Ville, néolibéralisation et justice

City, neoliberalisation and justice

La référence au néolibéralisme (comme idéologie) et à la néolibéralisation (comme processus de sa diffusion, notamment dans les politiques publiques) est devenue surabondante dans les études urbaines anglophones depuis les années 2000. Dans ce corpus colossal, largement issu de l’économie politique néo-marxiste, le néolibéralisme est tout sauf un « laisser-faire ». C’est une idéologie fondée sur la généralisation des principes de concurrence et de marché à toutes les sphères de la vie publique et privée : “neoliberalism is in the first instance a theory of political economic practices that proposes that human well-being can best be advanced by liberating individual entrepreneurial freedoms and skills within an institutional framework characterized by strong private property rights, free markets, and free trade. The role of the state is to create and preserve an institutional framework appropriate to such practices” (Harvey, 2005, p. 2).Pour David Harvey, le néolibéralisme relève d’une stratégie de la classe dominante pour restaurer son pouvoir, érodé par le compromis social et politique de l’après-guerre et menacé par la crise des années 1970-80. Pour d’autres analystes marxistes, cette idéologie vise à promouvoir de nouvelles formes de régulation de l’accumulation capitaliste, depuis l’entrée en crise du régime fordiste de l’État providence (ce que certains appellent le Keynesian welfare national state) dans les années 1970-80 et la récession globale qui s’en est suivie. Il s’agit de substituer au soutien de la demande, des politiques de soutien de l’offre, en promouvant la compétitivité des entreprises. Ce processus a été décrit notamment par Bob Jessop (2002) et Jamie Peck (2001). Il relève d’une transformation qualitative des pratiques de l’État et non quantitative (une diminution de son rôle). Il passe par la « naturalisation » (pour citer Jamie Peck) d’impératifs semblant procéder inéluctablement d’un processus désincarné, la mondialisation, mais qui participent en réalité d’une offensive politique visant à constituer un « environnement néolibéral » (Peck 2001) global à travers la rigueur budgétaire et fiscale, la dérégulation, les privatisations, la libéralisation financière...

References to neoliberalism (as an ideology) and to neoliberalisation (as the means of its dissemination, in particular through public policy) have proliferated in English language urban studies since the beginning of the century. In this colossal body of work, largely originating in neo-Marxist political economics, neoliberalism is anything but “laissez-faire”.It is an ideology founded on the spread of competitive and market principles to all spheres of public and private life:“neoliberalism is in the first instance a theory of political economic practices that proposes that human well-being can best be advanced by liberating individual entrepreneurial freedoms and skills within an institutional framework characterized by strong private property rights, free markets, and free trade.The role of the state is to create and preserve an institutional framework appropriate to such practices” (Harvey, 2005, p. 2).For David Harvey, neoliberalism is a strategy promulgated by the dominant class to restore its power, a power eroded by post-war social and political compromise and threatened by the crisis of the 1970s. For other Marxist analysts, it is an ideology that seeks to promote new ways of regulating capitalist accumulation, since the crisis in the Fordist welfare state regime (called by some the Keynesian Welfare National State) in the 1970s and the global recession that followed.It aspires to replace demand-side policies with supply-side policies, by promoting business competitiveness, a process that has been described in particular by Bob Jessop (2002) and Jamie Peck (2001).It constitutes a qualitative transformation in the practices of the State rather than a quantitative one (a reduction in its role).It entails the “naturalisation” (to quote Jamie Peck) of imperatives that seem to arise ineluctably from a disembodied process – globalisation, but which in reality reflect a political offensive designed to establish a global “neoliberal environment” (Peck, 2001) through budgetary and fiscal austerity, deregulation, privatisation, financial liberalisation…

Une généalogie de la notion de néolibéralisme, de ses filiations, des développements et des transferts dont elle a fait l’objet serait sans doute intéressante et nécessaire. Il s’agirait toutefois d’un travail monumental qui n’a pas sa place ici. On se contentera, à la suite d’autres auteurs (Béal, 2010) de rappeler que le mot est apparu à la fin des années 1930, à l’occasion du colloque Lippman organisé à Paris en 1938 et qu’il a été diffusé ensuite par la Société du Mont Pèlerin, créée en 1947 par Friedrich Hayek, et par le courant des économistes de l’École de Chicago, incarné par Milton Friedman (Audier, 2012). Dès le départ, le mouvement d’idées constitué autour de la pensée néolibérale est très hétérogène, rassemblant aussi bien des auteurs qui souhaitent réintroduire « le rôle de l’État comme responsable de la fixation des règles du jeu économique » (Magnan de Bornier, 2013) que des tenants d’un laisser-faire radical (Audier, 2012). Michel Foucault (1979)[1] avait déjà souligné ces ambivalences en analysant les différences entre le néolibéralisme allemand (ou ordolibéralisme, également étudié par Audier, 2012) « expression d’une politique du marché dont l’action implique la société dans son ensemble » et le néolibéralisme américain, dans lequel « le processus d’intégration et de subordination de l’État à la logique économique » va beaucoup plus loin (Lazzarato, 2013). Comme pour les auteurs néo-marxistes, le néolibéralisme, dans les travaux de Foucault[2], loin d’incarner le retrait de l’État, est vu comme un « capitalisme d’État », « une redéfinition pratique de l’intervention gouvernementale dans son rapport au marché », et se distingue en cela du libéralisme classique du XVIIIème siècle. Si, pour les économistes classiques, l’échange et la concurrence étaient des éléments naturels à ne pas perturber (la main invisible du marché de Adam Smith), la doctrine néolibérale, au contraire, considère la concurrence comme une « structure formelle » qu’il s’agit de mettre en place et de faire fonctionner par une intervention de l’État (Dardot, 2013).

A genealogy of the notion of neoliberalism, of its origins, of how its meaning has evolved and shifted, would no doubt be interesting and necessary.However, it would be a monumental task that is not in question here.We will restrict ourselves, like other authors (Béal, 2010), to recalling that the word appeared in the late 1930s, at the Walter Lippman Colloquium in Paris in 1938, and was then disseminated by the Mont Pèlerin Society, created in 1947 by Friedrich Hayek, and by the Chicago School of economists, embodied in the person of Milton Friedman (Audier, 2012).From the start, the nexus of ideas that formed around neoliberal thought was very heterogeneous, drawing authors who wished to re-establish “the primary role of the state in setting the rules of the economic game” (Magnan de Bornier, 2013) as well as proponents of radical laissez-faire economics (Audier, 2012).Michel Foucault (1979)[1] highlighted these ambivalences in his analysis of the differences between German neoliberalism (or ordoliberalism, also studied by Audier, 2012) – an “expression of market policy whose action involves society as a whole” – and American neoliberalism, in which “the process of state integration and subordination to economic logic” goes much further (Lazzarato, 2013).As with the neo-Marxist authors, neoliberalism, in Foucault’s writings,[2] far from representing the withdrawal of the state, is seen as a “state capitalism”, “a practical redefinition of government intervention in its relation to the market”, and is distinguished in this from classical 18th-century liberalism.While for classical economists, trade and competition were natural features not to be disturbed (Adam Smith’s invisible hand of the market), neoliberal doctrine by contrast considers competition as a “formal structure” that needs to be constructed and put into operation by state intervention (Dardot, 2013).

 

 

1- Villes et néolibéralisation : un champ désormais balisé

1- Cities and neoliberalisation:a newly demarcated field

Rapidement, l’échelon urbain est apparu essentiel dans cette dynamique. La ville constitue en effet une échelle et un espace propices à la mise en place de stratégies de compétitivité, du fait du « réétalonnage scalaire » de l’action publique (Brenner 1999, 2004). Dans cette perspective, les villes ne sont pas de simples théâtres de la néolibéralisation : « cities have become strategically crucial arenas in which neoliberal forms of creative destruction have been unfolding during the last three decades » (Brenner et Theodore, 2002). Elles sont au cœur de ce processus et les pratiques néolibérales sont en partie forgées dans les arènes de la gouvernance locale :démantèlement des agences publiques de fourniture de services urbains, affirmation des acteurs économiques dans la production des espaces urbains qui œuvrent en partenariat de plus en plus étroit avec le secteur public (principe du partenariat public-privé), diffusion du New Public Management au sein des gouvernements locaux… En matière de politiques urbaines, la néolibéralisation rime avec l’adhésion des villes à l’entrepreneuriat urbain afin de développer leur attractivité pour faire face à la compétition internationale entre elles. Elle s’accompagne d’un renoncement à la planification spatiale au profit du nouveau régionalisme compétitif incarné par la planification urbaine stratégique. Tout cela semble signaler la transition vers un workfare postnational regime (Jessop, 2002) dans lequel la ville cesse de constituer un espace de reproduction sociale pour devenir un espace de compétitivité.

Cities quickly came to be an essential part of this dynamic.Indeed, the scale and space of the city are favourable to the introduction of strategies of competitiveness, because of the “rescaling” of public action (Brenner 1999 and 2004).From this perspective, cities are not merely theatres of neoliberalisation:“cities have become strategically crucial arenas in which neoliberal forms of creative destruction have been unfolding during the last three decades” (Brenner and Theodore, 2002).They are at the heart of this process and neoliberal practices are partly forged in the arenas of local governance:dismantlement of public agencies for the provision of urban services, affirmation of economic actors in the production of urban spaces, working in ever closer partnership with the public sector (public-private partnership principle), propagation of New Public Management in local government… At the level of urban policies, neoliberalisation reflects the adhesion by cities to urban entrepreneurship in order to develop their appeal in the face of the international competition between them.It is accompanied by a repudiation of spatial planning in favour of the new competitive regionalism embodied in strategic urban planning.All this seems to reflect the transition to a workfare postnational regime (Jessop, 2002) in which the city ceases to be a space of social reproduction to become a space of competition.

Neil Brenner et Nik Theodore (2002) ont proposé un cadre théorique unifié pour avancer dans la compréhension de ce processus[3]. Ils invitent les études urbaines et les géographes à s’emparer de ce débat en étudiant « l’urbanisation du néolibéralisme » (« the urbanization of neoliberalism »), titre du numéro spécial de la revue Antipode qu’ils ont coordonné en 2002. Par cette formule adroite, ils sont parvenus à constituer un champ de recherche désormais bien identifié. Leur texte est abondamment cité car souvent considéré comme fondateur de cette théorisation systématique. En faisant dialoguer études urbaines, géographie et économie politique, ils ont contribué à reformuler en des termes plus politiques la question des relations entre ville et capitalisme. Ils proposent d’envisager la restructuration des rapports entre capitalisme et ville comme un nouveau « regulatory fix ».

Neil Brenner and Nik Theodore (2002) proposed a unifying theoretical framework to help develop an understanding of this process.[3]They invited urban studies specialists and geographers to enter this debate by studying “the urbanisation of neoliberalism”, the title of the special issue of the journal Antipode that they coordinated in 2002. With this clever coinage, they succeeded in establishing a now well-defined field of research.Their article is extensively quoted, since it is often considered a founding text for this systematic theoretical perspective.By generating a dialogue between urban studies, geography and political economics, they helped to reformulate in more political terms the question of the relations between the city and capitalism. They suggested that the restructuring of the relations between capitalism and the city should be seen as a new “regulatory fix”.

Ce cadre d’analyse a permis d’unifier des travaux qui étudiaient la néolibéralisation à travers l’étude de ses manifestations tangibles (la gentrification, la privatisation des parcs de logements publics…), plus faciles à saisir que la diffusion d’une rationalité englobante qui est « partout et nulle part à la fois » (Peck, 2001). Mais il se nourrit de travaux anciens et approfondit un sillon tracé par des précurseurs. Dès les années 1970, Harvey Molotch (1976) décrivait la constitution de « coalitions de croissance », autour des enjeux fonciers. Il mettait en évidence les coalitions d’intérêts entre élites capitalistes et gouvernements locaux qui se formaient pour promouvoir la « croissance » démographique, économique… permettant de soutenir l’accumulation du capital (« the growth machine » ou « machine de croissance » de Logan et Molotch, 1987). Des travaux moins connus s’interrogeaient sur ce qu’on appelait alors le « privatisme » : l’influence des élites entrepreneuriales locales sur l’urbanisation (voir le débat Mc Gregor / Barnekov et Rich, 1977a et b). Clarence Stone (1989) montrait dans les années 1980 comment les acteurs politiques et économiques forgent des alliances et constituent des « régimes urbains » qui influencent les investissements et le développement urbain. Et bien sûr, David Harvey théorisait de manière systématique les relations entre ville et capitalisme : l’essor du « développement spatial inégal », ainsi que la transition de l’urbanisme « managérial » à l’urbanisme « entrepreneurial » (expression utilisée dans un article très célèbre de 1989, qui a été reprise très rapidement et est quasiment devenue générique -Hall et Hubbard 1998). Dans la même lignée, Neil Smith envisageait dès 1982 la gentrification comme un mode de restructuration des espaces urbains destiné à faire face à la crise d’accumulation, et le « développement urbain inégal » entre centre et périphérie comme le fruit des stratégies spatiales d’investissement du capital.

This analytical framework united works that explored neoliberalisation through the study of its tangible manifestations (gentrification, privatisation of public housing stocks…), elements easier to grasp than the spread of an all-encompassing rationality that was “everywhere and nowhere at the same time” (Peck, 2001).However, it had its roots in older works, in soil already excavated by precursors.As far back as the 1970s, Harvey Molotch (1976) was writing of the formation of land-based “growth coalitions”.He brought to light the coalitions of interests between capitalist elites and local governments, which formed to promote “growth” – demographic, economic… – that would support the accumulation of capital (“the growth machine”, Logan and Molotch, 1987).Less well-known works explored the phenomenon of what was then called “privatism”:the influence of local entrepreneurial elites on urbanisation (see the McGregor/Barnekov and Rich debate, 1977a and b).In the 1980s, Clarence Stone (1989) showed how political and economic actors forge alliances and form “urban regimes” that influence investment and urban development.And of course, David Harvey developed a systematic theory of the relations between city and capitalism:the rise of “uneven spatial development”, together with the transition from “managerial” urbanism to “entrepreneurial” urbanism (an expression employed in a very famous 1989 article, which was very quickly adopted and became almost generic – Hall and Hubbard, 1998).Within the same current, Neil Smith began in 1982 to view gentrification as a means of restructuring urban spaces in order to tackle the crisis of accumulation, and “uneven urban development” between centre and periphery as the outcome of spatial strategies for capital investment.

