security. Responses were initially benchmarked from 0 to 5, but the results were standardized from 0 to 1 in order to calculate indices for all questionnaires.

[9] The quotations that follow are drawn from discussions related to the application of one part of the 118 questionnaires in the Santa Rosa barrio, with a local leader, in July 2005.

[10] Quotations and information on Chacao police are drawn from an interview conducted on November 27, 2008,  with a public relations officer (ANR - METRALJEUX).

[11] Quotations and information on the Baruta police are drawn from an interview conducted on November 6, 2008, with one of its commissioners (ANR - METRALJEUX).

 


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Pour citer cet article | To quote this document

Julien Rebotier, CNRS – Laboratoire SET, UMR 5603 (Université de Pau et des Pays de l’Adour)
«Pratiques de sécurité et inégalités à Caracas», [«Security practices and inequalities in Caracas», traduction : Sharon Winkler Moren, C. Tran. (ATIO)]
justice spatiale | spatial justice | n° 04 décembre | décember 2011 | http://www.jssj.org

 

 

 

 

 

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