Zone d’aménagement différé contre « zone à défendre ». Analyse d’une lutte pour l’autonomie dans/de l’espace rural

Deferred Development Zone (ZAD) versus “Zone to be protected”. Analysis of a struggle for autonomy in/of rural space

Introduction

Introduction

« Là-bas, là-haut, on organise l’espace pour nous, sans nous, à une échelle insaisissable »

Below, above, space is being organized for us without us, on an incomprehensible scale”

(Des opposant-e-s, 2011)

(Some opponents, 2011)

 

 

En 2013, Camille publie au Passager clandestin le Livre noir des grands projets inutiles[1]. Y sont référencés de nombreux projets que l’on qualifie usuellement de projets d’aménagement. Dans certains registres militants, depuis 2011, ils sont nommés « grands projets inutiles imposés »[2] (GPII). Cette nouvelle catégorie militante, récemment construite, désigne une grande diversité d’équipements (sportifs, commerciaux…) et d’infrastructures, notamment énergétiques (centrales nucléaires, lignes à très haute tension, barrages, centre d’enfouissement de déchets nucléaires, incinérateurs) et de transports rapides (lignes à grande vitesse, autoroutes, aéroports ou rocades de contournement urbain).

In 2013, Camille published the Livre noir des grands projets inutiles [1][tr. Black book of useless mega projects] in “Passager clandestine”. In it, many projects are referenced that are generally described as development projects. In some of the activists’ registers, since 2001, they are called “useless imposed mega projects [2] (UIMP). This new, recently constructed activist category, designates a range of facilities (athletic, commercial, etc.) and infrastructure, particularly energy-related (nuclear facilities, high-tension lines, dams, nuclear waste burial sites, incinerators) and rapid transport (high-speed lines, highways, airports and urban belt freeways).

L’opposition à ce type de projet n’est pas nouvelle mais semble aujourd’hui s’être imposée comme une « norme » (Subra, 2008 : 12). Si l’analyse géographique de ces conflits s’est développée (Charlier, 1999 ; Lecourt, 2003 ; Lolive, 1997 ; Melé, 2004, 2008 ; Ollivro, 1997 ; Pistre, 2010 ; Varlet, 1997), cela semble pouvoir s’expliquer par le fait que l’espace y est « à la fois le support du conflit et son enjeu » (Lecourt, 2002 : 18). Plus précisément, ces conflits mettent en jeu des logiques de confrontation d’usage et d’appropriation de l’espace, mais aussi des rapports divers à l’espace, ou représentations. Ces aspects peuvent être analysés à partir de luttes concrètes contre les GPII traduites par le détournement de l’acronyme aménageur ZAD, dont le sens passe de zone d’aménagement différé à « zone à défendre »[3] ; en particulier à partir de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (encadré 1).

Objection to this type of project is not new but today seems to be called for as a “norm” (Subra, 2008: 12). If the geographic analysis of these conflicts has developed (Charlier, 1999; Lecourt, 2003; Lolive, 1997; Melé, 2004, 2008; Ollivro, 1997; Pistre, 2010; Varlet, 1997), this could appear to be explained by the fact that the space is “[tr.] both the medium and the issue of the conflict” (Lecourt, 2002: 18). More specifically, these conflicts involve contrasting philosophies of use and appropriation of space, but also various relationships to the space, or representations. These aspects can be analyzed starting with the concrete struggles against UIMPs embodied in the hijacking of the development acronym ZAD, the meaning of which goes from being Deferred Development Zone [French: zone d’aménagement différé, or ZAD] to “Protected Zone” [3] [French: zone à défendre, i.e. also ZAD]; starting specifically with the Notre-Dame-des-Landes ZAD (Box 1).

 

 

Encadré 1 : le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, un conflit ancien

Box 1: The Notre-Dame-des-Landes airport project, a long-standing conflict.

Le projet d’un aéroport pour le Grand Ouest (région nantaise et Bretagne) apparaît dans les années 1960, dans un contexte économique favorable mais surtout dans un contexte politique volontariste d’aménagement et de « rééquilibrage » du territoire français à partir de huit métropoles.

The plan for an airport for western France (region surrounding Nantes and Brittany) appeared in the 1960s, in a favourable economic context but especially in an aggressive political context focussed on the development and “re-balancing” of France’s territory around eight metropolitan areas.

