La Pratique de la Justice Spatiale en Crise

The Practice of Spatial Justice in Crisis

« Votre vision du monde, votre idéologie, c'était faux, ça ne marchait pas ? »

 « Your view of the world, your ideology, was not right, was not working? »

« C'est précisément pourquoi je suis abasourdi, parce que depuis quarante ans ou plus il me semblait évident que cela marchait exceptionnellement bien ».

« That’s precisely the reason I was shocked, because I have been going for forty years or more with very considerable evidence that it was working exceptionally well. »

[Henry Waxman, membre du Congrès américain, interrogeant l'ancien président de la réserve fédérale américaine, Alan Greenspan, octobre 2008.]

[U.S. Congressman Henry Waxman questioning former U.S. Federal Reserve Chairman, Alan Greenspan, October 2008]

 

 

Le Wall Street Journal déclare la mort de Wall Street ; un prix Nobel d'économie fait le parallèle entre le fonctionnement du capitalisme financier et celui d'une chaîne de Ponzi[1] dans les pages du New York Times ; Alan Greenspan, ancien directeur de la Banque fédérale américaine, tel un fidèle qui a perdu la foi, ne croit plus aux principes fondamentaux du néolibéralisme - à savoir que les marchés s'autorégulent et que l'intérêt privé œuvre au bien commun public[2]. Au moment où nous écrivons ces lignes, la Banque fédérale américaine a alloué plus de 2000 milliards de dollars de prêts au sauvetage des établissements financiers en détresse aux Etats-Unis. Les valeurs immobilières se sont effondrées. Un nombre croissant de gens se retrouve à devoir rembourser un emprunt dont la valeur excède le prix de leur maison. On estime à 10 000 le nombre de saisies immobilières quotidiennes et à 7,3 million le nombre de propriétaires qui seront dans l'impossibilité de rembourser leur prêt immobilier sur la période 2008-2010, dont 4,3 millions perdront leur logement. En 2008, les pertes d'emplois ont été plus importantes que dans n'importe quelle autre année depuis 1945, avec plus d'un demi-million de postes supprimés au cours du seul mois de décembre[3]. Il ne s'agit ici que de quelques illustrations rapides de la crise financière et économique qui frappe les Etats-Unis, de plus en plus souvent décrite comme la plus sévère depuis la Grande Dépression des années 1930 - ce qui ne dit rien de l'ampleur dévastatrice avec laquelle elle continue à se ramifier dans l'ensemble du système financier mondial. L'insolvabilité croissante des centres de la finance néolibérale fait croire à certains que le néolibéralisme lui-même a finalement fait faillite[4]. Mais qu'est-ce que le néolibéralisme ?[5] Et qu'est-ce que cet apparent discrédit nous laisse présager pour ce qui est de la justice spatiale ? Au cours de l'analyse qui suit, je m'appuierai sur le travail de la politologue Wendy Brown pour examiner la question de la justice spatiale dans un contexte de néolibéralisme « meurtri», sans perdre de vue qu'aux Etats-Unis, le néolibéralisme a été longtemps dans l'ombre du néo-conservatisme qui l'immunise contre les crises de légitimité. D'une manière que je décrirai plus en détail plus tard, Brown fait valoir que la puissance combinée du néolibéralisme et du néo-conservatisme a donné naissance à « nouvelle forme politique », qui a mené à la dé-démocratisation radicale des Etats-Unis ; je me propose d'en explorer les registres spatiaux et d'envisager ce que cette nouvelle forme politique laisse présager en ce qui concerne la pratique de la justice spatiale en temps de crise[6].

The Wall Street Journal has declared the end of Wall Street; a Nobel laureate economist has questioned the difference between a Ponzi scheme and the workings of finance capital in the pages of the New York Times; former Chairman of the U.S. Federal Reserve Alan Greenspan has recanted-with the apparent force of a crisis of faith-his allegiance to the core tenets of neoliberalism: that markets are self-regulating and that private self-interest will safeguard the public welfare.[1] At the time of this writing, more than two trillion U.S. dollars in Federal reserve loans have been used to shore up the faltering financial institutions in the United States: home values have plummeted; a growing number of people owe more on their houses than they are worth; home foreclosures are estimated at 10,000 per day; « 7.3 million homeowners are expected to default on mortgages during 2008-10 with 4.3 million losing their homes; » more people lost their jobs in 2008 than in any year since 1945, with more than half a million in December alone.[2] This is just to sketch in brief the contours of the financial and economic crisis in the United States, increasingly described as the most severe since the depression of the 1930s-which is to say nothing of the force with which the financial crisis continues to ramify throughout the global financial system. With the growing insolvency at the centers of neoliberal finance, many have begun to declare that neoliberalism itself is finally bankrupt.[3] But what is neoliberalism?[4] And what does its apparent de-legitimation promise for a consideration of spatial justice? In what follows I use the work of political theorist Wendy Brown as a framework for a consideration of spatial justice in the context of a « wounded » neoliberalism, keeping in mind that neoliberalism in the U.S. has long been shadowed by a neoconservatism that inures it to crises of legitimation. In ways that I elaborate below, Brown argues that the combined force of neoliberalism and neoconservativism is producing a « new political form, » the effect of which is the radical de-democratization of the United States; I explore the spatial registers of this new political form, for what it suggests for the practice of spatial justice in a time of crisis.[5]

 

 

Anti-démocratie

Anti-democracy

Wendy Brown n'envisage pas le néolibéralisme d'abord comme des politiques économiques libérales visant à démanteler les institutions des Etats providence, ni même comme une réalité politico-économique, mais plutôt - à la suite de Foucault - comme une forme spécifique de « logique politique », un type particulier de « rationalité politique normative [qui régit] la sphère politique, les pratiques gouvernementales, et la citoyenneté »[7]. Le néolibéralisme est un projet constructiviste : il s'efforce de créer un monde dont il prétend qu'il existe déjà. Il ne prétend pas seulement gouverner la société au nom de l'économie, mais il s'emploie à construire des institutions visant à étendre la logique de marché à tous les registres de la vie politique et sociale. La logique de marché - concurrence, esprit d'entreprise, prévision - n'est donc pas envisagée par le néolibéralisme comme une qualité innée du genre humain, mais bien plutôt défendue comme une norme, comme quelque chose qui doit être activement soutenu. La gouvernance au sein du régime néolibéral a précisément pour but de cultiver une telle logique de marché dans tous les domaines. Ainsi, et de façon cruciale, ce que beaucoup ont appelé le retour du néolibéralisme - le démantèlement des institutions et politiques de l'Etat providence keynésien - ne signifie pas le désengagement de l'Etat ou son retrait de la sphère sociale. Bien plutôt, ce soit disant retour néolibéral signifie l'élargissement et le reformatage des techniques de gouvernement.

Wendy Brown approaches neoliberalism not primarily as a set of free-market economic policies that dismantle the institutions of welfare states, nor as a political-economic reality, but-following Foucault-as a specific form of « political rationality, » a specific kind of « normative political reason [that organizes] the political sphere, government practices, and citizenship. »[6] Neoliberalism is a constructivist project; it endeavors to create the world it claims already exists. It not only aims to govern society in the name of the economy, but also actively creates institutions that work to naturalize the extension of market rationality to all registers of political and social life. Market-rationality-competition, entrepreneurialism, calculation-is thus not presumed by neoliberalism as an innate human quality, but is rather asserted as normative, and as something that must be actively cultivated. The practice of governance in the neoliberalizing regime is precisely to cultivate such market rationality in every realm. Thus, crucially, what many have called the « roll-back phase » of neoliberalism-the dismantlement of the institutions and policies of the Keynesian welfare state-does not amount to the withdrawal of the state or its power from the social sphere. Rather, neoliberalism’s so-called « roll-back » marks the expansion and recalibration of the techniques of governing.

Une technique (aussi bien qu'un produit) phare d'un tel mode de gouvernance est celle du citoyen entrepreneur qui doit se prendre en charge lui-même - du citoyen qui gère son propre bien-être en prenant en compte prudemment et rationnellement son intérêt égoïste. Le néolibéralisme parvient ainsi à « faire passer la responsabilité régulatrice de l'Etat aux individus 'responsables' et 'rationnels' en les encourageant à 'donner à leur vie une forme entrepreneuriale spécifique' »[8].

A chief technique (as well as product) of such a mode of governance is the entrepreneurial or « responsibilized » citizen-the citizen who manages his or her own well-being through the prudent application of rational self-interest; and thus, neoliberalism « shifts the regulatory competence of the state onto ‘responsible,’ ‘rational’ individuals, » encouraging them to « give their lives a specific entrepreneurial form. »[7]

« [Le néolibéralisme] est rendu possible par la production de citoyens qui agissent en entrepreneurs individuels dans tous les registres de leur vie, par la réduction de la société civile à un domaine où s'exerce la logique d'entreprise, et par la représentation de l'Etat comme une entreprise dont les produits sont des sujets individuels rationnels, une économie en expansion, la sécurité nationale et le pouvoir à l'échelle mondiale »[9].

« [Neoliberalism] is a formation made possible by the production of citizens as individual entrepreneurial actors across all dimensions of their lives, by the reduction of civil society to a domain for exercising this entrepreneurship, and by the figuration of the state as a firm whose products are rational individual subjects, an expanding economy, national security, and global power. »[8]

Le néolibéralisme cherche à établir les conditions dans lesquelles « l'Etat régit et contrôle les sujets sans en être responsable »[10]. L'important ici n'est pas - ou pas simplement - que les sujets se soumettent librement au contrôle-  processus à la base de la gouvernabilité - mais le type de citoyen que le néolibéralisme cherche à constituer, et ses conséquences en termes de type d'Etat[11].  Le citoyen entrepreneur est un citoyen profondément dé-démocratisé, dont le façonnement permet une forme d'Etat profondément anti-démocratique.

Neoliberalism seeks to establish the conditions under which « the state leads and controls subjects without being responsible for them. »[9] The critical point is not (merely) that subjects are controlled through their freedom-the premise of governmentality-but the kind of citizen that neoliberalism seeks to constitute, and the consequences for what kind of state.[10] The entrepreneurial citizen is a profoundly de-democratized citizen, the construction of which enables a fiercely anti-democratic state form.

Qui plus est, le néolibéralisme représente la « dépolitisation » radicale des inégalités structurelles, et entraîne une tolérance accrue à leur égard. Les inégalités sociales ne sont pas envisagées comme des problèmes structurels ou politiques, mais  plutôt comme le résultat de choix individuels imprudents, sans prendre en compte ce qui a pu contraindre ces choix.

In addition, neoliberalism represents a radical « de-politicization » of structural inequality, along with an increased tolerance for it. Social inequalities are not seen as structural or political problems, but are rather seen to be the result of imprudent choices individuals have made, without regard to anything that might constrain those choices.

 « Une classe permanente de sous prolétaires, voire de criminels, ainsi qu'une classe d'étrangers ou de non-citoyens, sont ainsi produites et acceptées comme le coût nécessaire d'une telle société, qui renonce de ce fait à un engagement formel pour l'universalisme »[12]. Qui plus est, la production de citoyens entrepreneurs vide le civisme de sa substance. Comme l'explique Brown, « une société néolibérale accomplie serait l'opposé d'une société solidaire : de fait, elle existerait à peine en tant que société. Le corps politique cesse d'être un corps et n'est plus constitué que d'un assemblage d'individus entrepreneurs et consommateurs »[13].

« A permanent underclass, and even a permanent criminal class, along with a class of ali ens or non-citizens are produced and accepted as an inevitable cost of such a society, thereby undermining a formal commitment to universalism.« [11] Moreover, the production of the citizen as entrepreneur evacuates the civic realm of substantive meaning. As Brown explains, « A fully realized neoliberal citizenry would be the opposite of public-minded; indeed, it would barely exist as a public. The body politic ceases to be a body but is rather a group of individual entrepreneurs and consumers. »[12]

Comme nous le rappelle fortement Brown, le néolibéralisme ne représente donc pas un retour aux idéaux du libéralisme politique, mais bien  leur abandon (jusqu'ici encore incomplet). Dans l'Etat néolibéral, le libéralisme économique se substitue au libéralisme politique. Par opposition au libéralisme classique qui « faisait la distinction, et parfois même reconnaissait la tension qui pouvait exister entre les actions économiques, les obligations sociales et la raison morale individuelle », la rationalité politique néolibérale « efface les divisions entre comportement économique et conduite morale en faisant de la morale une pure question de délibération rationnelle sur les coûts, les bénéfices, et les conséquences »[14]. Le néolibéralisme travaille donc à refermer le « modeste écart éthique » qui était établi entre le politique et l'économique en démocratie libérale : « le fait que l'Etat, la culture politique et le champ du social soient saturés par la logique de marché revient à dépouiller la gouvernance et la culture politique de tout engagement envers la démocratie politique »[15]. La logique politique néolibérale ne se scandalise pas de révélations sur l'inégale répartition des droits, les cas d'injustice, l'inégalité des chances, ou les manquements à la morale démocratique de ses dirigeants ; elle les fait plutôt siennes comme autant de coûts nécessaires à l'impératif, désormais non seulement économique, mais aussi politique, culturel et social : soutenir la « croissance économique ». La « croissance » sert donc à légitimer à la fois l'extension des pouvoirs de l'Etat et le recul de ses prestations.