Les emprunts des théoriciens de la néolibéralisation à la théorie de la régulation sont également significatifs, que ce soit dans l’accent mis sur le caractère politiquement construit des relations économiques, dans la mise en avant des règles, normes, compromis qui permettent aux institutions de réguler les interactions entre acteurs économiques et de dépasser les contradictions inhérentes au fonctionnement du capitalisme, ou dans l’importance accordée à l’histoire longue des formes de l’accumulation capitaliste et à la variabilité dans l’espace et dans le temps des modalités de sa régulation (Boyer et Saillard, 1995). Les références aux travaux d’Aglietta, de Boyer ou de Lipietz sont nombreuses[4] et Brenner et Theodore s’appuient largement sur leurs analyses des transformations opérées par la crise du mode d’accumulation fordiste (Boyer et Saillard, 1995) et des effets spatiaux des recompositions post-fordistes (Benko et Lipietz, 1995)[5]. Il s’agit pour la géographie radicale anglophone qu’ils entendent en partie incarner de re-politiser le débat sur la « mondialisation », en critiquant ce terme, trop neutre selon eux et qui masque les processus de domination, d’exclusion et d’exploitation à l’œuvre. De fait, à la même époque, Savitch et Kantor (2002) soulignaient plutôt les marges de manœuvre des gouvernements locaux par rapport aux injonctions d’une mondialisation assez désincarnée.

These authors in fact borrow significantly from regulation theory, whether in their emphasis on the politically constructed nature of economic relations, in their highlighting of the rules, norms and compromises that enable institutions to regulate the interactions between economic actors and overcome the contradictions inherent to the workings of capitalism, or in the importance they attribute to the long history of reforms of capitalist accumulation and to the variability in time and space of its methods of regulation (Boyer and Saillard, 1995).References to the works of Aglietta, Boyer or Lipietz abound in their work,[4] largely drawing on their analyses of the transformations brought about by the crisis in the Fordist mode of accumulation (Boyer and Saillard, 1995) and of the spatial effects of post-Fordist restructurings (Benko and Lipietz, 1995).[5]For the Anglo-Saxon current of radical geography, which they partly sought to represent, the aim was to re-politicise the debate on “globalisation” by critiquing the term, which they perceived as too neutral and as masking the processes of domination, exclusion and exploitation at work. This was at a time when, for example, Savitch and Kantor (2002) were stressing the room for manoeuvre available to local governments in response to the somewhat disembodied imperatives of globalisation.

Ces discussions ont permis de lever une ambiguïté liée au succès médiatique et académique de la notion de néolibéralisation depuis les années 1990 : la néolibéralisation ne peut être assimilée à un simple retrait de l’État, ni à la dérégulation ou à la privatisation. Le démantèlement des systèmes productifs locaux fordistes et la remise en cause de l’échelle étatique de régulation (phase dite de proto-néolibéralisme dans la généalogie proposée par Peck et Tickell et reprise par Brenner et Theodore en 2002) annoncent certes le démantèlement de l’État providence keynésien (phase dite de « roll back »). Mais rapidement, l’État redéfinit ses modalités d’action en se mettant au service du marché (phase dite de « roll out »), notamment afin d’ouvrir au marché les domaines de la vie sociale qui lui échappaient. On assiste à l’invention de nouvelles pratiques de gouvernance durant ce moment de « destruction créatrice » (un emprunt à Schumpeter et à Harvey, 2006 et 2007[6]). La séquence proto-néolibéralisme / « roll back » / « roll out » est chronologique et correspond aux années 1970, 1980 et 1990 dans les cas nord-américain et britannique, décrits par Peck et Tickell (2002). En outre, la néolibéralisation ne désigne pas non plus une phase du capitalisme qui se serait achevée avec la crise de 2007-2009, comme le laisse parfois entendre un débat médiatique réducteur.

These discussions had the effect of lifting an ambiguity linked with the public and academic success of the notion of neoliberalisation since the 1990s:neoliberalisation cannot simply be equated with the withdrawal of the state, nor with deregulation or privatisation.The dismantlement of local Fordist systems of production and the challenge to the state level of regulation (a phase described as proto-neoliberalism in the genealogy proposed by Peck and Tickell and adopted by Brenner and Theodore in 2002) certainly signified the roll-back of the Keynesian welfare state. However, the state quickly redefined its modes of action by placing itself at the service of the market (so-called roll-out), in particular to open up to the market spheres of social life previously outside its ambit.What occurred at this moment of “creative destruction” (an expression borrowed from Schumpeter and Harvey, 2006 and 2007[6]) was the invention of new practices of governance.The “roll-back”/“roll-out” sequence of proto-neoliberalism is chronological, and corresponds to the 1970s, 1980s and 1990s in the North American and British cases described by Peck and Tickell (2002).Moreover, neoliberalisation should not be taken as referring to a phase of capitalism that ended with the crisis of 2007-2009, as sometimes implied by over-reductive media interpretations.

L’explosion des travaux qui se sont attachés depuis lors à expliciter ces processus rendrait vaine toute tentative de recensement. La plupart évoque les conséquences du tournant entrepreneurial sur les politiques urbaines, à travers de multiples objets : les services urbains (Graham et Marvin, 2001 ; Swyngedouw, 2009), la régénération urbaine, les grands projets urbains (Swyngedouw et al., 2002), les politiques de renaissance des centres villes aboutissant à la gentrification (Ward 2003 ; Boland, 2008 ; MacLeod et al., 2003 ; Van Gent, 2013), les politiques du logement (Harloe, 1995), ou encore la gestion des parcs urbains (Perkins, 2013). Ils privilégient l’échelle locale et les analyses intra-urbaines. Si ces objets sont souvent communs au Nord et au Sud, ils sont travaillés en relation aux spécificités des espaces considérés. Par exemple, les travaux portant sur l’essor des partenariats public-privé au Sud s’intéressent surtout aux partenariats avec les communautés et les ONG (Miraftab, 2004b sur la politique du logement sud-africaine ; Gopakumar, 2014 sur la gestion de l’eau à Bengaluru), tandis qu’au Nord, ce sont les partenariats avec le secteur privé, ce que certains appellent des « public–private networks », qui sont au centre de l’attention (Raco, 2014 sur la préparation des JO de Londres ; ou Weinstein, 2014 sur les alliances entre le privé et le public pour la revalorisation du slum de Dharavi à Mumbai). Le secteur des transports (Siemiatycki, 2013 ; Haughton et McManus, 2012) sert souvent de laboratoire à ces analyses. D’autres travaux s’intéressent aux luttes sociales urbaines, à la résistance à la néolibéralisation (Leitner et al., 2007 ; Künkel et Mayer, 2012). Un troisième groupe de travaux s’intéresse aux processus d’adaptation/réception du néolibéralisme et considère les conditions de sa propagation à petite échelle : ils questionnent le succès d’imaginaires urbains internationaux, empruntés par exemple à la ‘ville créative’ de Florida (2002), les circulations de modèles qui se diffusent du Nord au Sud, mais aussi entre Suds. Plusieurs auteurs (Jessop et Peck, 2001 ; Peck et Tickell, 2002 ; Peck, 2011) mettent l’accent sur le « fast policy transfer », qui désigne le processus de circulation des idées et des stratégies, principalement en provenance des États-Unis, et l’accélération du cycle de vie des politiques urbaines (voir également Ward 2011 et McCann et Ward, 2013 qui l’appliquent aux Business Improvement Districts). Ils insistent sur la coévolution des modèles génériques néolibéraux et de leurs avatars, sur les partages de répertoires, de référents, de vocabulaire, sur le développement du « benchmarking ».

The explosion of works that have since sought to explain these processes would render any attempt at a summary fruitless.Most look at the impact of the entrepreneurial shift on urban policies, through multiple prisms:urban services (Graham and Marvin, 2001; Swyngedouw, 2009), urban regeneration, big urban projects (Swyngedouw et al., 2002), inner-city regeneration policies leading to gentrification (Ward, 2003; Boland, 2008; MacLeod et al., 2003; Van Gent, 2013), housing policies (Harloe, 1995), management of urban housing stocks (Perkins, 2013).They prioritise the local scale and intra-urban analyses. While these various topics are often encountered in both cities of the North and of the South, they are broached according to the specificities of the spaces they are embedded in. For instance, research dealing with the rise of PPPs in cities of the South focus mostly on the relations between the State and communities, or the State and NGOs (Miraftab, 2004b on South African housing policy; Gopakumar, 2014 on water management in Bengaluru). In cities of the North on the other hand, the main focus is on the relations between the State and the private sector, in order to produce an analysis of what some have dubbed “public-private networks”. The transport sector (Siemiatycki, 2013; Haughton and McManus, 2012) is often used as a laboratory for these analyses.Other works explore urban social conflicts, the resistance to neoliberalisation (Leitner et al., 2007; Künkel and Mayer, 2012).A third group examines the processes of adaptation/reception of neoliberalism and considers the small-scale conditions of its propagation:they question the success of international urban visions, borrowing for example from Florida’s ‘creative city’ (2002), the flow of models from North to South, but also between South and South.Several authors (Jessop and Peck, 2001; Peck and Tickell, 2002; Peck 2011) highlight “fast policy transfer”, i.e. the processes of dissemination of ideas and strategies, mainly originating in the US, and the accelerating life cycle of urban policies (see also Ward 2011 and McCann and Ward 2013 who apply it to the Business Improvement Districts).They stress the co-evolution of generic neoliberal models and their avatars, the sharing of criteria, referents, vocabulary, the development of “benchmarking”.

Plus récemment, certains travaux ont entrepris d’approfondir le débat théorique (Jessop, 2013) en questionnant la pertinence du registre néolibéral depuis la crise de 2007-2009 et en se référant au « post-néolibéralisme ». Le préfixe « post » renvoie à l’injonction politique à se saisir des possibilités offertes par ce moment historique afin de dépasser le néolibéralisme, car il aurait sapé la confiance dans la puissance régulatrice du marché. Ce diagnostic s’appuie surtout sur l’analyse des tentatives de réformes menées par les régimes sud-américains de gauche (Brand et Sekler, 2009). Ces travaux s’efforcent de jeter les bases d’une refondation urbaine juste (voir le numéro spécial de Development Dialogue, publié pour le Forum Social Mondial de 2009, n°51, janvier 2009) : « the focus is not on the question of whether a new, postneoliberal era in general has begun and what might be the criteria supporting or contesting such an assessment. Rather, we propose to consider postneoliberalism as a perspective on social, political and/or economic transformations, on shifting terrains of social struggles and compromises” (page 6). Il s’agit d’ouvrir un champ de réflexion pour penser l’émancipation. Peck et al. (2010 et 2013), tout comme Sheppard et Leitner (2010), contestent cette analyse et soutiennent que la crise n’a conduit qu’à des ajustements destinés à consolider le néolibéralisme : il ne passerait plus par la promotion du dogme du marché mais trouverait des voies détournées pour s’exprimer à travers un faux néo-keynésianisme (Aalbers, 2013). On ne verrait pas émerger de « nouvelles rationalités de la gouvernance urbaine », mais des processus de réajustement qui traduiraient une capacité d’adaptation à la crise (Peck, Theodore et Brenner, 2013). Oosterlynck et González (2013) montrent par exemple que les continuités dominent dans les discours de l’OCDE après 2008. Cette réticence à embrasser le débat sur le post-néolibéralisme est en partie nourrie par les confusions liées à l’usage médiatique de cette notion : il est souvent assimilé dans les discours journalistiques à l’idée de la mort du néolibéralisme et à la croyance dans l’avènement d’une ère « post-néolibérale », au sens d’un dépassement historique du néolibéralisme par le retour de l’État néo-keynésianisme, désormais réduit à un rôle de régulateur des abus du capitalisme financier.

More recently, certain works have sought to develop theoretical debate (Jessop, 2013) by challenging the relevance of the neoliberal agenda since the crisis of 2007-2009 and exploring “post-neoliberalism”.The prefix “post” corresponds to the political summons to grasp the possibilities offered by this historic moment in order to go beyond neoliberalism, on the grounds that it has sapped confidence in the regulatory power of the market.This assessment draws above all on the analysis of the attempts at reform by left-wing South American regimes (Brand and Sekler, 2009).These works attempt to lay the foundations of an equitable urban reorganisation (see the special issue of Development Dialogue, published for the 2009 World Social Forum, No. 51, January 2009):“The focus is not on the question of whether a new, postneoliberal era in general has begun and what might be the criteria supporting or contesting such an assessment.Rather, we propose to consider postneoliberalism as a perspective on social, political and/or economic transformations, on shifting terrains of social struggles and compromises” (page 6). It is about opening up a domain of ideas on emancipation.Peck et al.(2010, 2013), like Sheppard and Leitner (2010), dispute this analysis and maintain that the crisis has only led to adjustments designed to consolidate neoliberalism:it would no longer operate by promoting market dogma but would find roundabout ways to express itself through a false neo-Keynesianism (Aalbers, 2013). According to these authors, there would be no emergence of “new rationalities of urban governance”, but simply readjustment processes that would reflect a capacity to adapt to the crisis (Peck, Theodore and Brenner, 2013).Oosterlynck and González (2013) show, for example, that post-2008 OECD discourses are dominated by continuities. This reluctance to embrace the debate on post-neoliberalism is partly driven by confusions linked with the media use of that concept:in journalistic analyses it is often equated with the idea of the death of neoliberalism and the belief in the advent of a “postneoliberal” era, in which neoliberalism is conquered by the return of the neo-Keynesian state, hitherto reduced to a role as regulator of the abuses of financial capitalism.

Ces débats convergent vers la question de la plasticité du néolibéralisme. Cette question est formulée par Brenner et Theodore (2002) sous la forme d’un programme de recherche. Ils proposent d’examiner ce qu’ils appellent le « actually existing neoliberalism » : les modes d’ajustement de cette idéologie à des contextes locaux spécifiques, dans le cadre d’une dépendance à un méta-contexte, à l’existence d’un environnement néolibéral globalisé, ce qu’ils appellent la « path-dependency » (littéralement la « dépendance au sentier ») : « an understanding of actually existing neoliberalism must therefore explore the path dependent, contextually specific interactions between inherited regulatory landscapes and emergent neoliberal, market-oriented restructuring projects at a broad range of geographical scales » (Brenner et Theodore, 2002). Cela exige d’élaborer des périodisations fines pour rendre compte de la spécificité des modes d’adaptation du néolibéralisme hors de son « heartland » Peck et Tickell 2002). Dans un texte plus récent, Brenner et Theodore (2010) déplacent le propos en parlant de sa « variegation », afin de répondre aux critiques sur le caractère trop rigide et diffusionniste de leur approche. La variegation est définie comme la production systématique d’une différentiation géo-institutionnelle (« systematic production of geoinstitutionnal differentiation »). Cela recouvre d’une part le fait que la néolibéralisation progresse inégalement selon les contextes et d’autre part la capacité du néolibéralisme à intégrer un besoin constant de réforme dans le cadre de procédures expérimentales d’essai/erreur pour dépasser ses contradictions internes. Cette posture vise à éviter le double écueil du déterminisme du structuralisme néo-marxiste qui débouche nécessairement sur la convergence, et de la fluidité post-structuraliste des approches foucaldiennes du néolibéralisme (Barry et al., 1996 ; Ong, 2006 ; Miller et Rose, 2008 ; Nadesan, 2008) qui mettent l’accent sur l’hybridité et la variabilité, et mènent selon eux à une aporie.