Le site du projet, choisi en 1971, se situe entre les bourgs de Notre-Dame-des-Landes et Vigneux-de-Bretagne. En 1972, l’opposition débute et se coordonne autour de l’ADECA (Association de Défense des Exploitants Concernés par l’Aéroport). La zone d’aménagement différé est décrétée par arrêté préfectoral en 1974. Elle s’étend au départ sur 1225 hectares. Elle se matérialise par l’interdiction d’installation de nouvelles exploitations agricoles du fait d’un droit de préemption concédé au Conseil général de Loire-Atlantique, lequel parvient ainsi à acquérir 870 hectares de terres entre 1974 et 1988 (Coordination des opposants, 2013).

The site of the project, chosen in 1971, is between the towns of Notre-Dame-des-Landes and Vigneux-de-Bretagne. In 1972, opposition begins and coordinates around the ADECA (Association de Défense des Exploitants Concernés par l’Aéroport [tr.:Association for the protection of operators concerned about the airport]). The deferred development zone is decreed by an ordinance in 1974. It initially covered 1,225 hectares. It is carried out through banning the establishment of new farming operations based on a right of pre-emption granted to the Loire-Atlantique general council, which managed to acquire 870 hectares of land between 1974 and 1988 (Coordination of opponents, 2013).

Quand le projet émerge, cet espace rural est largement agricole – ce qui est toujours le cas – et les bourgs villageois n’ont pas encore commencé leur étalement. Mais surtout, ces terres sont marquées par le syndicalisme paysan, chrétien et « de gauche », un temps dominé par la Jeunesse agricole chrétienne (JAC). Ainsi, au début de l’année 1968, une figure locale de la résistance paysanne, Michel Tarin, participe avec Bernard Lambert, figure nationale, à la création de Paysans en lutte, devenu par la suite Paysans-travailleurs puis la Confédération paysanne, syndicat national d’opposition aux exploitants agricoles de la FNSEA et membre du réseau mondial Via Campesina (Oudin, 2012).

When the project emerged, this rural space was largely agricultural – which is still the case– and the towns had not yet begun to sprawl. But above all, this land is marked by peasant unionism, is Christian and “left wing”, at one time dominated by Jeunesse agricole chrétienne (JAC) [tr.: Christian farm youth]. Thus, in early 1968, a local figure of the peasant resistance, Michel Tarin, participated with Bernard Lambert, a national figure, in the creation of Paysans en lutte [tr.: Peasants struggling], which then became Paysans-travailleurs [peasant-workers] and then Confédération paysanne [tr. Peasant confederation], the national union opposing large scale farming operators of the FNSEA and a member of the Via Campesina world network (Oudin, 2012).

La reprise du projet en 2000 se concrétise en 2010 avec le choix du concessionnaire de l’Aéroport du Grand Ouest (AGO)[4]. En 2006, l’enquête publique recueille 67 % d’avis défavorables mais aboutit à un avis favorable des commissaires en charge (Kempf, 2014 : 26). En 2008, la déclaration d’utilité publique est publiée. La zone d’aménagement différé s’étend alors sur 1650 hectares. Aux procédures d’achat des terres et propriétés privées par Vinci suivent celles d’expropriation – elles ne sont à ce jour pas achevées – ainsi que des destructions. Cette fois encore, les « paysanNEs », comme la plupart se désignent, sont au cœur de l’opposition en occupant et cultivant leurs terres pendant que les nombreux recours en justice sont traités, mais aussi en protégeant de leurs tracteurs des habitations vouées à la destruction.

Resumption of the project in 2000 materialized with the choice of the contractor of the Aéroport du Grand Ouest (AGO)[4]. In 2006, a public survey was 67% opposed but culminated in a favourable opinion on the part of the commissioners in charge (Kempf, 201: 26). In 2008, the declaration of public utility was published. The deferred development zone then covered 1,650 hectares. The procedures for Vinci’s acquisition of private land and properties were followed by expropriations – to date they have not been completed – as well as demolitions. Once again, the “peasants” as most of them identified themselves, were the core of the opposition, occupying and cultivating their land while the many court cases were dealt with, but also protecting the dwellings slated for destruction with their tractors.