As Brown importantly reminds us, as a mode of political rationality, neoliberalism thus represents not a return to the ideals of political liberalism, but rather their (as yet incomplete) foreclosure. In the neoliberalizing state, economic liberalism is substituted for political liberalism. In contrast to classical liberalism which « articulated a distinction and at times even a tension between economic actions, societal obligations and individual moral reason, » neoliberal political rationality « erases the discrepancy between economic and moral behavior by configuring morality entirely as a matter of rational deliberation about costs, benefits, and consequences. »[13] Thus neoliberalism works to close the « modest ethical gap » between the political and the economic in liberal democracy: « The saturation of the state, political culture and the social with market rationality effectively strips commitments to political democracy from governance concerns and political culture. »[14] Neoliberal political rationality is not scandalized by disclosures of the inequitable distribution of rights, instances of injustice, unequal life chances, or breaches of democratic morality on the part of governing officials, but rather incorporates these as the necessary costs of what it now takes as its political, cultural and social-not merely economic-imperative: fostering « economic growth. » Thus, « growth » is called upon to legitimate both the extension of state power and the withdrawal of state provision.

Pour résumer un des points que je développerai plus tard : la « croissance » est un idéal économique abstrait. Pour jouer le rôle de stratégie légitimatrice, il faut que la croissance soit rendue intelligible dans leur vie de tous les jours aux citoyens soumis à la logique néolibérale. C'est ici que la dimension urbaine devient tout à fait essentielle à l'expansion du projet de l'Etat néolibéral, même si ce point reste à préciser dans l'analyse de Brown. Or, au cours des trois dernières décennies, la « croissance » est devenue synonyme de nouvelles constructions : gratte-ciel de bureaux étincelants, grandes surfaces commerciales, maisons toujours plus spacieuses dans des banlieues toujours plus lointains - tout cela est régulièrement cité comme preuve de la « croissance »[16]. J'y reviendrai dans un instant.

To anticipate a point I will elaborate more fully below: « growth » is an abstract economic ideal; to function as a legitimating strategy, it must be made concretely intelligible in the everyday lives of citizens subject to neoliberal rationality. This is where the urban scale becomes so very central-if fully under clarified in Brown’s analysis-to the expansion of the neoliberal state project. In the last three decades, « growth » has become naturalized as the newly built: gleaming office towers, big box stores, ever-larger houses in outer-ring suburban neighborhoods: these are routinely invoked as evidence of « growth. »[15] I will return to this in a moment.

Brown montre également qu'à côté du néolibéralisme se développe un néo-conservatisme de plus en plus puissant, rendu possible par la dévalorisation des institutions démocratiques  provoquée par la représentation du citoyen en entrepreneur, et de l'Etat en entreprise. Le néo-conservatisme ne fait pas mystère de ses tendances particularistes, autoritaires et impérialistes. Il promeut un Etat fort et autoritaire, qui intervient activement dans la vie de ses citoyens, et cherche aussi activement à faire avancer ses objectifs de civilisation, à l'intérieur des frontières comme à l'étranger. Il cherche expressément à corriger les erreurs supposées des nouveaux mouvements sociaux - à promouvoir une norme familiale et à sanctionner les formes familiales qui s'en éloignent, à « défendre » l'institution du mariage, et à se servir explicitement de l'Etat pour récompenser les individus qui adhèrent à cette norme, et punir ceux qui s'en écartent. Contrairement au conservatisme traditionnel, qui met en garde contre l'empiètement de l'Etat dans le domaine de la liberté morale individuelle, le néo-conservatisme réquisitionne le pouvoir de l'Etat pour « restaurer » la famille nucléaire en péril dans la primauté d'autrefois qu'on imagine[17]. Comme le montre Brown, le néo-conservatisme forge un citoyen réceptif au pouvoir autoritaire de l'Etat, sourd à la rationalité délibérative et sensible aux déclarations péremptoires, même fausses, et à l'assertion de vérités morales fondées sur une certaine idée de « l'Occident »[18]. Le néo-conservatisme forge un citoyen hostile aux revendications de liberté politique et à l'égalité formelle, et contribue ainsi à vider de son sens le politique, tout en maintenant le pouvoir de l'Etat et en en renforçant le rôle moral. Brown défend ainsi l'idée que la rencontre contemporaine entre les logiques politiques néolibérale et néo-conservatrice donne lieu à une « nouvelle forme politique » qui a provoqué cette dé-démocratisation croissante des Etats-Unis.

Brown further argues that emerging alongside neoliberalism is an increasingly potent neoconservativism -enabled by the devaluation of democratic institutions created by the figuration of the citizen as entrepreneur and of the state as a firm. Neoconservativism is avowedly particularist, authoritarian and imperial. Neoconservativism promotes a strong authoritarian state that actively intervenes in the lives of its citizens, and actively seeks to advance its civilizationalist aims both domestically and abroad. It expressly seeks to right the perceived wrongs of the new social movements-to promote a normative family and to sanction familial forms that would deviate from that norm, to « defend » marriage, and to use the state explicitly to reward individuals for adherence to that norm, and punish those who would deviate from it. Unlike traditional conservativism, which guards against the encroachment of the state on individual moral freedom, neoconservativism actively enlists the power of the state to « restore » the threatened nuclear family to an imagined former primacy.[16]  As Brown argues, neoconservativism cultivates a citizen who is receptive to authoritarian state power, and who is inured to deliberative reason and primed to receive declarative, even counter-factual assertions of moral truths founded on a certain concept of « the West ».[17] Neoconservativism cultivates a citizen who is hostile to claims of political liberty and to formal egalitarianism and thus furthers the hollowing out of the political, while bolstering the power and resurgent moral agency of the state. Brown argues that the contemporary convergence of neoliberal and neoconservative political rationalities is producing a « new political form » whose effects are the increasing de-democratization of the United States.

Cette culture politique résolument anti-démocratique, fruit de l'alliance entre néolibéralisme et néo-conservatisme, a notamment provoqué une inversion de la stratégie de légitimation de l'Etat. En effet, dans la mesure où le néolibéralisme fonde son autorité sur une promesse de croissance, l'absence de structures démocratiques n'affecte en rien sa légitimité, qui n'est effectivement plus fondée sur celles-ci, mais bien plutôt sur la promesse qu'il créera les structures nécessaires pour favoriser et assurer la croissance économique. Pourtant, l'absence apparente de « croissance » ne se traduit pas nécessairement par un déficit de légitimité du régime strictement néo-libéralisant. La « crise de croissance » - comme celle que nous traversons aujourd'hui - conduira plus probablement à des appels redoublés à la croissance à tout prix. Ainsi, alors même que la crise financière conduit certains à exiger la re-régulation du capitalisme financier (qui n'a d'ailleurs jamais été dérégulé, mais a bien plutôt été soumis à la régulation néolibérale), elle ne mettra pas fin au processus fondamental par lequel chacun est "responsabilisé" dans le sens qu'il doit lui-même se prendre en charge. Au contraire, la crise financière et la détresse économique générale ne feront probablement qu'intensifier les appels à la croissance et renforceront le processus par lequel la logique de marché et la logique d'entreprise s'étendent à tous les domaines. Qui plus est, le néo-conservatisme, en tant  que logique politique, ne cherche pas lui non plus à asseoir son autorité sur les institutions démocratiques, mais bien plutôt sur un sentiment moral qui se nourrit et s'exprime à travers l'exercice du pouvoir, et qui est emphatiquement et explicitement hostile à l'égalitarisme démocratique. Cette « nouvelle forme politique », cette anti-démocratie, née de la rencontre entre néolibéralisme et néo-conservatisme, se prémunit ainsi contre les crises de légitimité en oscillant entre autorité et pouvoir - en faisant appel à l'alibi de la croissance économique et en cultivant la peur. La croissance légitime l'autorité du projet de l'Etat néolibéral,  et la peur l'expansion du pouvoir incontrôlé de l'Etat. Les forces alliées du néo-conservatisme et du néolibéralisme ont profondément transformé le processus de légitimation de l'Etat aux Etats-Unis, et ont des répercussions profondes sur le terrain de la mobilisation politique en ces temps de crise économique mondialisée.

One profound implication of the fiercely anti-democratic political culture that emerges at the conjoining of neoliberalism and neoconservativism is the shifted politics of legitimacy of the state: to the extent that neoliberalism justifies its authority via claims to growth, the absence of democratic structures does not lead to legitimation crises, for neoliberalism does not derive its legitimacy from them but rather from the promise to create structures that enhance and guarantee economic growth. Moreover, the apparent absence of « growth » does not necessarily provoke a legitimation deficit for a strictly neo-liberalizing regime. A « growth crisis »-such as the one we are now experiencing-will likely intensify the call for growth at any cost. Thus, even as the financial crisis inspires demands for the re-regulation of finance capital (which was never de-regulated, but was, rather subject to neoliberal regulation), the crisis will not stall the core process by which responsibilization takes place. To the contrary, the financial crisis and broad-scale economic hardship will likely ratchet up the call for growth and further entrench the process by which market rationality and entrepreneurialism is expanded to every domain. In addition, as a mode of political rationality, neoconservativism also does not seek to legitimate its authority in democratic institutions; rather, it asserts its legitimacy through a moral righteousness backed by and expressed through the exercise of power, and is emphatically and explicitly hostile to democratic egalitarianism. Thus, this « new political form, » this anti-democracy taking shape at the conjunction of neoliberalism and neoconservativism inures itself to crises of legitimation by oscillating between authority and power-by appealing to the alibi of economic growth and by cultivating fear. Growth legitimates the authority of the neoliberal state project; fear legitimates the expansion of unaccountable state power. The conjoined force of neoconservativism and neoliberalism is profoundly shifting the terrain of the politics of state legitimacy in the U.S., with profound implications for the contours of political mobilization in this time of global economic crisis.

 

 

Espaces du néolibéralisme

Spaces of neoliberalism

Brown ne s'intéresse pas aux registres spatiaux de cette forme politique anti-démocratique émergente. Elle insiste pourtant sur la nécessité de comprendre le néolibéralisme comme un projet normatif et constructiviste - un projet « qui œuvre à la création d'une réalité sociale qu'il prétend déjà exister » -, analyse qui semble donc souligner l'importance de l'environnement bâti, des constructions physiques et de la dimension spatiale de l'existence, dans l'effort déployé par cette « nouvelle forme politique » pour produire des effets de réalité. Un survol des principales transformations socio-spatiales des trois dernières décennies révèle que le milieu urbain joue un rôle central et constitue l'échelle où s'opèrent la responsabilisation et la dé-démocratisation des citoyens. Ces transformations comprennent notamment, pour résumer rapidement : la montée de la logique d'entreprise comme principal mode de gouvernance urbaine, à la fois cause et conséquence du « marketing territorial » et de la concurrence accrue entre villes à l'intérieur d'une même région, entre régions, et entre villes concurrentes au sein d'une économie de plus en plus mondialisée ; l'émergence de nouveaux acteurs et de nouvelles institutions qui restreignent l'autonomie politique de la gouvernance urbaine - agences de notation financière, partenariats public-privé, privatisation des biens publics, financements par surcroît d'impôts; le pouvoir accru du secteur immobilier en milieu urbain, tant et si bien que l'immobilier, comme l'a souligné Jason Hackworth, est devenu « la pointe avancée du néolibéralisme à l'échelle urbaine aux Etats-Unis » ; le passage de l'aménagement du territoire aux grands projets urbains, ou ce que Peter Marcuse a bien nommé le « désaménagement » qui soustrait encore davantage du contrôle démocratique la transformation de l'espace urbain ; l'intensification du cloisonnement spatial, et l'émergence de la ville « en quartiers » ou « en strates » - enclaves fortifiées, ghettos de l'exclusion, et citadelles du capital au centre-ville ; la « sécurisation » accrue par la police officielle ou des vigiles privés dans les zones disparates de la ville morcelée ; la proclamation de plus en plus fréquente de lois contre les immigrés et les sans-abri, et l'émergence de la catégorie juridique des « clandestins ». La re-calibration de la fonction étatique ou de ce que Neil Brenner appelle la « spatialité de la puissance publique »  de l'Etat providence keynésien - qui mettait l'accent sur la répartition de la puissance publique sur l'ensemble du territoire national - aboutit à une « re-calibration à échelles multiples »  qui met de nouveau l'accent sur l'échelle urbaine comme centre de commandement  du capitalisme mondial[19].

