Débats sur les inégalités environnementales. Une autre approche de l’environnement urbain

Current debates on environmental in/equities. Greening our urban spaces

Les crises écologiques et les épreuves environnementales font naître de nouveaux enjeux qui, à l’exemple international des réfugiés climatiques ou plus localement de la précarité énergétique, relient ostensiblement faits inégalitaires et situations environnementales. Il est  vrai que nous demeurons socialement inégaux au regard des attitudes et pratiques environnementales, autant que leurs effets affectent les sociétés et leurs territoires de manière non moins inégalitaire. Pour ces raisons au moins, auxquelles nous pourrions ajouter les préoccupations nouvelles pour la santé environnementale, nous assistons à ce jour en France à l’émergence du thème des inégalités environnementales et/ou écologiques, après néanmoins quelques incursions notoires : depuis le courant hygiéniste du XIXème siècle, jusqu’à quelques études statistiques dans les années 80.

Environmental disasters that create climate change refugees or closer to home energy rationing reveal just how intertwined the survival of our planet’ is with issues of social justice. It is impossible to ignore the social inequalities that divide us in terms of how we view attitudes and behaviours towards greening our lives. We can no longer ignore the fall-out from our lifestyle on other countries and societies. That is why as well as concerns about environmental waste and damage, the debate in France is growing. It began with an obsession with health and hygiene in the 19th century and  progressed onto statistical studies during the 1980s.

Des textes officiels en scandent l’importance potentielle depuis les années 2000 (Conférence de Johannesbourg en 2002 ; Stratégie Nationale du Développement Durable en 2003). Des recherches (infra), colloques et séminaires tentent d’en saisir les contours[1]. Toutefois, la France se caractérise par une ambition politique de résolution limitée sur ce thème (Theys, 2007) comparativement à d’autres pays, notamment anglo-saxons. Ceci s’incarne d’abord dans une valse hésitation sur la qualification même de ce qui fait inégalités environnementales et/ou écologiques. La définition la plus conventionnelle réduit l'analyse à l'exposition des populations modestes à des charges environnementales proportionnellement plus importantes. Certainement en réaction, nous trouvons aussi des acceptions plus amples et un peu fourre-tout (Laigle et Oehler, 2004), qui étendent à d'autres types d'inégalités dites environnementales et postulent leur cumul : inégalités liées à l’héritage et au marquage des territoires urbains, inégalités d’accès à l’urbanité et au cadre de vie, inégalités d’exposition aux nuisances et aux risques, et inégalités dans la capacité d’agir sur l’environnement et d’interpeller la puissance publique. Enfin, plus récemment, des définitions se sont davantage centrées sur les types d'impacts et leurs causes, par exemple celle proposée par Pye et al., dans un rapport pour la Commission Européenne (2008) : inégale répartition de la qualité environnementale (ouverte à la question des vulnérabilités sociales et impacts cumulatifs) ; inégal impact environnemental des différents groupes sociaux ; inégal impact des politiques environnementales sur ces mêmes groupes.

Official documents highlight the importance of this debate over the last decade (Johannesburg Conference in 2002; National Strategy for Sustainable Development in 2003). Research projects, conferences and seminars, all these initiatives are shaping the terms of debate[1]. Yet there remains in France an absence of political ambition to tackle the topic (Theys, 2007) compared to other countries, especially Anglo-Saxon ones. This partly stems from a problem of naming and defining the terrain: what do we mean by environmental in/equity? In the past there was a tendency to concentrate on local groups of residents who raised their voices about serious environmental issues that beset them. Broader more messy definitions (Laigle and Oehler, 2004) evolved as a reaction to this and incorporate other supposedly green inequities revealing how these accumulate; for example,  inheritance and property ownership in the city, access to facilities and quality of life, exposure to pollution and other urban risk factors as well as active citizenship, political activism and the ability to put pressure on politicians and hold them to account. More recent definitions tend to focus on impact and effect, such as that Pye et al offer in their European Commission report (2008) : these include discrimination in terms of how different residents’ can access a green lifestyle (where social exclusion exists) and the uneven effects of environmental policies on these same residents.

Bien que fort utiles pour poser quelques-uns des jalons de la réflexion, ces définition et acception ont, à l’exception peut-être de la dernière, pour point commun de n’aborder que  très partiellement les mécanismes et dynamiques à l’œuvre derrière les faits inégalitaires dans le domaine environnemental, singulièrement en ville (Faburel, 2008). Sans compter qu'elles laissent de côté l'explicitation des liens éventuels entre disparités, inégalités, iniquités, injustices... ou encore, qu'elles alternent de manière souvent indifférenciée dans l'usage des termes d'écologie et d'environnement. Comment alors, à partir de la seule exposition des populations, situer le rôle de l’environnement dans les mécanismes ségrégatifs ? Les inégalités environnementales et/ou écologiques ne seraient-elles que des inégalités sociales qui, face aux attributs physiques, chimiques… du cadre de vie, donneraient à voir d’autres facettes du produit historique des divisions sociales ? A l’inverse, de telles inégalités ne constituent-elles pas l’un des défis les plus difficiles à relever en raison de leurs composantes multiples, à la fois économiques, culturelles, sociales, psychologiques, écologiques (Emelianoff, 2006) ? Quels sont alors leur contenu (spécifique ?) ? Quelle pourrait être leur portée axiologique pour l’intervention urbaine ? Sous quelles conditions conceptuelles ? Avec quels moyens politiques ?...

Notwithstanding their value these definitions all share, except for the last one perhaps, a weakness, a reluctance to examine the mechanics at work behind the inequity that persists and contaminates contemporary urban life. Moreover they ignore possible connections between different types of social and environmental inequities or rather, they tend to grasp at different meanings of ‘environmental’ versus ‘ecological.’ How then when tackling a particular community can we disentangle the role that the environment plays in constructing discrimination in its various guises? This prompts a whole set of questions: aren’t these environmental inequities but the other side of the coin of social inequalities that cave in beneath the weight of our infrastructure (housing, transport) and pollution in our daily lives; and thus, show up social divisions amongst us and their historical continuity? On the other hand, aren’t these social divisions really the most challenging of all in virtue of their complexity, at once economic, cultural, psychological and environmental (Emelianoff, 2006)? What is their specific make-up? How do they influence the way we engage with our changing cities?  Can they inform our thinking about inequality and our options for intervening and taking action?

Le propos abordera ici ce qui nous semble être l’une de contraintes premières pour la mise en culture politique des inégalités environnementales en France : les conceptions en jeu de l'environnement (et de la justice) dans l'action urbaine. Il en va selon nous de la contribution de ce thème naissant à la transition socio-écologique des mondes urbains. A cette fin, le premier temps expose les grandes approches développées à travers le monde, en précisant tant que possible les conceptions dont elles sont porteuses, et les champs disciplinaires dont elles émanent principalement. Relayant alors, pour la France, une approche émergente, nous livrons, dans un deuxième temps, plusieurs résultats d’observations, de natures, objets et échelles différentes. Ces observations éclairent notamment les présupposés spatialistes et temporels de l’environnement. Sur cette base d'analyse, la 3ème et dernière partie expose quelques horizons et chantiers, cosmopolitiques, que cette nouvelle problématique pourrait inviter à ouvrir.

Our focus here is on what we consider to be the main hurdle in our attempt to outline a cultural politics of environmental injustice in France. Our aim is to review current formulations of environmental equity in the context of urban politics. It is hard to separate this out from the way our modern urban landscapes are making the transition to sustainable cityscapes. The next section takes a global perspective reviewing international and disciplinary approaches. The second section outlines an emerging French angle on the debate based on a range of observations and studies both quantitative and qualitative; many of these take on board notions of time and space. In the final section we offer further avenues for research and suggest a more cosmopolitan outlook for this field of inquiry.

 

 

1. Grandes approches des inégalités environnementales et/ou écologiques : une entrée socio-urbaine et territoriale en devenir

1 Thinking about inequity in social and urban landscapes

La présentation des approches se fera selon un ordre chronologique, qui se traduit donc également par des différences notables de concrétisation politique.

 

 

 

1.1 La justice environnementale : l’échelle locale de droits individuels et des effets subis

1.1 Environmental justice: the local picture

La première approche historiquement développée est celle de l’Environmental Justice. Qualifiée comme telle dès les années 1970 aux Etats-Unis, cette approche s’inscrit dans le sillage du mouvement pour les droits civiques et de la lutte contre les discriminations. Issue d’un mouvement social et militant, elle repose sur les preuves, tôt apportées (risques sanitaires, disparités d’espérance de vie…) d’une distribution inégalitaire, d’abord ethnique (populations à forte majorité noire, amérindienne ou latine), puis aussi économique, des populations face à de grands équipements structurants (cf. notamment Bullard 1983, 1990 et 1994).

Trying to place the various ways of thinking about environmental  in/equity on a time-line means rewinding to the 1970s when this term was first coined; it grew out of the Civil Rights movement and the struggle for equal rights. Environmental equity as a concept appeared in this period of social and political upheaval and activism; born from the body of evidence (health risks, mortality rates) regarding the various ways in which different social and economic groups (especially Blacks, Amerindians and Hispanics) were disproportionately affected by the unequal distribution of resources (see Bullard 1983, 1990 and 1994).

A la suite de ces différents travaux et des débats localement vifs qu'ils ont pu nourrir, le 11 février 1994, l’administration fédérale institutionnalisait l’Environmental Justice par l’Executive Order 12898 qui enjoint à toutes les agences fédérales, au premier chef à l’Environmental Protection Agency (EPA) : « d’identifier et de remédier aux conséquences des mesures qui auraient un effet disproportionné sur la santé et l’environnement des populations pauvres ou appartenant à des minorités raciales ». A ce jour, du fait de l’adossement premier de cette thématique à la réalisation des études environnementales réglementaires, l’outillage proposé s’applique encore très majoritairement aux sites d’entreposage et aux usines de traitement des déchets, aux industries chimiques, aux infrastructures de transports (routes et aéroports)… et ce quasi-exclusivement sous l’angle des pollutions, nuisances et risques subis ou probables.