Une large mobilisation émerge en parallèle de la reprise du projet. Parmi les principales organisations d’opposition, on peut citer l’Association citoyenne des populations concernées par le projet d’aéroport (ACIPA), créée en 2000 ; la coordination des opposants, regroupant des soutiens divers (associations écologistes, partis politiques, syndicats, collectifs locaux et individus) depuis 2004 ; le Collectif d’élus doutant de la pertinence du projet (CéDpa) fondé en 2009 et le Collectif des organisations professionnelles agricoles indignées par le projet d’aéroport (COPAIN) créé en 2011.

Extensive mobilization emerged in parallel to the resumption of the project. Among the main organizations opposed, we can cite the Association citoyenne des populations concernées par le projet d’aéroport (ACIPA) [tr. citizen association of populations affected by the airport project], created in 2000; coordination of the opponents, grouping together various types of support (ecology associations, political parties, unions, local communities and individuals) since 2004; the Collectif d’élus doutant de la pertinence du projet (CéDpa) [tr.: Group of elected officials doubting the relevance of the project] founded in 2009; and, the Collectif des organisations professionnelles agricoles indignées par le projet d’aéroport (COPAIN) [tr.: Collective of professional farm organizations angered by the airport project] created in 2011.

En 2009, le Camp Action Climat, rassemblement écologiste autogéré, aboutit à une nouvelle dynamique : l’installation de celles et ceux que l’on dénommera plus tard les « zadistes ». Qu’ils.elles soient habitantEs pour quelques semaines ou plusieurs années, qu’ils.elles viennent résister aux expulsions et destructions de maisons, qu’ils.elles soient plus écologistes qu’anarchistes ou plus féministes qu’écologistes, les zadistes ont complété les différentes formes de résistance par une occupation matérielle de cet espace de bocage sous des formes d’habitat le plus souvent illégal (squat et auto-constructions à partir de matériaux de récupération).

In 2009, the Camp Action Climat, a self-managed ecology group, resulted in a new dynamic: the establishment of those who would later be dubbed the “zadists”. Whether they were inhabitants for a few weeks or a number of years, whether they came to resist the evictions and destruction of houses, whether they were more ecologist or anarchist, more feminist than ecologist, the zadists carried out various forms of resistance through the physical occupation of this orchard space in ways that were more often than not illegal (squatting and building their own structures using salvaged materials).

 Alors que la dimension locale des luttes contre les GPII est essentielle à prendre en compte – d’autant plus lorsqu’il s’organise autour d’une ZAD –, s’y restreindre fait courir le risque de les réduire à du Nimby[5]. L’argumentaire proposé par leurs opposantEs peut au contraire être analysé comme un processus de « montée en généralité » (Lolive, 1997) revendicatif et scalaire : la catégorie GPII tend à faire lien entre des projets isolés tout en orientant les revendications vers une critique globale du système économique actuel et de la société – la nôtre – qui le fait exister. Par exemple, l’argumentation visant à définir les terres agricoles – dites « nourricières » ou « vivrières » – comme « bien commun », de surcroît vital, cherche à sortir de cette réduction. Ce processus « d’extension du bien commun » (Lafaye, Thevenot, 1993 : 503) fait ressortir l’enjeu de « l’intérêt général » trop souvent perçu comme contradictoire avec toute lutte « locale » – d’autant plus peut-être dans le cadre de l’aménagement du territoire qui s’est lui-même constitué, historiquement, comme répondant de l’intérêt général à l’échelle nationale. Pour Arthur Jobert, assimiler les conflits locaux à « des conflits de voisinage, [ou] à une montée des égoïsmes locaux et particuliers » relève d’un processus de « disqualification » (1998 : 91).

While it is essential to take the local dimension of the struggles against UIMPs into account – the more so when they organize around a ZAD – focussing on this alone runs the risk of reducing them to Nimbys[5]. The arguments proposed by their opponents can, to the contrary, be analyzed as a “groundswell” (Lolive, 1997), a massive protest. The UIMP category tends to make connections between isolated projects while directing the protests towards an overall criticism of the current economic system and society – ours – that causes it to exist. For example, the arguments seeking to define farm land – so-called “Mother Earth” or “food producing land” – as a “common good”, and moreover, vital, attempt to get out of this model. This “extension of the common good” process (Lafaye, Thevenot, 1993: 503) highlights the “general interest” issue that is too often perceived as contradictory to all “local” struggles – the more so perhaps in the context of land development which itself was established, historically, as being in the general interest at the national scale. For Arthur Jobert, comparing local disputes to “neighbourhood disputes” [or] to a ground swell of local and individual egos” comes under a “disqualification” process (1998: 91).