Brown does not address the spatial registers of this emergent anti-democratic political form. Yet her emphasis on the importance of understanding neoliberalism as a normative, constructivist project-a project « that endeavor[s] to create a social reality it suggests already exists »-would seem to underscore the centrality of the built environment, of physical constructions and of the spatial scale of lived experience in the effort to produce the truth-effects of this « new political form. » A review of the key socio-spatial transformations over the last three decades reveals that the urban scale is a central spatial register within which and through which the responsibilization and de-democratization of citizens takes place. A brief and non-exhaustive summary of these transformations includes: the rise of entrepreneurialism as the primary mode of urban governance, resulting from and producing increased competition and « place-marketing » between cities within regions, between regions, and between cities competing in an increasingly global(ized) economy; the emergence of new actors and new institutions which constrain the political autonomy of urban governance, such as bond-rating agencies, public private partnerships, privatization of public assets, and tax increment financing schemes; the increased power of the real estate sector within the urban landscape, such that real estate is, as Jason Hackworth has argued « the leading edge of neoliberalism on the urban scale in the United States »; the shift from urban planning to urban mega-projects, or what Peter Marcuse has aptly termed « deplanning » which removes urban spatial transformation even further from democratic accountability; the intensification of spatial division, and the emergence of the « quartered » or « layered » city: fortified enclaves, ghettoes of exclusion, and center-city citadels of capital; the increased « securitization » through official and unofficial policing of the disparate zones of the divided city; the increased salience of anti-immigration and anti-homelessness law, and the emergence of the legal category of the « illegal » person »;  the rescaling of the state function or what Neil Brenner terms « state spatiality » from the Keynesian welfare state, which emphasized the horizontal distribution of state spatiality across the national territory, to the « multi-scalar recalibration » of spatiality which puts renewed emphasis on the urban scale as a command center in the operation of global capital.[18]

Le fait que le citoyen soit rendu entièrement responsable de son sort s'opère par le biais et à l'échelle d'espaces urbains de plus en plus dé-démocratisés et soumis eux aussi à une logique d'entreprise. En effet, comme David Harvey l'a bien montré, la crise fiscale que la ville de New York a connue au milieu des années 1970, et l'efficacité avec laquelle celle-ci a permis aux institutions financières de transformer la gouvernance urbaine à New York, ont servi d'incubateur politique et ont permis de perfectionner un processus qui fut ensuite exporté vers d'autres villes des Etats-Unis et vers des pays entiers, par le biais de la finance mondiale[20]. Brown apporte une contribution à l'analyse socio-spatiale du néolibéralisme, contribution importante en ce qu'elle nous encourage à envisager ces transformations matérielles non pas comme le réel néolibéral, mais bien plutôt comme des stratégies spatialement intégrées grâce auxquelles le néolibéralisme - en tant que projet politique - tente de créer une réalité qu'il présente comme déjà existante.

The extreme responsibilization of the citizen happens by way of and at the spatial scale of responsibilized, entrepreneurialized, and increasingly de-democratized urban spaces. Indeed, David Harvey argues forcefully that the fiscal crisis in New York City in the mid-1970s and the success with which the crisis enabled financial institutions to transform urban governance in New York functioned as a kind of policy-incubator, honing a process that was later exported to other cities in the United States and to whole countries, through the instrumentalities of neoliberal finance.[19]  Brown’s analysis importantly augments the socio-spatial accounts of neoliberalism, as she urges us to understand these material transformations not as the Neoliberal Real, but rather as spatially-embedded strategies by which neoliberalism-as a political project-attempts to create the reality it claims already exists.

Les villes, elles aussi et comme les citoyens, sont déclarées responsables de leur sort dans  un environnement régi par la logique du marché. La dé-démocratisation à l'échelle urbaine et de l'échelle urbaine pose alors des difficultés particulières à la pratique de la justice spatiale. En effet, de plus en plus souvent, les villes sont moins puissantes qu'elles n'en ont l'air, du moins si l'on se  fie aux gratte-ciel et aux hypermarchés comme autant de réussites de la gouvernance urbaine néolibérale. Ces accomplissements de la gouvernance néolibérale signalent pourtant aussi une perte d'autonomie politique et une capacité amoindrie pour les institutions démocratiques à l'échelle urbaine - capacité qui est une condition nécessaire à tout recentrage des politiques urbaines sur des objectifs différents, et plus égalitaires. Les immeubles de grande hauteur et les  grandes surfaces commerciales ne signalent donc pas la capacité accrue de la gouvernance urbaine elle-même, elles sont bien plutôt le signe de l'impuissance de la gouvernance urbaine vis-à-vis des pouvoirs qui ont pris le contrôle des institutions publiques et des biens publics à des fins lucratives privées, pouvoirs qui opèrent de moins en moins à l'échelle urbaine. Pourtant le bâti comme marque évidente de la « croissance » fournit un alibi essentiel à l'extension de la logique politique néolibérale. De plus, que la ville soit déclarée responsable de son sort signifie qu'elle constitue un registre spatial essentiel au sein duquel prend place le fait que les inégalités socio-spatiales sont vidées de leur signification politique. Avec une capacité amoindrie, les villes se retrouvent à devoir gérer les problèmes politiques, sociaux et économiques générés par les progrès du néolibéralisme. De surcroît et parce qu'ils sont eux-mêmes vidés de leur sens politique, ces problèmes ne sont plus envisagés comme le symptôme politique d'un échec du système : ils sont considérés comme le résultat de mauvais choix effectués individuellement par les villes, les quartiers au sein de ces villes, voire les individus au sein de ces quartiers. La crise fiscale en cours ne fera qu'intensifier la concurrence entre les villes, une discipline fiscale d'airain étant imposée aux Etats, aux villes et aux individus. Dans cette concurrence générale pour obtenir des fonds en diminution constante, les gouvernements locaux et les municipalités sont aux prises avec des déficits budgétaires et des pertes drastiques de revenu fiscal, mais confrontés à des besoins sociaux grandissants. La question cruciale demeure de savoir si la crise financière en cours va redonner aux inégalités sociales leur dimension politiques ou si, au contraire, les bouleversements économiques continueront à être interprétés comme des échecs personnels liés aux mauvais choix opérés par des individus imprudents.

The responsibilization of cities-the de-democratization of and in the urban scale-presents particular challenges for the practice of spatial justice, for cities are increasingly less powerful than they look, in this sense: gleaming towers and big boxes are touted as the accomplishments of neoliberal urban governance. As signals of the achievements of neoliberal governance, however, they are also signs of the loss of political autonomy and the diminishment of the capacity of democratic institutions at the urban scale-the capacity that is a necessary precondition of the re-direction of urban policy toward different, more egalitarian aims. The gleaming towers and big boxes do not signal the expanded capacity of urban governance itself, but increasingly are signs of the impotence of the capacity of urban governance relative to the forces that have captured public institutions and assets for private gain, forces which increasingly do not operate at the urban scale. Yet the apparent self-evidence of the built as « growth » provides a principle alibi for the extension of neoliberal political rationality. Moreover, the responsibilization of the city has meant that the city is a core spatial register within which the de-politicization of socio-spatial inequality takes place. Cities are left with decreased capacity to manage the political, social and economic problems neoliberalization produces; moreover, these problems are de-politicized-they are not viewed as a political symptom of systemic failures, but as the result of the poor choices made by individual cities, by individual neighborhoods within cities, or by individuals within those neighborhoods. The ongoing fiscal crisis will only escalate the process of inter-urban competition, as extreme fiscal discipline is imposed on states, cities and individuals, as all compete for shrinking funds as state governments and municipalities contend with budget shortfalls, drastic losses in tax revenue, and increased social need.  It remains an open and critical question whether the ongoing financial crisis will trigger a re-politicization of social inequality or whether the crisis and resulting economic distress will continue to be seen as personal failures caused by bad choices made by imprudent individuals.

 

 

Sécurités et insécurités

Securities and insecurities

Si l'analyse socio-géographique a amplement travaillé la question des « espaces du néolibéralisme », elle ne s'est pas intéressée au même degré aux « espaces du néo-conservatisme », ni à la manière dont les deux, de manière peut-être contingente, se renforcent puissamment l'un l'autre. Les spécialistes de l'espace social n'ont pas décrit les registres territoriaux sur lesquels repose le néo-conservatisme, et ont souvent tendance à envisager le néo-conservatisme comme une idéologie qui flotte au dessus ou s'immisce à l'intérieur  des transformations spatiales néolibérales[21]. Pourtant, si on reconnaît comme Brown que le néo-conservatisme obéit à une logique politique spécifique - logique qui diverge de celle du néolibéralisme sur certains points cruciaux - il y a fort à parier que le néo-conservatisme lui aussi produit un paysage et génère des formes spatiales spécifiques qui peuvent consolider la puissance sociale du néolibéralisme et qui peuvent aussi éventuellement la contrecarrer. Je me tourne donc maintenant vers la question suivante : quelles sont les pratiques spatiales qui sont cruciales pour le projet constructiviste du néo-conservatisme ? Quels sont les registres spatiaux fondamentaux à travers lesquels le néo-conservatisme œuvre à la création d'un paysage à son image, à travers lesquels il travaille à la construction de ce qu'il présente comme déjà existant ? Et comment ce paysage œuvre-t-il, avec celui du néolibéralisme, à la production de ce que Brown appelle une « nouvelle forme politique », qui forge une collectivité dé-démocratisée et favorise dans une couche importante de la population américaine  une méprisable orientation contre les idées d'émancipation et d'égalité ?[22]

If socio-spatial theory has amply elaborated « spaces of neoliberalism, » it has not attended to the « spaces of neoconservativism » to nearly the same degree, nor has it attended to the ways in which the two are contingently if also powerfully mutually re-enforcing. Socio-spatial theorists have not described the spatial registers upon which neoconservativism relies, but tend instead to see neoconservativism as an ideology that floats above, or lurks within, neoliberal spatial transformations.[20] Yet, if we accept with Brown that neoconservativism is a distinct mode of political rationality-one that chaffs against neoliberalism in certain key respects-so too must neoconservativism produce a landscape, so too must it work through (and produce) distinct spatial forms, that only contingently bolster the social force of neoliberalism-and potentially disrupt it. Thus, I turn now to ask: what are the spatial practices that are critical to neoconservativism’s constructivist project? What are the key spatial registers through which neoconservativism works to create a landscape in its own image, through which it works to construct that which it claims already exists? And how does this landscape work with that of neoliberalism to produce what Brown terms a « new political form, » one that cultivates a de-democratized citizenry-the « abject, unemancipatory, and anti-egalitarian subjective orientation amongst a significant swathe of the American populace »?[21]

Comme nous l'avons souligné plus haut, le néo-conservatisme est une forme de nationalisme autoritaire qui se représente le territoire domestique et le territoire national comme assiégés, où la défense acharnée de la norme familiale est liée à celle de la mission impériale des Etats-Unis. Elle en devient une des modalités - et vice versa[23]. Les registres spatiaux essentiels à la construction du néo-conservatisme en tant que logique politique sont donc ceux qui aident à construire comme axiomatique le lien juridique, spatial, et psychique entre « espace domestique » (patriarcal) et « territoire national » (impérial). Cette logique trouve sa manifestation radicale dans l'activisme anti-immigration des « Minuteman Civil Defense Corps », qui s'autoproclament « comités locaux de citoyens pour la surveillance et la sécurité de la frontière américaine »[24]. L'organisation se décrit comme « le réseau de surveillance de quartier le plus vaste de la nation », établissant ainsi un lien explicite entre d'une part  les associations de lutte contre la criminalité à l'échelle du quartier résidentiel, dont la fonction est de lutter contre les cambriolages, et, d'autre part, la protection des frontières géographiques du territoire national. Les "Minutemen" et d'autres organisations de défense incitent donc l'Etat à renforcer la sécurité des frontières,  à construire plus rapidement un mur frontalier toujours plus grand et toujours plus haut, pour en faire une « véritable barrière de sécurité à l'israélienne »[25]. Ces groupes d'activistes de la sécurité frontalière militent aussi pour la défense d'une multitude de lieux qu'ils voient comme autant de frontières internes, elles aussi assiégées, depuis les stations de ramassage des travailleurs journaliers aux mesures fiscales organisant le zonage résidentiel : ces lieux sont présentés comme les lignes de front d'une guerre menée contre ceux qui veulent « détruire l'Amérique souveraine ». L'appel à la défense des frontières nationales, qui se représente le territoire national comme assiégé de toutes parts, s'est transformé en une puissante idéologie capable de mobiliser la « nouvelle » nouvelle droite, consolidée et réorganisée dans la foulée du 11 septembre. Par ailleurs, comme bon nombre de critiques l'ont souligné, à commencer par Mike Davis dans City of Quartz, l'émergence de la « forteresse Amérique » s'est accompagnée d'une prolifération tous azimuts de murs, de barrières, et d'autres dispositifs de protection de la maison. Sont nées  aussi de nouvelles formes d'organisation sociale dans les lotissements de maisons individuelles et de nouvelles formes de gouvernement privé, comme les villes privées (common interest developments ou CID) et les associations de résidents propriétaires (Residential Homeowner Associations). Un seul objectif les rassemble : protéger la maison contre des menaces externes d'instabilité et d'insécurité[26].