On the 11th of February 1994 it became official: the US Federal Administration in the wake of these studies and the local discussions they gave rise to introduced the term of environmental equity into everyday parlance. Executive Order 12898 decreed that all federal agencies including the EPA or Environmental Protection Agency should ‘identify and remedy the effects of measures that disproportionately affect the health and living conditions of the poor or those who belong to ethnic minority groups.’ To this day, because of its grounding in studies that foreground regulation, this framework remains highly relevant when we consider waste storage depots and recycling sites, chemical plants, transport infrastructure (roads and airports), mainly in the context of the pollution they emit, potential or actual, as well as other risks  and nuisance.

L’importance politique octroyée dès le début aux questions ethniques guide pour beaucoup, aux Etats-Unis, une définition ostensiblement tournée vers le traitement équitable des minorités, d'abord ethniques (EPA, Environmental Justice Strategy, 1995). En outre, cette recherche de l’équité ne se fait pas simplement sous l’angle d’une justice distributive, centrée par exemple sur la remédiation par la compensation de handicaps et dommages environnementaux (à ce jour encore beaucoup sous l'angle des impacts sanitaires puisque la question des effets toxiques pour l’homme a précédé d’autres thèmes dans les études). Cette recherche de l’équité se fait surtout sous l’angle de l’engagement dans l’action (justice procédurale). En ce sens, fait marquant de cette approche, l’Executive Order de 1994 reconnait le droit à « l’autodétermination » environnementale (cf. Class Action).

The political dimension given from the very start to issues of ethnicity and race means that to a large extent, in the US this concern for treating ethnic minorities as equals has shaped the working definition (EPA, Environmental Justice Strategy, 1995). In addition, we find this commitment to equity not only in the realm of redistributive justice, in the context of compensation and damages claims. And yet, today, the weight given to health effects is a direct outcome of the issue of toxic waste receiving far more attention in research than other topics. This commitment to equity is particularly visible in grassroots activism and restorative justice: one indicator is the Executive Order of 1994 that recognises the right to environmental ‘self-determination’ (see Class Action).

Plus récemment développée dans d’autres pays, majoritairement européens (ex : Kruize, 2007 aux Pays-Bas) et surtout au Royaume Uni (Angleterre, Irlande, Ecosse…), cette approche s’y est détournée de l’iniquité ethnique, pour se saisir en premier lieu des vulnérabilités sociales face à l’environnement (Fairburn, 2008), et ce d’un point de vue général, ou face à certains objets en particulier : pollutions industrielles locales, qualité de l’air… Et, de nouveau, l’angle épidémiologique domine. Enfin, les soutiens officiels sont là aussi patents, avec comme exemple le premier rapport officiel de l’Agence Anglaise de l’Environnement sur Pauvreté et environnement (2003), et, à sa suite, l’insertion d’un indicateur de pauvreté dans la comptabilité environnementale nationale (UK Environmental Agency, 2007).

Most prevalent in European countries (see Kruize, 2007 in the Netherlands), especially the UK and Ireland, this working definition has moved away from racial discrimination to concentrate on social exclusion and  environmental issues (Fairburn, 2008) with a specific focus on industrial polluters and clean air campaigns. Again, there is a tendency to privilege epidemiology which we find in the UK: there it is sanctioned by official bodies such as the Environmental Agency’ and its report on Poverty and Environment (2003). Subsequently, it adopted a poverty indicator in its national policy (UK Environment Agency, 2007). 

Ces quelques différences nationales, par exemple en termes de catégories d’analyses (ex : plus ethniques / plus sociales) ne sauraient masquer un dénominateur commun : l’équité entre mondes individués à des échelles souvent infranationales et surtout locales domine dans l’approche de l’environnement. En outre, les conceptions de la justice y sont voisines, avec toutefois en Grande Bretagne une justice distributive aussi ouverte à la question des inégalités d’accès à certains biens et services environnementaux (ex : espaces verts), mais, par contre, une justice procédurale (ex : participation) moins ostensiblement placée au cœur de l'approche, du fait même de l'assise de son droit (common law).

These slight differences between countries, for example in how social and ethnic divisions are measured cannot hide a common factor: the way a concern for equity among nations at the local level tends to prevail in how we think about environmental issues. Certain parallels do exist among various legal approaches although the UK is especially known for redistributive justice that takes account of how different groups access benefits and services such as green spaces; while at the same time, coexisting side is a tradition of procedural law (participation, for instance) hovering on the margins  as well as common law.

Certaines disciplines sont alors particulièrement impliquées. Il s'agit tout d'abord d’une économie centrée sur la justice distributive et sur les évolutions théoriques qu’elle nourrit (Rawls, 1973), sur les capacités de défense, d’adaptation et de protection des individus et ménages, tel le modèle de Tiebout (« vote par les pieds », 1956) ou encore celui proposé par Hirschman en 1970 (Exit, Voice, Loyalty). Nous trouvons aussi la psychologie sociale nord-américaine, notamment par l’analyse des perceptions et représentations sociales des risques (cf. notamment Slovic, 2000), la géographie humaine (Cutter, 1995), notamment par l’étude des dynamiques urbaines (Ghorra-Gobin, 2000). Enfin, bien plus récemment, mais de diffusion fort rapide, l’épidémiologie développe une problématique dite d'inégalités environnementales, particulièrement sous l’angle de la toxicité d’environnements très localisés, voire, de plus en plus, d’atmosphères intérieures (cf. sur ce point le colloque AFSSET et IEP Paris, avril 2008).

We can detect the influence of economics and psychology here in the weight given to restorative justice and new thinking growing out of this (Rawls, 1973), or from the ability of citizens and neighbours to fight back as illustrated by Tiebout’s (1956) ‘vote with your feet’ model’ or Hirshman’s in 1970  (Exit, Voice, Loyalty). Many North-American studies draw on social psychology to investigate attitudes towards risk and their manifestations (see namely Slovic, 2000); on human geography (Cutter, 1995) to explore forces at work in urban settings (Ghorra-Gobin, 2000). And most recently but quite influential, epidemiological studies highlight environmental inequities when it comes to toxic waste dumping in specific settings and indoor pollution (see the Paris AFSSET and IEP conferences on this matter, April 2008).

Selon une grille identique, quelles sont maintenant les mobilisations disciplinaires et les conceptions tant de l'environnement que de la justice, déployées par la deuxième grande approche que l’on trouve développée à l’échelle internationale ?

If we now shift to the international playing field, which are the most relevant theories  and the most useful meanings of environment and equity for moving our thinking forward?

 

 

1.2 Les inégalités écologiques : l’échelle globale des modèles de développement et des impacts aussi générés

1.2 Going green: the global picture and development models

L’autre approche, non moins historique, développe une perspective bien plus macro-spatiale, donc macro-économique et macro-sociale, particulièrement centrée sur les relations entre Nords et Suds. Elle se saisi des types et niveaux de développement des pays (conditions de production, systèmes techniques, organisations sociales…) pour observer les conséquences écologiques des inégalités (internes) et écarts de pauvreté (externes). Elle cherche ainsi à montrer, d’abord par l’analyse des mécanismes économiques (dumping environnemental du libre échange, cf. Baumol et Oates, 1988), et plus récemment par celle des régimes politiques et types d’action (ex : défauts de réglementations environnementales nationales), les liens étroits qui unissent inégalités sociales, écarts de pauvreté et les situations environnementales/crises écologiques.

Another perspective adopts a more global less historical viewpoint; it fuses issues of place and space and pays attention to North-South relationships. A range of issues that confront developing countries are taken into account to explore environmental effects of both inequality and poverty. So by focusing on economic phenomena such as environmental dumping as a by-product of free trade policies (see Baumol and Oates, 1988) and more recent political defeats (such as the lack of regulation policies in some cases), the links between social inequalities, poverty and environmental disasters become clearer.

Nous y trouvons surtout l’abord des « effets du développement capitaliste sur les populations pauvres dans des environnements « verts » (agriculture, forêts) et encore dans des environnements qu’on pourrait appeler « gris » (« brown ») (urbains) » (Forsyth, 2003 cite in Villalba et Zaccaï, 2007, §6). Deux sujets sont ici particulièrement couverts. Tout d'abord le réchauffement climatique avec par exemple les rapports du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat qui montrent que les pays les plus pauvres représentaient en 2004 37 % de la population mondiale, mais 7 % des émissions de CO2, contre un rapport 15 % / 45 % pour les pays les plus riches. De même, les impacts très inégaux des catastrophes naturelles sont montrés. Par exemple, si, entre 1984 et 2004, à quantité comparable de population, les pays riches ont été frappés pas un nombre d’évènements catastrophiques proche à celui des pays pauvres, il y a eu 900 000 victimes dans ces derniers, contre 75 000 dans les premiers (Guha-Sapir et al., 2004, cite in Laurent, 2009).

To begin with, let us consider the ‘effects of capitalist development on the poor in green (farming land, forests) and in so-called grey or brown landscapes’ (Forsyth, 2003 cited in Villalba and Zaccai, 2007, paragraph 6). There are two crucial topics, first global warming mentioned by the inter-governmental expert group’s report on climate change. This reveals how in 2004 the poorest countries made up 37% of the world’s population and produced 7% of CO2 emissions compared with an equivalent of 15% / 45% for the richest nations. Next, the report also documents the very uneven repercussions of natural disasters: thus while between 1984 and 2004 the number of natural disasters to hit both rich and poor nations was fairly equal, 900 000 inhabitants suffered in the latter compared with  only 75 000 among the former (Guha-Sapir et al., 2004, cited in Laurent, 2009).