Ainsi, la question des échelles de la lutte comme de ses enjeux apparait essentielle à prendre en compte dans le cas du projet d’aéroport du Grand Ouest – si bien qu’elle est déjà présente dans le nom qui lui a été donné. Elle permet de dégager plusieurs dynamiques de ce conflit : d’une part, une lutte pour l’appropriation de cet espace de ZAD et un conflit d’usage des terres pour en déterminer leur finalité ; d’autre part une lutte de catégorisation de l’espace et de son organisation – ou de son « aménagement » – liée à une lutte de représentations de l’espace rural et de ses rapports avec l’espace urbain. En effet, parmi les arguments en faveur du déplacement de l’aéroport de Nantes à la campagne se trouve la recherche d’attractivité de la métropole nantaise[6]. Dès lors, la question d’un rapport hiérarchique entre espace urbain et espace rural est posée, mettant en jeu des représentations différentes de l’espace rural qui sont mobilisées dans les discours tant par les promoteurs du projet que par leurs opposantEs. Le but de cet article est de montrer en quoi ces différentes dynamiques de lutte sont construites dans une visée d’« autonomie » et peuvent ainsi être comprises comme des tentatives de construction collective d’autonomie dans et de l’espace rural, par la pratique et par les discours. L’autonomie est définie ici comme la capacité collective, « [à savoir que l’on fait] ses lois [et à être] en mesure de les remettre explicitement en cause » (Castoriadis, 1996 : 195). Par analogie au « droit à la ville » compris, sans vouloir réduire la pensée d’Henri Lefebvre, comme l(‘)a (auto)gestion de la ville par ses habitantEs, c’est-à-dire leur participation effective à toutes les décisions les concernant, le « droit au village » sera entendu comme la possibilité pour un collectif de s’approprier un espace de vie dans l’espace rural de manière à pouvoir en déterminer de manière autonome les usages en fonction de ses propres représentations.

Thus, taking into account the question of scales of the struggle, like its issues, appears fundamental in the case of the Grand Ouest airport project – indeed, the scale is already in its name. This makes it possible to identify a number of dynamics of this conflict: on the one hand, the struggle for appropriation of this ZAD space and a land-use conflict; on the other, a struggle based on space classification and organization – in other words, its “development” – tied to a struggle of representations of rural space and its relationships with urban space. In fact, among the arguments in favour of moving the Nantes airport to the countryside is the attractiveness of the Nantes metropolitan area[6]. From that point, the question is posed of the hierarchical relationships between urban space and rural space, bringing into play various representations of rural space that are mobilised in speeches by project promoters and their opponents alike. The purpose of this article is to show how these different struggle dynamics are constructed with an aim of “autonomy” and can thus be understood as collective attempts at building autonomy in and of rural space, through practices and speeches. Autonomy is defined here as collective capacity, “[tr.] [namely] to make their own laws, and be able to explicitly challenge them” (Castoriadis, 1996: 195). Henri Lefebvre’s philosophy – the “right to the city” – is understood as the (self)-management of the city by its inhabitants, i.e. their effective participation in all decisions concerning them; by analogy, without wishing to diminish Lefebvre’s thought, the “right to the village” will be understood as a community’s ability to appropriate a living space in rural space such as to be able to autonomously determine its uses as it sees fit.