As outlined earlier, neoconservativism is a mode of authoritarian nationalism in which home and homeland are mutually constituted as under siege, and in which the defense of a fiercely normative understanding of the family is yoked to and becomes a modality of the defense of the imperial mission of United States-and vice versa.[22] The spatial registers critical to the construction of neoconservativism as a political rationality are thus those that help to produce as axiomatic the juridical, spatial, and psychic relay between (patriarchal) « home » and (imperial) « homeland. » This logic can be seen in an extreme form in the anti-immigration activism of the « Minuteman Civil Defense Corps, » which describes itself as a « national citizen neighborhood watch, securing the American border. »[23] The organization promotes itself as the « nation’s largest neighborhood watch group, » explicitly linking residential-scale crime prevention initiatives designed to reduce home break-ins to the work to secure the geographic borders of the nation.  The Minuteman and other border defense organizations seek to incite the state to enact a more virulent defense of borders-to build the border wall, faster, taller, higher; a « full-on Israeli-style Security Fence. »[24] These border enforcement activist groups also organize to defend a broad range of other locations which they define as a series of internal borders under siege-from day-laborer pick-up stations to residential zoning laws to taxes policy-which are depicted as the front-lines in the war with those who would « destroy sovereign America. » The call to defend the nation’s borders, which depicts a homeland broadly under siege, has become a powerful mobilizing ideology of the « new » new right which has consolidated and reorganized after 9-11. In addition, at least since Mike Davis’ City of Quartz, critics have described the emergence of « Fortress America »-an increasing proliferation of walls, gates, and home-security devices along with new forms of social organization in single-family neighborhoods, and new forms of private government, such as common interest developments (CIDs) and residential homeowner associations (RHAs). These otherwise varied landscapes cohere around the effort to secure the home against external forces of instability and insecurity.[25]

La maison sous alarme, la communauté fermée, la rue sécurisée, la nation emmurée : telles sont les formes spatiales qui sont apparues dans le contexte du néolibéralisme généralisé des Etats-Unis.  On ne saurait dire qu'elles forgent nécessairement un sujet entrepreneur. Isin Engin a récemment fait valoir le rôle clé de l'articulation espace domestique/territoire national (home/homeland) dans la construction d'un sujet dont la conduite est déterminée non pas par sa responsabilisation - non pas en faisant appel à sa capacité à gérer son propre bien être par l'application prudente d'une logique de marché - mais par sa « névrotisation » - en faisant appel à sa capacité à gérer ses « peurs, anxiétés et sentiments d'insécurité »[27]. Isin appelle ce sujet, qui se serait développé parallèlement au sujet néolibéral, et même de manière mutuellement déterminante par rapport à lui, le « sujet névrosé ». Il en esquisse les contours et fait de la combinaison espace domestique-territoire national un thème particulièrement révélateur du développement du « citoyen névrosé ».

The alarm-rigged house, the gated community, the securitized urban street, the bordered nation: these are spatial forms that have arisen in the context of the broad neoliberalization of the U.S., but they cannot be said to cultivate precisely an entrepreneurial subject. Isin Engin has recently identified the home/homeland nexus as a key domain in the production of a subject whose conduct is governed not through its responsibilization-not by appealing to the subject’s capacity to manage its own well being through the prudent application of market-rationality, but through its « neuroticization, » by appealing to the subject’s capacity to manage its « fears, anxieties, and insecurities. » [26] Isin terms this subject the « neurotic subject » and suggests that it emerges along side the neoliberal subject, indeed is mutually determining of it. Isin sketches the contours of a neurotic subject, and identifies the home-homeland relay as a particularly symptomatic domain for the cultivation of the « neurotic citizen. »

 « Ses névroses étant en perpétuelle expansion dans d'autres domaines, la maison apparaît peut-être comme le seul lieu au sein duquel le sujet peut prétendre maîtriser et calmer ses anxiétés et ses sentiments d'insécurité. L'espace domestique est donc pris dans un double engrenage névrotique : il est tout d'abord érigé en lieu où  les anxiétés et les sentiments d'insécurité sont maîtrisées et calmés ; ensuite, qu'il soit constitué comme tel génère une anxiété encore plus grande pour que l'espace domestique soit bien conçu et entretenu à cet effet. De la sorte, l'espace domestique lui-même, constitué comme lieu de la sérénité et de la stabilité, crée une anxiété plus profonde que celle qu'il devait apaiser. De ce double engrenage émerge un sujet dont la conduite est gouvernée par ses névroses : l'objectif visé par le gouvernement n'est pas la création d'un sujet raisonnable et calculateur mais d'un citoyen névrosé qui s'investit dans la production d'un espace domestique stable au service de son territoire national (la nation) »   [28].

« Being continuously neuroticized in other domains, the home perhaps becomes the last remaining domain in which the subject can manage and stabilize anxieties and insecurities cultivated in them [sic]. So the home is caught in a double movement of neuroticization: first, it gets constituted as a domain through which anxieties and insecurities are managed and stabilized; second, that it is constituted as a domain of stability and security generates increased anxieties about its creation and maintenance as such a domain. So, the very home that is constituted as a domain of serenity and stability also produces more anxieties that it was constituted to ameliorate in the first place. Out of this double movement emerges a subject whose conduct is governed through its neurosis: the target of government is not a reasonable and calculating subject but a neurotic citizen who invests itself in the production of a stable home in the service of his homeland (the nation). »[27]

Ce que je cherche à montrer ici, en prenant appui sur Isin, c'est que les pratiques spatiales qui découlent de la « défense du territoire » forgent une orientation subjective sensiblement différente de celle du sujet entrepreneur et calculateur défini par la logique politique néolibérale : ces pratiques de « défense du territoire » donnent naissance à un sujet anxieux, incertain et de plus en plus irritable, sujet forgé par ce qu'Isin appelle le « névrolibéralisme » comme principe de gouvernement. Ce citoyen névrosé exige un « droit à la sécurité absolue », alors même qu'il attend des autres qu'ils se prennent en charge eux-mêmes. Cette névrotisation contribue donc à la dislocation du corps politique en forgeant un citoyen qui exige des droits tout en redoutant la démocratie.

My point here, in drawing on Isin, is to emphasize that the spatial practices of « home defense » cultivate a different subjective orientation than the entrepreneurialized, calculating subject of neoliberalist political rationality: these practices of « home defense » cultivate an anxious, insecure, and increasingly angry subject, a subject cultivated by what Isin terms « neuroliberalism » as mode of governmentality. The neurotic citizen demands « absolute security as a right, » even as it expects others to be responsible for themselves. This neuroticization furthers the shredding of the body politic as it cultivates a citizen who demands rights, but fears democracy.

Mais si la « sécurité territoriale » produit un sujet néo-conservateur,  « l'espace domestique en tant que sécurité », lui, est au cœur du régime néolibéral, tel qu'il s'est développé ces trente dernières années. Si le sujet néo-conservateur est obligé d' « investir dans la stabilité de son espace » comme barrière contre les insécurités psychologiques, le sujet néolibéral est sommé d'investir dans une maison comme barrière contre l'insécurité matérielle, d'utiliser la maison comme moyen d'accès à l'avenir lui-même, en l'absence de tout autre garantie sociale ou collective. Il faudrait donc ajouter la « financiarisation » à la définition classique de la forme de gouvernement inaugurée par le  retour  néolibéral, au sens où le démantèlement des structures étatiques d'aide sociale mises en place par l'Etat providence (nous avons vu que ce démantèlement constitue moins le retrait de l'Etat du champ social qu'une technique de gouvernement) a également inauguré une intensification de l'emprise du capitalisme financier sur la vie urbaine de tous les jours. Le fait que l'Etat n'assure plus les services nécessaires au maintien du bien-être social - éducation, santé, logement, protection des plus âgés et des plus jeunes - signifie que les individus sont de plus en plus contraints d'acheter ces biens sociaux sur le marché privé, la plupart du temps à crédit[29].

Yet, if « home security » cultivates a neoconservative subject, the « home as security » is at the core of the neoliberal regime as it has been worked out over the last three decades. If the neoconservative subject is compelled to « invest in the stability of the home » as a hedge against psychological insecurities, the neoliberal subject is enjoined to invest in a house as a hedge against material insecurity-to use a house to purchase access to futurity itself, in the absence of any other social or collective guarantee of such. And thus we can amend the maxim of the form of governmentality inaugurated by the « roll-back » phase of neoliberalism to include « financialization, » in this sense: the dismantling of welfare statist structures of social support, which, as we have seen, constituted not the withdrawal of the state from the social but a technique of governance, also inaugurated a process of the intensification of the webs of finance capital over everyday urban life. The withdrawal of the state from the social provision of goods necessary to the maintenance of well-being-education, health care, shelter, caring for the elderly and children-meant that people were increasingly required to purchase these social goods on the private market-most often on credit. [28]

Les revenus en dollars réels ayant largement stagné au cours des dix dernières années, tandis que les prix immobiliers ont plus que doublé, il est clair que la néolibéralisation ne s'est pas limitée à une simple « pacification par le cappuccino », pour reprendre l'expression de Sharon Zukin. C'est bien plutôt de pacification par l'endettement qu'il faut parler - les individus se servant de plus en plus « de leurs maisons comme de distributeurs de billets »[30]. Le « logement privé » peut donc être envisagé comme un registre spatial clé au sein duquel néo-conservatisme et néolibéralisme sont fortement imbriqués aux Etats-Unis - la maison arrime la pratique sociale de « l'espace domestique » et se dresse comme une expression physique de la famille ; elle est également le siège du sujet entrepreneur autonome, et un avoir essentiel utilisé pour permettre et promouvoir le fait de se prendre en charge individuellement et de s'endetter pour financer son bien-être. L'espace domestique  constitue donc une clé de voûte de la prise en charge individuelle et de la « névrotisation » du citoyen. C'est ici, chez soi - au cœur même de  l'intimité moderne - que les techniques et pratiques spatiales du néolibéralisme et du néo-conservatisme se rejoignent. Si Brown a bien décrit les « forces de la dé-démocratisation nées de la rencontre des logiques néolibérale et néo-conservatrice »[31],  la maison comme chez-soi semble constituer le noeud de cette alliance - et peut-être même la rendre possible.

Given that wages have remained largely stagnant in real dollars over the last decade while house prices have more than doubled, one can see that neoliberalizsation has meant more than merely the « pacification through cappuccino » as Sharon Zukin has termed it; it was pacification through debt-as people increasingly began to « use their house as an ATM machine. » [29] Thus « the private house » can be seen as a core spatial register within which neoconservatism and neoliberalism are powerfully conjoined in the United States: the house grounds the spatial practice of « home, » and stands as a physical expression of family; it also is the seat of the autonomous entrepreneurial subject, and a core asset utilized to enable and promote individualized self-care through the debt-finance consumption of well-being. « The home » is thus a key to both the responsibilization and the « neuroticization » of the citizen. It is here, in the home-in the very heart (the factory) of modern privacy-that the spatial techniques and practices of neoliberalism and neoconservativism align. If Brown has described the « forces of de-democratization produced at the intersection of neoliberal and neoconservative rationalities, » [30] it would seem that the house-as-home sits at-enabling?-that intersection.

Mais qu'est-ce qu'une maison ? La maison n'est dissociée de l'échelle municipale qui définit la ville que de manière fantasmatique, et ce quel que soit le degré d'éloignement du centre-ville, le degré d'urbanité ou même de ruralité, du substrat urbain qui relie la maison aux autres[32]. La maison est donc à la fois écran et signe, à la fois dissimulatrice et révélatrice des forces de production et de reproduction à l'œuvre dans la construction de l' « individu » privé, et vice versa. C'est ce qui a été révélé de manière fracassante par le fait que ce soit précisément elle, « la maison » - la garantie de prêts immobiliers précaires dans un marché de l'immobilier surévalué - qui a déclenché l'effondrement en cours du système financier mondial et a  révélé du même coup la crise structurelle du capitalisme mondial. Si la propriété immobilière privée n'est certainement pas la cause de l'implosion de la finance mondiale, c'est l'instrument essentiel par lequel les classes ouvrières et moyennes se sont retrouvées embourbées dans les instruments de la finance néolibérale - et menacées par eux[33].