Comme la précédente, cette approche considère donc les impacts subis par les sociétés, mais de facture peut-être plus amples (accès à l’eau potable, désertification, biodiversité…). Surtout, elle traite également des impacts générés non seulement par les politiques mises en œuvre, mais aussi par les modes de vie. Par exemple, à ce jour, un grand nombre de travaux visent à construire des indicateurs pertinents pour révéler, comparer et projeter les effets des pratiques émettrices de gaz à effet de serre. Au titre des études un peu représentatives, le travail de Pye et al. (op. cit) montre empiriquement que les ménages européens pauvres (foyers monoparentaux, bas niveau de revenu, inactivité de la personne de référence) ont un bien plus faible impact sur l’environnement. De même, mentionnons celui de Diamantapoulos, Schlegelmilch, Sinkoviks et Bolhen (2003) montrant le poids déclinant des critères sociodémographiques, cette fois dans la consommation dite verte. Nous trouvons aussi cette perspective centrée sur les impacts générés par les modes de vie à des échelles bien plus réduites, telle celle de Dozzi, Lennert et Wallenborn (2008), menée en Belgique à partir de données relatives à la consommation et aux dépenses des ménages pour diverses formes d’énergie, pour l’eau de distribution… ou encore pour l’alimentation, sa production, son transport.

This perspective like the first one outlined above takes account of social impact especially the higher price to be paid when it comes to access to clean water, encroaching deserts, biodiversity and consumerist lifestyles. Thus many on-going studies seek to measure the output of greenhouse gasses; we can cite Pye et al’s work (mentioned above) which shows empirically how poor Europeans (single parent, low income or unemployed households) have a far lower carbon footprint than others. In this vein the work of Diamantopoulos, Schlegelmilch, Sinkoviks and Bolhen (2003) illustrates the decreasing relevance of socio-demographic factors in green consumption habits. This focus on how much waste our consumerist lifestyles generate also appears in the work of Dozzi, Lennert and Wallenborn (2008) carried out in Belgium at  a micro-level: they looked at energy consumption and household spending on water and food including production and delivery costs.

Outre que les inégalités que cette approche se propose de traiter sont dénommées non plus environnementales mais écologiques, c’est une autre conception de l’environnement qui la fonde, moins basée sur la commensurabilité des valeurs de l’environnement (preferences-based approaches) que sur des rights-based approaches (Martinez-Alier, 2002). De même, si la tentative de prise en compte tant des impacts subis que des impacts générés témoigne de l’abord holistique propre à l’écologie scientifique, la conversion de ces impacts en termes de droits et devoirs des sociétés (Emelianoff, 2006) propose des conceptions de la justice quelque peu différentes (Dobson, 1998) : une justice bien plus sociale (centrée sur les modes de vie), et plus procédurale (centrée sur l’implication citoyenne), que strictement économiquement (re)distributive. Elle participe donc de l’ambition de tendre rapidement vers une action publique plus refondatrice que simplement corrective ou compensatrice. Le récent article de Flipo et Gaudillière (2009) sur la croissante verte et les utopies technocratiques s'inscrit dans cette mouvance, singulièrement plus critique que la précédente.

This alternative way of understanding what we mean by environmentalism takes account of green discrepancies and is more founded on ‘rights based approaches’ (Martinez-Alier, 2002) than on ‘preferences-based approaches’. Converting these effects into notions of social rights and responsibilities (Emilianoff, 2006), which incorporate both cause and effect, offers some new legal pathways (Dobson, 1998): namely a more social and procedural legal framework (linked to lifestyle and citizenship) rather than merely redistributive. This  is a pathway that gravitates towards local activism and grassroots initiatives and offers real possibilities of consensus-building instead of mere compensation as a remedy for misdeeds. Flipo and Gaudillière’s article on green growth and technocratic utopias belongs here, revealing as we can see a far more critical take on the matter than the previous standpoint.

Cette approche suscite à ce jour autant de réflexions et de travaux que la précédente. Elle s’appuie toutefois pour beaucoup sur le courant scientifique de la Political Ecology. Nous y trouvons bien plus représentées l’économie écologique, l’anthropologie (Johnston, 1994), une géographie politique, ou encore le droit international (Cooper et Palmer, 1995) et les sciences politiques. En outre, assez logiquement, ces travaux émanent aussi bien plus d’institutions internationales (ex : PNUE), de mouvements altermondialistes…

This strand shows itself as rich and productive as the previous one, relying heavily on debates in Political Ecology from economics and ecology, anthropology (Johnson, 1994), political geography, international law (Cooper and Palmer, 1995) and political science. Much of this work clearly grows out of international bodies (for example, PNUE) and climate change campaigners.

Ainsi, au-delà de leurs termes communs (inégalités, injustices, vulnérabilité…), ces deux approches différent grandement, avec par exemple une entrée épidémiologique des risques pour la 1ère, et plus sociale ou encore écologique pour la 2ème. Les disciplines mobilisées peuvent être décrites comme peut-être moins normatives pour la deuxième, mais bien plus porteuses de volontés de changement politique, avec ici indéniablement des positions différentes sur la distribution des droits et devoirs. Ces différences traduisent autant qu'elles nourrissent des conceptions assez différentes de l’environnement (et de la justice) : par les pas de temps qu'elles impliquent, notamment pour les modalités non moins différenciées de régulations proposées ; par les échelles spatiales de référence, bien plus micro-spatiale pour la 1ère , centrée sur les individus et leurs collectifs locaux, et plus macro-spatiale pour la seconde, impliquant alors d'autres organisations sociales et conceptions attenantes de la justice (plus sociale et procédurale).

Thus beyond their common frames of reference, discrimination and social exclusion, both these perspectives differ in that the first incorporates a more epidemiological risk-focused approach; and the second, a more social or ecological analysis. The second is perhaps a more political take on rights and responsibilities. In fact, both betray quite distinct understandings of environment and equity owing to the timeframe they consider, the regulatory practices and measures they investigate (far more local in the first, and more global in the second).

Sur cette base d'analyse, articulant objets, disciplines, échelles et conceptions, tentons de qualifier l'entrée, encore embryonnaire, socio-urbaine des inégalités environnementales et/ou écologiques en France.

So the next question is: how do these debates play out on French soil?

 

 

1.3 Vers une entrée socio-urbaine : le territoire comme creuset ?

1.3 Placing landscape at the heart of a social and urban approach

A priori bien plus récente, une troisième non plus approche mais acception existe. Elle s’écarte de l’entrée d’abord infranationale, voire micro-locale, de l’Environmental Justice, ou encore la perspective macro-spatiale des inégalités écologiques de développement. Pour premier constat, cette acception développe une entrée d’abord méso-spatiale : agglomérations, espaces régionaux… Rencontrée en France, ainsi qu’en Belgique et parfois en Allemagne, cette acception demeure largement à construire, même si il y a pu avoir quelques tentatives remarquables, notamment en France dans les années 1980 (infra).

And now, for the third way, seemingly new, adopting neither the micro, local lens of environmental equity, nor the macro, global lens of development studies. This path navigates the suburbs and regions of France, Belgium and Germany via a planning and design route: still in its infancy it held in the France of the 1980s a lot of promise.

Trois grandes orientations structurent à ce jour ces débats naissants. La question des disparités et de leur spatialisation constitue sans conteste la première, et plus particulièrement, en ville, leurs liens avec les spécialisations économiques des espaces, la distribution des revenus, les fonctionnements des marchés foncier, immobilier…, et ainsi une ouverture vers l’analyse des ségrégations socio-spatiales. Toutefois, il n’existe pas d’étalon unique de mesure qui permettrait d’appréhender les disparités, leurs écarts et articulations. Travailler sur les cumuls a alors été proposé comme une solution intermédiaire, puisque les inégalités environnementales et/ou écologiques ne sauraient être indépendantes d’autres inégalités. Mais, au moins un manque freine cette première perspective. Il demeure un déficit d’intégration des problématiques sociales et environnementales, que les réflexions et initiatives motivées à ce jour par le développement durable ne comblent pas (Charles, Emelianoff, Ghorra-Gobin, Roussel, Roussel et Scarwell, 2007). Cette difficulté implique aussi un autre constat, plus disciplinaire : un manque d’approches et lectures sociologiques sur de telles inégalités. Il en découle que, question très fréquemment évoquée, les mécanismes de cumul d’inégalités de natures potentiellement différentes restent difficile à appréhender et à comprendre précisément, et ce malgré un constat partagé de tous – la concentration spatiale de contraintes environnementales coïncide avec une disqualification sociale de l’espace.

Three features stand out; first, the issue of inequity in urban landscapes, linked to –  the local economy, income distribution, property markets which leads us to consider social segregation in terms of housing and accommodation. Yet there is no single measure for these discrepancies: a lot of work aggregates these differences because clearly they do not exist in isolation from other inequalities but this remains a far from satisfactory approach. The main problem is how to integrate social and environmental factors (Charles, Emelianoff, Ghorra-Gobin, Roussel, Roussel and Scarwell, 2007), which sustainable development theories and projects fail to acknowledge. Really, this stems from a lack of sociological awareness. As a result the way these inequalities are often cumulative and get piled together means the complexity this creates in any given context is often poorly analysed and this, despite researchers and policy-makers aware how these issues affect the impact of environmental regulation in different settings.

Une deuxième orientation estime alors que le territoire (socio-économique et politique) est potentiellement le creuset, donc intégrateur, de ces disparités et cumuls divers. Mise en œuvre sur certains espaces « emblématiques » (2ème partie), cette autre orientation se déploie, en France, dans plusieurs directions, allant :

A second feature holds that landscape, in its political, social and economic make-up is in fact the repository for these inequalities. As we shall see in the next section through several case studies certain traits leap out. This knowledge derives in French at least from statistical studies carried out by geographers and economists:

- de constats statistiques de disparités socio-économiques et urbaines face au cadre de vie en général dans des agglomérations ou régions urbaines (de Palma, Motamedi, Picard et Waddell, 2007 ; Ouharon et Tovar, 2008), face à des charges environnementales particulières, mobilisant notamment l’exploitation de valeurs immobilières (Faburel et Maleyre, 2007), ou encore à partir d’enquêtes de perception de qualité de l’environnement (infra)…

– on the one hand, from lifestyle studies in various urban settings of socio-economic inequalities (de Palma, Motamedi, Picard and Waddell, 2007; Ouharon and Tovar, 2008), including the property market, for example (Faburel and Maleyre, 2007); or from studies of attitudes towards living a greener life 

- jusqu’à des analyses plus compréhensives de configurations territoriales et morphologies urbaines jugées génératrices d’inégalités environnementales (infra), ou l’étude de la portée environnementale (inégalitaire) de certaines actions de requalification, reconversion… dans certains territoires (ex : Schmitt, 2007).