Cette analyse est issue d’une enquête de longue durée au sein du collectif parisien pour la décroissance et de deux organisations politiques revendiquant la décroissance : le Mouvement des Objecteurs de Croissance (MOC) et le Parti Pour La Décroissance (PPLD). Cela m’a amenée à étudier leur participation en tant que soutien aux opposantEs du projet. Ainsi, le conflit de l’AGO n’a pas donné lieu à une enquête spécifique, mais plusieurs séquences d’observations directes ont été menées sur place depuis 2011 lors d’événements rassemblant des contestataires du projet. Dans ce cadre, il s’agissait, d’une part, d’échanger avec des opposantEs locaux.les pour comprendre les dynamiques concrètes de résistance ayant lieu sur la ZAD et, d’autre part, de suivre les évolutions des revendications – donc des prises de position politique – des opposantEs à l’aéroport par la collecte de divers documents militants et l’observation de débats. Par conséquent, il ne s’agit pas ici de proposer une analyse détaillée des pratiques quotidiennes des habitantEs de la ZAD mais d’en dégager quelques tendances à un moment donné : suite à la phase d’expulsion de l’automne 2012 et aux quelques mois, consécutifs, de présence policière. En outre, les discours analysés (encadré 2) n’ont pas de portée représentative des diverses sensibilités et positions politiques des opposantEs. Enfin, il me semble important de prévenir le lecteur que ce texte a été finalisé lors de l’été 2014, avant l’homicide d’un manifestant par les forces de l’ordre sur la ZAD du Testet dans le sud de la France, dans le cadre de l’opposition au barrage de Sivens (cf. le texte de P. Pelletier dans ce numéro). Il ne peut rendre compte des évolutions connues sur les ZAD depuis, qu’elles concernent le devenir des projets ou les violences dites « policières ».

This analysis arose from an extended investigation of a Parisian community in favour of degrowth and two political organizations demanding degrowth: the Mouvement des Objecteurs de Croissance (MOC) [tr.: growth objectors movement] and the Parti Pour La Décroissance (PPLD) [tr. party for degrowth]. This led me to study their participation as support to the project’s opponents. Thus, the AGO conflict did not result in a specific investigation but a number of series of direct observations that were carried out on site since 2011 during the events bringing the project protesters together. In this context, it was a matter on the one hand of discussing with the local opponents in order to understand the tangible dynamics of resistance taking place on the ZAD, and on the other, of following the developments of the demands – i.e. the political stances – of the opponents to the airport through collection of various activist documents and observing debates. As a result, I am not proposing here a detailed analysis of the ZAD residents’ daily practices, but identifying some trends at specific points in time: after the eviction phase in the fall of 2012, and the police presence over a few months thereafter. Moreover, the speeches analyzed (Box 2) are not representative of the range of the opponents’ various sensibilities and political positions. Finally, it seems important to me to warn the reader that this text was completed during the summer 2014, prior to the killing of a demonstrator by law enforcement authorities on the Testet ZAD in the south of France in the context of opposition to the Sivens dam (see the paper by Pelletier in this issue). It cannot report on developments experienced on the ZADs since that time, whether they concern the future of projects or so-called “police violence”.

Cet article s’inscrivant dans un travail de thèse sur les militantismes pour la décroissance, il se concentre sur ceux-ci, mobilisant certains de leurs argumentaires politiques et théoriques. Ils peuvent être considérés comme l’un des registres de la « justification écologique » déployée contre les GPII : dénonciation de la modernité, du productivisme et du développement industriel, mais aussi « de la société technicienne et de son développement » (Lafaye, Thevenot, 1993 : 512). À partir de cette « grammaire », la pensée de la décroissance se donne à voir comme portant un nouvel « imaginaire social » (Castoriadis, 1996) dans lequel proximité, lenteur ou autonomie seraient valorisées au détriment de la mondialisation, la vitesse ou l’hétéronomie impliquée par le « système technicien » (Ellul, 2004)[7].

As part of a thesis on forms of activism for degrowth, this article concentrates on these aspects, mobilizing some of their political and theoretical arguments. They can be considered along the same lines as the “ecological justification” deployed against UIMPs: denouncing modernity, productivism and industrial development, but also “[tr.] the technological society and its development” (Lafaye, Thevenot, 1993: 512). Based on this “grammar”, degrowth philosophy strives to portray itself as the bearer of a new “social imagination” (Castoriadis, 1996) in which proximity, slowness and autonomy would be valued to the detriment of the implied globalization, speed and heteronomy of the “technology system” (Ellul, 2004)[7].

 

 

Encadré 2 : liste des matériaux militants utilisés

Box 2: List of activist literature used

-       Matériaux produits par les opposantEs à l’AGO et aux GPII :

 –       Literature produced by AGO and UIMP opponents:

Bellevue (Ferme de), « Rester ferme ! », dans S!lence, n° 413, Résister aux grands projets inutiles, 10-11, juin 2013.