But what is a house? A house is only phantasmatically de-linked from municipal scales that define the city, no matter how de-centralized, suburbanized or even ruralized the urban sub-strate yoking one « house » to Others.[31] The « house » is thus both cipher and screen, at once concealing and revealing the forces of production and reproduction that produce the private « individual »-and vice versa. This was made astonishingly clear by the fact that it was « the house »-the securitization of non-prime loans in an over-valued housing market-that triggered the ongoing collapse in the global financial system, to reveal a structural crisis of global capital. While private home ownership emphatically is not the cause of the global financial implosion, it is a core instrument through which working and middle class people became entangled in-and put at risk by-the instruments of neoliberal finance.[32]

 

 

Chez soi en public

At home in public

Dans la dernière partie de cette étude, je m'interroge sur les implications de l'analyse que propose Brown du présent politique en ce qui concerne la pratique de la justice spatiale, surtout maintenant que le présent a révélé et s'est révélé être une crise structurelle du capitalisme mondial. En mettant l'accent sur le lien contingent qui unit les rationalités politiques du néolibéralisme et du néo-conservatisme, Brown recentre les efforts de la justice spatiale sur le développement et la promulgation d'une contre-rationalité : la justice spatiale devient alors une pratique qui consiste à forger des sujets qui résistent à la logique d'entreprise, refusent l'autoritarisme moral et re-politisent les inégalités sociales. Son analyse des techniques qui promeuvent la prise en charge individuelle et la dé-démocratisation nous rend sceptiques sur les déclarations disant que le néolibéralisme va à sa fin- en dépit des confessions d'Alan Greenspan. Les processus et techniques improvisés au nom du néolibéralisme ont été mis en branle : pouvoirs des agences de notation financière, plans de financement par augmentation des impôts, politiques publiques du logement, partenariats public-privé, et toute une cohorte d'instruments sans cesse plus opaques de la finance néolibérale  (reconnaissance de dettes indirectes, échanges de créances douteuses). La crise fiscale ne parviendra pas à elle seule à mettre un terme aux processus et institutions à travers lesquels la logique de marché pénètre sans cesse plus avant tous les domaines de l'existence. Au contraire, la crise fiscale qui va s'aggravant sera très certainement invoquée pour justifier l'emprise accrue des institutions néolibérales, et pour que, dans une logique d'entreprise, se prennent davantage en charge les villes, les régions et les citoyens mis en concurrence pour obtenir des fonds de plus en plus limités, des emplois en train de disparaître et des crédits de plus en plus rares. Les pratiques et institutions - et non simplement la doxa - du néolibéralisme doivent être démantelées, et remplacées par des contre-institutions et des contre-pratiques.

In this paper’s final section I turn to ask: what are the implications of Brown’s understanding of the political present for the practice of spatial justice, especially now that the present has revealed (itself as constituted by) a structural crisis in global capitalism? Brown’s emphasis on neoliberalism and neoconservativism as contingently linked modes of political rationality refocuses spatial justice as the work to develop and promulgate a counter-rationality: spatial justice becomes the practice of cultivating subjects who resist entrepreneuralization, refuse moral authoritarianism, and re-politicize social inequality. Her focus on the techniques of responsiblization and de-democratization also prepares us to greet with deep skepticism the cries that neoliberalism is coming to an end-the confessions of Alan Greenspan notwithstanding. The processes and techniques improvised in the name of neoliberalism have been unleashed: bond rating agency powers, tax increment financing schemas, housing policy vouchers systems, public-private partnerships, and a host of ever-more inscrutable instruments (collateralized debt obligations, credit default swaps) of neoliberal finance. The fiscal crisis alone will not retract the processes and institutions through which market-rationality increasingly permeates all domains of life. To the contrary, the deepening fiscal crisis will most certainly be invoked as a justification for the further entrenchment of neoliberal institutions, and the further responsibilization and entrepreneurialization of cities, regions, and citizens, as each is made to compete for increasingly scarce funds, disappearing jobs, and tightened credit. The practices and institutions-not simply the doxa-of neoliberalism have to be dismantled, and counter-institutions and counter-practices put in their place.

Ainsi, la pratique de la justice spatiale doit comprendre une contre-logique en opposition à celle des projets néolibéral et néo-conservateur. Elle doit même commencer par cela. Elle doit promouvoir, pour paraphraser Brown, « une autre conception de l'être humain, du citoyen, de la vie économique et du politique »[34] - c'est-à-dire aussi, une conception radicalement différente de la ville. Une telle pratique ne peut pas se limiter à « l'espace public », et doit pénétrer le « privé » à plusieurs sens du terme. Le néolibéralisme en cours tire sa force de ce qu'il a délégué aux institutions privées ou faussement publiques le soin de réguler le social, l'économique et le politique. Le travail de justice spatiale consisterait donc à ouvrir ces institutions à la responsabilité et à la prise de décision démocratiques, autant qu'à forger de nouveaux modes de prestations sociales qui puissent efficacement rivaliser avec la mainmise du capital financier sur la vie urbaine de tous les jours. La croissance est l'élément central qui sert à justifier le projet libéral, et son alibi essentiel ; une des missions centrales de la pratique de la justice spatiale sera donc de recadrer la question et la définition de la croissance, et de réfuter son apparente évidence dans l'environnement construit. Même et peut-être surtout en pleine crise économique, il est essentiel d'interroger le mécanisme qui a permis à la logique politique néolibérale de s'annexer l'espace construit pour appuyer ultérieurement la prolifération des constructions sur l'argument largement incontesté qui veut que le bâtiment soit synonyme de « croissance »[35]. Au cours des trente dernières années, le terme de « croissance » a été utilisé pour décrire les transformations de l'environnement construit quelles qu'elles soient et quels qu'aient été leurs effets : tours puissamment éclairées et parcs impeccablement entretenus d'un côté, ségrégation de la pauvreté et emprisonnement du désespoir de l'autre, constituent des rouages essentiels du mécanisme qui permet au néolibéralisme de produire une réalité dont il prétend qu'elle existerait déjà. L'abandon de chantiers de construction de gratte-ciel et les hectares que la spéculation a couverts de lotissements de maisons individuelles vont-ils maintenant encore servir d'arguments en faveur de nouvelles concessions à la finance néolibérale ? Ou bien l'argument selon lequel ces constructions sont synonymes de croissance au vrai sens du terme va-t-il enfin être remis en cause,  et remplacé par une évaluation plus nuancée de la relation entre transformations de l'environnement construit et capacité valorisée à l'échelle urbaine, afin de renforcer les efforts réels mais insuffisamment expliqués en faveur du « développement responsable » et de la « croissance intelligente » en faveur des familles de travailleurs[36]. Pratiquer la justice spatiale, c'est donc aussi travailler à déconnecter le bâti du discours mystificateur de la croissance, ainsi que de son antithèse, tout aussi trompeuse, l'idée de ruine.

Thus, the practice of spatial justice must include-indeed begin by-cultivating a counter-rationality to that of the neoliberal and neoconservative projects; it must foster, in Brown’s phrase, « a different figuration of human beings, citizens, economic life, and the political »[33]-which is also to say, a fundamentally different figuration of the city. Such a practice cannot confine itself to « public space, » but must be willing to trespass on the « private » in several senses. The ongoing force of neoliberalism has been to empower private and pseudo-public institutions with the work of regulating the social, the economic and political. The work of spatial justice must be to pry open these institutions to meaningful democratic accountability and decision-making, as well as to cultivate new modalities of social provision that can effectively challenge the dominance of finance capital over urban everyday life. Growth is the core justification as well as alibi of the neoliberal project; thus one critical locus of spatial justice practices must be to re-frame the question and content of growth, and to refute its apparent self-evidence in the built environment. Even or especially in the midst of financial crisis it is imperative to challenge the mechanisms by which neoliberal political rationality has been able to annex the built to support its further proliferation through the largely-unchallenged claim that the built represents « growth. »[34] Throughout the last three decades, « growth » has been applied to describe transformations of the built environment no matter what sort or to what effect: shining towers, manicured parks, along with walled-off poverty and imprisoned despair, are critical parts of the mechanisms by which neoliberalism produces the reality it claims already exists. Will now the half-built skyscrapers and acres of single-family houses built « on spec » be enlisted as evidence that further concessions to neoliberal finance are required? Or will the claim that these represented growth in any meaningful sense finally be refuted, replaced with a more nuanced evaluation of the relationship between the transformations in the built environment and the enhanced capacity at the urban scale, and fuel the solid but under-represented efforts of « accountable development, » and « smart growth » for working families.[35] A practice of spatial justice must also work to de-link the built not only from the mystifying discourse of growth, but also from its as-mystified antithesis, decay.

De la même façon que le mécanisme libéral à l'échelle urbaine a consisté à obliger les villes à se comporter en entreprises, à dépolitiser et à individualiser l'inégalité, pratiquer la justice spatiale consiste à résister au pouvoir corrosif de la logique d'entreprise, et à re-politiser les inégalités sociales en faisant valoir les origines collectives du bien-être individuel et social, tout en développant des pratiques de solidarité entre les régions, les villes et les quartiers à l'intérieur d'une même ville. Créer des contre-institutions et des solidarités entre les villes sera sans aucun doute rendu plus ardu par la crise financière, celle-ci mettant les régions en concurrence les unes avec les autres pour l'obtention de fonds fédéraux comme d'investissements privés. Mais il est essentiel de garder à l'esprit que, comme Jamie Peck et. al l'ont souligné, les stratégies variées du néolibéralisme n'ont pas émergé toutes prêtes, pas plus que n'étaient complètement pensés ses processus :

Just as neoliberalism’s core lever at the urban scale has been to force cities to become ever-more entrepreneurial and to de-politicize and individualize inequity, the practice of spatial justice must work to resist entrepreneuralization’s corrosive force, and to re-politicize social inequity by insisting on and demonstrating the collective origins of individual and social well-being, and by forging practices of solidarity between regions, between cities, and between neighborhoods in cities. The process of creating counter-institutions of trans-urban solidarity will no doubt become increasingly difficult as the deepening fiscal crisis pits region against region in competition for both federal funds and private investment. But it is crucial to keep in mind that, as Jamie Peck et al. argue, neoliberalism’s broad range of strategies did not emerge fully-formed, and neither are its processes complete:

« Le néolibéralisme est un projet politique en constante formulation et reformulation. Il n'a pas pris corps d'un seul coup, telle une excroissance inévitable de la globalisation. C'est un travail en cours - et un terrain de lutte. Les villes sont les lieux d'expérimentation et les centres de commande du néolibéralisme - les lieux d'où émanent les idées politiques. En même temps, elles sont aussi des lieux où les contradictions sont les plus saillantes, où les tendances destructrices sont les plus visibles, et où la violence quotidienne du néolibéralisme s'exerce dans toute sa virulence »[37].

« Neoliberalism is a political project that is continually being made and remade. It didn’t spring into life fully formed, some inevitable outgrowth of globalization. It is a work in progress-and a site of struggle. Cities are sites of experimentation, and they are the command centers of neoliberalism-the places where policy ideas come from. At the same time they are the places where the contradictions are most apparent, where the destructive tendencies are most visible, and where the everyday violence of neoliberalism is played out most vividly. »[36]

De la même façon que la marche de la ville vers le néolibéralisme reste inachevée, et que sont improvisées constamment de nouvelles politiques urbaines et de nouvelles institutions politiques qui travaillent à la production de la ville telle que présentée comme déjà existante, la justice spatiale doit également improviser activement et sans relâche une série de contre-institutions et de contre-techniques qui contribuent à structurer des pratiques quotidiennes comme si la ville véritablement démocratique existait déjà - improviser une série de pratiques qui enrichissent et étendent la capacité collective des habitants à façonner les modes de vie urbains.

Just as the neoliberalization of the city is incomplete, and continually improvises urban policy and political institutions that work to produce the city it claims already exists-so too must the practice of spatial justice actively and unceasingly improvise a set of counter-institutions and counter-techniques that help structure everyday practices as if a meaningfully democratic city already exists-improvise a set of practices that enrich and expand the collective capacity to shape urban life by those who live there.

Ces contre-pratiques doivent être en proportion avec la logique scalaire du néolibéralisme, et avec les modèles socio-spatiaux d'hypervalorisation et de désinvestissement que produit le néolibéralisme : revalorisation des centre-villes et des lointaines banlieues d'un côté, dévalorisation et appauvrissement de quartiers déjà pauvres et des banlieues proches de l'autre. Les projets qui se concentrent sur les noyaux urbains déjà réinvestis, ou qui enrichissent les quartiers déjà valorisés, sont susceptibles de conforter plutôt que de desservir la logique spatiale du néolibéralisme, et donc de confirmer l'apparente efficacité, tant vantée par les néolibéraux, d'un domaine citoyen obéissant à une logique de marché.

