n°01. Avis de naissance |
n°01. Birth Announcement

Frédéric Dufaux | Philippe Gervais-Lambony | Sonia Lehman-Frisch | Sophie Moreau

     C'est certainement par le mot « bienvenue » que nous avons envie d'ouvrir ce premier numéro de la revue "justice spatiale | spatial justice". Bienvenue aux lecteurs, bienvenue aux auteurs, bienvenue aux débats. Le contexte international, le contexte français (social mais aussi universitaire), nous donnent envie d'offrir ici un espace d'expression et d'échange sur des sujets qui nous tiennent à cœur.     La création de la revue scientifique "justice spatiale | spatial justice", repose en effet sur une conviction : l'espace est une dimension fondamentale des sociétés humaines qui le produisent, la justice sociale s'y déploie. Ainsi, la compréhension des interactions entre espace et société est essentielle à celle des injustices sociales et à la réflexion sur les politiques territoriales visant à les réduire.

 

     Initiée et animée principalement par des géographes, la revue "justice spatiale | spatial justice" accueille les travaux, les débats et les controverses autour du concept de justice spatiale en se fondant sur des rencontres avec des regards disciplinaires de sciences sociales et humaines différents (aménagement, urbanisme, sociologie urbaine, histoire, philosophie, sciences politiques...). Le projet de cette revue électronique internationale est née du désir de poursuivre et d'élargir les débats engagés lors du colloque « Justice et injustice spatiales » (www.justice-spatiale-2008.org), qui s'est tenu en mars 2008 à l'Université Paris-Ouest Nanterre La Défense (c'est-à-dire là où enseigna Henri Lefebvre et ce n'est en rien une coïncidence car nous affirmons ici les liens entre le concept de justice spatial et ceux de « production de l'espace » et de « droit à la ville »). Les discussions lors de ce colloque ont montré le besoin de poursuivre la réflexion sur les relations entre justice et espace, par-delà les frontières disciplinaires, linguistiques et culturelles. C'est à partir de quelques textes présentés lors de ce colloque, qui éclairent les différentes dimensions du concept de justice spatiale et ouvrent bien des débats sur sa définition, qu'a été élaboré ce premier numéro, et nous tenons à en remercier ici les auteurs : Lisa Brawley, Bernard Bret, Mustafa Dikec, Susan Fainstein, Peter Marcuse, Edward Soja. Les prochains numéros de la revue seront thématiques, le premier appel à contribution est lancé dans le présent numéro sur des questions liées à l'accès aux ressources.

 

 

 

     La justice spatiale a une importance majeure puisqu'elle constitue la toile de fond de la plupart des politiques d'action sur les territoires. Pourtant, la diversité des définitions de la « justice » (et des possibles « contrats sociaux » qui les légitiment) est grande et les objectifs poursuivis sont divers, voire contradictoires. Il paraît donc urgent d'éclairer le concept de justice spatiale, encore peu questionné (notamment en géographie, depuis les travaux de la géographie radicale anglophone des années 1970-1980), tant elle s'est imposée comme une apparente évidence.

     On peut considérer que les conceptions de la justice oscillent entre deux pôles, l'un centré sur les questions de redistribution, l'autre sur les questions de procédures de prise de décision. C'est pourquoi aujourd'hui la thématique de la justice spatiale présente à nos yeux une importance nouvelle pour les sciences sociales et pour la géographie, outre qu'elle soulève des questions cruciales sur l'utilité sociale de ces disciplines, parce qu'elle est fédératrice. En effet, selon l'approche adoptée, soit l'on est conduit à se poser des questions sur des distributions spatiales (de biens, de services, de personnes...) parce que l'on choisit une définition de la justice fondée sur une évaluation des « résultats », soit l'on est conduit à se poser des questions de représentations de l'espace, d'identités (territoriales ou non), de pratiques, parce ce que l'on fait le choix de réfléchir sur la dimension procédurale de la justice. En d'autres termes, se trouvent à la fois mobilisées des approches quantitatives et qualitatives. Cette convergence se fait à travers une réflexion sur les modalités de la prise de décision politique et sur les politiques conduites pour assurer de meilleures distributions spatiales. Le caractère potentiellement fédérateur du concept de justice spatiale va encore au-delà puisqu'il nécessite de mobiliser aussi pleinement les études environnementales. On est très proche en effet de la notion de « justice environnementale » est apparue dans les années 1970-1980 dans les villes nord-américaines, pour dénoncer les recouvrements spatiaux entre les formes de discrimination raciale et d'exclusion socio-économique, les pollutions industrielles et la vulnérabilité face aux risques naturels. L'émergence de la notion de développement durable a aussi favorisé une réflexion sur l'équité environnementale. Elle interroge notre rapport ontologique au monde, et la possibilité d'une politique juste articulée autour des besoins de l'humanité, présents et futurs, locaux et globaux, et de nouveaux modes de gouvernance. Enfin, est-il besoin de souligner que le concept de justice spatiale questionne aussi toutes les échelles d'étude, du global au local ?