Bellevue (Ferme de), « Rester ferme ! », dans S!lence, n° 413, Résister aux grands projets inutiles, 10-11, June 2013.

Camille, Livre noir des grands projets inutiles, Le Pré-Saint-Gervais : Le Passager clandestin, 2013.

Camille, Livre noir des grands projets inutiles, Le Pré-Saint-Gervais : Le Passager clandestin, 2013.

Collectif, « Charte de Tunis », adoptée le 29 mars 2013 lors du Forum Social Mondial de Tunis par le Forum contre les Grands Projets Inutiles Imposés, document en ligne.

Collectif, “Charte de Tunis”, adopted on March 29, 2013 during the Forum Social Mondial de Tunis by the Forum against Useless imposed mega projects, online document.

Coordination, ZAD partout. Zone à défendre à Notre-Dame-des-Landes, textes et images, Montreuil : L’insomniaque, 2013.

Coordination, ZAD partout. Zone à défendre à Notre-Dame-des-Landes, textes et images, Montreuil : L’insomniaque, 2013.

Coordination des opposants au projet d’aéroport, Les arguments contre le projet d’aéroport de NDDL, livret auto-édité, 2013.

Coordination des opposants au projet d’aéroport, Les arguments contre le projet d’aéroport de NDDL, self-published booklet, 2013.

Les Naturalistes en lutte, « L’usage des communs à NDDL d’hier à aujourd’hui », naturalistesenlutte.overblog.com, 24 juin 2014

Les Naturalistes en lutte, « L’usage des communs à NDDL d’hier à aujourd’hui », naturalistesenlutte.overblog.com, June 24, 2014

Des occupant-e-s enragé-e-s de la D81, « Ils nous mettent à la rue, on occupe la route », tract du 27 octobre 2012, dans ZAD partout. Zone à défendre à Notre-Dame-des-Landes, textes et images, Montreuil : L’insomniaque, 2013.

Des occupant-e-s enragé-e-s de la D81, « Ils nous mettent à la rue, on occupe la route », pamphlet dated October 27, 2012, in ZAD partout. Zone à défendre à Notre-Dame-des-Landes, textes et images, Montreuil : L’insomniaque, 2013.

Des oposant-e-s qui ont choisi de venir vivre sur place, « Edito », Lèse béton, n° 2, mars 2011.

Des oposant-e-s qui ont choisi de venir vivre sur place, « Edito », Lèse béton, n° 2, March 2011.

Reclaim the Zad, Appel à la « Manif’ d’occupation contre l’aéroport et son monde ! pour l’accès à la terre ! » du 7 mai 2011, en ligne sur http://reclaimthefields.org.

Reclaim the Zad, Call-Out to Reclaim the Fields against an airport project: “Reclaim the fields and the squats of the ZAD. For a fighting farm, let’s squat the land! ”, May 7, 2011, online at http://reclaimthefields.org.

-       Matériaux produits par des promoteurs de l’AGO :

–       Literature produced by AGO promoters:

Syndicat mixte d’études de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, « Aéroport et développement territorial », en ligne sur http://aeroport-grandouest.fr, rubrique Prospective.

Syndicat mixte d’études de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, « Aéroport et développement territorial », online at http://aeroport-grandouest.fr, rubrique Prospective.

-       Extraits de médias concernant la lutte contre l’AGO :

–       Excerpts from the media concerning the struggle against the AGO:

Chauveau Flora, « Vivons l’instant présent », Reporterre, 8 juillet 2014.

Chauveau Flora, « Vivons l’instant présent », Reporterre, July 8, 2014.

Collombier Xavier, « L’inventaire du bestiaire et de la flore des naturalistes militants », France 3, 27 janvier 2014.

Collombier Xavier, « L’inventaire du bestiaire et de la flore des naturalistes militants », France 3, January 27, 2014.

Kempf, Hervé, « Une cause nationale », Le Monde, 21 octobre 2012.

Kempf, Hervé, « Une cause nationale », Le Monde, October 21, 2012.

Kempf, Hervé, « Adieu Le Monde, vive Reporterre », Reporterre, 2 septembre 2013.

Kempf, Hervé, « Adieu Le Monde, vive Reporterre », Reporterre, September 2, 2013.