These counter-practices must be calibrated to the scalar logics of neoliberalism, and the socio-spatial patterns of hyper-valorization and disinvestment that neoliberalism produces: the revalorization of center-cities and outer-ring suburbs and the devalorization and impoverishment of already poor neighborhoods as well as inner-ring or first tier suburbs. Projects that target the already re-invested urban core or enrich the already valorized neighborhoods may work to support not oppose neoliberalism spatial logics, and thus extend neoliberalism’s vaunting of the apparent efficiencies of a market-rationalized civic realm.

L'objectif est aussi de réorienter la justice spatiale loin de ce qui concerne l'espace public, en vue de forger la démocratie hors des structures centrales qui régulent et financent la vie urbaine collective- et tout particulièrement celles qu'on a jusqu'à présent laissé dans l'ombre, loin de toute transparence publique, sous forme d'institutions privées. Celles-ci ne doivent plus être autorisées à simplement assurer un service public ou à prétendre le faire. Elles doivent être transformées en institutions modernes ayant un véritable sens mis sur la place publique. Une étape cruciale de ce processus consistera à démystifier et à démocratiser les institutions financières de développement urbain - le travail des agences de notation financière, des plans de financement qui alourdissent l'impôt, des sociétés transnationales de développement, et au final des banques elles-mêmes - et de contester le pouvoir qu'elles exercent sur les processus urbains locaux[38]. Il s'agirait là de démocratiser des institutions financières, plutôt que seulement  les nationaliser - ce qui semble pour l'instant être la direction vers laquelle se dirigent les 700 milliards de dollars versés au secours du système financier américain en péril[39].

This is also to re-orient spatial justice away from a concern with « public space, » and toward the work of forging democracy out of the core structures that regulate and finance collective urban life-especially those that have been allowed up to now to lurk largely in the shadows, beyond meaningful scrutiny under the guise of private institutions. These must no longer be allowed merely to (claim to) serve the public; these must be made meaningfully over into modern-day « town squares. » A crucial step in this process is to de-mystify and democratize the institutions of « development finance » at the urban scale-the work of bond rating agencies, tax increment finance schemes, transnational development firms, and finally banks themselves-and to challenge their power to shape local urban processes.[37] This is to democratize financial institutions, rather than merely to nationalize them-as has so far been the direction of the $700 billion under-writing of the faltering U.S. financial system.[38]

Ce n'est pas seulement la croissance, mais aussi la peur et un sentiment d'insécurité savamment entretenu qui soutiennent et légitiment l'extension des structures dé-démocratisantes nées de l'alliance du néolibéralisme et du néo-conservatisme. Pratiquer la justice spatiale, c'est donc aussi travailler à séparer les logiques politiques néolibérale et néo-conservatrice, exploiter les tensions qui existent entre elles, et contrecarrer cette dernière sur son propre terrain. Pratiquer la justice spatiale doit donc contester effectivement la forteresse Amérique en montrant qu'elle n'est pas un remède contre l'insécurité et que, au contraire, elle produit de l'insécurité. Cela implique non seulement de contester activement et de refuser la banalisation des nombreuses formes de constructions de murs, d'enceintes et de  prisons, mais aussi d'être attentif au sens et aux pratiques de l'espace domestique en tant que domaine-clé au sein duquel la dé-démocratisation est produite. Il faut donc commencer à contester et refuser - sur tous les terrains possibles - les structures et les contraintes par lesquelles l'urbanisme de la maison et de la résidence cherche à se détacher fantasmatiquement, juridiquement et économiquement de l'échelle urbaine plus large et des réseaux régionaux qui le rendent possible et lui fournissent soutien.

Yet not only growth but also fear and a cultivated insecurity animate and legitimate the extension of the de-democratizing structures that the conjoining of neoliberalism and neoconservativism enable. Thus the practice of spatial justice must also work to de-link neoliberal from neoconservative political rationalities, to exploit the tension between them, and to counter the latter on its own terms. The practice of spatial justice must be to effectively counter the fortressing of America as productive of insecurity not a remedy for it. This involves not only active resistance and de-naturalization of the many forms of wall-building, border-fortifying and prison-making, but also attending to the meaning and practices of home as the core domain within which de-democratization gets produced. One must work to challenge and refuse-on every available ground-the structures and strictures through which house-based and residence-based urbanisms seek to phantasmatically, juridically, and economically de-link from the broader urban-scale and region-wide networks that enable and sustain them.

Enfin, la pratique de la justice spatiale doit s'enraciner dans cette idée et placer cette idée au cœur de sa démarche : faire naître une nouvelle figure du citoyen. Comme nous l'avons vu,  néolibéralisme et néo-conservatisme sont profondément dé-démocratisants, et ce non pas principalement à travers la répression de la criminalité dans les centre villes, ou la privatisation des jardins publics, mais parce que ces pratiques (et d'autres) qui s'inscrivent dans l'espace forgent un citoyen dé-démocratisé qui tolère des formes sans cesse plus dures d'autoritarisme moral, étatique et économique. La constitution dé-démocratique de citoyens ne précède pas la restructuration radicale de l'espace dont nous voulons parler, ni ne s'opère en dehors d'elle, ou sans lien avec elle : « la politique démocratique n'est pas là-bas, quelque part dans la sphère publique ou dans un espace abstrait, mais bien ici, au cœur même de la subjectivité »[40]. La production par le territoire du citoyen dé-démocratisé n'est pas un simple épiphénomène de la réorganisation du capital et de l'ambition impériale des Etats-Unis,  mais c'en est bien plutôt une de ses modalités centrales. Si on ne lui oppose pas fermement une contre-représentation du citoyen, la crise financière ne fera qu'intensifier le processus de dé-démocratisation né de l'alliance du néolibéralisme et du néo-conservatisme. Après s'être endettés pour s'offrir un bien-être socio-économique précaire, de  plus en plus d'Américains découvrent qu'ils doivent à la banque plus que ne vaut leur maison, qu'ils n'ont plus droit au crédit, et que leurs emplois sont menacés ou ont déjà disparu. S'ils réclament des droits, vont-ils aussi se mettre à haïr la démocratie ? Pratiquer la justice spatiale doit donc consister à forger une nouvelle représentation de l'appartenance politique et de la collectivité humaine, différente de celle que proposent les projets néolibéraux comme néo-conservateurs : celle d'un citoyen qui non seulement compte sur la démocratie mais qui la pratique - par le biais de pratiques territoriales faisant du pouvoir partagé et de la liberté collective une réalité- et qui contestera non seulement la légitimité du projet néolibéral mais aussi l'extension du pouvoir autoritaire. C'est forger un citoyen qui exige une liberté qui ne peut être assurée que collectivement et une sécurité qui est visiblement et explicitement comprise comme une construction sociale - un citoyen qui ne se sent vraiment « chez lui » qu'en public[41].

Finally, the practice of spatial justice must be grounded in-and make central-the cultivation of a different figuration of the citizen. As we have seen, neoliberalism and neoconservativism are profoundly de-democratizing, and not primarily in the policing of downtowns or the privatization of public squares, but because these (and other) spatially-embedded practices cultivate a de-democratized citizen and a tolerance for ever-more-intensified forms of moral, state and economic authoritarianism. The de-democratic constitution of citizens is not somehow prior to, outside of, or otherwise immune to the radical spatial restructuring we analyze: « Democratic politics is not out there, in the public sphere or in a realm, but in here, at the very soul of subjectivity. »[39] The spatial production of the de-democratized citizen is not merely epiphenomenal to the re-organization of capital and U.S. imperial ambition but is rather one of its central modalities. Unless it is actively opposed by a counter-figuration of the citizen, the financial crisis will only heighten the de-democracy taking shaped at the intersection of neoliberalism and neoconservativism. Having debt-financed their way into a precarious socio-economic well being, an increasing number of people in the U.S. find that they owe the bank more than their houses are worth, that their access to credit is blocked, and their jobs are threatened or gone. If they demand rights, will they also hate democracy? Thus the practice of spatial justice must be to cultivate a different figuration of political belonging and human collectivity than that offered by both the neoliberal and neoconservative projects; a citizen who not only expects but also practices democracy as constituted through embodied spatial practices of shared power and collective freedom, and who will challenge not only the legitimacy of the neoliberalizing project, but also the extension of authoritarian power. This is to cultivate a citizen who demands a freedom that can only be collectively maintained and a security that is visibly and explicitly understood as socially produced-a citizen who is only fully « at home » in public.[40]

Pour conclure,  j'avais d'abord intitulé cette contribution « pratiquer la justice spatiale après la fin de la démocratie libérale » pour montrer que la justice (comme la démocratie d'ailleurs) est une pratique, et non une « chose », et pour nommer les défis que lui pose le déclin des institutions de la démocratie libérale sous l'effet conjoint du néolibéralisme et du néo-conservatisme. Juste avant le déclenchement de la crise financière actuelle, Brown faisait valoir que « les institutions comme la culture politique de la démocratie libérale ont peu à peu disparu, et il ne reste à la gauche qu'à faire son deuil de ce qu'elle n'a jamais vraiment aimé, et à reformuler entièrement sa critique et sa vision politique de ce qui fut la phase historique de la démocratie libérale »[42]. Elle appelle  une compréhension de la pratique politique qui ne repose pas sur l'espoir (tacite) que les excès du néolibéralisme trouveront leurs limites dans une crise de légitimité de l'Etat. Pratiquer la justice spatiale, c'est dépasser clairement et formellement une  « politique dénonciatrice », qui a précisément pour but de souligner, dans les termes de la démocratie libérale, l'illégitimité  d'un certain usage de l'État et du pouvoir économique : dénoncer le recours à la surveillance urbaine, apporter les preuves d'une ségrégation socio-géographique croissante, révéler l'étendue de la mainmise du privé sur les infrastructures publiques, souligner la prolifération des copropriétés fermées, ou encore déplorer la militarisation rampante des frontières nationales comme des limites municipales. Aussi importantes soient-elles, si ces stratégies ne s'en prennent pas également à la dé-démocratisation du sujet, elles demeureront vaines, car on ne saurait obliger une démocratie qui n'est plus libérale à tenir des promesses qu'elles ne reconnaît plus comme telles, de même qu'on ne saurait encourager des citoyens dé-démocratisés à exiger du pouvoir politique le comportement responsable qu'il n'attendent plus de lui. Comme j'espère l'avoir clairement montré, la pratique de la justice ne peut pas considérer comme acquise l'existence d'un public susceptible d'être scandalisé et de réagir en conséquence, même ou peut-être surtout en période de crise et de sévères restrictions budgétaires. Bien plutôt, pratiquer la justice spatiale doit consister à forger ce public, au sens non pas d'un espace mais d'une population. C'est travailler au sein de ce qui reste du libéralisme politique à « saisir les implications de sa disparition », non pas pour étayer ses promesses abstraites - de droits sans capacité d'exercer ces droits- mais, en cette  fin de la démocratie libérale et alors que le néolibéralisme ne sort pas indemne de la tourmente, pour donner forme à ce qui viendra après. C'est utiliser le langage du « droit à la ville », au sens où l'entendait Lefebvre : le droit à la ville doit être plus qu'un simple droit d'habiter une ville déjà là - et de choisir entre l'enclave protégée et la citadelle barricadée - mais bien plutôt un droit à la capacité de donner forme aux habitations de notre vie collective »[43].