     Dans un état d'esprit pluridisciplinaire, la revue "justice spatiale | spatial justice" est conçue pour promouvoir les débats entre auteurs et lecteurs. Elle vise aussi à faire mieux communiquer les univers scientifiques anglophones et francophones, d'où le choix du bilinguisme complet. Le support électronique permet par ailleurs de combiner - dans un même discours - texte, images et sons et d'innover en termes de formes. Enfin la revue fonctionne grâce à un ample réseau international qui assure la lecture et l'évaluation des textes soumis en vue de garantir un haut niveau scientifique. Nous attendons beaucoup de la combinaison du bilinguisme intégral et de l'appui sur un réseau scientifique (comité scientifique, comité de rédaction, correspondants) reconnu au niveau mondial. Notre objectif est clair et ambitieux, à la mesure de l'importance du sujet : faire que "justice spatiale | spatial justice" s'affirme rapidement comme une revue scientifique internationale de référence sur la thématique.

     A raison de deux numéros par an, la revue  comprend aussi une section « Espace public » dans laquelle nous souhaitons accueillir de textes de débat, d'actualité, comme celui proposé dans ce premier numéro par Christine Chivallon sur les événements actuels en Guadeloupe et des regards croisés (lectures confrontées de textes fondateurs sur la "justice spatiale | spatial justice" par un auteur francophone et un auteur anglophone).

 

ISSN 2105-0392

 

 

 

      « Welcome» is certainly the word we wish to use in this very first line of the very first issue of this new journal: "justice spatiale | spatial justice". Welcome to the readers, welcome to the contributors, welcome to debates. The international context as well as the French social and academic context (from where we speak) gives us more than ever the desire to offer here a space for expression and exchanges on a topic we strongly feel is important if not urgent.

     The creation of this scientific journal is based on the conviction that space is a fundamental dimension of human societies and that social justice is embedded in space. The understanding of interactions between space and societies is essential to understand social injustices and to reflect on the planning policies that aim to reduce them.

     The group of people, researchers and academics, who made "justice spatiale | spatial justice" possible consists mainly of geographers; however the objective of the journal is to explore debates and controversies concerning the concept of Spatial Justice through the different disciplinary perspectives within the human and social sciences (regional and urban planning, urban sociology, history, philosophy, political sciences...). "justice spatiale | spatial justice" is an international electronic journal whose concept was born in Nanterre, France, precisely where Henri Lefebvre taught, and this is in no way a coincidence as we acknowledge here the strong relation between the concept of spatial justice and the Lefebvrian concepts of production of space ("production de l'espace") and right to the city ("droit à la ville"). More precisely, the project of this journal arose from a desire to expand the discussions which took place at the "Spatial Justice Conference" held in March 2008 at the University of Paris Ouest Nanterre. It became clear at the conference that there is a need to continue the exchanges about the relationships between justice and space, beyond disciplinary, linguistic and cultural boundaries. This first issue is constructed with revised versions of texts presented at this conference and we wish to express our gratitude here to the authors: Lisa Brawley, Bernard Bret, Mustafa Dikeç, Susan Fainstein, Peter Marcuse, Edward W. Soja. Their contributions will allow the readers to explore the diverse dimensions of the concept of spatial justice, presented and debated here by some of the world's most renowned writers in the field. The next issues of the journal will be thematic; the call for papers for the n°2 can be found here and is articulated on the question of access to environmental resources and environmental justice.

     While spatial justice is the desired outcome of planning policies, the diversity of philosophical positions about "justice" has meant that the political objectives and outcomes of planning policies are frequently contradictory. Furthermore, the fact that the philosophical underpinnings of the concept of spatial justice are usually taken as given and have rarely been placed into question since the works of radical Anglo-American geographers in the 1970s and 1980s, means that an engagement with spatial justice is long overdue and urgent.