Porquet, Jean-Luc, « Vive l’aéroport quatre étoiles ! », Le Canard enchaîné, novembre 2012.

Porquet, Jean-Luc, « Vive l’aéroport quatre étoiles ! », Le Canard enchaîné, November 2012.

-       Ouvrage consacré à la lutte contre l’AGO :

–       Work devoted to the struggle againt the AGO:

Kempf, Hervé, Notre-Dame-des-Landes, Paris : Seuil, 2014.

Kempf, Hervé, Notre-Dame-des-Landes, Paris: Seuil, 2014.

-       Matériaux produits par des promoteurs et militantEs pour la décroissance :

–       Literature produced by promoters and activists in favour of degrowth:

Cornil, Jean, Legros, Bernard, La pertinence de l’escargot. En route vers la décroissance !, Bordeaux : Sang de la Terre, 2013.

Cornil, Jean, Legros, Bernard, La pertinence de l’escargot. En route vers la décroissance !, Bordeaux : Sang de la Terre, 2013.

Gruca, Philippe, « Non ! », dans Lepesant, Michel, (dir.), L’antiproductivisme, un défi pour la gauche ?, Lyon : Parangon, 141-152, 2013.

Gruca, Philippe, « Non ! », in Lepesant, Michel, (dir.), L’antiproductivisme, un défi pour la gauche ?, Lyon : Parangon, 141-152, 2013.

Laroche, Dominique, Mongeau, Serge, Silvestro, Marco, « La décroissance en milieu rural. Des idées pour lancer la discussion », Pour le Mouvement québécois pour une décroissance conviviale (MQDC), en ligne sur http://decroissance.qc.ca, 2010.

Laroche, Dominique, Mongeau, Serge, Silvestro, Marco, « La décroissance en milieu rural. Des idées pour lancer la discussion », For the Mouvement québécois pour une décroissance conviviale (MQDC), online at http://decroissance.qc.ca, 2010.

 

 

1. La ZAD : une lutte d’appropriation de l’espace pour en déterminer ses usages

1. The ZAD: A space appropriation struggle for determining how the space will be used

 

 

Selon la coordination des opposants il y avait, en 1973, 43 maisons sur le site de la ZAD. En octobre et novembre 2012, pendant l’« opération César » menée par les forces de l’ordre, 13 ont été détruites (6 avaient été détruites avant 2008 et une l’a été en janvier 2013) ainsi que plusieurs « cabanes » construites par les zadistes. Pendant cette opération, dont la référence symbolique ne peut qu’interpeller, l’enjeu pour les opposantEs présentEs n’était pas tant de s’approprier l’espace que d’empêcher les forces de l’ordre de le contrôler. Le vocabulaire utilisé tel qu’« occupation policière », alors que l’« occupation » de la ZAD par les zadistes est l’expression utilisée depuis 2009, permet de rendre compte de l’enjeu. Il s’agissait d’une lutte pour une « occupation exclusive et [un] contrôle de l’espace » (Ripoll, 2005b), qui a continué jusqu’à la fin de la présence sur la ZAD des forces de l’ordre. Or, cette finalité du conflit d’appropriation est à différencier d’une seconde, dominante en dehors des temps d’affrontements directs : une lutte pour un « usage autonome » de l’espace, pouvant mettre en jeu des « détournements » changeant provisoirement « la fonction ou la finalité » d’un « espace déjà approprié » (Ripoll, Veschambre, 2005). Ce type de lutte d’appropriation s’inscrit dans le long terme, et dépasse les limites temporelles du conflit. Des débats sur le devenir de la ZAD en cas d’abandon du projet ont lieu régulièrement lors des assemblées générales bimensuelles. Lors de la Foire à l’Autogestion 2013, à Montreuil, des opposantEs de l’AGO ont pu échanger avec leurs soutiens sur « l’avenir des terres et des habitant-e-s de la ZAD : quels projets, quelle gestion collective (statut juridique, exploitation) des terres dans l’éventuelle perspective de l’abandon du projet ? ». Entre contrôle, occupation et autonomie d’usage, il semble nécessaire de donner une image, bien qu’incomplète, des diverses finalités en jeu lors de la lutte d’appropriation de la ZAD.