These debates converge on the question of the plasticity of neoliberalism.This question is formulated by Brenner and Theodore (2002) in the form of a research programme.They propose to examine what they call “actually existing neoliberalism”:how this ideology adjusts to specific local contexts within the framework of dependence on a meta-context, on the existence of a globalised neoliberal environment, what they call “path dependency”: “An understanding of actually existing neoliberalism must therefore explore the path dependent, contextually specific interactions between inherited regulatory landscapes and emergent neoliberal, market-oriented restructuring projects at a broad range of geographical scales” (Brenner and Theodore, 2002).This demands the development of close-grained periodisations to reflect the specificity of the modes of adaptation of neoliberalism outside its heartland (Peck and Tickell, 2002).In a more recent text, in response to criticisms of the excessively rigid and diffusionist nature of their approach, Brenner and Theodore (2010) shift the emphasis by talking about the “variegation” of neoliberalism, defined as the “systematic production of geoinstitutionnal differentiation”.This firstly reflect the fact that neoliberalisation precedes unevenly from one context to another, and secondly the capacity of neoliberalism to incorporate a constant need for reform into the framework of experimental trial and error procedures, in order to overcome its internal contradictions.The aim of this standpoint is to avoid the twin trap of the determinism of neo-Marxist structuralism, which inevitably culminates in convergence, and of the poststructuralist fluidity of Foucauldian approaches to neoliberalism (Barry et al.,1996; Ong, 2006; Miller and Rose, 2008; Nadesan, 2008), which emphasise hybridity and variability and, in their view, lead to impasse.

À travers ces débats théoriques, une approche dynamique de la néolibéralisation s’est imposée : si certains parlaient encore au milieu des années 2000 de néolibéralisme ou de « ville néolibérale » dans une perspective fixiste, et sans toujours la définir d’ailleurs (Hackworth, 2007), la majorité des auteurs parle à présent de néolibéralisation, comme un processus instable, en perpétuelle recomposition. La néolibéralisation ne fonctionne pas comme une force de stabilisation d’un état politique et économique. Elle est parcourue de tensions et de contradictions qui déstabilisent la gouvernance locale et engendrent des phénomènes de crise urbaine, ce qui pousse, en vertu du processus de destruction créatrice inhérent aux dynamiques de néolibéralisation, à une réinvention constante du projet néolibéral à l’échelle locale pour surmonter ces derniers. Reste à savoir comment approcher théoriquement ce « système de régulation de l’échec », en constant déséquilibrage/rééquilibrage, comment rendre compte de la perturbation plus que de la stabilité.

Through these theoretical debates, a dynamic approach to neoliberalisation has emerged:while in the mid-2000s some continued to speak of neoliberalism or of the “neoliberal city” from a fixist perspective, and indeed without always defining it (Hackworth, 2007), most authors now see neoliberalisation as an unstable and perpetually self reinventing process.Neoliberalisation does not act as a stabilising force for a political and economic state.It is rife with tensions and contradictions that destabilise local governance and generate phenomena of urban crisis, which – because of the process of creative destruction inherent in the dynamics of neoliberalisation – forces a constant reinvention of the neoliberal project at local scale to overcome these phenomena.The question is how to approach this “failure regulation system” theoretically, with its constant shifts between disequilibrium and reequilibrium, how to account for disturbance rather than stability.

 

 

2- « Prendre du champ » : une translation délicate et controversée

2- “Backing off”:a tricky and controversial translation

Poser le débat en ces termes est à la fois ambigu et stimulant. Cela a permis à certains auteurs de sortir du Nord et d’investir ou de réinvestir les terrains du Sud armés d’un cadre théorique différent de ceux qui dominaient et qu’ils maniaient habituellement : le développement et la mondialisation. Cela leur a permis d’affirmer la banalité des villes du Sud dans leur perméabilité à cette idéologie, quelle que soit au demeurant la nature de leurs régimes politiques. Le néolibéralisme prospèrerait autant en régime démocratique, qu’autoritaire, ou semi-autoritaire (voir Ong, 2006 et son travail sur le caractère « exceptionnel » du néolibéralisme dans les régimes autoritaires d’Asie, loin de ce qu’elle appelle le royaume du « néolibéralisme avec un grand N »). Les travaux sur la néolibéralisation dans les villes du Sud sont de fait de plus en plus nombreux. Ils portent surtout sur les grandes villes des pays émergents, soumises à une compétition économique globale et qui ont adopté des agendas entrepreneuriaux. Ce glissement paradigmatique permet de repenser le rôle des pays du Sud, notamment émergents, dans la mondialisation, si l’on accepte que la néolibéralisation n’est pas une simple prescription disciplinaire émanant des agences internationales et s’imposant au pays du Sud qui en seraient des récepteurs passifs.

Setting the debate in these terms is both ambiguous and stimulating.It has enabled certain authors to leave the northern hemisphere and enter or re-enter the terrains of the South armed with a different theoretical framework than the dominant and previously customary perspectives ofdevelopment and globalisation.They were able to express the normality of the cities of the South in their permeability to this ideology, indeed regardless of the nature of their political regimes.Neoliberalism would prosper equally in a democratic, authoritarian or semi-authoritarian regime (see Ong, 2006 and her work on the “exceptional” character of neoliberalism in the authoritarian regimes of Asia, a long way from what she calls the realm of “neoliberalism with a big N”).In fact, works on neoliberalisation in the cities of the South are becoming increasingly numerous.They focus particularly on the big cities of the emerging countries which, in the face of global economic competition, have adopted entrepreneurial agendas.This paradigm shift offers a way to rethink the role of the southern hemisphere, particularly the emerging countries, in globalisation, if we accept that neoliberalisation is not simply a disciplinary regime, emanating from the big international agencies and imposed on these countries as passive recipients.

La question de l’application et de la diffusion de la doctrine néolibérale dans les pays, mais aussi dans les villes du Sud, est néanmoins discutée : de nombreux auteurs (Peck, 2001 ; Peck et Tickell, 2002 ; Sheppard et Leitner, 2010) font référence aux effets du « consensus de Washington », qui, dans les années 1980, a imposé aux pays alors dits du Tiers Monde, par l’intermédiaire des grandes institutions internationales et en particulier la Banque mondiale, des « ajustements structurels » aboutissant à une diffusion à grande échelle des politiques de discipline budgétaire et fiscale, de privatisation des services, de dérégulation et de réorientation des dépenses publiques vers des secteurs à hauts « retours sur investissement » (mais également dans le sens d’une plus grande redistribution des revenus). David Harvey (2005) réduit de ce point de vue les pays du Sud et leurs villes à un rôle de simples « suiveurs » (« followers ») et Peck et al. (2008) les désigne comme un vague « ailleurs » indifférencié. Cependant, loin d’aboutir à des politiques complètement standardisées, le consensus de Washington a fait l’objet de contestations, de résistances et d’adaptations locales (Sheppard et Leitner, 2010), aboutissant à une grande variété de modèles.

Nevertheless, the question of the application and of the diffusion of neoliberal doctrine in the South and in cities of the South is contested:many authors (Peck, 2001; Peck and Tickell, 2002; Sheppard and Leitner, 2010) allude to the effects of the “Washington consensus” which, in the 1980s, imposed “structural adjustments” on then so-called Third World countries through the intermediary of the big international institutions and in particular the World Bank, which led to the widescale diffusion of policies of budgetary and fiscal discipline, service privatisation, deregulation and redirection of public spending towards sectors of high “investment return” (but also towards greater income redistribution). In this respect, David Harvey (2005) reduces the countries and the cities of the South to the role of mere “followers” and Peck et al.(2008) refers to them as a vague, undifferentiated “elsewhere”. However, far from resulting in completely uniform policies, the Washington consensus met with opposition, resistance and local adaptations (Sheppard and Leitner, 2010), and culminated in a wide variety of models.

Quelle que soit la richesse d’une approche en termes de variation/variabilité, elle achoppe donc sur la question de la pertinence de la néolibéralisation comme catégorie d’analyse : si tout n’est que variation et instabilité, quand peut-on commencer à parler de néolibéralisation et quand doit-on cesser de le faire ? Les basculements vers le néolibéralisme peuvent être très visibles dans certains Suds, notamment soumis aux ajustements structurels à partir des années 1980, mais ils sont loin d’être généralisables. En témoigne la polémique sur l’adaptation de ce cadre théorique dans le cas sud-africain (voir encadré). En outre, ce problème implique d’avoir une approche diachronique qui permette d’identifier des bascules historiques et des discontinuités temporelles. Mais là encore leur interprétation est délicate. Dans ce numéro, Martine Drozdz mentionne les critiques de Chris Pickvance (2012) à cet égard. Celui-ci rappelle que le principe de partenariat public-privé en matière de construction de logements sociaux en Angleterre est antérieur à la mise en place de politiques urbaines néolibérales. Peter Shapely (2013) soutient qu’ils sont au cœur de tout le développement urbain britannique depuis le XIXème siècle. Seule leur récente généralisation permettrait alors de parler de néolibéralisation. Mais comment mesurer sa durabilité, surtout quand les conséquences sociales de ces politiques ont déjà amené des ajustements correctifs de l’action publique (le fameux « roll out ») ? Cela revient à questionner les modalités et le sens de la bascule entre roll back et roll out : corrections des effets dévastateurs de la période précédente, évolution du capitalisme global, ou transformations des sociétés urbaines locales et du fonctionnement de leurs élites (Pinson 2009, cité par Béal 2010) ? Ainsi, Sheppard et Leitner (2010) parlent, dans le cas de la globalisation du néolibéralisme et de sa pénétration dans les pays du Sud, d’un « consensus post-Washington », qui, en réponse aux crises financières et à la contestation croissante du néolibéralisme par les sociétés civiles et même par les Etats, a substitué un discours sur la gouvernance et la réduction de la pauvreté au discours sur la nécessité des ajustements structurels et de la privatisation.

However rich the approach in terms of variation/variability, therefore, it still comes up against the question of the relevance of neoliberalisation as a frame of reference:if everything is just variation and instability, where do we start talking about neoliberalisation, and where do we stop?Lurches towards neoliberalism may be very apparent in certain southern countries, particularly those that underwent structural adjustments in the 1980s, but they are far from being generalisable.This is evidenced by the polemic over the adaptability of this theoretical framework to the South African case (see inset).In addition, this problem requires a diachronic approach able to identify historical shifts and temporal discontinuities.Here again, though, interpretation is tricky.In this issue, Martine Drozdz mentions the critiques of Chris Pickvance (2012) in this respect.The latter points out that the system of public-private partnership in the construction of social housing in England predates the introduction of neoliberal urban policies.Peter Shapely (2013) maintains that PPP have been at the heart of all British urban development since the 19th century. We can only speak of neoliberalisation, therefore, with respect to their recent spread.But how can we measure its durability, especially since the social consequences of these policies have already led to corrective adjustments to public action (the famous “roll-out”)?This raises questions about the nature and meaning of the swings between roll-back and roll-out:corrections to the devastating effects of the previous phase, changes in global capitalism, or transformations in local urban societies and the operation of their elites (Pinson 2009, quoted by Béal, 2010)?Thus, Sheppard and Leitner (2010) speak, in the case of the globalisation of neoliberalism and its penetration into the southern hemisphere, of a “post-Washington consensus” which, in response to the financial crisis and the growing opposition to neoliberalism from civil societies and even nations, has led to less talk about the need for structural adjustment and privatisation and more about governance and poverty reduction.

Afrique du Sud néolibérale ?

South Africa neoliberal?

En Afrique du Sud, le registre néolibéral est mobilisé par les néo-marxistes, soit dans les travaux sur la variété des capitalismes et la financiarisation de l’économie sud-africaine (Fine, 2013), soit pour caractériser la transformation des politiques macro-économiques post-apartheid et leurs conséquences sociales (Bond, 2000 et 2002 ; Narsiah, 2003 ; Miraftab, 2004a ; Desai, 2002 ; Desai et Pithouse, 2004) : le passage du RDP (le Reconstruction and Development Programme, redistributif, 1994-96) au GEAR (Growth, Employment and Redistribution, programme de croissance 1996-2006). Ils attribuent à cette rupture l’assujettissement des droits humains à la contrainte fiscale, l’abandon des ambitions du RDP en termes de besoins fondamentaux ayant notamment mené à des pertes massives d’emplois industriels. À l’échelle urbaine, ce sont surtout les services urbains qui sont concernés par l’augmentation des prix (Desai, 2002) du fait de la corporatisation ou de la privatisation (McDonald et Pape, 2002 ; McDonald et Smith, 2004 ; McDonald et Ruiters, 2005) qui entraînent une extension de la logique de recouvrement des coûts, assuré grâce à des systèmes de compteurs à pré-paiement, et donc des expulsions et des déconnexions massives. L’ANC au pouvoir à l’échelle nationale et dans presque toutes les grandes villes (sauf Le Cap) conteste cette interprétation et refuse avec virulence de laisser son programme politique qualifier de néolibéral. Des intellectuels engagés, liés à la commande publique et à la recherche-action, appuient cette analyse. Pour Susan Parnell et Jennifer Robinson (2010), surimposer sur le terrain sud-africain le prisme de lecture néolibéral, élaboré en référence à l’Amérique du Nord et au Royaume-Uni, pousse à faire l’économie de l’analyse fine de dynamiques qui ne répondent pas chronologiquement à la séquence « roll back/roll out ». Cette lecture minimiserait par ailleurs le fait qu’en Afrique du Sud des efforts redistributifs côtoient la marchandisation des services, le déploiement des PPP... ce qui mènerait à occulter l’ampleur des enjeux développementaux et l’impératif moral de s’engager dans la refondation d’une ville post-apartheid aux côtés des pouvoirs publics (Morange, 2011). Ces auteurs nous engagent donc à ne pas renoncer au débat développemental, mais à nous en ressaisir en pensant la production de « droits à la ville », liée selon elles au « renforcement des capacités régulatrices de l’État ». La « transition » post-apartheid est de fait caractérisée par un interventionnisme public fort qui s’exprime dans le cadre des contraintes de l’économie globale post-fordiste. Par exemple, la politique du logement repose sur un engagement institutionnel et financier important de l’État (Morange, 2006). On est confronté de fait à des formes concomitantes de démantèlement et de réinvention de l’interventionnisme public (Didier et al., 2013). Cette controverse renvoie aux lignes de fracture idéologiques des mondes académiques et politiques, au demeurant  très liés : certains voient dans le thème de « l’État développeur » une version à peine maquillée du néolibéralisme et une manière d’intégrer des éléments de discours et de pratiques redistributives afin de justifier a posteriori le tournant néolibéral de l’ANC en le requalifiant en termes développementaux (ce serait le but de la Shared Growth Initiative qui a succédé au GEAR en 2006) ; d’autres rejettent le qualificatif de néolibéral et voient dans le couple néolibéralisme / développement deux termes antithétiques. Cela renvoie à des débats politiques internes à l’appareil du parti où s’affrontent tenants d’une ligne orthodoxe fidèle à l’engagement marxiste historique de l’ANC, et artisans d’une politique libérale en rupture avec le parti communiste et la COSATU (la grande centrale syndicale).