     Two contrasting concepts of justice have polarized the debate: the first focuses on redistribution issues, while the second is more concerned with decision making processes. We believe that the concept of spatial justice is of great value today to the social sciences and to geography in particular since it is a concept which transcends disciplinary boundaries. Furthermore, an examination of the implementation of spatial justice raises interesting methodological questions: justice is frequently evaluated on the basis of "results" or spatial distributions (of goods, of services, of people...), but increasingly research on spatial justice is also engaging with issues of representational space where identities and experiences constitute the process of justice. In other words, research on spatial justice mobilizes quantitative as well as qualitative approaches.

 

 

 

     The interdisciplinary potential of the concept of spatial justice is particularly important to environmental research. The idea of "Environmental Justice" emerged in the 1970s and 1980s in North American cities to engage with the overlapping processes of racial discrimination and socio-economic exclusion, industrial pollution and vulnerability to natural hazards. The emergence of the concept of sustainable development has fostered a debate on environmental fairness. It questions our ontological relationship to the world, and the possibility of a fair policy to address the needs of humanity, present and future, local and global. It also includes questions of new forms of governance. Lastly, it goes without saying that the concept of justice also questions space at all scales of study, from the global to the local.

 

 

     The journal "justice spatiale | spatial justice" is committed to interdisciplinary approaches and encourages cross-cutting research. Another primary objective is to create sustained linkages between the English-speaking and the French-speaking scientific communities. The journal is therefore completely bilingual. The electronic medium also has the potential to expand the traditional definition of the academic article since it enables the combination of text, images (static and animated) and sounds. "justice spatiale | spatial justice" is a peer reviewed journal with an editorial board constituted by a wide international scientific network.

     With the combination of full bilingualism (complete versions of the journal in English and French), and of the support of an internationally recognized global scientific network, we expect that "justice spatiale | spatial justice" will rapidly become a reference journal in this field.

     "justice spatiale | spatial justice" will appear twice a year, in addition to articles and book reviews, it will contain a section called "Public Space" where debates, discussions on the actuality (as the contribution in the present issue of Christine Chivallon on the recent events in Guadeloupe), and re-exploration (from different national points of views) of founding texts will be welcomed.

 


Bibliographie | References


Pour citer cet article | To quote this document

Frédéric Dufaux | Philippe Gervais-Lambony | Sonia Lehman-Frisch | Sophie Moreau
«n°01. Avis de naissance», [«n°01. Birth Announcement»]
justice spatiale | spatial justice | n° 01 septembre | september 2009 | http://www.jssj.org

   

 

Justice spatiale et environnement |
Spatial Justice and Environment

coordination | coordination :
David Blanchon, Université Paris Ouest-Nanterre La Défense, France | Jean Gardin, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, France | Sophie Moreau, Université Paris Est-Marne-La-Vallée, France

     Les interrelations entre les inégalités sociales et les inégalités en matière  d'environnement   marquent de plus en plus profondément les recherches scientifiques et les débats politiques. Ces questions ne sont pas posées dans les mêmes termes selon les espaces culturels où elles ont émergé; l'environmental justice nord américaine ni ne précède ni ne se confond avec l'écologie politique européenne. En revanche, il nous semble qu'elles sont aujourd'hui toutes marquées par la reconnaissance commune d'une situation de crise écologique : le sentiment d'une raréfaction des ressources et des aménités, et d'une généralisation des nuisances et des incertitudes. En conséquence, face à la généralisation des politiques de protection de l'environnement, la question de la justice (qui protège quoi, mais surtout pour qui et à quel coût ?) devient de plus en plus cruciale. A ce titre, la justice environnementale peut faire dialoguer les chercheurs qui croisent l'environnement d'une manière ou d'une autre dans leurs travaux sur la justice spatiale et ceux qui croisent la dimension spatiale dans leurs travaux sur les inégalités écologiques. Plusieurs axes de réflexion sont proposés.

 

Les échelles de la justice environnementale

     Les inégalités socio-environnementales spatialisées redoublent des phénomènes de ségrégation en générant des paradis qui cumulent les avantages, et des enfers qui concentrent les nuisances. Elles peuvent se décliner à travers les thématiques de l'accès aux ressources et aux aménités, et parallèlement du partage des risques et des nuisances, ou des échanges de biens ou de maux environnementaux. La complexité des dimensions de l'environnement pose le problème des indicateurs pour les mesurer, des étalons, monétaires ou non, inventés pour créer des marchés de l'environnement. Reste à déterminer dans quelle mesure ces inégalités peuvent apparaître comme justes ou injustes. Si la ville a représenté un observatoire privilégié pour analyser les formes de ségrégations spatiales, reste que dans les Nords comme dans les Suds, en milieu rural comme urbain, ces effets peuvent apparaître à des échelles d'analyse variées. N'est-il pas probable que des contradictions apparaissent, à savoir que des distributions de biens ou de nuisances regardées comme justes au niveau global, posent problème au niveau local, ou inversement ?

