Vers une résilience critique : dimensions politiques et sociales du travail dans les projets portés par la « communauté locale »

Towards critical resilience: political and social dimensions of work in community projects

Introduction

Introduction

Le Nord global est en apparence engagé dans une récession prolongée et, bien qu’il soit difficile de déduire s’il s’agit d’un état permanent, les signes d’une crise structurelle sont bel et bien écrits noir sur blanc (Kallis, Kerschner et Martinez-Alier, 2012). La dégradation accélérée de la biosphère (Rockström, Steffen, Noone et al., 2009) et du système climatique de la planète (IPCC, 2018) plaide en faveur d’une décarbonisation rapide de l’économie mondiale. L’échelle et la vitesse auxquelles cette évolution est tenue de s’accomplir exigent des changements systémiques, lesquels s’avèrent essentiels si l’on veut dépasser le paradigme de la croissance (United Nations, 2019) et s’orienter vers des moyens de subsistance qui ne dépendent pas des énergies fossiles et d’une consommation intensive des ressources. Certain·e·s commentateur·ice·s ont souligné le caractère central du travail et de l’emploi dans ce débat ainsi que le besoin de concevoir et de mettre en œuvre des approches alternatives du travail, dans l’espoir de voir aboutir un jour une justice sociale et environnementale (Cock, 2014). Repenser les objectifs et les stratégies implique d’aller au-delà d’une simple décélération du capitalisme de croissance, pour trouver les méthodes adéquates qui permettront d’instaurer des moyens d’existence justes, égalitaires et guidés par des principes écologiques (Brownhill, Turner et Kaara, 2019). Par ailleurs, les inégalités économiques croissantes et la marginalisation entravent la participation à une transformation durable en raison de la répartition injuste des coûts d’adaptation (Perkins, 2019).

The global North may have entered a prolonged recession, and while it is hard to judge whether this is a permanent state, signs of structural crisis are written on the wall (Kallis, Kerschner and Martinez-Alier, 2012). The accelerating unravelling of the biosphere (Rockström, Steffen, Noone et al., 2009) and planetary climatic systems (IPCC, 2018) call for a rapid decarbonisation of the global economy. The scale and speed at which this shift needs to happen require systemic changes beyond the growth paradigm (United Nations, 2019) and towards livelihoods which do not depend on fossil fuels and resource-intensive consumption. Commentators have pointed to the centrality of labour and work in this debate, and the need for alternative conceptions and enactments of work for any hope of achieving social and environmental justice (Cock, 2014). A reworking of the agenda entails going beyond simply the slowing of growth capitalism, and towards adequate means by which to enact just, egalitarian and ecologically informed livelihood practices (Brownhill, Turner and Kaara, 2019). At the same time, growing economic inequality and marginalisation hinders participation in sustainable transformation due to the unfairly distributed costs of adaptation (Perkins, 2019).

Face aux grands enjeux mondiaux, les efforts destinés à transférer l’agentivité et la responsabilité gouvernementales aux citoyen·ne·s et aux communautés locales[1] sont symptomatiques des ambitions néolibérales (MacLeod et Emejulu, 2014 ; Brownhill, Turner et Kaara, 2019). Ils transforment ainsi la « communauté locale » en un mécanisme qui sert à individualiser plutôt qu’à collectiviser. À la suite de la crise financière de 2008, les politiques d’austérité instaurées en Écosse et au Royaume-Uni ont occasionné des coupes sans précédent dans les budgets des pouvoirs publics et des collectivités locales, entraînant ainsi une baisse des niveaux de vie et une hausse des inégalités (Clarke et Newman, 2012 ; MacLeod et Emejulu, 2014). Une série de mesures de localisation[2] ont délégué les missions de santé, de protection sociale et de durabilité environnementale aux individus et aux communautés locales qui sont gouvernés à distance (Rose et Miller, 2010 ; Taylor Aiken, 2015). Les mesures du gouvernement écossais, dont le Climate Challenge Fund (CCF), ont mis l’accent sur les pratiques d’écoconsommation au niveau local, au nom du changement des comportements (Brook Lyndhurst et Ecometrica, 2011). Ces initiatives sont critiquées pour leurs logiques néolibérales top down qui font la part belle aux choix du « citoyen·ne-consommateur·rice » et aux responsabilités individuelles en matière environnementale (Barr, Gilg et Shaw, 2011 ; Webb, 2012). De tels arguments illustrent les limites de la fabrique des politiques dans une économie de marché néolibérale et confèrent un caractère d’urgence à des pratiques écologiques viables qui ne se réduisent pas à une simple affaire de responsabilité individuelle, de choix et de consommation. Il est important d’accorder une attention particulière aux différentes conditions sociales et matérielles dans lesquelles les citoyen·ne·s et les communautés locales vivent et travaillent, de même qu’aux questions et aux obstacles auxquels iels font face.