– on the other hand, from studies of place especially urban settings that contribute to inequality as well as the impact of certain reconversion initiatives on the environment (Schmitt, 2007).

Ici, des unités territoriales prédéfinies conditionnent pour beaucoup les lectures développées surtout par la géographie et/ou par l’économie, avec dès lors une forte inclination macro-spatiale et statistique, que les termes de disparités ou encore de vulnérabilité traduisent.

 

Enfin, une troisième orientation questionne quant à elle les principes même de l’action :

A third feature is the tendency to question the factors that lie behind certain environmental campaigns. These include:

- la responsabilité des acteurs ; singulièrement de la puissance publique centrale (Diebolt et al., 2005, p. 14), avec des travaux d’analyse historique des décisions ayant pu concourir à la concentration de charges environnementales sur certains espaces (Guillerme, Jigaudon et Lefort, 2004 ; Lefort-Prost, 2007);

– individual responsibility; the role of central government (Diebolt et al, 2005, p.14) including historical factors that weigh more heavily, environmentally speaking in certain areas than others (Guillerme, Jigaudon and Lefort, 2004; Lefort-Prost, 2007)

- l’équité territoriale, voire intergénérationnelle, puisque « de telles questions devraient activer, sur des questions écologiques, des débats sur les figures de l’égalité, de la justice ou bien encore de l’équité » (Villalba, Zaccaï, 2007, §3) ;

– issues of land ownership and equity, often inter-generational since ‘these types of questions should when it comes to the environment foster debate concerning equity and fairness (Villalba, Zaccai, 2007, paragraph 3)

- ou encore la solidarité entre territoires (Laganier, Villalba, Zuindeau, 2002), en fonction notamment des parcours, héritages et moyens locaux de (ré)action face aux inégalités de développement des territoires.

– issues of solidarity between regions (Laganier, Villalba, Zuindeau, 2002) often linked to growing awareness of heritage as a resource

Dans cette (re)lecture des principes de l’action, nous trouvons notamment la question des effets inégalitaires voire ségrégatifs de certaines interventions pourtant mues par des ambitions louables : expériences étrangères de quartiers durables (Emelianoff, 2005), actions de protection des centres historiques pour des raisons patrimoniales (Le Blanc, 2008)… ou encore la fiscalité verte (ex : bonus écologiques) et les politiques énergétiques[2]. La science politique ou encore l’urbanisme et l’aménagement trouvent alors ici à s’impliquer aussi, mais de manière à ce jour encore fort embryonnaire.

Thinking about what leads people and communities to mobilise and take  action it is hard to ignore the way that certain initiatives despite their laudable intentions in fact contribute to environmental inequity. For example, studies of neighbourhood (Emelianoff, 2005), heritage and conservation projects in historic towns (Le Blanc, 2008) or even green taxation (for example, environmental bonuses) and other energy policies[2]. These initiatives are beginning to draw inspiration from political science, urban and town planning.

Malgré les incursions déjà réalisées, les trois grandes orientations de cette entrée socio-urbaine soulèvent peut-être plus de questions qu’elles n’apportent de réponses. Certes, les deux autres approches présentées, même si d’apparence plus stabilisées, n’en sont pas moins à ce jour aussi confrontées à des questions théoriques d’importance. Par exemple, en raison principalement des conditions d’émergence et de déploiement de la justice environnementale, qui impliquent particulièrement la culture nord-américaine pour laquelle la qualité de vie ne peut être directement urbaine (cf. Pincetl, 2005, p. 210), nous trouvons des découpages pas toujours clairement explicités à l'étranger entre iniquités, inégalités et injustices environnementales. Toutefois, pour l'approche socio-urbaine, des accolements fréquents attestent de la grande instabilité du contenu, par exemple entre les termes de risque, de vulnérabilité, de disparités territoriales, de justice environnementale, d'équité spatiale, d'inégalités écologiques… Au point que, laissant fréquemment songeurs, nous ne savons pas vraiment quelle est la spécificité réelle (existe-t-elle ?) des inégalités environnementales par rapport aux inégalités sociales.

The three features of this social urban strand then perhaps raise more questions than answers. The first two perspectives presented here while apparently more established than this last one, come up against some theoretical dilemmas. One of these is to do with contested meanings of inequity in an environmental context in many countries except perhaps in North America where the widespread assumption that a quality lifestyle can only be an urban one means there is more acceptance of what environmental equity consists of (see Pincetl, 2005, p.210). However, when it comes to the social urban perspective we have just described, it is clear that these meanings remain contested: for example, what do we mean by risk, social exclusion, regional differences, environmental equity, access to green spaces and natural resources? What we face is uncertainty regarding the link between social and environmental discrepancies.

Ici, plusieurs recherches accomplies dernièrement en France aident toutefois à pointer quelques faits marquants, traits distinctifs, éléments éventuellement communs… singulièrement sur le poids exercé par les conceptions historiques de l’environnement, et ainsi sur les objets, échelles et disciplines à considérer.

Yet there is hope for some recent work in France highlights certain features and common traits that shed new light in particular, on how a historical legacy shapes our environments. 

 

 

2. Les inégalités environnementales : la question centrale des échelles spatio-temporelles

2. Environmental inequity: geographical and historical case studies

Des études descriptives, produites à l’échelle nationale par l’Etat et désormais à l’échelle locale par des collectivités territoriales, s’inscrivent dans la continuité de celles réalisées dès les années 80. Par exemple, les populations modestes étaient, en 1986, proportionnellement quatre fois plus exposées à des niveaux sonores gênants (Enquête nationale de gêne due au bruit des transports, INRETS, 1988). De même, un quartier d’habitat collectif de banlieue avait au tournant des années 1990 une probabilité 4 fois supérieure d’être traversé par une voie rapide (cité in Theys, 2002). Les études plus récentes portent quant à elles plus sur les risques industriels et les risques d’inondation. A l’échelle locale, des travaux ont surtout été menées sur les départements d’Outre Mer (Antilles, Réunion et Guyane), la région Nord-Pas-de-Calais et le département de Seine-Saint-Denis. Elles montrent que les populations pauvres y sont proportionnellement plus localisées à proximité de sites miniers, d’industries chimiques et des sites de sols pollués officiellement recensés (Institut Français de l’Environnement - IFEN, 2006 ; Commission des comptes et de l’économie de l’environnement - CCEE, 2008).

Since the 1980s a set of national government funded studies have sought to map environment change. Thus in 1986 lower income groups were proportionally four times more at risk from noise pollution (National Survey on traffic noise pollution, INRETS, 1988). Similarly, around 1990 people living on an estate in city outskirts were four times more likely to see their neighbourhood crossed by a high speed railway (cited in Thyes, 2002). More recent small-scale studies especially in France’s overseas territories (in the Caribbean, Reunion Island, Guyana), the Nord-Pas-de-Calais region and the Seine-Saint-Denis département have looked at industrial pollution and the hazard of floods. These show that lower income groups tend to live closer to mining sites, chemical plants and toxic wastelands (French Institute for the Environment, IFEN, 2006; Commission for Accounting and Environmental Economics CCEE, 2008).

Ces résultats restent cependant parcellaires et fragiles, notamment parce qu’ils ne portent généralement que sur les expositions des populations, sans considérations de ressentis par exemple (cf. Introduction) et sur des échelles (trop) larges. Des études complémentaires, plus qualitatives, ont alors été conduites. L’observatoire national des Zones Urbaines Sensibles (ZUS) a par exemple montré la situation particulièrement pénalisée de ces zones en termes de nuisances, pollutions et risques environnementaux (Choffel, 2004). Néanmoins, ces déclarations de ressentis demeurent encore largement limitées. Leur construction par les nomenclatures officielles et périmètres institutionnels n’y est pas étrangère, avec notamment des rapports sociaux à l’environnement interprétés grâce à des perceptions et pratiques attachées à un seul espace (le quartier), ou encore une problématique « logement » qui n’épuise pas, loin s'en faut, les questions territoriales de l’environnement. Or, plusieurs recherches récentes apportent des éclairages intéressants.

These results however remain partial because they emerge from residents’ perceptions, fail to take environmental impact into account (as mentioned in the Introduction) and cover too broad an area. More qualitative studies have since been conducted; the national observation of ‘sensitive urban zones’ (ZUS), for example, shows how vulnerable these spaces are to pollution, spills and other forms of environmental damage (Choffel, 2004). However, concern for these at risk landscapes is not yet widely shared. Partly to blame is the fact that these risks are often couched in official and bureaucratic language or else the attendant risks are confined to particular neighbourhoods, or reduced to issues of housing that do not really go far enough and ignore the wider environmental picture. Yet some recent research casts a fascinating light on this matter.