In South Africa, the neoliberal framework is mobilized by neo-marxist scholars, either in their underlining of the variety of capitalism or in their analysis of the financialization of the South African economy (Fine, 2013). They draw on the neoliberal theme to describe the transformation of postapartheid macroeconomic policies and their social consequences (Bond, 2000 and 2002; Narsiah, 2003; Miraftab, 2004a; Desai, 2002; Desai and Pithouse, 2004): the move from the RDP (Reconstruction and Development Programme, redistributive, 1994-96) to the GEAR (Growth, Employment and Redistribution, growth programme, 1996-2006). They blame this move for the subordination of human rights to fiscal constraints, with the abandonment of the RDP’s ambitions regarding fundamental needs having led notably to massive industrial job losses.At the urban scale, price increases have primarily hit urban services (Desai, 2002) as a result of corporatisation or privatisation (McDonald and Pape, 2002; McDonald and Smith, 2004; McDonald and Ruiters, 2005), which have led to an extension of the principle of cost recovery by means of prepaid meter systems, resulting in large-scale evictions and disconnections.The ANC, which holds power at national level and in almost all the big cities (except Cape Town), contests this interpretation and virulently rebuts descriptions of its political programme as neoliberal.Activist intellectuals with links to the state sector and action research support this analysis.For Susan Parnell and Jennifer Robinson (2010), to superimpose on the South African context the prism of a neoliberal analysis developed by reference to North America and the United Kingdom, results in a failure to carry out a fine-grained analysis of dynamics that do not chronologically reflect the “roll-back/roll-out” sequence.This interpretation would, moreover, minimise the fact that in South Africa redistributive efforts run alongside the commodification of services, the implementation of PPP… which would tend to disguise the scale of the developmental challenges and the moral imperative to participate in the reorganisation of a postapartheid city alongside the authorities (Morange, 2011).These authors ask us not to give up on the developmental debate, but to re-engage with it in terms of the establishment of “rights to the city”, linked in their view with the “reinforcement of the state’s regulatory capacities”.The postapartheid “transition” is in fact characterised by strong public interventionism, expressed within the constraints of the global post-Fordist economy.For example, housing policy relies on significant institutional and financial commitment by the state (Morange, 2006).In reality, what we find are concomitant forms of dismantlement and reinvention of public interventionism (Didier et al., 2013).This controversy relates to the ideological dividing lines between the otherwise closely linked academic and political worlds:some see in the theme of the “developer state” a barely concealed version of neoliberalism and a way of bringing in elements of redistributive rhetoric and practices in order retrospectively to justify the ANC’s neoliberal turn, by redefining it in developmental terms (supposedly the goal of the Shared Growth Initiative which succeeded the GEAR in 2006); others reject the description neoliberal and consider the pairing of neoliberalism and development to be an oxymoron.This is connected with internal political debates within the party machine, where proponents of an orthodox line consistent with the ANC’s historical Marxist commitment confront artisans of a liberal policy in breach with the tenets of the Communist Party and COSATU (South Africa’s big trade union congress).

Par ailleurs, la piste de la variabilité locale semble difficile à s’approprier dans le cadre d’une lecture globalisante néo-marxiste de l’évolution des référents de l’action publique. S’il y a tension globale vers le néolibéralisme, quelles que soient les nuances locales, comment articuler les principes de convergence et de divergence entre les différentes formes que peut prendre le processus de néolibéralisation ? Cet impensé explique peut-être en partie les difficultés, en France, à s’approprier ce débat. Il contredit en effet les efforts du néo-institutionnalisme pour penser la variabilité du capitalisme et ses déclinaisons (nationales ou locales). Ainsi, pour Dominique Lorrain (2013), l’approche néo-marxiste du néolibéralisme telle qu’elle est développée par exemple par Brenner et Theodore (2002), en mettant l’accent sur les grands facteurs structurels expliquant les phases d’évolution du capitalisme, « n’incite pas à examiner les processus qui expliquent le passage d’un régime à un autre, ni à étudier finement les acteurs qui ont contribué à ces transformations. Ces approches s’intéressent plus aux déterminants qu’aux acteurs et aux forces sociales qui mettent en marche les mécanismes déterminants ». Prenant ses distances aussi bien avec ces approches qu’avec celles des coalitions de croissance (Logan et Molotch, 1987) et des régimes urbains (Stone, 1989), qui restent à ses yeux « à un niveau de trop grande généralité », Dominique Lorrain, tout en mettant en avant le renforcement du rôle des marchés dans la ville, plaide pour qu’une attention accrue soit portée à l’ensemble des institutions « de second rang » (et pas seulement aux plus visibles et « traditionnelles »), à savoir les outils (comme la comptabilité par exemple), les instruments ou les normes qui assistent les acteurs dans un contexte local déterminé. Vincent Béal (2010) adresse des critiques convergentes aux travaux sur la néolibéralisation, dont il salue par ailleurs les apports (notamment en termes de mise en avant des mécanismes de domination et des inégalités produites par les politiques urbaines). De son point de vue, ces travaux ne vont pas assez loin dans l’explication des mécanismes qui font évoluer les politiques urbaines et accordent trop peu d’attention aux facteurs politiques locaux de ces évolutions. Avec Max Rousseau (Béal et Rousseau, 2008), il plaide pour un plus fort « ancrage empirique » des approches néo-marxistes de la néolibéralisation.

Moreover, the option of local variability seems difficult to employ within the framework of a globalising neo-Marxist interpretation of the evolution of objects of public action.If there is a global trend towards neoliberalism, whatever the local nuances, how can the principles of convergence and divergence between the various forms that neoliberalisation can undertake be articulated?This perhaps partly explains the difficulties, in France, of coming to grips with the debate.Indeed, it runs counter to the efforts of neo-institutionalism to think about the variability of capitalism and its manifestations (national or local).Thus, for Dominique Lorrain (2013), the neo-Marxist approach to neoliberalism, as developed for example by Brenner and Theodore (2002), in stressing the big structural factors that explain the phases in capitalism’s evolution, “does not encourage an examination of the processes that explain the shift from one regime to another, nor close study of the actors who contributed to these transformations.These approaches are more interested in the determinants than in the actors, and in the social forces that trigger the determining mechanisms”.Distancing himself both from these approaches and from those based on growth coalitions (Logan and Molotch, 1987) and urban regimes (Stone, 1989) which, in his view, “remain at a level of excessive generality”, Dominique Lorrain – while highlighting the rise of the role of markets in the city – pleads for greater attention to be paid to all the “second rank” institutions (and not only the most visible and “traditional” ones), to the tools (e.g. Accounting), to the standards, which assist the actors in a given local context.Vincent Béal (2010) has similar criticisms of the works on neoliberalisation, though welcoming their contributions (notably the identification of the mechanisms of domination and the inequalities produced by urban policies).For him, these works do not go far enough in explaining the mechanisms that change urban policies and pay too little attention to the local political factors influencing these changes.With Max Rousseau (Béal and Rousseau, 2008), he pleads for a stronger “empirical anchorage” in neo-Marxist approaches to neoliberalisation.

À l’instar de ces auteurs, une partie des chercheurs français en science politique s’est emparée de la littérature sur la néolibéralisation et en a tiré des éléments très stimulants pour ses propres recherches. Renaud Epstein (2013), dans son analyse des politiques de rénovation urbaine, montre comment la mise en place de l’Agence Nationale de la Rénovation Urbaine témoigne de l’application des théories du New Public Management et de l’instauration par l’État d’un mode de « gouvernement à distance »[7]. Gilles Pinson et Max Rousseau (2011) se sont largement inspirés des travaux néo-marxistes pour mettre en évidence le remplacement des politiques d’aménagement du territoire par des politiques de métropolisation, en lien avec une approche des villes comme des espaces où interagissent les acteurs de marché et qui constituent donc des échelles à privilégier pour les politiques publiques. Christelle Morel Jourdel et Valérie Sala Pala (2011) ont tenté d’appliquer le cadre théorique de la néolibéralisation pour analyser les politiques de peuplement menées à Saint-Etienne sous l’angle de stratégies d’attractivité résidentielle et de gentrification.

Following the example of these authors, some French political scientists have seized on the literature on neoliberalisation and drawn from it very stimulating elements for their own research.Renaud Epstein (2013), in his analysis of urban renovation policies, shows how the establishment of France’s National Urban Renewal Agency reflects the application of theories of New Public Management and the introduction by the state of a method of “remote control government”.[7]Gilles Pinson and Max Rousseau (2011) have largely drawn on neo-Marxist works to demonstrate the replacement of town planning policies with policies of metropolitanisation, reflecting an approach to cities as spaces where market players interact and therefore a scale to be prioritised in public policies.Christelle Morel Jourdel and Valérie Sala Pala (2011) have sought to apply the theoretical framework of neoliberalisation to the population growth policies conducted in Saint-Etienne, from the perspective of strategies of residential attractiveness and gentrification.

Cependant, la plupart de ces auteurs prennent des distances avec les approches anglo-saxonnes, en montrant d’une part les difficultés à appliquer de manière mécanique ces approches dans le contexte français, où la domination des acteurs du marché est largement tempérée par le poids des acteurs publics nationaux et locaux et la capacité de ces derniers à négocier et imposer leur point de vue, et d’autre part la diversité des modes de régulation locaux (Le Galès, 2001 et 2011 ; Pollard, 2009 ; Morel Jourdel et Sala Pala, 2011). De manière générale, ces auteurs insistent sur la sous-estimation des logiques politiques dans les travaux critiques anglo-saxons et sur les limites de leur importation dans le contexte français. L’ouvrage collectif dirigé par Bruno Jobert (1994) qui aborde la diffusion du néolibéralisme dans les politiques économiques et sociales européennes mettait déjà l’accent sur la pénétration progressive de cette norme idéologique, son appropriation inégale par les systèmes de production de l’action publique selon la perméabilité des cultures nationales à ce répertoire, la persistance partielle du registre keynésien et une modification inégalement avancée des règles du dialogue social (le passage de l’État redistributeur issu de l’après-guerre à un État arbitre et régulateur).

However, most of these authors distance themselves from the Anglo-Saxon approaches, first by showing the difficulties of applying these approaches mechanically in the French context, where the domination of market players is substantially tempered by the influence of national and local public actors and the capacity of the latter to negotiate and impose their point of view, and second by highlighting the diversity of local forms of regulation (Le Galès, 2001 and 2011; Pollard, 2009; Morel Jourdel and Sala Pala, 2011).Generally speaking, these authors stress the failure of critical Anglo-Saxon works to pay sufficient attention to political factors and the limitations of importing them into the French context. The collection edited by Bruno Jobert (1994) explored the spread of neoliberalism into European economic and social policies. Even then, it stressed the gradual penetration of this ideological norm, the unevenness of its acceptance by the systems of production of public action depending on the permeability of national cultures, the partial persistence of the Keynesian current and an unevenly implemented alteration in the rules of social dialogue (the shift from the post-war redistributive state to the state as arbiter and regulator).

Les débats sur l’urbanisation du néolibéralisme font donc l’objet en France d’une forte curiosité, mais aussi d’une certaine méfiance. Ils sont abordés sous forme de question[8], ou par le biais de lectures épistémologiques par des politistes qui restituent les difficultés de la géographie urbaine et de la science politique française à nouer le dialogue avec les urban studies anglophones. Max Rousseau (2013) considère leur complémentarité et ce qu’elle peut apporter à une compréhension de l’évolution des politiques menées dans les villes désindustrialisées, notamment en réintroduisant le temps long dans l’analyse. La périodisation en 5 phases des politiques d’image menées à Sheffield et Roubaix qu’il propose permet d’affiner la grille de lecture régulationniste en dépassant la séquence fordisme/post-fordisme. Vincent Béal (2010) questionne la divergence de ces traditions de recherche au regard de l’histoire de la structuration des champs disciplinaires des deux mondes. Finalement, parmi les travaux français, même ceux qui tentent le dialogue avec le monde anglophone s’en remettent à la tradition de recherche française en science sociales qui valorise le terrain par rapport à la théorie et met l’accent sur les choix politiques locaux plus que sur l’accumulation économique, la rente et les circuits du capital (voir le travail de Max Rousseau, 2011 sur les stratégies de redéveloppement des villes désindustrialisées de Roubaix et Sheffield). Là où la recherche anglophone considère avant tous les contraintes externes liées à la globalisation néolibérale, les travaux français approchent les nuances locales par le biais du politique et via des approches comparatives empiriquement très documentées (Béal et Rousseau, 2008).

The debates on neoliberal urbanisation therefore arouse strong curiosity in France, but also a certain mistrust.They are tackled in the form of questions,[8] or through epistemological readings by political analysts who reflect the difficulties of French urban geography and political science in establishing a dialogue with Anglophone urban studies.Max Rousseau (2013) looks at their complementarity and what they can contribute to an understanding of the evolution of the policies underway in deindustrialised cities, especially by reintroducing the long term into the analysis. The 5-phase periodisation he proposes of the image policies conducted in Sheffield and Roubaix helps to refine the frame of regulationist interpretation by going beyond a simple sequential account of Fordism and Post-Fordism.Vincent Béal (2010) questions the divergence of these research traditions in the light of the history of the structuring of the two worlds’ disciplinary fields. Finally, amongst the French works, even those that attempt a dialogue with the English-speaking world rely on the French tradition of social science research, which values fieldwork over theory and places the emphasis on local political choices rather than economic accumulation, revenues and capital flows (see the work by Max Rousseau 2011 on the redevelopment strategies of the deindustrialised cities of Roubaix and Sheffield).Where Anglo-Saxon research primarily considers the external constraints associated with neoliberal globalisation, its French counterpart looks at local nuances through the lens of policy and via empirically highly documented comparative approaches (Béal and Rousseau, 2008).