 

Justice et gouvernance 

     La justice environnementale ne participe-t-elle pas aujourd'hui de la modernisation écologique des pouvoirs ? Les moyens mis en œuvre pour construire de la justice oscillent entre deux pôles. D'un côté, la redistribution des avantages et des désavantages, dans une logique de marchandisation des biens environnementaux. De l'autre, les procédures de prises de décision, basées sur la reconnaissance de la diversité des acteurs. Ces deux approches ont leur validité et leurs limites. Doit-on insister sur leurs échecs et leurs contradictions, ou sur leur caractère complémentaire ? Ne doit-on pas s'interroger à la fois sur les mouvements sociaux locaux, articulant l'environnement à la dénonciation d'inégalités sociales, et sur les politiques conduites par les Etats, par des entreprises, des ONG ?

 

Quelles justices et pour quels environnements ?

     Théoriser la manière dont scientifiques et citoyens se rencontrent pour « Faire parler la nature » est une tendance actuelle des sciences sociales. Cette tendance tend à infléchir les modes de gouvernance environnementale contemporains et donne donc les outils pour rendre plus perméable la frontière entre science et politique... Mais permet-elle de penser des environnements sains, équilibrés et durables pour des sociétés plus justes, ou se contente-t-elle de justifier l'extension du domaine de la gestion managériale à la diversité des couples nature/culture? Ne faut-il pas alors questionner le caractère nécessaire et suffisant de la justice pour la préservation des bases biophysiques et sociales de la survie de l'humain sur la terre ? Peut-on imaginer un environnement sain dans l'état actuel des inégalités sociales, ou une société juste dans un environnement globalement dégradé ? Quelles utopies décrivent une société juste dans un « bon » environnement ? 

     Les résumés d'articles (3000 signes au plus) doivent nous parvenir au plus tard pour le 30 octobre 2009. Les articles rédigés devront être remis avant le 20 décembre 2009, pour inclusion dans le numéro spécial qui paraîtra au printemps 2010.

Contact :

contact@jssj.org

 

     The relations between social and environmental inequalities have come to play an important role in both scientific research and in political debates. The issues raised, formulated in different ways, are highly dependent on the contexts in which they have emerged. The North American "environmental justice movement" for example, did not precede European political ecology, nor did it develop the same methods and strategies. But debates within the different movements in existence today do all recognize a state of ecological crisis based first on a growing scarcity of resources and amenities and, second, on increasingly present environmental hazards and uncertainty. Given the widespread use of policies to protect the environment, questions of justice (who protects what, and above all, for whom and at what cost?) have become crucial. The field of environmental justice opens up a new space for  dialogue between, on the one hand, researchers whose work on spatial justice crosses with environmental questions and, on the other hand, researchers who encounter a spatial element in their studies on ecological inequalities. Several lines of reflection are proposed.

 

The Scales of Environmental Justice

     Spatialized socio-environmental inequalities reinforce segregation trends.  They encourage the creation of paradises abounding in all things good, and hells in which fester all things bad. These trends are inseparable from questions of access to resources and amenities, the sharing of risks and hazards, and the exchange of environmental goods and evils. The complexity of such questions confronts us with the challenge of finding appropriate indicators to measure them as well as of new standards, monetary or non-monetary, in the creation of an "environment market." Another question is whether these inequalities are to be considered as just or unjust.  While most analysis of spatial segregation has been carried out within cities, more wide-ranging study is needed.  In Northern as in Southern countries, in rural areas as in urban centers, environmental inequalities are observable at various analytical levels (local, global, etc.).  Is it not likely that discrepancies will appear among these levels? Might not some distributions of advantages and disadvantages usually considered at global levels, for example, be questionable at a local level (or the other way around)?

 

Justice and Governance

     The issue of environmental justice participates in the ecological modernization of governance. Supports for justice thus far in place oscillate between two poles. On the one hand, they focus on the redistribution of benefits and costs, adopting a logic that transforms environmental goods into marketable products. On the other, we find a process of decision making based more on the recognition of the diversity of participants. Both approaches have their advantages and limitations. Should we insist on their failures and their contradictions or rather on their complementarity? Should we not examine both larger institutional policies (of States, firms, NGOs) and the local organizations that consider justice as an integral part of protest by pointing out the overlap between social and environmental discriminations?