 

 

2.1 Explication par les configurations urbaines : une articulation des échelles de temps

2.1 Mapping history in urban contexts

Partant du constat du manque d’approches prospectives et dynamiques des territoires, Laigle (2005) propose un abord double des inégalités environnementales et / ou écologiques, la première consistant à rendre compte d’une « géographie des inégalités écologiques », afin de mettre en évidence certaines superpositions voire cumuls spatiaux, et la seconde à analyser les dynamiques territoriales, en vue d’identifier les types d’effets en chaîne liées aux trajectoires territoriales. Pour la 1ère approche, l’auteur propose deux cas d’étude : la région Nord-Pas-de-Calais et l’agglomération lilloise. Plusieurs de ces espaces sont marqués par un lourd héritage industriel et une période de désindustrialisation qui « ont conditionné les formes successives du renouvellement des populations, leurs conditions sociales, mais aussi une urbanisation très dense qui en voulant intégrer l’industrie et le commerce dans la ville s’est bâtie en partie contre l’environnement. » (Laigle, 2005, p. 7). Cette approche, inscrite dans plusieurs initiatives politiques reliées (Agenda 21, Atlas…), est identique à celle mise en œuvre par les services de l’Etat (supra). Une concordance des inégalités sociales et disparités environnementales y est de nouveau remarquée, avec, sans grande surprise, des communes industrielles particulièrement exposées aux risques technologiques et à la pollution, ou encore des quartiers en difficulté marqués par des atteintes à l’environnement de proximité. Fait peut-être plus nouveau, des inégalités de santé, pour certaines liées à l’environnement, sont suggérées, avec, ici, des liens étroits à la qualité des logements (par exemple dans le territoire roubaisien), notamment sous l’angle de la précarité énergétique (cf. Devalière, 2008).

Laigle (2005) advocates taking geography and landscape into account in order to make up for the way that regional differences have so often been neglected. He offers two suggestions: one is to look at specific neighbourhoods and their green settings; the other is to consider how certain urban and industrial landscapes construct environmental inequities. Laigle addresses both these prongs in a number of case studies including the Nord-Pas-de-Calais region and Lille and its suburbs. These former industrial areas have suffered the fate of many and have ‘shaped a whole slew of phenomena from  social conditions and urbanisation to high population density; the  combination of business and industry has taken its toll on the local environment’ (Laigle, 2005, p.7). This is a familiar pattern seen again and again in many policies (Agenda 21, Atlas) and one promoted by  central government. It is hard not to ignore once again the link between social and environmental disparities, especially the way some urban neighbourhoods are particularly at risk from toxic waste, pollution and other hazards from nearby chemical or industrial plants. On top of this come housing and health inequalities (especially in the vicinity of Roubaix) and the risk of gas and electricity shortages and rationing (see Devalière, 2008).

Dans une perspective plus dynamique, la seconde approche visait l’analyse territoriale des dynamiques urbaines génératrices d’inégalités environnementales et/ou écologiques. L’auteur propose quatre cas d’études : territoires caractérisés par un héritage industriel lourd (agglomération de Lille), territoires d’attractivités économique et résidentielle (agglomérations d’Aix-en-Provence et de Toulouse), territoires d’expansion multipolaire (agglomération de Strasbourg). Il ressort globalement de l’analyse deux types de configurations, propices selon l’auteur à des enchaînements cumulatifs : « des configurations où l’urbanisation passée imbriquée à l’industrialisation a eu pour effet : une fragilisation sociale, une dégradation du cadre de vie, conduisant à une reconversion économique et urbaine difficile » ; « des configurations caractérisées par une attractivité économique et résidentielle, fondée sur la qualité du cadre de vie, qui peut renforcer les facteurs sélectifs d’accès à l’urbanité et paradoxalement détériorer la qualité de l’environnement. » (Laigle, op. cit., p. 11).

Some of Laigle’s other case studies focus on urban settings that can contribute to environmental inequity. These fall into three categories: areas such as Lille and its outskirts with its industrial heritage, cities such as Aix-en-Provence and Toulouse known for their expanding business and housing developments, and booming cities such as Strasbourg. Laigle (2005, p.11) highlights two trends when he comments; ‘the waning historical link between urban development and industrialisation has taken its toll on the social fabric of cities and on residents’ quality of life posing tough challenges for economic regeneration,’ and ‘the dependence on economic activity and the building of new housing often puts huge pressure on our cities.’

A ce stade, au moins un grand enseignement peut être tiré de ce travail. Les parcours, trajectoires, héritages… locaux, ainsi que les axes prioritaires et les dynamiques de l’action territoriale contemporaine sont à placer au coeur de l’analyse des inégalités environnementales ou écologiques. Les situations actuelles d’inégalités présentées ici comme écologiques découleraient donc en grande partie de l’épaisseur du temps. Pour autre preuve, les travaux déjà évoqués sur l’héritage industriel de la Seine-Saint-Denis, entre 1850 et 2000 (Guillerme, Jigaudon et Lefort, 2004), desquels il ressort un véritable phénomène, historique, de discrimination et de ségrégation environnementale et sociale, en raison notamment des choix réalisés par les pouvoirs publics, et ce malgré plusieurs grands projets et programmes récents de requalification.

It seems vital then to include a local and a historical perspective when trying to make sense of how landscapes evolve over time and fashion environmental inequity. History is clearly a key consideration as  research  on  the industrial area of the Seine-Saint-Denis department between 1850 and 2000 indicates (Guillerme, Jigaudon and Lefort, 2004). This work illustrates just how significant a part decisions made by local and central government played in recent regeneration programmes and how these exacerbated social and environmental divisions between residents and neighbourhoods.

 

 

2.2 Explication par les milieux et systèmes de valeur : articulation des échelles spatiales

2.2 Mapping space

Reprenant l’idée de cumul entre disparités, Deboudt, Deldrève, Houillon et Paris (2008) observent quant à eux un territoire plus étroit, littoral : le quartier du Chemin Vert à Boulogne-sur-Mer. Celui-ci est marqué par ses liens avec le développement du transport maritime, du tourisme, de l’économie portuaire et résidentielle, et alors par des espaces de haute valeur écologique. A cette fin, les auteurs mobilisent la géographie, l’aménagement et la sociologie, pour réaliser : plusieurs études documentaires (ex : différentes étapes de la construction historique de ce quartier), mais aussi une enquête sur les aménités (notamment sur la possibilité de jouissance du milieu naturel). Cette étape reposait sur des observations des usages du rivage boulonnais et des rassemblements associatifs du quartier, des entretiens semi-directifs auprès de résidents et de quelques informateurs privilégiés (bailleurs, personnels de la mairie, travailleurs sociaux).

If we now turn to a different landscape, a coastal landscape, that of the seashore, and specifically that of the Chemin Vert area of Boulogne-sur-Mer, then we can start to think about the links between urban development and shipping, tourism, a port-based economy and housing policy, with a high proportion of green spaces  (Deboudt, Deldrève, Houillon and Paris, 2008). Deboudt and colleagues draw on several disciplines (geography, urban planning and sociology) in their research on the building and construction history of this neighbourhood and its local facilities (including access to nature reserves). They carried out observation studies of Boulogne’s coastline and community centres, and interviewed residents and key workers including landlords, local government staff and social workers.

Les résultats produits montrent tout d’abord que les inégalités sociales se cumulent (surreprésentation du chômage, de la monoparentalité, des faibles revenus…), avec une marginalisation aussi géographique (éloignement du centre-ville, dénivelé topographique, coupures urbaines, peu d’espaces publics). Toutefois, il n’y a que peu de facteurs de nuisances, et aucune vulnérabilité aux aléas naturels, voire même un potentiel d’aménités. Dès lors, les politiques urbaines récentes souhaitent exploiter ce potentiel, et notamment valoriser la maritimité dans l’urbanisme. Toutefois, certes, l’environnement littoral est perçu comme élément d’identification et de qualification du cadre de vie, comme une source d’aménités. Mais, pour les habitants il n’est pas pour autant à conserver, car la mémoire est peu entretenue, les métiers de la mer peu valorisés… Plus largement, il est à noter très peu d’intérêt pour les sujets d’environnement et les questions écologiques, même si des pratiques ponctuelles ont été relevées.

Their research illustrates just how linked are social divisions based on high unemployment rates, single parent households, low income and a form of social exclusion linked to place – living far from the town centre, on a steep hill, in areas fragmented by motorways, with little access to public spaces. Yet  the inhabitants of Boulogne face few natural disasters; there is little noise or traffic pollution and a wealth of amenities. Hence the city’s recent attempts to promote these attributes and integrate its sea-faring history into its urban heritage. Its residents clearly experience the setting as a factor contributing to their quality of life but they are not necessarily convinced that it is a resource to be saved for future generations: indeed, they seem oblivious of  the city’s history or its valuable seafaring skills and trades. Moreover, the whole issue of environmental protection and policy seems low on the agenda.

Cette fois-ci, moins peut-être que les passés et passifs, ce sont les objectifs et stratégies de l’action publique actuelle qui sont à intégrer dans le raisonnement, particulièrement pour en déduire les risques éventuels. Pour autre exemple, et malgré quelques limites de nouveau imposées par les nomenclatures officielles, Schmitt (2007) a pu montrer par une lecture longitudinale de l’utilisation des sols que les friches industrielles ont pu servir dans le Nord-Pas-de-Calais de supports à la renaturation de territoires. Si les espaces transformés contribuent à réduire les inégalités environnementales et territoriales à l’échelle régionale, ils pourraient être vecteurs d’inégalités dans l’accès au cadre de vie à l’échelle locale.

The most current pressing matter is how to formulate an environmental policy that brings on board local stakeholders and looks ahead to potential hazards. Schmitt (2007), for example in a longitudinal study of soil use shows that logging in the Nord-Pas-de-Calais contributes to reforestation of the region. Yet change in these wooded landscapes while bringing greater environmental equity to the area can lead to greater social divisions in terms of how local residents access the countryside.

Mais, Deboudt, Deldrève, Houillon et Paris montrent aussi la difficulté d’établir une relation directe entre, d’une part, la mise à disposition d’aménités littorales ou la construction d’espaces urbains valorisant ces aménités, et, d’autre part, les usages et les modalités d’appropriation de l’espace par les populations socialement défavorisées. Dès lors, plus que les seules aménités, pratiques de l’environnement… ce travail invite à aborder aussi le thème sous l’angle des valeurs sociales accordées à l’environnement. « Si les habitants ne se reconnaissent pas directement dans le concept de « maritimité », l’intervention publique massive et qualitative crée un syndrome paradoxal auprès de certains qui se demandent s’ils sont « dignes de ces nouveaux logements » » (Deboudt et al., 2008, p. 189). Il en découle alors un troisième élément, plus spéculatif que réellement démonstratif : n’est-ce pas vers l’échelle spatiale des milieux, comme creusets historiques de l’offre environnementale et des valeurs sociales attachées, qu’il conviendrait d’orienter l’analyse territoriale de tels inégalités, cumuls, vulnérabilités.