Une analyse similaire pour la géographie française et pour l’urbanisme et aménagement n’aurait que peu de sens car ces disciplines ignorent largement ce débat. Les auteurs qui abordent la question de la néolibéralisation le font par le biais de débats connexes, qui déplacent le questionnement. Ils traitent de la néolibéralisation de manière indirecte, parexemple sous l’angle de la circulation des modèles dits de « meilleurs pratiques », à travers les questions de partage, d’apprentissage, de réinterprétation, de « fabrique d’expérience » (Navez-Bouchanine et Valladares, 2007) ou encore sous l’angle des « expertises nomades » à travers une approche en termes de réseaux sociaux, de transfert de savoir-faire et de pratiques professionnelles (Verdeil, 2005). Ils l’abordent également par l’étude de politiques de régénération comparées (par exemple via la patrimonialisation des quartiers anciens de Gênes, Valparaiso et Liverpool pour Sébastien Jacquot, 2007), ou en questionnant la nature de l’espace public dans les quartiers produits par l’action privée (dans le cas des Docklands de Londres étudiés par Perrine Michon 2008 en mobilisant les apports d’Augustin Berque). Seul Xavier Desjardins (2008) analyse les évolutions de la politique du logement social en les référant explicitement à la montée en puissance du néolibéralisme. Mais il ne s’appuie qu’accessoirement sur les travaux anglo-saxons et mobilise principalement les travaux de Foucault. Même les travaux sur le rôle de la Banque mondiale dans les villes à l’heure des ajustements structurels sont abordés par Annick Osmont par exemple (1995) sous l’angle des disciplines globales, mais pas du thème néolibéral. Seule une certaine géographie des services urbains au Sud s’inscrit dans le débat sur la néolibéralisation, à travers la question de la privatisation et des arrangements public-privé (voir par exemple Baron et Peyroux 2011 ou les travaux de Sylvy Jaglin cités plus bas). On retrouve ces approches à l’œuvre dans ce numéro sous les plumes de Jérémy Robert et Judicaëlle Dietrich. Plus récemment, la thématique néolibérale se trouve associée à celle de la marginalité (et de la résistance citadine), classiques dans les études sur les villes du Sud (Florin et al., 2014).

A similar analysis for French geography and for urbanism and planning would make little sense, because these disciplines largely ignore the debate.The authors who consider the question of neoliberalisation do so through connected issues, which shift the focus.They approach neoliberalisation indirectly, for example from the perspective of the dissemination of so-called models of “best practice”, through questions of sharing, learning, reinterpretation, “experience making” (Navez-Bouchanine and Valladares, 2007) or else from the perspective of “nomad expertise” through an approach based on social networks, know-how transfer and professional practices (Verdeil, 2005).They also approach it via the comparative study of regeneration policies (e.g. the “heritagisation” of the old historic districts of Genoa, Valparaiso and Liverpool, for Sébastien Jacquot, 2007), or by questioning the nature of public space in the areas produced by private action (in the case of the London Docklands studies by Perrine Michon (2008), which draw on the contributions of Augustin Berque).Only Xavier Desjardins (2008) analyses the changes in social housing policy with explicit reference to the rise of neoliberalism.However, he relies only marginally on Anglo-Saxon studies and draws primarily on Foucault’s work.Even research on the role of the World Bank in cities in the era of structural adjustments is tackled by Annick Osmont (1995), for example, from the perspective of global discipline, but not within the neoliberal framework.Only a particular geography of urban services in the southern hemisphere falls within the debate on neoliberalisation, in relation to the question of privatisation and public-private schemes (see for example Baron and Peyroux 2011 or work by Sylvy Jaglin cited below), represented in this issue in the contributions of Jérémy Robert and Judicaëlle Dietrich.More recently, the neoliberal theme has been associated with the classical topics of marginality (and citizen resistance) in studies on the cities of the southern hemisphere (Florin et al., 2014).

 

 

3- Ville, néolibéralisation et … (in)justice ?

3- City, neoliberalisation and … (in)justice ?

Le processus de néolibéralisation, pour les auteurs du courant néo-marxiste, est par essence inégal géographiquement et socialement régressif : « geographically uneven and socially regressive » (Brenner et Theodore, 2002). Le développement inégal est vu comme inhérent au développement du capitalisme, en lien avec la nécessité pour le capital de mobiliser des territoires particuliers comme forces de production. Brenner et Theodore (2002) parlent de « uneven development [as] a key expression of capital’s relentless drive to mobilize particular territories and places as forces of production ». Par glissement, le développement spatial inégal est parfois assimilé à une forme d’injustice dans la mesure où il rime avec la polarisation sociale et territoriale (de type centre/périphérie). En outre, la néolibéralisation est associée à un recul de la justice redistributive et procédurale, voire à une forme d’autoritarisme (“the grim scenario of a neoliberalized urban authoritarianism”, ibid. p. 376): “cities engage aggressively in mutually destructive place-marketing policies, in which transnational capital is permitted to opt out from supporting local social reproduction, and in which the power of urban citizens to influence the basic conditions of their everyday life is increasingly undermined” (Brenner et Theodore, 2002, p. 376). Ainsi, les auteurs qui manient cette catégorie partagent un goût pour l’hétérodoxie et une forme d’engagement idéologique, sinon militant ou partisan, qui les rattache au champ très large des critical urban studies. Pour Lagueux (1989), cela renvoie au clivage entre « champions de la justice sociale (héritiers de la philosophie des Lumières) et de la liberté individuelle (les libéraux) », central selon lui dans la théorisation du néolibéralisme en sciences politiques. Néanmoins, si tous s’accordent sur l’intérêt de la portée critique de ce terme, ils n’adoptent pas le même cadre de référence idéologique et ne s’accordent pas forcément sur la nature des liens entre injustice, ville et néolibéralisation.

The process of neoliberalisation, for all authors belonging to the neo-Marxist current, is by essence geographically uneven and socially regressive (Brenner and Theodore, 2002).Uneven development is seen as inherent to the development of capitalism, in line with the necessity for capital to make use of specific territories as forces of production. Brenner and Theodore speak of “uneven development [as] a key expression of capital’s relentless drive to mobilize particular territories and places as forces of production”.Consequently, uneven spatial development is sometimes understood as a form of spatial injustice in so far as it parallels social and territorial polarization (of the centre/periphery form). Furthermore, neoliberalisation is seen as a roll-back of redistributive and procedural justice, and even as authoritarian in nature (“the grim scenario of a neoliberalized urban authoritarianism”) : “cities engage aggressively in mutually destructive place-marketing policies, in which transnational capital is permitted to opt out from supporting local social reproduction, and in which the power of urban citizens to influence the basic conditions of their everyday life is increasingly undermined” (Brenner et Theodore, 2002, p. 376). Thus, the authors who manipulate this category share a taste for heterodoxy and a form of ideological – if not militant or partisan – commitment, which links them with the very wide field of critical urban studies.For Lagueux (1989), this reflects the division between “champions of social justice (heirs to the philosophy of the Enlightenment) and of individual liberty (liberals)”, a difference in his view central to political science theories of neoliberalism.Nevertheless, while all agree on the utility of the critical scope of this term, they do not all adopt the same ideological frame of reference and do not necessarily agree on the nature of the links between injustice, the city and neoliberalisation.

Le renouveau des pensées critiques de l’urbain dans le monde anglophone nourrit ainsi une géographie de l’exclusion d’obédience marxiste, très visible et engagée, qui a pour ambition de dénoncer le caractère oppressif de l’ordre social et urbain capitaliste. Elle analyse les conséquences de l’entrepreneuriat urbain et de la régénération urbaine néolibérale, en particulier dans les centres villes : mise sous contrôle des espaces publics, politiques de masquage de la marginalité urbaine, criminalisation de la pauvreté, politiques de surveillance, de sécurisation et de « tolérance zéro », inspirées du modèle new yorkais, « revanchisme urbain » (Smith, 1996) et éviction des catégories populaires, tous phénomènes liés au réinvestissement de ces espaces par le capital en Amérique du Nord. Le travail de Don Mitchell (2001) sur l’esthétisation des espaces publics et l’exclusion des sans-abri dans la « post-justice city » fait référence en la matière.

The renewal of critical thinking on urban issues in the English-speaking world above all drives a highly visible and committed Marxist-inspired geography of exclusion, which aspires to denounce the oppressive character of the capitalist social and urban order.It analyses the consequences of urban entrepreneurship and neoliberal urban regeneration, in particular in the inner cities:control over public spaces, masking of urban marginality, criminalisation of poverty, policies of surveillance, security and “zero tolerance”, inspired by the New York model, “urban revanchism” (Smith, 1996) and eviction of working-class populations, all phenomena linked with capital’s reoccupation of these spaces.Don Mitchell’s work (2001) on the aestheticisation of public spaces and the exclusion of the homeless in the “post-justice city” is a benchmark in the field.

Le « fuzzy » (Castree, 2006) ou « chaotic concept » de néolibéralisme (Jessop, 2013) serait ainsi devenu un incontournable pour ancrer un discours dans le champ radical ou critique. Bob Jessop (2013) remarque à ce titre que le terme néolibéralisme n’est quasiment utilisé que par ses détracteurs, alors que ceux qui sont supposés le mettre en œuvre s’en gardent bien. À tel point que l’on peut se demander si le succès de ce « buzzword » (Peck, 2004) ne reflète pas parfois le désir de partager, à travers ce dialogue avec la géographie radicale anglophone, un espace et une visibilité académiques[9]. La portée conceptuelle de cette notion est ainsi parfois soupçonnée d’être plus faible que sa portée mobilisatrice en tant que registre socialement construit et destiné à asseoir une parole et une praxis critiques. À tous les « anti » qui documentent avec indignation les méfaits de la néolibéralisation, Ferguson (2009) lance ainsi le défi de renoncer à une posture qui trouve sa finalité en elle-même et ne produit pas, selon lui, de contre-rationalité.

The “fuzzy” (Castree, 2006) or “chaotic” concept of neoliberalism (Jessop, 2013) would thus seem to have become an essential anchor point for any discourse in the radical or critical domain.In this regard, Bob Jessop (2013) notes that the term neoliberalism is used almost entirely by its detractors, and eschewed by its presumed practitioners.To the point that it is to be wondered whether its success as a buzzword (Peck, 2004) does not owe something to the desire to share academic space and visibility through this dialogue with Anglophone radical geography.[9]The conceptual scope of this notion is thus sometimes suspected of being weaker than its motivating power as a socially constructed concept designed to underpin a critical discourse and practice.To all the “antis” who indignantly document the misdeeds of neoliberalisation, Ferguson (2009) has issued the challenge of abandoning a posture that is entirely self-referential and, in his view, generates no counter-rationality.

La perspective néo-marxiste laisse en tous cas peu de place à un espoir de changement, et ces critiques sont difficiles à saisir par les mouvements sociaux (Boudreau et Pattaroni, 2011). L’analyse néo-marxiste s’est donc efforcée récemment d’intégrer une réflexion sur la contestation des injustices. Loretta Lees (2013) par exemple, tente de reposer l’horizon d’une ville où la « grammaire des injustices [soit] plus ouverte et porteuse d’espoir » que celle proposée par les motifs pessimistes du « revanchisme » et du « post-politique » (la mort du politique), en étudiant les mobilisations des locataires du parc public (Southwark, Londres) contre la régénération urbaine (« a more open and hopeful grammar of urban injustice »). Ces débats rejoignent certaines discussions sur le « droit à la ville » (Brenner et al., 2012 ; Smith et McQuarri, 2012) qui ont connu un regain d’intérêt avec la relecture des textes d’Henri Lefebvre. Les participants au projet « Cities for people »[10] discutent ainsi des agents du changement (qui doit porter le droit à la ville ?), de leurs modes de mobilisation etdu contenu de revendications émancipatrices, dans une perspective plus optimiste. Ils rejoignent également les travaux sur les mouvements sociaux anti-néolibéraux et sur leur capacité à contester la rationalité néolibérale : Sagie Narsiah (2007) par exemple étudie la montée, via les mouvements sociaux, d’une alternative à la rationalité marchande dans le domaine des services urbains en Afrique du Sud.

In any case, the neo-Marxist perspective leaves little room for hope of change, and these critiques are difficult for social movements to run with (Boudreau and Pattaroni, 2011). Recently, therefore, neo-Marxist analysis has tried to incorporate thinking on the opposition to injustices.Loretta Lees (2013), for example, attempts to reposition the horizon of a city with “a more open and hopeful grammar of urban injustice” than that proposed by the pessimistic motifs of “revanchism” and the “death of politics”, by studying the protest movements of public housing tenants (Southwark, London) against urban regeneration.These debates link with certain discussions on the “right to the city” (Brenner et al., 2012; Smith and McQuarri, 2012), which have experienced a revival of interest with the rereading of Henri Lefebvre’s texts.Participants in the “Cities for people” project[10] thus speak about agents of change (who should bear the right to the city?) and how they can be mobilised, and the content of emancipatory claims, from a more optimistic perspective.They also link with works on anti-neoliberal social movements and on their capacity to oppose neoliberal rationality:Sagie Narsiah (2007), for example, studies how social movements have given rise to alternatives to commercial logic in the domain of urban services in South Africa.

Bien que les études urbaines critiques soient dominées par le courant néo-marxiste, Boudreau et Pattaroni (2011) soulignent qu’il existe par ailleurs des critiques plus « ordinaires » de la néolibéralisation[11]. Elles émanent de l’intérieur du système et visent des effets correctifs. Elles dénoncent notamment le renoncement à l’objectif d’égalité entre les territoires (aménagement du territoire/redistribution spatiale) et entre les individus (redistribution sociale), au profit d’un objectif d’équité mesuré par l’accès universel au service : par exemple le délaissement et le déclin de la qualité de desserte des quartiers défavorisés en matière de politiques de transports urbains et la concentration des investissements publics sur des nœuds ou des axes stratégiques et l’implication des acteurs privés dans le domaine des transports urbains. On peut citer ici les travaux de Siemiatycki (2005) sur Vancouver, de Grengs (2004) sur Los Angeles, de Farmer (2011) sur Chicago, ou de Enright (2013) sur le Grand Paris. Cette critique repose souvent sur la nostalgie d’un État providence keynésien jugé plus juste (à défaut de juste). Ce motif de l’inégalité socio-spatiale et de l’inégalité de desserte des territoires est présent dans l’approche néomarxiste comme dans la lecture néo-keynésienne : elles se rencontrent autour de la figure de l’État (défaillant, absent, en retrait…). L’éviction des classes populaires des centres anciens par les politiques de démolition/conversion des parcs de logement social est ainsi dénoncée par les néo-keynésiens autant que par les néo-marxistes. Pourtant, dans une perspective marxiste, ces parcs résultent des politiques de soutien de la demande élaborées par le régime d’accumulation fordiste.