Governmental attempts to pass agency and responsibility for major global challenges to citizens and local communities[1] are symptomatic of neoliberal agendas (MacLeod and Emejulu, 2014; Brownhill, Turner and Kaara, 2019), paradoxically turning “community” into a mechanism that serves to individualise rather than collectivise. Following the financial crisis of 2008, the politics of austerity in Scotland and the UK brought unprecedented public and local government spending cuts, declining living standards and growing inequality (Clarke and Newman, 2012; MacLeod and Emejulu, 2014). A succession of localisation measures[2] have deflected responsibility for care, welfare, and environmental sustainability to individuals and communities governed at a distance (Rose and Miller, 2010; Taylor Aiken, 2015). The focus of the Scottish government’s policies, including the Climate Challenge Fund (CCF), has been on pro-environmental consumption practices at the local level under the banner of behaviour change (Brook Lyndhurst and Ecometrica, 2011). Critiques posit that these initiatives are framed within top-down neoliberal “citizen-consumer” logics, emphasising consumer choice and individual environmental responsibilities (Barr, Gilg and Shaw, 2011; Webb, 2012). Such arguments illustrate the limitations of policy making in a neoliberal market economy and instil urgency for ecologically sound practices beyond matters of individual responsibility, choice and consumption. Important here is due consideration of the divergent social and material contexts in which citizens and communities live and work, and the issues and barriers they face.

Issu d’une enquête ethnographique réalisée en Écosse sur les projets du CCF, cet article explore la manière dont ceux-ci sont gouvernés et mis en œuvre. Nous souhaitons ici problématiser le jeu subtil d’interaction entre ce que nous appelons la « résilience individuelle » et la « résilience critique » dans le contexte du travail au sein de projets portés par la communauté locale. La résilience individuelle est vulnérable face à l’exploitation par les modes de gouvernement néolibéraux, qui misent sur des individus autonomes et « empowered », prêts à assumer leur part de responsabilité dans l’atténuation du changement climatique et à œuvrer pour la communauté locale, mais sans l’articuler explicitement avec les inégalités matérielles et sociales. La résilience critique est quant à elle définie comme un moyen de porter atteinte aux structures systémiques actuelles, perçues comme disempowering, au profit de structures radicalement nouvelles. Concernant la résilience critique, nous reprenons les notions de champs de tâches et d’activités de subsistance proposée par Tim Ingold (2000) qui se distinguent du travail salarié pour inclure, notamment, la production de nourriture (Stern, 2000) ainsi que d’autres types de pratiques que les rationalités du marché ne peuvent pas aisément subsumer. La résilience individuelle et la résilience critique ne sont toutefois pas mutuellement exclusives : si nous les utilisons dans le cadre de cet article pour établir une distinction entre des pratiques compatibles avec les régimes économiques libéraux et celles qui leur échappent, il est préférable de les appréhender comme des tendances en évolution constante, tributaires du contexte dans lequel elles s’inscrivent – chacune pouvant porter en elle les racines de l’autre. Au nom de la désaliénation, du travail collectif et de la justice environnementale, nous explorons les trajectoires professionnelles de celles et ceux dont le travail relève, ou, au contraire, s’écarte, de discours descendants (« top down ») ayant pour but d’individualiser les problèmes environnementaux et économiques. Ce faisant, nous mettons en évidence le champ des possibles ouvert par une « résilience critique » par le bas (Barca, 2019 ; Brownhill, Turner et Kaara, 2019). Nos interrogations sont dès lors les suivantes : comment les projets CCF sont-ils gérés et mis en œuvre ? Que nous enseigne la relation des travailleur·se·s à ce qu’iels font dans les projets menés par et pour les communautés locales afin de réduire leurs émissions de carbone, et en quoi ceci peut-il nous aider à comprendre l’impact des inégalités sur le travail dans ce type de contexte ? Enfin, de quelle(s) manière(s) ces projets peuvent-ils faire preuve d’une plus grande résilience critique ?

Drawing on an ethnographic study of CFF projects in Scotland, this paper explores the manner in which these projects are governed and enacted. We problematise the nuanced interplay between what we term “individual resilience” and “critical resilience” in the context of community project work. Individual resilience is vulnerable to being exploited by neoliberal modes of rule: those that rely upon self-governing and “empowered” individuals who accept their share of responsibility for mitigating climate change and improving their communities, but without explicitly framing it in relation to unequal material and social circumstances. Critical resilience is framed as working against current systemic structures considered to be disempowering, and aims to foster the emergence of radically new structures. In relation to critical resilience, we discuss Tim Ingold’s (2000) notion of patterns of tasks and subsistence activities that are differentiated from wage labour and may include food production (Stern, 2000) and other activities that are not readily subsumed by market rationalities. Individual and critical resilience are not mutually exclusive, however: while we use these terms in this paper to differentiate between practices that are compatible with neoliberal economic modes and those who are not, they are best seen as context-dependent tendencies that are constantly in flux, and one may contain the seeds of the other. In the interests of dealienation, collective working, and environmental justice, we explore the working lives of those working in and beyond “top-down” discourses that seek to individualise environmental and economic problems. In doing so we highlight the potential for “critical resilience” from the ground up (Barca, 2019; Brownhill, Turner and Kaara, 2019). We ask, how are CCF projects governed and enacted? What can we learn from community workers’ relations to their work in low carbon community projects, and how can this help us understand the impact of inequalities upon work in community projects? How can community projects become more critically resilient?