But Deboudt and colleagues also show how hard it is to establish a clear link between the local provision of open, public green spaces on the one hand; and their use and enjoyment by residents on the other. Thus their work beyond looking at mere facilities and how residents make use of these also brings to the fore how much we value our local landscapes. ‘For residents for whom seafaring does not inform their sense of belonging, there is a paradox when we consider just how much Boulogne as a city has invested in new housing developments’ (Deboudt et al., 2008, p.189) This leads us to wonder whether it wouldn’t be more appropriate and useful to explore environmental inequity through a historical and geographical lens?

 

 

2.3 Explication par le vécu : articulation des thèmes sociaux et environnementaux

2.3 Environment as lived experience

Faburel et Gueymard (2008) et Gueymard (2009) ont confronté une géographie statistique des inégalités dites environnementales à l’échelle de la Région Ile-de-France, avec le vécu des qualités environnementales. Appuyé sur des connaissances en psychologie de l’environnement et géographie sociale, ce travail poursuivait l’objectif de bâtir une autre géographie des inégalités environnementales, s’imprégnant des ressentis, des attaches ou du rejet de certains environnements par les populations, avec aussi pour but d’améliorer la compréhension des mécanismes à l’œuvre, notamment résidentiels, dans les phénomènes de polarisation spatiale pour cause environnementale à l'échelle régionale.

Faburel and Gueymard’s contribution (2008; and Gueymard, 2009) grounded in psychology and social geography brings an ethnographic dimension to the dominant quantitative approach. They explore how attached or isolated inhabitants in the Ile-de-France area feel to their neighbourhood.

La première étape a reposé sur le croisement de deux typologies, l’une environnementale et l’autre sociale, fondées sur des informations statistiques préexistantes (Institut d’Aménagement et d’Urbanisme – Ile-de-France). Il est alors, classiquement, observé une relation croissante entre les caractéristiques environnementales et sociales des communes franciliennes (cf. Tab 1.). Ces premiers résultats, généraux, témoigneraient de l’existence d’inégalités environnementales pour 2 750 000 personnes, au sens de l’approche conventionnelle.

Their first step was to fuse two typologies, environmental and social, drawing on statistics from the Institute for Urban and Town Planning for the area. What they noticed was an increasing link between social and environmental traits in the various Ile-de-France wards (see Table 1). These early results concern a sample of 2 750 000 inhabitants:

Cette distribution confirme surtout la situation de certains départements de 1ère couronne (Seine-Saint-Denis et, dans une moindre mesure, le Val-de-Marne), mais aussi celle de territoires périurbains accueillant le desserrement de populations modestes, dans des environnements ayant pu connaître des dégradations plus récentes (ex : certains fragments de l’Est Seine-et-Marnais). Surtout, apparu dès ce stade, ce serait plus la repulsivité des atteintes et dégradations environnementales que l’attractivité de certains milieux, notamment ici dits naturels (espaces verts, cours d’eau…), qui aiderait à comprendre cette géographie.

This breakdown reveals what the situation is like in some of the départements closest to the Parisian hub (Seine-Saint-Denis and to a less extent, the Val-de-Marne department) as well as in other urban settings home to more modest income groups where pollution and other factors have tainted the local environment (in some parts of eastern Seine et Marne). At stake here it would seem is more the gradual neglect of some neighbourhoods rather than their appeal (green spaces, running streams): this is what residents mention when interviewed in this ethnographic research on place and space.

Puis, 6 communes ont été sélectionnées en première couronne de l’agglomération parisienne. Il ressort en premier lieu du questionnaire administré auprès de 600 habitants, que les individus privilégieraient effectivement dans leurs choix résidentiels davantage l’évitement des facteurs de désaménités ; avec comme influence majeure les bruits de transports ou encore la qualité de l’architecture locale (dans une moindre mesure, la présence d’une usine). Il ressort aussi que la satisfaction environnementale serait fortement reliée à des attentes territorialisées en matière d’environnement et de cadre de vie : capacité de l’environnement proche à procurer le sentiment de se sentir chez soi ; confiance accordée aux élus (et en premier lieu aux élus municipaux) à la prise en prise en charge de ces attentes. Ce faisant, dernier grand type de résultats, certaines informations livrées par le ressenti viennent réinterroger la mesure conventionnelle des inégalités environnementales : les plus satisfaits ne seraient pas systématiquement les plus riches, mais une opposition émerge entre les inactifs (principalement les retraités) et les actifs (principalement les ouvriers). Ces derniers résultats coïncident alors avec ceux de Laurian (2008), montrant notamment que bien plus que les niveaux de revenu, ce sont plutôt les taux élevés de chômage et de personnes nées à l’étranger qui caractériseraient le plus les communes qui, cette fois dans la France entière, accueilleraient proportionnellement bien plus des sites à risques (Sud-est et Nord de la région parisienne, région de Marseille, ou encore le Nord- Pas de Calais).

We then selected six wards among the inner belt that surrounds Paris, gave 600 people a questionnaire to find out their views on housing, local facilities, noise pollution, building design and the siting of any nearby factory. What we found is a clear link between how satisfied people felt with their neighbourhood and their quality of life: feeling safe and secure, trusting of local councillors were important features. Yet some of their responses once again challenge standard ways of thinking about environmental issues: the most contented among them were not necessarily the most well-off but some differences did emerge between those in and out of work (unskilled workers and the retired). These findings echo those of Laurian (2008) who shows that they owe more to factors other than income differences; for example, high rates of unemployment and high proportions of residents born abroad who Laurian found living in particular wards (in the south-east and north of Paris, the Marseille area and the Nord-Pas-de-Calais).

Il ressort alors  de ce travail que les ressentis, vécus et satisfactions compléteraient utilement les constats statiques centrés sur les seules expositions et les caractéristiques biophysiques. En outre, le rôle structurant de la répulsivité de certaines dégradations est particulièrement lié aux implantations d’équipements dits impactants (sites industriels, infrastructures de transport…). Ceci réaffirme le poids exercé par les arbitrages publics passés et présents.

Results from our own respondents based on their experiences and perceptions of their neighbourhoods as more or less polluted, noisy, hazardous, well-connected by public transport tally with the statistical findings mentioned earlier.

Les différents résultats exposés livrent plusieurs grands enseignements pour notre problématique d'analyse. En premier lieu, ces travaux proposent de nouveaux objets (situations répulsives, impacts sanitaires, vécu / satisfaction, habitat insalubre, précarité énergétique…) et de nouvelles catégories d'analyse (actifs / inactifs, types de logement, taux de chômage, populations d’origine étrangère…). Ils donnent ainsi potentiellement à voir d’autres géographies et caractérisations des territoires, notamment pour les agglomérations et leurs pourtours immédiats. Ces nouvelles fragmentations de l’espace, ces autres mailles territoriales… pourraient permettre, par différence, d'interroger les territoires et leur construction inégalitaire. Toutefois, il demeure aussi le plus souvent un déficit d’explicitation des notions clefs utilisées (disparités, inégalités, injustices, vulnérabilités…), et parfois un défaut d’énoncé des appareils conceptuels mobilisés. Il serait alors particulièrement opportun de poursuivre l’effort d’interdisciplinarité, pour par exemple inciter par la confrontation à l’énoncé de conceptions disciplinaires de certaines des notions employées. Surtout, autre grand enseignement, toute observation devra se positionner par rapport aux échelles de temps privilégiées (parcours et héritages locaux, arbitrages publics et privés passés, stratégies territoriales actuelles…), aux échelles d’espaces appréhendées (milieux écologiques et/ou territoriaux, aires des pratiques, circonscriptions historiques…) et à l’articulation défendue des faits environnementaux et sociaux (ex : par l’habitat).

Together, these findings surveyed so far remind us that a wealth of topics and criteria offer themselves for scrutiny when researching in this field: from toxic waste, poor housing and energy rationing to contributing factors such as unemployment rates, housing, location and place (urban versus coastal settings) etc. Taking these elements into account would be a fruitful way forward for trying to understand regional differences and how residents make sense of where they live. Yet, as we demonstrate, all too often various forms of inequality are overlooked in research studies. So we urge researchers to adopt a multi-disciplinary approach; we recommend employing a historical approach as it offers a rich seam of inquiry.

Aussi, ces manques et orientations interpellent-ils les conceptions en jeu de l’environnement et de la justice dans l’abord naissant du thème des inégalités environnementales en France. Par exemple, qu'entend-on par « qualité environnementale » d’un lieu, terme omniprésent dans les écrits ? De même, quel modèle de justice s’agirait-il de promouvoir pour appréhender de telles inégalités et saisir leurs mécanismes fondateurs (égalitaire ou équitable, structurel ou procédural, centré sur les groupes, et lesquels, ou sur les individus…) ? Il en va notamment de la statistique environnementale dont dispose à ce jour les acteurs, au premier chef territoriaux, ainsi que plus largement de l’évolution des formes et contenus des politiques dites de développement urbain durable. Cette statistique, souvent inadaptée mais très largement mobilisée sur le thème traité ici (CCEE, 2008), est directement héritée de la conception encore dominante de l’environnement (spatialiste et techno-centrée), soit une orientation, cognitive, institutionnelle « conditionnée par la possibilité de lui [l'environnement] faire correspondre une mesure normative » (Charvolin, 2003, p. 9). Il en va aussi par-là même de la mise en culture opérationnelle de ce thème, donc du déficit remarqué d'ambition politique. Selon Theys (2007), influeraient la faible rentabilité politique du traitement des aspects sociaux de l’environnement (en particulier en termes de communication), les risques de stigmatisation et de marginalisation croissante de certains territoires ou quartiers (notamment ceux appréhendés par les études évoquées plus haut)… et les conceptions de l’environnement.