Although critical urban studies are dominated by the neo-Marxist current, Boudreau and Pattaroni (2011) have stressed that there also exists more “ordinary” critiques of neoliberalisation.[11].They emanate from within the system and seek to achieve corrective effects.In particular, they denounce the abandonment of the goal of equality between territories (territorial planning/spatial redistribution) and between individuals (social redistribution) in favour of a target of equity measured by universal access to services; for example, the neglect and decline in quality of service to disadvantaged areas in urban transport policies and the concentration of public investment on nodes or strategic axes and the involvement of private actors in the field of urban transport.Here we might allude to the work done by Siemiatycki (2005) on Vancouver, Grengs (2004) on Los Angeles, Farmer (2011) on Chicago, or Enright (2013) on Grand Paris.This critique is often rooted in nostalgia for a Keynesian welfare state perceived as fairer (if not fair).This motif of socio-spatial inequality and inequality of service between territories is present in both the neo-Marxist approach and the neo-Keynesian approaches:they come together around the notion of the State (failing, absent, rolling back…).The eviction of the working classes from the old inner cities by policies of demolition/conversion applied to the social housing stock is thus condemned equally by neo-Keynesians and neo-Marxists, although from a Marxist perspective, these housing stocks are the result of demand-side policies developed by the Fordist regime of accumulation.

Tous ces textes postulent cependant plus qu’ils ne l’analysent le lien entre injustice et néolibéralisation. Souvent, le néolibéralisme y reste une référence de l’ordre de la toile de fond, du décor dans lequel se dérouleraient les tragédies urbaines contemporaines de l’exclusion, de l’accaparement, de l’exploitation. Dans ce corpus, une infinité d’injustices sont ainsi dénoncées qui relèvent de registres distincts. Gordon McLeod (2002) par exemple, dans son étude de la régénération de Glasgow, dénonce tour à tour la « régénération sans emploi » (jobless regeneration), le mensonge de la promesse du « trickle down effect » (la diffusion des effets de la croissance vers les quartiers populaires), le déplacement des pauvres et l’exclusion spatiale et sociale liée au nettoyage de l’espace, les coupes budgétaires qui ont entraîné la montée des problèmes de santé publique. Marginalisation sociale, décrochage des territoires, exclusion socio-spatiale, déclin des services urbains, toutes ces dynamiques concomitantes sont attribuées en bloc à la néolibéralisation. On retrouve le caractère nébuleux d’une notion tantôt synonyme de gentrification/régénération entrepreneuriale, tantôt de discipline budgétaire par exemple.

All these texts, however, postulate more than they analyse the link between injustice and neoliberalisation.Often, neoliberalism constitutes something of a backdrop, the setting in which the contemporary urban tragedies of exclusion, dispossession, exploitation are played out. This body of work thus condemns an infinity of injustices that derive from different registers.Gordon McLeod (2002), for example, in his study of the regeneration of Glasgow, in turn denounces “jobless regeneration”, the lie of the promise of “trickle down”, the relocation of the poor and the spatial and social exclusion associated with the clearance of space, the budget cuts that have led to an increase in public health problems.Social marginalisation, territorial dispossession, socio-spatial exclusion, declining urban services, all these linked dynamics are attributed wholesale to neoliberalisation.Here we see the nebulous character of a notion that one moment is synonymous with entrepreneurial gentrification/regeneration, at another, for example, with austerity.

En outre les villes n’ont pas attendu les années 1970-80 pour être injustes. Don Mitchell (1997) admet que la criminalisation des pauvres et les lois contre les sans-abri remontent (au moins) au XIXème siècle et, citant Marx, qu’elles jouaient déjà un rôle de régulation sociale de la menace constituée par « l’armée des pauvres ». Mais il soutient que la néolibéralisation a engendré une prolifération de dispositifs règlementaires et législatifs destinés à attirer et fixer le capital et qu’un « degré » a été franchi en la matière. La réponse des néo-marxistes est en général articulée autour de cette idée d’une généralisation de l’exclusion, que l’on retrouve au Sud dans la thèse d’une aggravation des inégalités héritées de la colonisation.

In addition, cities did not wait until the 1970s to become unjust.Don Mitchell (1997) acknowledges that the criminalisation of the poor and laws against the homeless date back (at least) to the 19th century and, quoting Marx, that they already played a role in the social regulation of the threat constituted by the “army of the poor”. However, he maintains that neoliberalisation generated a proliferation of regulatory and legislative provisions intended to attract and retain capital and that a “degree” was crossed in this respect.The neo-Marxist response is generally articulated around the idea of a great of exclusion, which we find again in the southern hemisphere in the thesis of an exacerbation of the inequalities inherited from colonisation.

Certains travaux questionnent à ce titre les conditions de généralisation du néolibéralisme en soutenant qu’elle est liée à sa capacité à prendre en compte les demandes locales de justice. Ils proposent des périodisations fines de sa diffusion pour montrer sa capacité à surmonter ses contradictions internes. La néolibéralisation s’accompagne en effet souvent d’une reformulation des discours sur la justice car même dans les projets les plus agressifs, les objectifs de justice sociale et spatiale sont rarement occultés brutalement. Les conséquences sociales des phases de proto-néolibéralisation ou de roll back (les ajustements structurels au Sud) sont en outre souvent suivies de phases de roll out durant lesquelles les politiques publiques tentent de corriger les conséquences de la période précédente en matière sociale, notamment en introduisant plus de participation et de la justice procédurale. Dans les cas où la séquence roll back - roll out n’est pas opérante, l’adaptation du néolibéralisme aux exigences locales de justice peut être la condition de sa diffusion première. Par exemple au Cap, Sophie Didier et al. (2013) discutent de l’émergence de « troisièmes voies locales » qui incorporent des éléments de politiques caritatives libérales classiques qui rendent les politiques de régénération urbaine menées au centre-ville en apparence plus conformes aux objectifs de transformation post-apartheid. Cet ajustement s’est fait en 5 ans dans ce cas, sous l’effet de contestations politiques et sociales importantes. De même, Michael Harloe (2001) montre que la politique de lutte contre l’exclusion sociale mise en place par le gouvernement de Tony Blair à partir de 1997 avait pour but de réconcilier les objectifs de compétitivité et de cohésion sociale, cette dernière ayant été mise à mal par les gouvernements conservateurs précédents. La recherche de justice sociale (de justice distributive en particulier) est ainsi au cœur d’une politique qui s’inscrit pourtant pleinement dans une perspective néolibérale.

On this issue, certain works question the conditions of the spread of neoliberalism, maintaining that this derives from its capacity to take account of local demand for justice.They break down its dissemination into fine-grained periodisations to show its capacity to overcome its internal contradictions.It is true that neoliberalisation is often accompanied by the reformulation of discourses on justice, because in even the most aggressive projects the objectives of social and spatial justice are rarely entirely disregarded.The social consequences of the phases of proto-neoliberalisation or roll-back (structural adjustments in the southern hemisphere) are also often followed by phases of roll-out during which public policies attempt to correct the social consequences of the previous period, in particular by introducing greater participation and procedural justice.In cases where the roll-back/roll-out sequence does not operate, neoliberalism’s adaptation to local demand for justice can be the condition for its initial spread.For example, in Cape Town, Sophie Didier et al.(2013) discuss the emergence of “local third ways”, which incorporate elements of classical liberal charity policies that make inner-city urban regeneration policies more consistent with postapartheid transformation goals.In this case, the adjustment took 5 years, against significant political and social opposition.Similarly, Michael Harloe (2001) shows that the purpose of the anti social exclusion policy introduced by Tony Blair’s government in 1997 was to reconcile competitiveness with social cohesion, the latter having been undermined by the previous Conservative governments.The pursuit of social justice (in particular distributive justice) was thus at the heart of a policy that was nevertheless fully embedded in a neoliberal perspective.

L’interprétation des conséquences de la néolibéralisation est donc ambiguë, en matière de justice distributive comme en matière de justice procédurale. James Ferguson (2007) souligne par exemple le caractère ambivalent des discours pro-BIG en Afrique du Sud (la Basic Income Grand campaign des années 2000, un projet de création d’une aide sociale universelle, conditionnée à la seule nationalité) : fondés sur une rationalité tout à la fois pro-pauvre et néolibérale, ces discours proposent une reformulation de la place des activités « informelles » dans le projet étatique. Dans les travaux sur la montée de la participation, les auteurs soulignent à la fois les limites de la participation néolibérale et les formes de justice procédurale capables d’effets correctifs. Ainsi, les démarches d’empowerment conduites dans le cadre des politiques de régénération contemporaines ont parfois permis une prise en compte des organisations communautaires et favorisé le développement des services sociaux locaux, conduisant à des formes de partage du pouvoir, tout en étant compatibles avec une logique de management néolibérale (Bacqué et Biewener, 2013). On trouve la même ambiguïté dans les travaux sur la dévolution-délégation aux communautés des missions traditionnelles de service public. Certains rappellent qu’elle peut améliorer l’accès aux services pour les plus pauvres, grâce à des formes de privatisation communautaire compatibles avec une certaine intégration sociale (Jaglin, 2005 ; Jaglin et Zérah, 2010). Les politiques de privatisation « pro-poor » des réseaux menées dans certains pays présentent la même ambivalence (Poupeau, 2007 ; Spronk, 2009). Les néo-marxistes y voient un détournement de la rhétorique de l’inclusion sociale au service d’une exclusion matérielle, par exemple pour la collecte des déchets au Cap (Miraftab, 2004a) et ils mettent l’accent sur l’exploitation d’une main d’œuvre sous-payée au nom du « sweat equity ». Sternberg (2013) analyse ainsi les processus de mise en conformité et d’inclusion des pratiques informelles dans le cadre néolibéral (le ramassage des ordures à Buenos Aires). Des problèmes de nature différente sont dans la balance : le citadin comme usager / habitant (registre de l’accès au service) ; le citadin comme figure de l’exploitation de la dépossession de sa classe et qui ne possède que sa force de travail.

The interpretation of the consequences of neoliberalisation is therefore ambiguous, with regard to distributive justice, as well as with regard to procedural justice.James Ferguson (2007) for instance insists on the ambivalence in the discourses of pro-BIG supporters in South Africa (the Basic Income Grant campaign of the 2000s, which would consist in a universal social grant only conditioned by nationality): these discourses, driven by an altogether pro-poor and neoliberal rationality, redefine the place of « informal » activities in the States project. In works on the rise of citizen participation, the authors emphasise both the limitations of neoliberal participation and the forms of procedural justice with the capacity to produce corrective outcomes.Thus, the empowerment procedures deployed in contemporary regeneration policies have sometimes fostered the involvement of community organisations and the development of local social services, leading to forms of power sharing, while still being compatible with a neoliberal system of management (Bacqué and Biewener, 2013).The same ambiguity is found in works on the devolution-delegation of traditional public service roles to communities.Certain authors note that it can improve access to services for the poorest, thanks to forms of community privatisation compatible with a degree of social integration (Jaglin, 2005; Jaglin and Zérah, 2010).The “pro-poor” service privatisation policies implemented in certain countries show the same ambivalence (Poupeau, 2007; Spronk, 2009).Neo-Marxists see them as twisting the rhetoric of social inclusion in favour of material exclusion (e.g. for waste collection in Cape Town, Miraftab, 2004a) and emphasise the exploitation of an underpaid labour force in the name of “sweat equity”.Sternberg (2013) thus analyses the processes of regularisation and inclusion of informal practices within the neoliberal framework (garbage collection in Buenos Aires). Issues of different kinds are in the balance:the city dweller as user/inhabitant (service access register); the city dweller as embodiment of the exploitation and dispossession of his class, owning only the power of his labour.

Ici se pose un problème de référents historiques qui fait écho au débat sur le clivage Nord-Sud. La redistribution et le rééquilibrage territorial sont pensés en rapport avec un modèle possible à un moment donné de l’histoire des villes du Nord et qui a peu de sens pour les villes du Sud. L’accès aux services n’a jamais été généralisé dans ces villes du fait de la faiblesse relative des États et de la ségrégation coloniale ou d’apartheid. Le motif de l’inégalité territoriale et de la ségrégation (institutionnelle ou non) y est la référence historique et non pas celui du décrochage des territoires. James Ferguson souligne (2009) que le retour à l’État providence dans des situations de sous-emploi massif, où l’informalité est la norme, n’a pas de sens historiquement. Il correspond à une idéalisation de ce qu’ont pu être les États africains des années 1970, ou à un mythe développemental. Cela ne signifie pas que la néolibéralisation n’accentue pas des inégalités de desserte héritées. La question de la justice peut donc se penser en rapport à une situation idéale (située ou non historiquement, idéalisée ou non) ou en rapport à une situation de départ déjà injuste et qui s’aggraverait. Une autre manière de poser la question des continuités coloniales est de réfléchir non en termes d’aggravation des injustices, mais de changement qualitatif des modalités de leur perpétuation. Marianne Morange (à paraître) montre ainsi comment la répression du commerce de rue à Nairobi, une obsession néohygiéniste qui remonte à la période coloniale, passe désormais par l’embrigadement des commerçants dans un processus de participation fondé sur la rationalité entrepreneuriale et imposé aux pouvoirs publics par une agence de régénération urbaine privée.

This raises a problem of historical referents that echoes the debate on the North-South divide.Redistribution and territorial rebalancing are considered in relation to a possible model at a given moment in the history of the cities of the northern hemisphere, which has little meaning for the cities of the South.Access to services has never been widespread here because of the relative weakness of the state and because of colonial segregation or apartheid.The historical reference here is the motif of territorial inequality and segregation (whether institutional or not), not territorial disconnection.James Ferguson (2009) emphasises that the restoration of the welfare state in situations of massive underemployment, where the informal economy is the norm, is historically meaningless.It corresponds to an idealisation of what the African states were in the 1970s, or to a developmental myth.Which does not mean that neoliberalisation does not accentuate inherited inequalities in access to services.The question of justice can therefore be thought of in relation to an ideal situation (historically situated or not, idealised or not), or in relation to an already unjust starting point that is becoming more unjust.Another way of posing the question of colonial continuities is to think not in terms of raising injustices, but in terms of a qualitative change in the way they are perpetuated.Marianne Morange (publication pending) thus shows how the banning of street trading in Nairobi, a neo-hygienist obsession that dates back to the colonial period, now entails the recruitment of traders into a process of participation based on entrepreneurial rationality and imposed on the authorities by a private urban regeneration agency.

Ces analyses de la participation renvoient à la montée en puissance de la figure de l’individu entrepreneur de lui-même, mise en avant aussi bien dans les travaux néo-marxistes que dans l’approche de Foucault, décrivant un sujet néolibéral « qui se construit en évaluant à tout moment ses compétences pour les améliorer et les augmenter, en faisant de sa vie elle-même une mise à l’épreuve permanente de son capital humain » (Paltrinieri, 2013). Dans le domaine de la lutte contre l’exclusion sociale, les politiques de Workfare (Peck, 2001) qui se sont développées dans de nombreux pays à partir des années 1990 rendent bien compte de cette logique. On passe d’une conception de la solidarité comme construction collective garantie par des droits à une interprétation contractuelle et conditionnelle, selon une logique de contrepartie et de responsabilisation individuelle (Castel et Duvoux, 2013). Les politiques d’aide à la mobilité individuelle mises en place depuis la fin des années 1990 s’inscrivent dans cette perspective : la mobilité est vue comme une ressource personnelle qu’il s’agit d’activer dans le but de maximiser l’employabilité des individus (Fol, 2009).