To conclude, I titled this essay « the practice of spatial justice after liberal democracy » to underscore that justice (like democracy) is a practice, not a « thing » and also to name the challenges to that practice by the radical foreclosure of the institutions of liberal democracy being accomplished by the effective conjoining of neoliberalism and neoconservativism. Writing in the immediate run-up to the ongoing financial crisis, Brown argued that, as « the institutions as well as the political culture comprising liberal democracy are passing into history, the left is faced both with the project of mourning what it never wholly loved and with the task of dramatically resetting its critique and vision in terms of the historical supersession of liberal democracy. »[41] She urges an understanding of political praxis that does not hinge on a (tacit) expectation that neoliberalism’s excesses will encounter their limits in a crisis of legitimacy for the state. A practice of spatial justice must move decisively and emphatically beyond a « politics of awareness » calibrated to expose as illegitimate in (liberal democratic terms) the use of state and economic power: denouncing the use of urban surveillance, documenting a growing socio-spatial segregation, revealing the scope of the private acquisition of public infrastructure, outlining the proliferation of gated communities, or deploring the mounting militarization of national and municipal borders; as important as these are, if they do not also address the de-democratization of the subject, these strategies remain ones which seek to provoke a no-longer liberal democracy into keeping promises it no longer recognizes as such, and to engage de-democratized citizens into demanding an accountability of political power that they no longer expect. As I have hoped to make clear, practices of justice cannot assume a public that will be scandalized and spurred to action, even or especially in a time of financial crisis and extreme fiscal restraint. Instead, the practice of spatial justice must be to cultivate such a public, understood not as a space, but a people. This is to work within what remains of political liberalism, to « grasp the implications of its waning » not in order shore up its abstract promises-of rights without capacity-but to work in the waning of liberal democracy and in the turmoil of a wounded neoliberalism, to shape what will come after. This is to use the language of the right to the city, as Lefebvre understood it: the right to the city must be more than the right merely to inhabit a pre-made city-to choose between the gated enclave, the barricaded citadel-but the right to the capacity to shape the habitations of our collective life.[42]

 

 

[1] "Chaîne de Ponzi" désigne l'escroquerie des pyramides financières où les intérêts anormalement élevés versés aux déposants ne sont possibles que grâce aux sommes déposées par les nouveaux souscripteurs. Dès que la chaîne d'investissements se ralentit, la bulle speculative éclate, spoliant les derniers entrants dans le montage. Ce système tire son nom de Charles Ponzi qui l'a conçu et utilisé en 1921 aux Etats-Unis.

 

[2] "The End of Wallstreet," Wall Street Journal, 23 septembre, 2008; Paul Krugman, "The Madoff Economy," The New York Times, Opinion Section, 19 décembre 2008; Edmond L. Andrews, "Greenspan Concedes Error on Regulation," The New York Times, Economy Section, 23 octobre 2008.

[1] « The End of Wallstreet, » The Wall Street Journal, September 23, 2008; Paul Krugman, « The Madoff Economy, » The New York Times, Opinion Section, December 19, 2008; Edmond L. Andrews, « Greenspan Concedes Error on Regulation, » The New York Times, Economy Section, October 23, 2008.

[3] RGE monitor estime que les prix immobiliers continueront à chuter jusqu'en 2010, et "mettront 40% des emprunts (5 millions) à plus de 30 % au-dessus de la valeur du bien financé", RGE Monitor, 30 décembre 2008; Michael Crittendon et Jessica Holzer, "Relief Nears for 3 Million Strapped Homeowners," Wall Street Journal, A3, 30 octobre  2008; Mark Pittman, "Fed Refuses to Disclose Recipients of $2 Trillion," Bloomberg, 12 décembre 2008; Julia Gordon, "Letter Re: Section 102 of the Emergency Economic Stabilization Act of 2008," National Consumer Law Center, 28 octobre 2008; Rich Miller and Shobhana Chandra, "U.S. Payrolls Hemorrhage is Likely to Persist After 2008 Drop," Bloomberg.

[2] RGE monitor estimates that home prices will continue to fall until 2010, « pushing 40 percent of mortgages (5 million) into negative equity (of over 30 percent), » RGE Monitor, December 30, 2008; Michael Crittendon and Jessica Holzer, « Relief Nears for 3 Million Strapped Homeowners, » Wall Street Journal, A3, October 30, 2008; Mark Pittman, « Fed Refuses to Disclose Recipients of $2 Trillion, » Bloomberg, Dec 12, 2008; Julia Gordon, « Letter Re: Section 102 of the Emergency Economic Stabilization Act of 2008 », National Consumer Law Center, October 28, 2008; Rich Miller and Shobhana Chandra, « U.S. Payrolls Hemorrhage is Likely to Persist After 2008 Drop« , Bloomberg.

[4] Voir Joseph Stiglitz, "The End of Neo-Liberalism?" Project Syndicate, 7 juillet 2008.

[3] See Joseph Stiglitz, « The End of Neo-Liberalism? » Project Syndicate, July 7, 2008.

[5] En prenant la logique spatiale du néolibéralisme comme une rationalité politique, cet article veut aider à comprendre les registres spatiaux de la gouvernabilité. Margo Huxley a récemment déclaré : "ce n'est que récemment que la rationalité productive associée à la liberté, au sens du libéralisme, ont été mises en relation avec les objets spatiaux de la géographie". Margo Huxley, "Géographies of Governmentality", in Jeremy W. Crampton and Stuart Elden, eds., Space, Knowledge and Power : Foucault and Geography (Hampshire, England and Burlington, VT : Ashgate Publishing, 2007), 193.

[4] In taking up the spatial logics of neoliberalism as a political rationality, this paper seeks to contribute to an understanding of the spatial registers of governmentality. Margo Huxley has recently claimed, « it is only recently that conceptions of the productive rationalities associated with the making of liberal freedom have been connected to the spatial concerns of geography. » Margo Huxley, « Geographies of Governmentality, » in Jeremy W. Crampton and Stuart Elden, eds., Space, Knowledge and Power: Foucault and Geography (Hampshire, England and Burlington, VT: Ashgate Publishing, 2007), 193. 

[6] Je fais ici référence à Thomas Lemke, "'The Birth of Bio-politics': Michel Foucault's Lectures at the College de France on Neo-liberal Governmentality," Economy and Society 30: 190-207. Lemke décrit le néolibéralisme; je l'utilise ici pour décrire aussi bien le néo-conservatisme que le néolibéralisme.

[5] Here I adapt a quote by Thomas Lemke, « ‘The Birth of Bio-politics’: Michel Foucault’s Lectures at the College de France on Neo-liberal Governmentality, » Economy and Society 30: (2001), 190-207. Lemke is describing neoliberalism; I use it here it to describe both neoliberalism and neoconservativism.

[7] Wendy Brown, "American Nightmare: Neoliberalism, Neoconservativism, and De-democratization," Political Theory 34, no. 6 (2006): 693.

[6] Wendy Brown, « American Nightmare: Neoliberalism, Neoconservativism, and De-democratization, » Political Theory 34, no. 6 (2006): 693.

[8] Wendy Brown, Edgework: Critical Essays on Knowledge and Politics (Princeton: Princeton University Press, 2005), 44; Brown cite Lemke, "The Birth of Bio-politics," 202.

[7] Wendy Brown, Edgework: Critical Essays on Knowledge and Politics (Princeton: Princeton University Press, 2005), 44; Brown is citing Lemke, « The Birth of Bio-politics, » 202.

[9] Brown, Edgework, 56-57.

[8] Brown, Edgework, 56-57.

[10] Brown, Edgework, 43, citant Lemke.

[9] Brown, Edgework, 43, citing Lemke.

[11] See Barbara Cruikshank, The Will To Empower: Democratic Citizens and Other Subjects (Ithaca, NY: Cornell University Press, 1999).

[10] See Barbara Cruikshank, The Will To Empower: Democratic Citizens and Other Subjects (Ithaca, NY: Cornell University Press, 1999).

[12] Brown, "American Nightmare," 695.

[11] Brown, « American Nightmare, » 695.

[13] Brown, Edgework, 43.

[12] Brown, Edgework, 43.

[14] Ibid., 42.

[13] Ibid., 42.

[15] Brown, "American Nightmare," 695.

[14] Brown, « American Nightmare, » 695.

[16] Je fais ici référence à l'hypothèse de la "machine à croissance" d'abord développée par Harvey Molotch dans "The City as Growth Machine: Towards a Political Economy of Place," American Journal of Sociology 82 (1976): 309-32. Voir également les contributions plus récentes de Andrew E.G. Jonas & David Wilson, The Urban Growth Machine: Critical Perspectives Two Decades Later (Albany: State University of New York Press, 1999), et John R. Logan & Harvey L Molotch, Urban Fortunes: The Political Economy of Place, Twentieth Anniversary Edition (Berkeley: University of California Press, 2007). La principale faiblesse conceptuelle de la "machine à croissance" comme paradigme critique, c'est qu'elle ne réexamine pas la proposition centrale: le bâti, c'est la croissance, et non pas simplement le bâti.

[15] I refer here to the « growth machine » hypothesis, the classic articulation of which is Harvey Molotch, « The City as Growth Machine: Towards a Political Economy of Place, » American Journal of Sociology 82 (1976): 309-32. See more recently Andrew E.G. Jonas and David Wilson, The Urban Growth Machine: Critical Perspectives Two Decades Later (Albany: State University of New York Press, 1999) and John R. Logan and Harvey L. Molotch, Urban Fortunes: The Political Economy of Place, Twentieth Anniversary Edition (Berkeley: University of California Press, 2007). A central conceptual weakness of the « growth machine » as a critical paradigm is that it often leaves unchallenged the core problematic: that the built is growth, instead of the merely built.

[17] Voir Stephanie Coontz, The Way We Never Were: American Family and the Nostalgia Trap (New York: Basic Books, 2000).

[16] See Stephanie Coontz, The Way We Never Were: American Family and the Nostalgia Trap (New York: Basic Books, 2000).

[18] Wendy Brown, "American Nightmare," 696-698.

[17] Wendy Brown, « American Nightmare, » 696-698.

[19] Il existe une importante littérature qui ne cesse de s'enrichir sur les formes spatiales de l'urbanisation néolibérale, dans le domaine des études urbaines, et dans celui de la géographie économique politique. Je m'inspire ici en particulier au travail de Neil Brenner et Nik Theodore, Spaces of Neoliberalism: Urban Restructuring in Western Europe and North America (Oxford and Boston: Blackwell Publishing, 2002); Neil Brenner, New State Spaces: Urban Governance and the Rescaling of Statehood (Oxford and Boston: Oxford University Press, 2004); Jason Hackworth, The Neoliberal City: Governance, Ideology and Development in American Urbanism (Ithaca: Cornell University Press, 2006); David Harvey, A Brief History of Neoliberalism (Oxford et New York: Oxford University Press, 2005); Erik Swyngedouw et Andy Merrifield, eds., The Urbanization of Injustice (New York: New York University Press, 1997).

[18] There is an extensive and growing literature on the spatial forms of neoliberal urbanization, in critical urban theory, and political economic geography. I invoke here, especially, the work of Neil Brenner and Nik Theodore, Spaces of Neoliberalism: Urban Restructuring in Western Europe and North America (Oxford and Boston: Blackwell Publishing, 2002); Neil Brenner, New State Spaces: Urban Governance and the Rescaling of Statehood (Oxford and Boston: Oxford University Press, 2004); Jason Hackworth, The Neoliberal City: Governance, Ideology and Development in American Urbanism (Ithaca: Cornell University Press, 2006); David Harvey, A Brief History of Neoliberalism (Oxford and New York: Oxford University Press, 2005); Erik Swyngedouw and Andy Merrifield, eds., The Urbanization of Injustice (New York: New York University Press, 1997).

[20] David Harvey, A Brief History of Neoliberalism.  Voir également Jamie Peck et al., "The City as a Policy Lab," AREA Chicago, July 7, 2008.

[19] David Harvey, A Brief History of Neoliberalism.  See also Jamie Peck et al., « The City as a Policy Lab, » AREA Chicago, July 7, 2008.

[21] Lisa Duggan, par exemple, parle du néo-conservatisme comme de la "politique culturelle" du néolibéralisme, dans The Twilight of Equality? Neoliberalism, Cultural Politics, and the Attack on Democracy (Boston: Beacon Press, 2003). David Harvey se réfère aux aspects néo-conservateurs du néolibéralisme comme à un "pragmatisme néolibéral", même s'il voit les transformations politiques provoquées par le "Contrat avec l'Amérique" aux Etats-Unis dans les années 1990 comme le moment clé du tournant néolibéral. Mais le Contrat avec l'Amérique joua un rôle décisif dans la consolidation de la nouvelle droite en tant que telle. Voir David Harvey, "Neo-liberalism as Creative Destruction," Geografiska Annaler: Series B, Human Geography 88, no. 2 (2006): 149.  Harvey poursuit: "il vaut la peine d'examiner de plus près comment le processus s'est mis en marche aux Etats-Unis, car ce cas particulier a eu une influence décisive sur les transformations qui ont eu lieu plus tard à l'échelle mondiale. Dans cet exemple, diverses ramifications du pouvoir se sont enchevêtrées pour former un rite de passage très particulier qui fut en réalité un "Contrat sur l'Amérique" totalement néolibéral en guise de programme d'action intérieure".

[20] Lisa Duggan, for example, sees neoconservativism as the « cultural politics » of neoliberalism, in The Twilight of Equality? Neoliberalism, Cultural Politics, and the Attack on Democracy (Boston: Beacon Press, 2003). David Harvey refers to the neoconservative elements within neoliberalism as a « neoliberal pragmatism, » even as he sees the political transformations in the U.S. in the 1990s « Contract with America » as a key and decisive moment in the neoliberal shift. But the Contract with America was a decisive moment in the consolidation of the new right as such. See David Harvey, « Neo-liberalism as Creative Destruction, » Geografiska Annaler: Series B, Human Geography 88, no. 2 (2006): 149.  Harvey elaborates further: « It is, however, interesting to look more specifically at how the process u nfolded in the U.S., since this case was pivotal in influencing the global transformations that later occurred. In this instance various threads of power intertwined to create a very particular rite of passage that culminated in the Republican Party takeover of Congressional power in the mid-1990s, vowing what was in effect a totally neoliberal ‘Contract on America’ as a programme of domestic action. »

[22] Brown, "American Nightmare," 703.