Our proposal for future research seeks to contribute to on-going debates in France about, for example, what we mean by ‘greeness’ of a space, a notion we see mushrooming in a growing number of papers. Moreover, it is unclear to us which model of fairness and equity offers the best tool for getting at the roots of inequalities when it comes to the environment. Should we concentrate more on social groups or individuals, structural or procedural factors? All this applies to the statistical framework, widely used nowadays especially in a  sustainable development context; although cumbersome it is seen as a reliable method (CCCE, 2008) – in fact, for policy makers, as the child of technocrats, it has landed in their lap, for it offers ‘the promise of applying a  simple formula to complex environmental issues’  (Charvolin (2003, p.9) .The same could apply to politicians and the dilemmas they face when trying to communicate effectively with potential voters about environmental hazards especially when these crop up in their own constituency; hence their apathy according to Theys (2007).Looking ahead then, what are the priorities for future research?

Quelles conceptions de l'environnement et de la justice, quels objets, échelles et disciplines conviendrait-il alors de peut-être considérer face aux manques pointés et orientations dessinées ?

 

 

 

3. Les inégalités environnementales à l’épreuve... de l'environnement

3.Putting environmental inequity to the test

 

 

3.1 Vers des conceptions plus ouvertes aux capacités des populations et territoires

3.1 Citizens, housing and public space

Si l'on en juge par les critères objectivant et globalisant d’évaluation souvent de mise dans les champs de l'action urbaine (seuils d'expositions physicochimiques, probabilités d'occurrence de risques officiels, distance métrique pour l'accessibilité aux aménités urbaines...), l’environnement est encore à ce jour considéré par les pouvoirs publics et les mondes marchands comme un universalisme. Constatons toutefois que, du fait notamment de la rencontre des enjeux d’environnement, de la territorialisation de l’action urbaine et aménagiste et de l’instrumentation du développement durable (Faburel, 2006), plusieurs signaux semblent depuis peu converger pour aider à faire entrer peut-être autrement les territoires de l’urbain, leurs mécanismes fondateurs et choix d’interventions qui y président, dans la compréhension des inégalités environnementales et/ou écologiques en ville. Refaire la ville sur la ville, en garantissant mixité sociale et durabilité, s’est affirmé comme mot d’ordre de l’action urbaine, à la suite notamment de la mise en œuvre de la loi Solidarité et Renouvellement Urbains (2000).

Judging from on-going intervention and evaluation studies it is clear that when it comes to measuring and accessing various facets of the environment  whether in the realm of policy making, politics or business, the common currency is still a global one. Gradually, however, we are witnessing in-roads that allow for a more local and grounded viewpoint to exert its influence (Faburel, 2006); thus what we see increasingly on the ground in our cities is the wish among city dwellers to get involved and contribute to the fabric of their environment; more and more there is a wish to ensure greater social diversity and sustainability and the move in this direction partly comes from the Solidarity and Urban Regeneration Act (2000).

Dès lors, le devenir des populations modestes et celui des territoires dans lesquels elles résident, donc la captivité économique des ménages et les contraintes induites pour les politiques territoriales (attractivité / répulsivité, vulnérabilité / résilience…) recouvrent une importance politique nouvelle, particulièrement au contact du risque de nouvelles fragmentations socio-spatiales en lien à la densité. Sur cette base, nous nous sommes efforcés de montrer précédemment (2008) que la réflexion sur les inégalités environnementales en ville devrait peut-être les considérer d’abord comme des inégalités sociales et territoriales face aux capacités et moyens donnés aux populations et pouvoirs locaux d’améliorer leur environnement. L’acception proposée aurait alors pour problématiques d’analyse :

This kind of formal initiative means that for the foreseeable future environmental issues will play a salient role in determining local political agendas for all types of income groups, including the poorest, and their neighbourhoods. Indeed, we made the case above (2008) for thinking about environmental inequity as a form of social and regional inequality given the scope for political change on the part of residents’ groups and local politicians. In this light a lot more should be made of on the one hand, how involved household dwellers and community associations can become in altering their neighbourhoods through local initiatives instead of moving to live elsewhere; and on the other hand, the scope for new regulation by local government to address the legacy of contributing factors in certain areas.

- la capacité donnée aux ménages et sociétés locales à changer leur environnement, à améliorer sa qualité, notamment (mais pas seulement) par une implication démocratique, plutôt qu’à changer d’environnement par la mobilité résidentielle ;

 

- la capacité des territoires, notamment par les nouvelles régulations de la gouvernance territoriale, à véritablement faire face tant aux situations de vulnérabilités induites par leurs héritages environnementaux qu’à leurs moyens inégaux pour améliorer la situation des populations résidentes.

 

Cette proposition puise particulièrement dans ce qui semble de nos jours faire environnement dans nos sociétés : l’un des opérateurs réflexifs, l’un des filtres les plus puissants de l’interprétation et de la considération du cadre de vie (Abelès, Charles, Jeudy et Kalaora, 2000). C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, suivant en cela Charles (2008, p. 151), nous préférons parler, particulièrement pour la ville, d’inégalités environnementales et non écologiques. Porteurs de valeurs (esthétiques, patrimoniales, symboliques...), les ressentis, représentations, usages ou encore pratiques de l’environnement médient de plus en plus nos rapports au(x) monde(s). Le poids grandissant des thèmes et enjeux d’environnement dans les choix résidentiels, les mobilités, les pratiques alimentaires, les attitudes énergétiques… des ménages, ou encore les implications associatives et les engagements citoyens, en atteste chaque jour d’avantage.

This suggestion is closely tied to one of the most obvious indicators of a healthy environment and that is quality of life in a particular place (Abelès, Charles, Jeudy and Kalaora, 2000); the notion of environmental inequity (Charles, 2008, p.151) is our preferred one especially when it comes to cities; it carries all sorts of subtle connotations we feel, linked to heritage and appreciation of a neighbourhood’s unique features. Increasingly, it is how we experience our immediate neighbourhood that affects our enjoyment of life; we take location and setting into account when deciding where to live or to move to, where to shop, where and how to consume energy, how to green our households, whether to get involved in local politics or campaigns.

Cette conception de l’environnement concourt en fait à une lente refondation du gouvernement conjoint des hommes et de la nature, soit une gouvernementalité se voulant plus pluraliste, collaborative, participative..., revisitant certains principes de l’action (responsabilité, sectorialité, solidarité…), singulièrement dans le domaine de l’aménagement  (Lolive et Soubeyran, 2007) et de l’urbanisme (Ascher, 2001). Cette conception préfigure  même selon certains auteurs (Latour, 1999) un nouvel âge du politique, âge dans lequel la mise en lien symbolique, l’appropriation et les rapports à l’identité, notamment spatiale, se recomposent, au point de malmener, par exemple par les rapports sensibles aux lieux et les compositions territoriales des paysages, ambiances, risques..., le chaînage historique de construction de l’action publique : une certaine production de rationalité (technico-scientifique) et un certain exercice de la démocratie (délégative) (Stengers, 1997).

This way of thinking about environmental issues in fact stems from recognising how intertwined our lives are with the planet and this co-existence requires much closer collaboration between government officials, architects and town planners (Lolive and Soubeyran, 2007; Ascher, 2001). This way of thinking according to some (Latour 1999) actually foreshadows a new political dawn where we shall see a realignment between our social identities and our relationship with our surroundings, pressures from technological advances that shape our daily lives and our involvement in community based campaigns (Stengers, 1997).

Faire de cette qualification plus dynamique et actante de l’environnement le cadre cognitif des réflexions et d'une mise en culture opérationnelle des inégalités environnementales serait un moyen de mettre les diverses qualifications des inégalités environnementales, et notamment celle, médiane et actuelle, de Pye et al. (2008), à l’épreuve de la définition même de l’inégalité, par nature dynamique : « différences qui sont le résultat d’un accès inégal aux ressources diverses qu’offre une société ». Car, pour ne reprendre que celle-ci, comment l’inégale répartition de la qualité environnementale des lieux (dominante de l’approche par la justice environnementale) pourrait-elle s’affranchir de dimensions… qualitatives de l’environnement ? Comment l’inégal impact environnemental des différents groupes sociaux (caractéristique première de l’approche par les inégalités écologiques de développement) pourrait-il nié les capacités non moins inégales des gestes et comportements (positifs comme négatifs pour l’environnement) ? Comment enfin considérer l’inégal impact des différentes politiques environnementales (une des orientations de l’approche socio-urbaine et territoriale), sans prendre la mesure du rôle, nouveau, exercé par les  individus eux-mêmes dans la construction de ces mêmes politiques ?

So what we advocate and in fact this is what Pye et al. (2008) propose, is a much more dynamic action based approach that engages head on with different kinds of inequalities, ‘differences that stem from our uneven ways of accessing the various resources on offer to us.’ Let us summarise in the light of the three standpoints considered here so far. First, how is it even feasible to conceive of environmental in/equity and access, this the dominant focus of the environmental justice strand, without acknowledging these differences? Second, we looked at the impact of attitudes towards green issues and  behaviours among varied income groups and how these damage the environment (the main element of the sustainable development strand). Third, as part of our own urban and social approach to landscape, we noted how residents can disrupt and shape environmental policies on their home-turf through grassroots campaigns.