 

What Justices for what Environments? 

     A contemporary trend in social science attempts to understand and theorize the interaction between experts and citizens as they together try to "give a voice to Nature".  This trend has had an impact on contemporary models of environmental governance thereby providing the tools for increasing the permeability of the barrier between science and politics...  But does this shift really let us imagine healthy, balanced and sustainable environments linked to more just societies, or does it simply serve as justification for extending managerial treatment to new nature/culture frontiers? Should we perhaps question justice as the sole and sufficient means to ensure the social and biophysical survival of humans on earth? Can we imagine a sound environment in the present state of social inequalities, or a just society in an environment damaged on a global scale? Are there utopias that describe a just society in a sound environment?

Please send summaries of proposed articles (3000 signs at most) no later than October 30th, 2009. The deadline for submission of full articles is December 20th, 2009, for a special issue to be published online in spring 2010.

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Genre, identités sexuelles et justice spatiale |
Gender, sexual identities and spatial justice

coordination | coordination :
Teresa Dirsuweit, University of the Witwatersrand, South Africa | Claire Hancock, Université de Paris 12 Val-de-Marne, France

     Les inégalités genrées et les discriminations fondées sur les orientations sexuelles sont deux aspects notables de l'injustice. Dans certains pays la discrimination commence avant même la naissance, les avortements sélectifs conduisant à avoir un nombre disproportionné de naissances masculines dans des géants démographiques d'Asie. Quel que soit le niveau de richesse des sociétés, la pauvreté affecte sensiblement plus la population féminine. Le travail de reproduction sociale et les soins dispensés aux enfants et aux personnes âgées ou invalides sont inégalement répartis entre hommes et femmes, l'emploi salarié féminin étant souvent dévalorisé, et parfois hors d'accès.

     Les géographes féministes ont abordé ces questions depuis longtemps, et la production scientifique en anglais sur ces thèmes et bien d'autres est déjà abondante. La question de la justice y est souvent explicitement soulevée, d'autant plus qu'Iris Marion Young, une des grandes figures de la pensée de la justice, s'est également penchée sur les études de genre et la théorie politique féministe. On constate des convergences entre les recherches féministes et celles qui ont porté sur les "minorités sexuelles" (les gais, lesbiennes, bi- et transsexuels), qui ont pour objectif commun de mettre en cause des normes sociales porteuses de discrimination.

     Mais comment penser l'intersection entre justice spatiale et questions de genre? Le fait que, dans beaucoup de sociétés rurales traditionnelles, les femmes soient exclues de la propriété de la terre, alors même qu'elles y consacrent leur labeur, est un exemple des dimensions proprement "spatiales" de l'injustice. La féminisation de la pauvreté a pour corollaire que les femmes sont parmi les premières victimes de la ségrégation résidentielle ; elles rencontrent en outre dans leurs vies professionnelles d'autres formes de ségrégation, beaucoup des emplois et des lieux de travail les plus valorisés restant chasse gardée des hommes. Dans la plupart des sociétés on relève des contraintes sur la mobilité des femmes, leur présence dans les lieux publics étant perçue comme illégitime à des degrés divers, et leur faculté à aller et venir librement étant sujette à négociations. D'un autre côté, on pourrait interpréter comme une forme d'injustice spatiale envers les hommes le fait qu'une large majorité des détenus soient de sexe masculin, les hommes ayant plus de chances d'être emprisonnés que les femmes.

     Les injustices affectant les minorités sexuelles ont trait à une autre forme d'emprisonnement, le "closet", qui confine à la sphère privée, ou à des enclaves urbaines restreintes, l'expression publique des identités sexuelles, les pratiques qui y sont associées étant selon les pays plus ou moins criminalisées.

Si beaucoup de ces injustices sont plus criantes dans des pays en développement ou émergents, on ne peut les supposer absentes de pays plus riches ou occidentaux.

     Nous espérons recevoir des propositions d'articles sur toutes ces questions et sur les nombreux autres aspects des relations entre genre, identités sexuelles, et justice spatiale.

Les résumés d'articles (3000 signes au plus) doivent nous parvenir au plus tard pour le 30 novembre 2009. Les articles rédigés devront être remis avant le 20 mars 2010, pour inclusion dans le numéro spécial qui paraîtra à l'automne 2010.