[21] Brown, « American Nightmare, » 703.

[23] Brown, "American Nightmare," 696-697. Voir également Anne Norton, Leo Strauss and the Politics of American Empire (New Haven: Yale University Press, 2005).

[22] Brown, « American Nightmare, » 696-697. See also Anne Norton, Leo Strauss and the Politics of American Empire (New Haven: Yale University Press, 2005).

[24] "The Minuteman Civil Defense Corps: National Citizens Neighborhood Watch Securing the American Border". Si la défense des frontières comme moyen de coordonner la nouvelle droite est en plein essor, l'organisation des Minutemen traverse à l'heure actuelle une période de crise interne liée à l'utilisation de fonds destinés à la reconstruction.Voir Zvika Krieger, "Time's Up: The Minutemen Turn on Each Other," The New Republic, November 19, 2008.

[23] « The Minuteman Civil Defense Corps: National Citizens Neighborhood Watch Securing the American Border« . Even as border defense grows as a way to coordinate the new right the Minutemen organization is, as of this writing, in internal turmoil, over controversies stemming from the use of funds pledged for the rebuilding. See Zvika Krieger, « Time’s Up: The Minutemen Turn on Each Other, » The New Republic, November 19, 2008.

[26] La littérature sur la privatisation des lotissements résidentiels et des constructions urbaines aux Etats-Unis ne cesse de s'étendre. Voir Mike Davis, City of Quartz: Excavating the Future in Los Angeles (New York: Vintage Books, 1992); Margaret Kohn, Brave New Neighborhoods: The Privatization of Public Space (New York: Routledge, 2004); Setha Low, Behind the Gates: Life, Security, and the Pursuit of Happiness in Fortress America (New York: Routledge, 2003); Don Mitchell, The Right to the City: Social Justice and the Fight for Public Space (New York: Guildford Press, 2003).

[25] There is a growing literature on the privatization of urban and residential development in the United States; see Mike Davis, City of Quartz: Excavating the Future in Los Angeles (New York: Vintage Books, 1992); Margaret Kohn, Brave New Neighborhoods: The Privatization of Public Space (New York: Routledge, 2004); Setha Low, Behind the Gates: Life, Security, and the Pursuit of Happiness in Fortress America (New York: Routledge, 2003); Don Mitchell, The Right to the City: Social Justice and the Fight for Public Space (New York: Guildford Press, 2003).

[27] Engin Isin, "The Neurotic Citizen," Citizenship Studies 8, no. 3 (septembre 2004): 217. Isin critique gentiment le travail du sociologue Ulrich Beck et d'autres qui parlent du présent comme de la "société de risque". Comme le montre Isin, la thèse de la société de risque ne suffit pas en elle-même à expliquer comment certains dangers en viennent à être vécus subjectivement ou compris comme des risques.

[26] Engin Isin, « The Neurotic Citizen, » Citizenship Studies 8, no. 3 (September 2004): 217. Isin provides a sympathetic critique of the work of sociologist Ulrich Beck and others who have named the present a « risk society. » As Isin points out the risk society thesis cannot in itself be called upon to explain how some dangers come to be subjectively experienced or understood as risks.

[28] Isin, "The Neurotic Citizen," 231. Isin dit que derrière le sujet "néolibéral" (rationalisé, calculateur dans un univers en croissance), se cache le sujet anxieux de la "neuropolitique". Tandis que le citoyen entrepreneur "bionique" est régi par sa liberté, le citoyen "névrosé" est régi par ses anxiétés. Le travail de névrotisation comme technique de gouvernement ne vise pas à l'élimination de la névrose (ou de la peur névrotique) mais à sa bonne gestion.

[27] Isin, « The Neurotic Citizen, » 231. Isin argues that alongside the « neoliberal » subject (rationalized, calculating in an ever-increasing domain), is the anxious subject of a « neuropolitics. »  Whereas the « bionic, » entrepreneurialized citizen is governed through its freedom, the « neurotic » citizen is governed through its anxieties. The work of neuroticization as a technique of governmentality, aims not for the elimination of neurosis (or neurotic fear) but for its management.

[29] Pour une étude fouillée de cette dynamique, voir, par exemple, Randy Martin, The Financialization of Daily Life (Philadelphia: Temple University Press, 2002).

[28] For a full elaboration of this dynamic, see, for example, Randy Martin, The Financialization of Daily Life (Philadelphia: Temple University Press, 2002).

[30] Sharon Zukin, The Culture of Cities (Oxford: Blackwell Publishers, 1995), 28. Noriel Roubini souligne que le ratio dette/revenu est passé de 70% dans les années 1990 à 100% en 2000, puis à plus de 140% à la fin de l'année 2008. GME Monitor, décembre 2008.

[29] Sharon Zukin, The Culture of Cities (Oxford: Blackwell Publishers, 1995), 28. Noriel Roubini reports that the debt to income ratio rose from 70% in the 1990s to 100% in 2000, to over 140% at the end of 2008. GME Monitor, December, 2008.

[31]Brown, "American Nightmare," 691.

[30] Brown, « American Nightmare, » 691.

[32] Pour un débat incisif sur la question de l'"isolement", voir ce que dit Mark Wigley de la cabine du bombardier dans "Bloodstained Architecture," in Post, Ex, Sub, Dis: Urban Fragmentations and Constructions, edited by the Ghent Urban Studies Team (Rotterdam: 010 Publishers, 2002). "Isolé" est un concept d'urbanisme.

[31] For a trenchant discussion of « isolation, » see Mark Wigley’s reading of the unabomber’s isolated cabin, « Bloodstained Architecture, » in Post, Ex, Sub, Dis: Urban Fragmentations and Constructions, edited by the Ghent Urban Studies Team (Rotterdam: 010 Publishers, 2002). « Isolated » is an urban concept.

[33] Le néolibéralisme est régi par la financiarisation en général, et en est devenu un synonyme par bien des aspects importants. Voir John Bellamy Foster, "The financialization of capitalism and the crisis," Monthly Review, April 2008. Les lotissements individuels constituent plus de 85% de l'offre immobilière actuelle, qui nourrit la spirale de dévalorisation de la bulle immobilière. Voir Nouriel Roubini, RGE Monitor's Newsletter, January 7, 2009.

[32] Neoliberalism is driven by and is, in certain key ways another name for, financialization more generally.  See John Bellamy Foster, « The financialization of capitalism and the crisis, » Monthly Review, April 2008. More than 85 percent of the current oversupply of houses, part of the spiraling devaluation of the real estate bubble, are single-family structures.  See Nouriel Roubini, RGE Monitor’s Newsletter, January 7, 2009.

[34] Wendy Brown, "Neoliberalism and the End of Liberal Democracy," Theory and Event 7, no. 1 (2003).

[33] Wendy Brown, « Neoliberalism and the End of Liberal Democracy, » Theory and Event 7, no. 1 (2003).

[35] Pratiquer la justice spatiale, c'est réfuter non seulement l'axiome encore largement admis qui veut que la "croissance urbaine" représente nécessairement une "croissance économique", mais aussi celui qui veut que la "croissance économique" (mesurée en termes de valeur ajoutée) soit la mesure axiomatique du bien commun.

[34] The practice of spatial justice must challenge not only the largely unchallenged axiom that « urban growth » axiomatically represents « economic growth » but also that « economic growth » (as measured by aggregate profit-generation) is axiomatically a measure of the public good.

[35] See Good Jobs First.

[37] Jamie Peck et al., "City as a Policy Lab."

[36] Jamie Peck et al., « City as a Policy Lab. »

[38] Cette question est au centre du travail critique de Good Jobs First, et de la vénérable institution récemment disparue Neighborhood Capital Budget Group.

[37] This has been the focus of the critical work of Good Jobs First, and the long-standing, but recently defunct, Neighborhood Capital Budget Group.

[39] Sur la nécessaire démystification du financement par augmentation des impôts, des agences de notation et d'autres piliers de la finance néolibérale, voir notamment Greg LeRoy, The Great American Job Scam: Corporate Tax Dodging and the Myth of Job Creation (San Francisco: Berrett-Koehler Publishers, 2005) et Jason Hackworth, The Neoliberal City: Governance, Ideology and Development in American Urbanism (Ithaca: Cornell University Press, 2006); David Harvey et d'autres ont par exemple appelé à ce qu' "une bonne partie des 700 milliards de dollars du plan de sauvetage des institutions financières aille à une Banque de la Reconstruction, destinée à prévenir les saisies d'hypothèques et à financer les plans de revitalisation de quartiers et de rénovation d'infrastructures au niveau municipal" (39). Voir Harvey, "The Right to the City," New Left Review 53 (September October 2008): 23-40. Leo Panitch et Sam Gindin soulignent que "même les éditoriaux du Financial Times ces temps-ci préviennent qu'il ne sera peut-être bientôt plus possible d'éviter la question du transfert de propriété des banques à l'Etat, étant donné leur dysfonctionnement actuel. L'idée de faire des banques un bien d'utilité publique n'est d'ailleurs pas nouvelle, étant donné qu'elles n'existeraient pas au sein de nos sociétés modernes complexes si les Etats ne garantissaient pas leurs dépôts et si les banques centrales n'agissaient pas constamment comme prêteurs de dernier recours".

[38] On the need to de-mystify tax-increment financing, bond-rating agencies and other key institutions of neoliberal finance, see especially Greg LeRoy, The Great American Job Scam: Corporate Tax Dodging and the Myth of Job Creation (San Francisco: Berrett-Koehler Publishers, 2005) and Jason Hackworth, The Neoliberal City: Governance, Ideology and Development in American Urbanism (Ithaca: Cornell University Press, 2006); David Harvey and others have called, for example, for « much of the $700 billion bail-out for financial institutions to be diverted into a Reconstruction Bank, which would help prevent foreclosures and fund efforts at neighborhood revitalization and infrastructural renewal at municipal level » (39). See Harvey, « The Right to the City, » New Left Review 53 (September October 2008): 23-40. Leo Panitch and Sam Gindin report, « Even the Financial Times now warns in its editorials that it may not be possible to avoid much longer the issue of really taking the whole banking system into public ownership, given its current disfunctionality. Indeed, there has long been a strong case for turning the banks into a public utility, given that they can’t exist in complex modern society without states guaranteeing their deposits and central banks constantly acting as lenders of last resort. »

[40] Cruikshank, The Will to Empower, 124.

[39] Cruikshank, The Will to Empower, 124.

[41] Je m'inspire ici du travail du politologue Thomas Dumm, qui s'interroge sur le lien entre démocratie et absence de logement: "chez beaucoup de gens, la peur de la démocratie est associée  au désir de logement (...) La démocratie est liée à une forme de privation de logement, en ce qu'elle requiert qu'on dépasse le désir d'être chez soi. Chez soi, dans notre démocratie moderne, cela signifie un endroit privé, une retraite où se soustraire aux exigences de la vie courante, un lieu dont la signification reste immuable, où on est à l'abri des désorientations, mais aussi de la possibilité d'une participation démocratique". Thomas Dumm, United States (Contestations) (Ithaca: Cornell University Press, 1994), 155.

[40] I invoke here the work of political theorist Thomas Dumm, who asks about the connection between democracy and homelessness:  « For many people, fear of democracy is associated with a desire for home. . . Democracy is connected to a form of homelessness, in that it requires that one overcome the desire to be at home. Home, in our contemporary democracy, is comprehended as a private place, a place of withdrawal from the demands of common life, a place of fixed meaning where one is protected from disorientation, but also from the possibility of democratic involvement. » Thomas Dumm, United States (Contestations) (Ithaca: Cornell University Press, 1994), 155.

[42] Brown, "American Nightmare," 691.

[41] Brown, « American Nightmare, » 691.

[43] Le mouvement "Droit à la Ville", en plein essor, est un autre lieu phare pour ce travail. Pour les Etats-Unis, voir la Right to the City Alliance, et l'Habitat International Coalition's Right to the City campaign.  Voir également David Harvey, "The Right to the City," New Left Review. New Left Review 53 (septembre-octobre 2008): 23-40.

[42] The growing « right to the city » movement is another powerful location for this work. See the U.S.-based Right to the City Alliance, and the Habitat International Coalition’s Right to the City campaign.  See also David Harvey, « The Right to the City, » New Left Review. New Left Review 53 (September-October 2008): 23-40.

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