These analyses of participation relate to the emergence of the figure of the self-made individual entrepreneur, highlighted both in neo-Marxist works and in Foucault’s analysis, which describe a neoliberal subject “who constructs himself by constantly assessing his capacities in order to improve and increase them, making his life itself a permanent test of his human capital” (Paltrinieri, 2013).When it comes to the struggle against social exclusion, workfare policies (Peck, 2001) developed in numerous countries from the 1990s onwards clearly reflect this logic.We shift from a conception of solidarity as a collective construction guaranteed by rights, to a contractual and conditional interpretation, based on a logic of mutual advantage and individual responsibility (Castel and Duvoux, 2013).The policies of subsidy for individual mobility introduced since the late 1990s form part of this process:mobility is seen as a personal resource that needs to be mobilised in order to maximise the employability of individuals (Fol, 2009).

Au-delà du présupposé implicite d’un lien mécanique entre néolibéralisation et injustice, on a souhaité dans ce numéro poser explicitement et directement la question de ce lien. Dans d’autres champs disciplinaires (études environnementales, études de genre…), ce débat est bien amorcé. Il nous paraît encore peu avancé en études urbaines. C’est notre ambition que de l’ouvrir. Il nous a semblé que cela permettrait peut-être de contourner l’écueil pointé par Cochrane (2008, cité par Béal, 2010) : pour lui, la grille de lecture néolibérale permet de dégager les schémas généraux d’évolution des politiques urbaines, au-delà de leurs spécificités locales, et de réfléchir aux moteurs de ces transformations communes, mais le danger est de se contenter d’une labellisation et d’en rester là, comme si qualifier ces processus de néolibéraux suffisait à les expliquer et à en rendre compte, notamment en termes d’injustices.

Rather than accepting the implicit presupposition of an automatic link between neoliberalisation and injustice, we wish in this issue to raise the question of that link explicitly and directly. In other disciplinary fields (environmental studies, gender studies…), this debate is well underway. In urban studies, however, we feel that the debate is still in its infancy, and we aspire to move it forward. We felt that this would perhaps enable us to avoid the trap exposed by Cochrane (2008, quoted by Béal, 2010): he sees the neoliberal analytical framework as a way to identify the general principles of the progression of urban policies, outside their local specificities, and to think about the drivers of these shared transformations; the danger, however, is that of being content with labels and nothing more, as if characterising these processes as neoliberal were enough to explain and account for them, notably with respect to injustice.

Les auteurs qui ont répondu à notre appel ont abordé ces questions à partir de terrains et de traditions différentes. Quatre textes portent sur des terrains anglophones du Nord (Londres, New York et Sheffield) et sur l’Italie (Savone). Leurs auteurs sont très au fait des débats de la géographie radicale anglophone sur laquelle certains ont déjà écrit par ailleurs (on pense à Max Rousseau). Martine Drozdz la fréquente directement puisqu’elle travaille à Londres, dans un environnement institutionnel anglo-saxon. Ces textes traitent d’objets classiques des études de l’urbanisation du néolibéralisme : spéculation immobilière et renouvellement urbain, marketing urbain et gentrification, accès aux services. Ils abordent ce débat en termes de justice redistributive et d’exclusion, de gouvernance et de PPP. Deux d’entre eux nous permettent de sortir non seulement du « heartland du néolibéralisme », mais aussi des « lieux communs » de la néolibéralisation, car ils abordent des villes moyennes (Roubaix, Sheffield, figures archétypales de la désindustrialisation-régénération) et une figure « provinciale », Savone.

The authors who answered our call tackle these questions from different contexts and horizons.Four articles focus on northern subjects (London, New York and Sheffield) in the English-speaking world and on Italy (Savona).Their authors are very familiar with the debates within Anglophone radical geography, and indeed in some cases have written about them (e.g. Max Rousseau).Martine Drozdz is in direct contact with the field, since she works in London, in an Anglophone institutional environment.These texts explore the classic topics of neoliberal urbanisation studies:property speculation and urban renewal, urban marketing and gentrification, access to services.They tackle this debate in terms of redistributive justice and exclusion, governance and PPP.Two of them take us out not only from the “heartland of neoliberalism”, but also from the “commonplaces” of neoliberalisation, because they make their subject medium-sized cities (Roubaix, Sheffield, archetypal instances of deindustrialisation-regeneration) and one “provincial” example, Savona.

Martine Drozdz périodise la relation entre justice et néolibéralisation dans le cas des politiques urbaines londoniennes. Elle montre comment les injustices produites par le gouvernement conservateur durant la période de mutation néolibérale de l’État (1979-1997) (diminution de l’égalité politique et dégradation des conditions socioéconomiques des plus mal-lotis) ont été reprises en charge dans les discours du New Labour (1997-2010) et reformulées en termes de crise de la représentation politique. Cela a mené à l’introduction de démarches participatives afin de renforcer la justice procédurale. Ces dernières ont cependant dysfonctionné. Son analyse diachronique du New Deal for Communities (NDC), programme territorialisé de lutte contre l’exclusion des espaces urbains marginalisés, montre ainsi que des injustices qui relèvent du maintien de politiques économiques néolibérales coexistent avec de nouvelles injustices qui relèvent de dysfonctionnements institutionnels et procéduraux.

Martine Drozdz periodises the relation between justice and neoliberalisation in the case of London’s urban policies.She shows how the injustices produced by the Conservative government during the period of the state’s neoliberal shift (1979-1997) (diminution of political equality and degradation of the socio-economic conditions of the most disadvantaged) were picked up in the speeches of New Labour (1997-2010) and reformulated in terms of a crisis of political representation.This led to the introduction of participatory approaches designed to strengthen procedural justice.However, these approaches malfunctioned.Her diachronic analysis of the New Deal for Communities (NDC), a territorialised programme of resistance to exclusion in marginalised urban areas, thus shows that injustices that arise from the maintenance of neoliberal economic policies coexist with new injustices originating in institutional and procedural dysfunctions.

Charlotte Recoquillon étudie les politiques de gentrification de West Harlem à New York. Ces politiques, menées à la fois par les acteurs publics et les acteurs privés, sont analysées comme l’incarnation d’une néolibéralisation de la ville de New York, dans le sens où l’intervention publique a permis de créer les conditions d’un afflux d’investissement privé à Harlem. Ce quartier délaissé et fortement dégradé a alors entamé un nouveau cycle de valorisation largement encouragé par la municipalité. Comme dans le cas des villes en déclin étudiées par Max Rousseau, les bénéfices de ces politiques de gentrification sont cependant distribués de manière inégalitaire, conduisant à une situation d’injustice spatiale. En effet, la transformation du quartier a entrainé l’éviction d’une partie de la population noire et pauvre. De même, l’extension programmée de l’Université de Columbia, soutenue par la municipalité, aboutira au déplacement d’un nombre important de familles et à la suppression de nombreux emplois occupés par la population locale, sans que les compensations négociées avec les associations locales soient à la mesure des préjudices induits par cette opération.

Charlotte Recoquillon studies gentrification policies in New York City’s West Harlem district.These policies, implemented by both public and private actors, are analysed as the embodiment of a neoliberalisation of New York City, in the sense that public intervention was used to create the conditions for the influx of private investment into Harlem.This neglected and much rundown district then began a new cycle of improvement with strong municipal backing.As with the case of the declining cities studied by Max Rousseau, the benefits of these gentrification policies are nevertheless unevenly distributed, leading to a situation of racial injustice.Indeed, the transformation of the district led to the eviction of part of the poor black population.Similarly, the planned University of Columbia extension, backed by the municipality, will bring about the relocation of large numbers of families and the disappearance of many jobs occupied by local people, and the compensations negotiated with local associations will not offset the damage caused by this operation.

Max Rousseau détaille la phase 5 des politiques de néolibéralisation à Sheffield et Roubaix, qu’il qualifie de « late urban entrepreneurial ». Il analyse le processus de transfert du capital jusque-là investi dans le secteur productif vers l’économie urbaine et résidentielle et décrit les stratégies de « montée en gamme » (expression qu’il préfère à celle de politiques de gentrification, incapable selon lui de rendre compte de la volonté de transformation de l’ensemble des usages sociaux par ces stratégies) visant à modifier le profil social des habitants et des citadins consommateurs. Ces stratégies de montée en gamme renversent le paradigme traditionnel des politiques urbaines, puisque la transformation sociale précède la transformation économique et est censée la rendre possible, en donnant une nouvelle image à ces territoires en déclin, comme signal donné à des investisseurs potentiels. Pour lui, ces politiques sont fondamentalement injustes, dans le sens où elles procèdent à une redistribution de l’investissement public au bénéfice des classes moyennes et supérieures, minoritaires, mais qu’il s’agit de retenir ou d’attirer, et au détriment des classes populaires qui formaient la base sociale et politique de ces villes et s’y retrouvent marginalisées, sans aucun bénéfice des effets de ces transformations.

Max Rousseau explores phase 5 of the neoliberalisation policies in Sheffield and Roubaix, which he describes as “late urban entrepreneurial”.He analyses the process whereby capital previously invested in the productive sector is transferred to the urban and residential economy, and describes the strategies of “upscaling” (an expression he prefers to gentrification which, in his view, is incapable of doing justice to the degree to which these strategies seek to transform all social practices) employed to change the social profile of the inhabitants and resident consumers.These upscaling strategies reverse the traditional paradigm of urban policies, since social transformation precedes and is supposed to potentiate economic transformation, by giving declining areas a new image, a signal to potential investors.For him, these policies are fundamentally unjust, insofar as they redistribute public investment to the benefit of the middle and upper classes, a minority but a minority to be retained or attracted, to the detriment of the working classes which were the social and political bedrock of these cities and now find themselves marginalised, with no benefit from the effects of these transformations.

Dario Colombo et Manuela Porcu dénoncent les effets d’une spéculation immobilière décrochée des réalités démographiques et sociales à Savone : des milliers de logements haut de gamme et de résidences secondaires ont remplacé les espaces industriels et la base productive industrielle a été démantelée afin de promouvoir le fantasme d’une tertiarisation qui n’a jamais abouti, tandis que les nouveaux logements restaient vides. La néolibéralisation a prospéré selon eux sur le terreau de l’absence de planification urbaine et économique.

Dario Colombo and Manuela Porcu condemn the effects of a property speculation unconnected with demographic and social realities in Savona:thousands of high status dwellings and second homes have replaced the industrial spaces, and the productive industrial base has been dismantled in order to promote the fantasy of a service economy that has never been fulfilled, while the new homes remained empty.In their view, neoliberalisation has prospered in the fertile soil of an urban and economic planning void.

Trois auteurs travaillent sur des terrains situés au Sud. Ils entrent moins directement en dialogue avec la géographie radicale ou critique. Le thème néolibéral leur permet surtout de renouveler des objets classiques des études développementales (accès à l’eau et aux services de santé dans des contextes de forte croissance urbaine, risque naturel et urbanisation) en repensant la question des inégalités territoriales, de la ségrégation et de l’accès aux services urbains. Dans ces contextes, le lien avec la justice semble plus évident du fait des injustices sociales et spatiales qui sont patentes dans ces villes, et qui semblent même les caractériser quand on les observe et qu’on les définit depuis le Nord.

Three authors are working on southern hemisphere cities.They enter less directly into dialogue with radical or critical geography.They primarily draw on the neoliberal theme to take a new look at the traditional objects of developmental studies (access to water and health services in conditions of high urban growth, natural risk and urbanisation), by reconsidering the question of territorial inequalities, segregation and access to urban services.In these contexts, the link with justice seems more obvious because of the patent social and spatial injustices in these cities, features that seem even to define them when observed and analysed from a northern hemisphere perspective.

Judicaëlle Dietrich s’intéresse aux politiques urbaines menées à Jakarta, et en particulier, à la privatisation de la gestion de l’eau. Dans un contexte marqué par un très faible développement du service d’eau en réseau et par de fortes inégalités d’accès, le gouvernement indonésien a lancé, avec le soutien de la Banque mondiale, un appel d’offres international pour la gestion de la production et de la distribution de l’eau. L’intervention des deux entreprises retenues s’effectue par le biais d’un partenariat public – privé, qui permet l’injection de capitaux privés dans les infrastructures et dans la gestion, tandis que la municipalité garde à la fois la propriété du réseau et un droit de regard sur les investissements à réaliser et la politique tarifaire. Si le système tarifaire permet d’alléger le coût du service pour les ménages modestes, la prise en charge par la municipalité des effets de cette tarification ne l’incite pas à prévoir une extension du service vers les quartiers pauvres non encore desservis. Dans le même temps, les différents types d’aide mis en place par les ONG pour permettre le raccordement de certains ménages sont conditionnées à la volonté et la capacité à payer du bénéficiaire et s’inscrivent dans un processus d’individualisation des actions en faveur du développement, qui tend à perpétuer voire à renforcer les inégalités comme les situations d’injustice.

Judicaëlle Dietrich explores urban policies in Jakarta, in particular the privatisation of water management.In a context marked by very poor development of water supply networks and sharp inequalities in access, the Indonesian government, with the support of the World Bank, launched an international invitation to tender for the management of water production and distribution.The two chosen companies operate via a public-private partnership, through which private capital can be injected into infrastructures and management, whereas the municipality retains both ownership of the network and a right of oversight with regard to future investment and pricing policy.While the pricing system reduces the cost of the service for modest households, the municipality’s assumption of the cost does not encourage it to consider extending the service to poor neighbourhoods still without provision.At the same time, the different types of subsidy offered by NGOs to help certain households connect to the system are conditional on the beneficiary’s readiness and ability to pay, and are part of a process of individualisation of development initiatives which is tending to perpetuate or even reinforce both inequalities and injustices.

Jérémy Robert, à travers son étude de l’accessibilité aux soins hospitaliers à Lima, montre comment la mise en œuvre de politiques néolibérales à partir des années 1990 se traduit par une aggravation des inégalités d’accessibilité aux soins, liée au « renoncement à la planification spatiale de l’offre de soins au profit d’une évolution par opportunités de financements, par projets ponctuels ». Outre cette aggravation quantitative, la néolibéralisation produit selon lui une rupture qualitative : une « désarticulation du dispositif de soins » liée à la montée de nouveaux acteurs privés dans ce champ et à la démultiplication d’une offre locale non articulée à un système métropolitain planifié, et donc à plusieurs vitesses sociales. Il souligne enfin que paradoxalement cette desserte inégale des territoires peut apparaître comme une correction nécessaire face à la défaillance publique organisée durant la période précédente et donc comme une amélioration du niveau de service que certains citadins apprécient et sont prêts à défendre en se mobilisant. On retrouve le débat sur l’interprétation du caractère injuste ou juste de la territorialisation, élargi ici à la question de sa réception politique.