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     Gender inequalities and discriminations on the basis of sexual preference are two obvious aspects of injustice. In some countries, discrimination starts even before birth, with selective abortion leading to a disproportionate amount of male births in Asian demographic heavyweights. The burden of poverty falls disproportionately on the female part of the population in all societies, however rich. Reproductive and care work are also unequally divided between men and women, while salaried work for women is often devalued, sometimes denied.

 

     Feminist geographers started addressing these and many other gender-related issues in English-speaking countries decades ago and the body of work produced is impressive ; the concern for justice is frequently explicit in such work, not least because Iris Marion Young, one of the most influential thinkers on the issue of justice, also dealt with gender difference and feminist political theory. There was a convergence between feminist lines of enquiry and those bearing on sexual minorities, gay, lesbian, bi and transgender groups, which also try to challenge discriminatory social norms.

 

     Yet how does spatial justice intersect with gender issues? The fact that women, in many traditional rural societies, are denied the right to own land even when they form most of labour, is one instance of specifically "spatial" dimensions of injustice. The feminization of poverty also means that women are among primary victims of residential segregation; in addition, they encounter other forms of segregation in their working lives, the masculinity of the most valued workplaces remaining entrenched. There are issues of constrained mobility for women in most societies, as their presence in public spaces is perceived as more or less illegitimate, and their right to come and go freely frequently has to be negotiated. On the other hand, the fact that an overwhelming majority of prison inmates are male could be interpreted as reflecting a spatial injustice affecting men, who are more likely to be locked up for crimes than women. Perceived injustices affecting sexual minorities tend to focus on issues of visibility in public, as minoritarian sexual practices are repressed, sometimes by law, and "closeted" - spatially restricted to the private sphere, or to small urban enclaves.While many of these injustices are most blatant in developing or emerging countries, neither are they absent from richer, Western ones.

 

 

 

 

     We look forward to receiving papers dealing with these and the many other aspects of gender and sexual identities which raise issues of spatial justice.

Please send summaries of proposed articles (3000 signs at most) no later than November 30th, 2009. The deadline for submission of full articles is March 20th, 2010 for a special issue to be published online in autumn 2010.

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Conditions de publication

La revue Justice spatiale | Spatial Justice est une revue scientifique bilingue, les articles et l’ensemble des rubriques sont publiés en français et en anglais.

Les auteurs sont encouragés, dans la mesure du possible, à envoyer leur article en français et en anglais, pour faciliter sa publication. Les traductions peuvent aussi être soumises une fois que l’article est accepté. Le comité de rédaction accepte également les manuscrits rédigés en espagnol et en portugais, à charge pour l’auteur, quand le manuscrit est retenu pour publication, d’en assurer la traduction dans l’une des langues de diffusion.

Les articles sont proposés au comité de rédaction selon les étapes suivantes :

1. L’auteur envoie son manuscrit par courrier électronique au secrétariat de rédaction : postmaster@jssj.org ou contact@jssj.org

2. L’article est soumis à deux lecteurs spécialistes du champ. En cas d’avis contradictoires, un troisième lecteur est désigné

.3. En cas d’avis favorable des lecteurs, leurs remarques sont discutées en comité de rédaction. Une synthèse des observations est communiquée à l’auteur, qui, le cas échéant, renvoie au secrétariat une version corrigée (mettant bien en évidence les modifications apportées).

Présentation des manuscrits

Les articles ne doivent pas excéder 7500 mots. Résumé (200 mots au maximum) et mots clés (5 au maximum) sont en français et en anglais

.Le titre est suivi des nom, prénom, qualité, affiliation et adresse professionnelle de l’auteur. Il est indispensable que les auteurs suppriment des articles soumis toute information ultérieure, susceptible de les identifier ou d’identifier leurs institutions de rattachement pour les lecteurs. Le secrétaire de rédaction s’assure de l’anonymation du manuscrit avant de l’envoyer pour évaluation. Toute la correspondance, y compris la notification de la décision du comité de rédaction et les demandes de révisions, est faite par courrier électronique.

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Les articles doivent être rédigés au format Word, (format Microsoft Word PC ou MAC en Times New Roman 12). La bibliographie suit le format Harvard (pour des exemples, voir le numéro 1 de Justice spatiale | Spatial Justice)

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The Justice spatiale | Spatial Justice journal is a bilingual journal: all the papers are published both in French and English. When possible, the authors are asked to send their paper initially in French and English to ensure that their text is published promptly. Translations can also be submitted once the paper is accepted. The Editorial Board also accepts the submission of papers in Spanish and Portuguese (if the manuscript is selected, the author is to ensure the translation into French or English).

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