 

 

3.2 L’habitant, l'« habiter » et leurs espaces comme pierres de touche des inégalités environnementales ?

3.2 Local and community responses

Cet autre cadre cognitif dessine de notre point de vue au moins deux horizons concrets, que nous proposons d’énoncer rapidement. Ces horizons tentent non seulement de mettre en cohérence les éléments livrés jusqu’ici, mais aussi de poser quelques jalons sur les objets, échelles et disciplines qu'il conviendrait peut-être de considérer. Le premier horizon pourrait être balisé par deux chantiers emboîtés, l’un centré sur les objets et sur les référentiels, axiologie et doctrines de l’intervention urbaine, l’autre sur les démarches dès lors à engager. Concernant le premier chantier, nous trouvons au moins trois types  d’objets : - les différences qualitatives de situation[3] et les configurations socio-spatiales qui les génèrent (accompagnées des mécanismes à l’œuvre : trajectoires résidentielles, héritages et vestiges plus ou moins patrimonialisés…) ; - les vécus d’ambiances, de paysages, de risques, de nuisances… mais aussi d’aménités, notamment naturelles (Blanc, Bridier, Cohen, Glatron et Grésillon, 2005), ainsi que leurs corrélats de bien-être (Faburel et Manola, 2008) et de qualité de vie (Bley, Vernazza-Licht, 2006)[4]… ; - les systèmes de gouvernance locale, les capacités d’implication citoyenne et notamment l’empowerment et ses manifestations différenciées (Bacqué, 2006).

Next, we want to highlight two new paths for pursuing our approach. One is to keep a close eye on what happens in terms of environmental action campaigns. Here we should pay close attention to: first, relevant social and spatial dimensions that shape a particular setting or landscape[3] (to be gleaned from what makes people move in and out of neighbourhoods and any heritage factors); second, how people experience their immediate environment as risky, noisy, well-provided for in terms of open spaces and other leisure facilities (Blanc, Bridier, Cohen, Glatron and Grésillon, 2005) and how this affects their well-being (Faburel and Manola, 2008) and quality of life (Bley, Vernazza-Licht, 2006)[4]. Third, local government policies and scope for empowerment, that is for community grassroots campaigners and activists to organise and intervene (Bacqué, 2006).

Au titre des référentiels, axiologie et doctrines, la justice sociale (plus procédurale) mais aussi la solidarité (inter territoriale) ou encore la responsabilité (inter temporelle) sont ostensiblement questionnées par une qualification des inégalités environnementales qui puise dans une conception moins technico-normative de l’environnement, au fondement d’une gouvernementalité se voulant plus pluraliste, collaborative, participative… Cela pourrait être alors un moyen de faire que le développement durable puisse s'intéresser aux dynamiques à long terme dans la marginalisation de certains territoires, avec aussi un souci de « résilience permanente » (Sébastien et Brodhag, 2004), et donc d’équité inter-générationnelle (Laganier, Villalba et Zuindeau, 2002).

Clearly, to view environmental in/equity more in terms of grassroots activism and campaigns rather than as a set of bureaucratic procedures informed by advances in technology challenges our thinking – be it notions of social justice or social responsibility. If we pursue this line of thought we can feel more hopeful about sustainable development policies taking a long term view especially when it comes to marginalised areas and opportunities for creating ‘lasting resilience’ (Sébastien and Brodhag, 2004) (Laganier, Villalba and Zuindeau, 2002).

L’autre chantier serait dès lors dédié aux démarches requises pour aider à mettre ces objets et interpellations en culture politique. Outre l’interdisciplinarité déjà évoquée, il s’agirait de puiser dans le suivi de nos jours de plus en plus systématique des initiatives territoriales mues par le développement durable (agendas, chartes, observatoires, indicateurs…). L’objectif pourrait ici être, par la transversalité des actions et les ouvertures démocratiques auxquelles il prétend…, d’aider à mieux saisir les « autres » géographies (2ème partie), notamment sous l’angle :

A corollary to this in practical terms is shifting the way we implement these changes politically, on the ground. We already suggested above a more inter-disciplinary approach; we also need to draw on our every day lives to think about how we can lead more sustainable lifestyles – this is what should inform our research questions; the aim here we propose is really to capture ‘other’ geographies, for example:

- des périmètres spatiaux pertinents (quartier ? commune ? bassin  de vie ? région ?... sachant que l’espace des problèmes et celui des réponses politiques sont en décalage croissant),

–     the surroundings we live in, be it our neighbourhood, ward, or county to make the local count

- des échelles de temps à considérer (de plus en plus désynchronisées face aux crises écologiques),

–     the history of where we live

- des coûts et bénéfices de plus en plus immatériels et symboliques…

–     the costs and benefits of where we live

Toutefois, cet horizon en appelle directement un second, qui pourrait œuvrer à dépasser l’entrelacs des conceptions historiques de l’environnement et de la justice sociale. Ce deuxième horizon devrait selon nous faire non pas de l’habitat, qui renvoie pour beaucoup aux stratégies du vouloir habiter et qui fait l’objet de politiques historiques non moins sectorielles et techniques, mais de l’habiter (Roux, 2002 ; Paquot, Lussault et Younès - coord., 2007), et alors par l’éthique de l’espace et son référentiel de proximité, de l’habitant, de ses « accointances » (Roux, op. cit.) et expériences sensibles du territoire, de ses connaissances inductives et savoirs pratiques (Fisher, 2000), une des pierres de touche, interdisciplinaires (Hucy, Mathieu, Mazellier, Raynaud, 2005), axiologiques et démocratiques[5] des inégalités environnementales.

A second path for pursuing our approach to environmental issues would go one step further than combining a historical perspective with a concern for social justice. This new direction would focus not on housing policy but instead on people’s experiences of their living environment (Roux, 2002; Paquot, Lussault and Younès, 2007), including their perceptions of place and space, their community ties and local ‘acquaintances’   (Roux, op. cit.), their local knowledge  of the area (Fischer, 2000), really a touchstone for an inter-disciplinary approach[5] (Hucy, Mathieu, Mazellier, Raynaud, 2005).

A condition toutefois notamment que les catégories usuelles d’analyse de l’habitant et de ses divers engagements, en situations individuelles, sociales, affinitaires, territoriales…, soient confrontées, voire révisées (notamment au contact du « concernement » environnemental) ; ou encore que, dans l’épreuve de l’interdisciplinarité, les savoirs acceptent volontiers de se compliquer les uns par rapport aux autres, et de multiplier les fronts d’expertise, « l’enjeu n’étant pas ici de faire "progresser" les sciences mais d’être à la hauteur de ce qu’exige un problème posé par la société. » (Stengers, 1997, p. 98). Car, « L’expérience des sujets nous aide à comprendre comment une réalité apparemment insupportable peut parfois être une source positive de bien être et de qualité de vie » (Leplège, 1999, p. 19). C’est par exemple ce type d’approche que permet d’entrevoir Corburn (2005) à partir de l’analyse des mobilisations sociales à Brooklyn sur les questions de la pollution de l’air et de la contamination au plomb.

What is really key here when adopting this more local people-centered approach to understand how we experience the places and spaces we function in is to remind ourselves that: ‘what is at stake here is not scientific progress but to rise to the challenge of what our current way of life throws at us’ (Stengers, 1997, p.98).  Indeed, ‘listening to people describe their daily living conditions while these may appear intolerable can in fact contribute to their well-being and quality of life ‘ (Leplège, 1999, p.19). It is this type of approach that Corburn (2005) advocates based on work carried out in Brooklyn on how communities have organised and campaigned in the face of air pollution and lead contamination.

Ces différents horizons et chantiers ne seraient-ils pas un moyen nouveau pour que les sciences sociales et humaines exercent une fonction centrale dans l’émergence d’une problématique de société (Dewey, 2003), fondée sur la prise de conscience du caractère intrinsèquement instable du monde, instabilité à laquelle participent de plus en plus l’environnement et les inégalités auxquelles, selon nous, il donne lieu en ville de manière dynamique ?

Isn’t this an opportunity to draw from the best of what the social and human sciences have to offer in order to tackle one of our most pressing   problems; that is, the point where inequality and environment coalesce (Dewey, 2003)?

 

 

[1] Inégalités environnementales et sociales. L’environnement, facteur de cohésion urbaine ?, Institut d’Urbanisme de Paris, Université Paris XII, mai 2005 ; Environnement et inégalités sociales, Université libre de Bruxelles, novembre 2005 ; session thématique au colloque Justice et injustices spatiales, Université Paris-X Nanterre, mars 2008 ; Inégalités environnementales et risques sanitaires, AFSSET et IEP Paris, avril 2008…

[1] Inégalités environnementales et sociales. L’environnement, facteur de cohésion urbaine ?, Institut d’Urbanisme de Paris, Université Paris XII, mai 2005 ; Environnement et inégalités sociales, Université libre de Bruxelles, novembre 2005 ; theme-based session at the conference: Justice et injustices spatiales, Université Paris-X Nanterre, mars 2008 ; Inégalités environnementales et risques sanitaires, AFSSET et IEP Paris, avril 2008.

[2] L’ADEME a pu par exemple calculer pour la France que la part des dépenses énergétiques des 20 % des ménages les plus pauvres est 2,5 fois plus élevée que celle des 20 % des ménages les plus riches

[2] The ADEME calculates that the rate of energy consumption in France is two and a half times higher in 20% of poorest households than in 20% of the richest households.

[3] « Les inégalités environnementales sont des inégalités de situation (…) résultant des variations qualitatives de l’environnement urbain » (Diebolt, Helias, Bidou et Crepey, 2005, p. 11).

[3] ‘Environmental inequity grows out of differences between landscapes (…) variations in their urban and natural attributes (Diebolt, Helias, Bidou and Crepey, 2005, p.11).

[4] « La qualité de vie consiste dans la liberté de chacun de déployer ses capacités pour agir sur quelque chose, produire des actes et atteindre des buts qui ont un sens pour lui » (Sen, 1993).

[4] ‘Quality of life for each and every one of us means freedom to exert agency, to get involved and reach the goals we have set ourselves and, which make sense to us’ (Sen, 1993).

[5] Contrairement à Diebolt, Helias, Bidou et Crepey qui, logiquement rejettent dans une logique « centraliste » cette dimension participative comme intégrante de la thématique (Inspection Générale de l'Environnement et Conseil Général des Ponts et Chaussées, 2005).

[5] Contrary to Diebolt, Helias, Bidou and Crepey who reject this participatory approach criticising it for being too ‘centralist’  (General Inspectorate for the Environment and General Council of the Ponts and Chaussèes, 2005).

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