Cet article est organisé comme suit. Nous discutons tout d’abord du concept de résilience et de la façon dont il est mobilisé pour définir le travail dans le contexte de projets portés par les communautés locales en Écosse. Nous examinons ensuite la place du « bon travailleur communautaire » ou de la « bonne travailleuse communautaire » dans les politiques sociales et environnementales écossaises, avant de nous intéresser plus particulièrement aux projets CCF correspondants aux études de cas que nous avons réalisées. Par la suite, notre analyse aborde les caractéristiques de la résilience que nous avons identifiées. Enfin, nous concluons sur la nécessité pressante (et la possibilité) de détourner notre attention des capacités d’adaptation dont doivent faire preuve les individus et la communauté locale pour réfléchir aux inégalités qui pèsent sur le travail dans le cadre de l’atténuation du changement climatique.

This paper is organised as follows. First, we discuss the concept of resilience and the manner in which it has been deployed to frame work in the context of community projects in Scotland. We discuss the subject of the “good community worker” in Scottish social and environmental policy, before turning to the CCF case studies at hand. Thereafter, we discuss the characteristics of resilience identified in our analysis. We conclude by discussing the pressing need (and possibility) to shift attention away from individual and community adaptive capacity, in order to meaningfully address the inequalities that foreshadow work in climate change mitigation.

 

 

Vers une résilience critique du travail et des moyens d’existence

Towards critically resilient work and livelihoods

Afin de mieux comprendre ce qu’apportent les projets portés par la communauté locale à leurs participant·e·s dans le cadre des processus d’atténuation et d’adaptation face au changement climatique, il est avant tout nécessaire de prendre en compte les éléments qualitatifs du travail qui caractérisent ces initiatives. Outre le fait que l’atténuation du changement climatique est une obligation légale à laquelle ne peut se soustraire le gouvernement écossais, il est désormais admis que le climat de l’Écosse et du reste de la planète est déjà en proie au changement : nous sommes en situation d’urgence climatique et cela requiert des mesures d’adaptation (Scottish government, 2019).

In order to better understand the contributions community projects can make to climate change mitigation and adaptation among their participants, we consider qualitative elements of the work that make up these projects. While climate change mitigation remains a legal requirement for the Scottish government, there is now an acceptance that Scotland’s and the planet’s climate has already changed: a climate emergency is unfolding and adaptation measures are needed (Scottish government, 2019).

Le concept de résilience a été adopté pour qualifier la façon dont les sociétés, les communautés locales et les individus apprennent à se préparer aux changements profonds et de grande ampleur nécessaires à la transition des économies vers l’abandon des combustibles fossiles. Issue de l’écologie et de la théorie des systèmes, la résilience renvoie à la faculté des systèmes naturels à réagir aux bouleversements et à s’adapter pour continuer à fonctionner. Aujourd’hui, le concept est volontiers appliqué, peut-être de manière quelque peu excessive, au champ social (voir Folke, Carpenter, Elmqvist et al., 2002 ; Gunderson, 2003).

The concept of resilience has been adopted to describe the future-proofing of societies, communities and individuals in the face of the profound, far-reaching changes required to transition economies away from fossil fuels. Derivative of ecology and systems theory, resilience refers to how natural systems may react to shocks and become adaptable in order to continue functioning. Yet, the concept is now readily applied, somewhat ubiquitously, to the social domain (Folke, Carpenter, Elmqvist et al., 2002; Gunderson, 2003).