Jérémy Robert, in his study of access to hospital care in Lima, shows how, since the 1990s, the implementation of neoliberal policies has led to an aggravation of inequalities in access to care, linked with the “abandonment of the spatial planning of care provision in favour of development based on funding opportunities, through one-off projects”.Apart from the quantitative aggravation, he argues that neoliberalisation produces a qualitative shift:a “dislocation of the care system” linked with the emergence of new private actors in this field and the multiplication of local services with no connection to a planned metropolitan system, resulting in a social stratification of care.Finally, he describes how, paradoxically, this unequal territorial provision can be seen as a necessary correction to the organised public failure of the previous period, and therefore an improvement in level of service that certain inhabitants approve and are ready to defend through activism.Here we encounter again the debate on the interpretation of the justice or injustice of territorialisation, extended to the question of its political reception.

Claudio Pulgar analyse les effets du tremblement de terre de 2010 au Chili comme révélateur des inégalités et injustices spatiales créées par 40 ans de néolibéralisation du pays. Il étudie également les processus de résilience et de résistances qui se sont manifestés à l’occasion d’une secousse qui est, selon lui, autant sociale que tellurique. En effet, le tremblement de terre a mis en lumière les très fortes inégalités régnant au Chili, notamment dans le domaine du logement, résultant de politiques tendant en premier lieu à favoriser l’investissement privé. Alors que la politique de reconstruction mise en place après le séisme devait prolonger cette orientation en faveur des acteurs privés, la résistance des mouvements sociaux a permis de remettre en question ce modèle et d’ouvrir de nouveaux espaces de débat.

Claudio Pulgar analyses the effects of the 2010 earthquake in Chile, as revealing the inequalities and spatial injustices shaped by 40 years of neoliberalisation in the country. He also studies the processes of resilience and resistance that followed a shakeup which, according to him, was as much social as chthonic.Indeed, the earthquake highlighted the very sharp inequalities in Chile, especially in the sphere of housing, resulting from policies that tend primarily to favour private investment.While the reconstruction policy introduced after the quake was intended to maintain this preference for private actors, the resistance of social movements challenged this model and opened up new areas of debate.

Tous ces auteurs, nous semble-t-il, s’inscrivent dans le champ des études urbaines critiques au sens où ils manient un discours du changement, inégalement normatif, mais qui a une visée politique. Ce sont des chercheurs du Nord (français et italiens) qui ont embrassé le cadre d’analyse anglophone. Leurs cadres de référence idéologique et leur rapport au néo-marxisme sont néanmoins variables : l’adhésion est très marquée dans les textes de Colombo et Porcu et de Recoquillon pour qui le lien entre néolibéralisation et injustice est direct et qui se situent du côté d’une géographie de l’exclusion devenue classique ; elle est moins nette dans ceux de Rousseau et Drozdz, qui engagent un dialogue distancié avec ce corpus et réfléchissent davantage en termes de périodisation des processus de néolibéralisation. On peut y voir deux figures de l’essor des pensées critiques « à la française » (Calbérac et Morange 2013). Robert et Dietrich, quant à eux, situent leur posture critique du côté des débats sur la territorialisation des politiques publiques dans un contexte de contrainte budgétaire forte, et sur les questions d’accès aux services urbains dans des villes sous-équipées. Ici le prisme développemental se combine avec la néolibéralisation pour dénoncer l’aggravation des injustices spatiales. Ce tournant est identifié à l’essor d’une discipline globale émanant des ajustements structurels qui aggraverait les inégalités héritées. Cela renvoie au débat sur la rupture historique et la nostalgie néo-keynésienne qui s’exprime différemment dans le contexte du Sud : Jérémy Robert souligne que « l’absence d’État régulateur et les inégalités ont marqué l’histoire du Pérou depuis son indépendance » mais il soutient que la néolibéralisation les a accentuées en concentrant les moyens sur les hôpitaux centraux et en permettant l’essor d’une offre privée qui renforce la ségrégation sociale, le clivage centre-périphéries et la montée des inégalités entre périphéries.

All these authors, we believe, belong to the family of critical urban studies, in the sense that they deploy a discourse of change, normative to differing degrees, but political in bent.It is the researchers from the north (French and Italian) who have embraced the Anglophone interpretative framework. Their ideological frames of reference and relations to neo-Marxism are nevertheless variable:the adherence is very marked in the articles by Colombo and Porcu and by Recoquillon, for whom the link between neoliberalisation and injustice is direct, and who situate themselves within a now classical geography of exclusion; it is less sharp in the texts by Rousseau and Drozdz, who conduct an arms-length dialogue with this tradition and think more in terms of the periodisation of neoliberalisation processes.We also find here two examples of the emergence of “French style” critical thought (Calbérac and Morange 2013).Robert and Dietrich, for their part, situate their critical stance in the debates on the territorialisation of public policies against a background of strong budgetary constraint, and on the question of access to open services in cities with limited amenities.Here, the developmental prism combines with neoliberalisation to condemn the aggravation of spatial injustices.This approach is identified with the emergence of a global discipline arising from structural adjustments that are seen as exacerbating inherited inequalities.This relates to the debate on the historical divide and neo-Keynesian nostalgia, which takes a different form in the context of the southern hemisphere:Jérémy Robert stresses that “the absence of a regulatory state and the existence of inequalities have marked the history of Peru since its independence”, but he maintains that neoliberalisation has accentuated them by concentrating resources on central hospitals and by allowing the rise of private provision which reinforces social segregation, the divide between centre and periphery and the rise of inequalities between peripheries.

Les chercheurs du Sud sont peu représentés. Seul Claudio Pulgar, doctorant à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, enseigne à la Faculté d’Architecture et d’Urbanisme de l’Université du Chili. Les chercheurs anglophones sont quant à eux les grands absents de ce numéro. Non pas que nous ayons souhaité les en exclure. Simplement, et nous l’avouons à notre grande déception, ils n’ont pas répondu à cet appel qui a été largement diffusé dans les cercles de réflexion critiques anglophones. Martine Drozdz nous a suggéré que notre approche décalait les débats tels qu’ils sont actuellement menés au Royaume-Uni et en Amérique du Nord (ils privilégient les questions d’adaptabilité, de variabilité, de post-néolibéralisme…), ce qui pouvait expliquer une difficulté de réception. Nous espérons néanmoins que le champ que nous avons ouvert ici dans les deux langues permettra d’engager et de poursuivre plus avant la discussion avec nos collègues anglophones sur ces enjeux.

Researchers from the southern hemisphere are little represented.Only Claudio Pulgar, PhD researcher at the Institute of Higher Social Science Research, teaches in the Faculty of Architecture and Urbanism at the University of Chile.As for anglophone researchers, they are the big no-shows in this issue.Not that we wanted to exclude them.Simply, and it is a matter of great disappointment to us, they did not respond to the call, which was widely disseminated in the English language community of critical ideas.Martine Drozdz has suggested that our approach was out of step with the debates currently underway in the United Kingdom and North America (focused on questions of adaptability, variability, post-neoliberalism…), which could explain a difficulty of reception.Nevertheless, we hope that the arena we have opened up here in both languages will constitute the start of a continuing and fruitful discussion with our English-speaking colleagues on these issues.

Remerciements : ce texte a bénéficié de la relecture et des commentaires de Sophie Didier et de Marie Morelle. Nous les en remercions vivement.

Acknowledgments: we are grateful to Sophie Didier and Marie Morelle who provided useful comments on this introduction.

A propos des auteures : Marianne Morange est Maitre de Conférences à l’Université Paris 7, membre de l’UMR CESSMA, Université Paris Diderot et membre de l’Institut Universitaire de France. Sylvie Fol est Professeure à l’Université Paris 1 Panthéon – Sorbonne et membre de l’UMR Géographie – Cités.

About the authors: Marianne Morange UMR CESSMA, Université Paris Diderot / Institut Universitaire de France. Sylvie Fol UMR Géographie – Cités, Université Paris 1 Panthéon – Sorbonne.

Pour citer cet article : Marianne Morange et Sylvie Fol, «Ville, néolibéralisation et justice », justice spatiale | spatial justice, n° 6 juin 2014, http://www.jssj.org

To quote this article: Marianne Morange et Sylvie Fol, «City, neoliberalisation and justice», justice spatiale | spatial justice, n° 6 juin 2014, http://www.jssj.org

 

 

[1] Il faut noter l’aspect précurseur des analyses de Foucault, qui, dans son cours de 1979 sur la biopolitique (publié en 2004), anticipe la réorientation des politiques publiques liée au néolibéralisme, juste avant l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher (Gros et al., 2013).

[1]The pioneering aspect of Foucault’s analyses is noteworthy. In his 1979 course on biopolitics (published in 2004), he anticipated the change of direction in public policies, just before Margaret Thatcher’s rise to power (Gros et al., 2013).

[2] Pour une synthèse approfondie des apports de Foucault sur la notion de néolibéralisme, voir le numéro spécial de la revue Raisons Politiques paru en octobre 2013, consacré aux « néolibéralismes de Foucault ».

[2]For an in-depth summary of Foucault’s contributions to the notion of neoliberalism, see the special issue of the journal Raisons Politiques published in October 2013, focusing on “Foucault’s neoliberalisms”.

[3] Leur article a été publié dans un numéro spécial de la revue radicale Antipode (vol. 34, n°1, publié la même année sous forme d’ouvrage chez Blackwell). Il introduit un dossier qui rassemble des textes issus d’une conférence tenue à l’université de l’Illinois (Centre for Urban Economic Development) en 2001 et qui portait sur les relations entre ville et néolibéralisation.

[3]Their article was published in a special issue of the radical journal Antipode (vol.34, No.1, published in the same year in book form by Blackwell).It contains the papers from a conference held at the University of Illinois (Centre for Urban Economic Development) in 2001, which explored the relations between the city and neoliberalisation.

[4] Leur travail s’inspire également des travaux marxistes sur l’État, d’Henri Lefebvre ou Bob Jessop, ce dernier pouvant également être rattaché à l’École de la régulation.

[4]Their work is also inspired by Marxist works on the State, by Henri Lefebvre or by Bob Jessop, who also has links with the Regulation School.

[5] Dans leur article sur les espaces de la régulation, Benko et Lipietz (1995) soulignent d’ailleurs la convergence entre l’approche régulationniste française et la géographie anglo-saxonne radicale, incarnée à l’époque par Harvey ou Gregory et Urry.

[5]In their article on the spaces of regulation, Benko and Lipietz (1995) also emphasise the convergence between the French regulationist approach and radical Anglo-Saxon geography, represented at the time by Harvey or Gregory and Urry.

[6] Pour Harvey (2006), le néolibéralisme est un processus qui détruit les institutions, pouvoirs, relations sociales et même les modes de vie mais a la capacité de recréer en permanence de nouveaux modes de fonctionnement au bénéfice exclusif des classes supérieures et au détriment des populations et des territoires vulnérables. Il s’accompagne d’une « volatilité » croissante du capitalisme global, marqué par la succession d’épisodes de croissance et de crises.

[6]For Harvey (2006), neoliberalism is a process that destroys institutions, powers, social relations and even ways of life, but has the capacity constantly to recreate new modes of operation to the exclusive benefit of the upper classes and to the detriment of vulnerable populations and territories. It is accompanied by a growing “volatility” of global capitalism, marked by successive periods of boom and bust.

[7] Ce modèle de l’action à distance est déjà présent dans l’analyse du néolibéralisme de Foucault, qui montre que l’action gouvernementale semble se limiter à une intervention de type indirect, qui n’est pourtant pas moins efficace (Paltrinieri, 2013).

[7] This remote action model is already present in Foucault’s analysis of neoliberalism, which shows that governmental action seems to be limited to interventions of an indirect kind, which are nonetheless effective for all that (Paltrinieri, 2013).

[8] Voir par exemple le colloque « La ville néolibérale : une thèse crédible ? », qui s’est tenu en septembre 2012 à l’Université de Lyon. Son texte de cadrage met l’accent sur la tension entre néo-marxisme et néo-institutionnalisme, mais ne mentionne pas les efforts de théorisation de la variabilité par les premiers.

[8] See for example the colloquium “La ville néolibérale: une thèse crédible ?” [The neoliberal city: a credible thesis?], held in September 2012 at the University of Lyon.Its briefing document emphasises the tension between neo-Marxism and neo-institutionalism, but does not mention the efforts of the former to establish a theory of variability.

[9] Cela explique peut-être le moindre succès de ces approches en France où cet impératif est (encore) moins pressant que dans d’autres pays européens et/ou anglophones.

[9]This perhaps explains the lesser success of these approaches in France, where this imperative is (still) less pressing than in other European and/or English-speaking countries.

[10] Il s’agit d’un collectif de travail qui s’est constitué autour de Neil Brenner, Peter Marcuse et Margit Mayer lors d’une conférence à Berlin en 2008. Leurs textes ont été publiés dans un numéro spécial de City en 2009 (vol 13, n° 2-3) et sous forme d’ouvrage.

[10]This was a working group that formed around Neil Brenner, Peter Marcuse and Margit Mayer at a conference in Berlin in 2008. Their texts were published in a special issue of City in 2009 Vol. 13 Nos 2-3) and in book form.

[11] La question des inégalités, de l’aliénation, ou de la domination en ville est bien sûr abordée par des auteurs qui ne mobilisent pas le registre néolibéral : David Imbroscio (2010) par exemple voit dans la division entre État et marché, entre économie et politique (le principe fondateur du libéralisme de l’urbanisme américain et qui imprègne les représentations politiques), la raison pour laquelle le développement urbain est laissé largement au marché. Susan Fainstein (2010) discute de l’émergence de contre-modèles à la ville entrepreneuriale en dialoguant au-delà du champ néo-marxiste (avec le féminisme, avec John Rawls…). Ne pouvant aborder tous ces riches débats, nous nous contentons de traiter la question du lien entre justice et néolibéralisation.

[11]The question of inequalities, alienation or domination in the city is of course tackled by authors who do not draw on the neoliberal vein:David Imbroscio (2010), for example, sees in the division between state and market, between economics and politics (the founding principle of the liberalism of American urbanism, which imbues political representations), the reason why urban development is largely left to the market.Susan Fainstein (2010) discusses the emergence of counter-models of the entrepreneurial city, through a dialogue that goes beyond the neo-Marxist current (with feminism, with John Rawls…).Being unable to tackle all these rich debates, we content ourselves with an exploration of the link between justice and neoliberalisation.

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