« La résilience est souvent associée à la diversité – des espèces, des perspectives humaines et des possibilités économiques – qui cultive et encourage l’adaptation et l’apprentissage. » (Folke, Carpenter, Elmqvist et al., 2002, p. 438)

“Resilience is often associated with diversity—of species, of human opportunity, and of economic options—that maintains and encourages both adaptation and learning.” (Folke, Carpenter, Elmqvist et al., 2002, p. 438)

Les discours de résilience portés par les politiques gouvernementales, les think tanks et les agences environnementales influent sur la définition du travail, du bénévolat et du militantisme à l’échelle de la communauté locale (MacKinnon et Derickson, 2013 ; Monforte, 2019). Certains arguments soulignent l’approche gouvernementale « top down » de la résilience, qui fait invariablement peser sur l’individu, la communauté locale et le territoire la responsabilité de mieux se préparer à résister aux grandes catastrophes mondiales (Felli et Castree, 2012 ; MacKinnon et Derickson, 2013 ; MacLeod et Emejulu, 2014). Associée à l’exercice d’une mainmise sur la « communauté » (Taylor Aiken, 2015), la résilience vise, alors, à galvaniser l’agentivité de la population locale pour qu’elle modifie ses pratiques quotidiennes tout en restant globalement dans le cadre néolibéral actuel, suggérant ainsi que le bien-être de l’humanité n’est jamais mieux servi que par les libertés, les compétences et les comportements individuels nés d’un empowerment en tout point conforme aux rationalités du marché (MacLeod et Emejulu, 2014 ; Brown, 2015). L’accent mis sur la reconfiguration des comportements, des compétences et des capacités détourne l’attention dévolue aux inégalités structurelles et au rôle capital de l’action politique dans la crise actuelle. Les discours évoqués, surtout, tentent de dissocier les politiques du changement climatique de toute contestation plus vaste des relations entre social et environnemental (Featherstone, 2013).

Discourses of resilience propagated via government policy, think tanks and environmental agencies have been influential in framing community work, community volunteering and community activism (MacKinnon and Derickson, 2013; Monforte, 2019). Arguments point to the “top-down” governmental function of resilience, invariably placing the onus on individuals, communities and places to become more able to cope in the face of major global catastrophes (Felli and Castree, 2012; MacKinnon and Derickson, 2013; MacLeod and Emejulu, 2014). In combination with the harnessing of “community” (Taylor Aiken, 2015), then, resilience aims to animate the agency of local people to modify “everyday” practices largely within the current neoliberal framework, suggesting that human well-being is best advanced by empowering individual freedoms, skills and behaviours in alignment with market rationalities (MacLeod and Emejulu, 2014; Brown, 2015). An emphasis on reconfiguring behaviours, skills and capabilities, distracts attention away from structural inequalities and the critical role of politics in the current crisis. More profoundly, such discourse attempts to decouple the politics of climate change from any wider contestation of social and environmental relations (Featherstone, 2013).

Appliquer le concept de résilience aux systèmes sociaux sans se livrer à une nécessaire analyse de ses effets sociopolitiques le rend vulnérable à une utilisation abusive (O’Malley, 2010). L’économie capitaliste globalisée, axée sur l’accumulation des richesses, dépend des espaces qui sont réinventés périodiquement pour pouvoir répondre à l’évolution de la demande. La résilience face aux crises, dès lors, est avant tout définie dans le cadre du système capitaliste et de ses crises toujours plus fréquentes, où certains groupes portent injustement la responsabilité des coûts d’adaptation (MacKinnon et Derickson, 2013, p. 254). Bien que ces discours reconnaissent l’existence d’individus et de communautés locales extrêmement vulnérables, ils détournent l’attention accordée aux inégalités en présentant tous les acteurs sociaux comme ayant les mêmes intérêts et les mêmes aspirations (Felli et Castree, 2012). La résilience conçue comme diversité sans prendre en compte les inégalités renforce les structures sociales établies par l'inférence apolitique de stratégies d'adaptation contre un Autre menaçant et extériorisé (O’Malley, 2010).

Applying the concept of resilience to social systems without due analysis of its sociopolitical effects leaves it vulnerable to exploitation (O’Malley, 2010). A globalised capitalist economy centred on wealth accumulation requires spaces that are periodically reinvented to meet changing demands. Resilience to crises, then, is framed primarily within the capitalist system and its accelerating crises, where particular groups are unjustly burdened with the responsibility for the costs of adaptation (MacKinnon and Derickson, 2013, p. 254). While the existence of the most vulnerable people and communities are acknowledged through such discourse, attention is drawn away from inequalities by addressing all social actors as having the same interests and aspirations (Felli and Castree, 2012). Resilience framed as diversity without addressing inequality reinforces established social structures by apolitically inferring coping strategies against a threatening and externalised other (O’Malley, 2010).

Les contestations des discours néolibéraux et de leurs effets hégémoniques se sont intensifiées à mesure que l’obligation politique à rendre des comptes faiblit, que les inégalités augmentent et que l’urgence climatique se précise (Featherstone, 2013 ; MacKinnon et Derickson, 2013 ; Monforte, 2019). Les subjectivités alternatives et les pratiques collectives sont explorées, bien qu’elles soient imaginées et vécues de manière ambivalente. Par exemple, Danny MacKinnon et Kate D. Derickson (2013) mettent en avant une politique de la débrouillardise, à travers laquelle l’injustice, la répartition inégale des ressources et l’incapacité d’accéder aux mécanismes de la transformation sociale