According to the opponents’ committee, in 1973 there were 43 houses on the site of the ZAD. In October and November 2012, during “Operation César” carried out by law enforcement authorities, 13 were destroyed (6 had been destroyed prior to 2008 and one was destroyed in January 2013) as well as a number of “shacks” built by the zadists. During this operation, the symbolism of which is impossible not to react to, the issue for the opponents present was not so much to appropriate the space as to prevent law enforcement authorities from controlling it. Although “occupation” of the ZAD by the zadists is an expression that has been used since 2009, the use of terms such as “police occupation” makes it possible to understand the issue. This is a struggle for “exclusive occupation and control of the space” (Ripoll, 2005b), which continued until law enforcement authorities were no longer on site in the ZAD. This objective of the appropriation conflict must be differentiated from a second objective, which is dominant outside times of direct confrontations, and this is a struggle for “autonomous use” of the space, that is able to involve “diversions” provisionally changing “the function or objective” of an “already appropriated space” (Ripoll, Veschambre, 2005). This type of appropriation struggle is part of the long term, and goes beyond the time while the actual conflict is going on. Debates on the future of the ZAD in the event that the project is abandoned regularly occur in the bimonthly general meetings. During the 2013 Foire à l’Autogestion [tr.: self-management fair], in Montreuil, opponents of the AGO were able to have discussions with their supporters on “[tr.] the future of the land and inhabitants of the ZAD with regard to projects and collective management (legal status, development) of the land if the project were to be abandoned”. Between control, occupation and autonomy of use, it seems necessary to give a picture, if incomplete, of the various competing objectives in the ZAD appropriation struggle.

 

 

« Ils nous mettent à la rue, on occupe la route » (Coordination, 2013 : 63)

“They put us in the street, so we occupied the road” (Coordination, 2013: 63)

 

 

À partir d’octobre 2012, l’un des carrefours principaux – donc stratégiques – de la ZAD et une route le desservant ont été fermés pendant plusieurs mois par les forces de l’ordre, créant « une autre forme de pression »[8] sur les habitantEs et compromettant leur fonction d’axe de communication. Suite à la période d’expulsion, les témoignages ont abondé et laissent ressortir le fait que la présence policière – qui continua pendant plusieurs mois après les expulsions – avait eu pour effet d’entraver la mobilité, rendant les parcours plus difficiles et fatigants. Les récits de détours forcés, à travers champs, gués improvisés et par-dessus barbelés pour vaches, rendent compte du rôle de l’occupation de l’espace et de son contrôle dans les luttes. Les cartes diffusées par les zadistes sont aussi révélatrices de cette lutte dynamique pour l’appropriation de l’espace. Le périmètre de la ZAD y est indiqué : c’est la seule indication non soumise à modification. Car entre octobre et décembre 2012, la mise à jour régulière des cartes permettait de montrer la dynamique des lieux, d’« habité » à « expulsé », d’« expulsé » à « démoli », mais aussi l’apparition de nouveaux lieux habités (illustration 1)[9]. Ainsi, lors de la « manifestation de réoccupation » le 17 novembre 2012, fut auto-construit un nouveau lieu collectif. Alors que, selon les sources, sept à quarante mille manifestantEs étaient présentEs pour une marche contre l’AGO à travers le bocage, certainEs ont pendant ce temps commencé la construction de cinq à six cabanes sur un terrain prêté par un paysan… dont il sera exproprié quelques jours plus tard (Coordination, 2013 : 124). Afin de protéger ce site, de nombreux tracteurs enchaînés entre eux l’ont encerclé pendant plusieurs jours. Ces nouvelles constructions étaient destinées à être un « lieu collectif pour la lutte », suite à la destruction de maisons squattées dont certaines jouaient ce rôle. La vocation de ce lieu à accueillir des soutiens pendant la période d’affrontements et à abriter les zadistes dont l’habitat avait été détruit, a évolué par la suite. Avec ses dortoirs, sa cuisine collective et sa grande salle de réunion, il deviendra le point d’accueil et d’hébergement privilégié des collectifs souhaitant organiser des semaines thématiques (atelier ou chantiers collectifs). Si on ne peut négliger l’importance de cet espace collectif, il ne remplace cependant pas le « centre de décision » de la ZAD, où se tiennent les assemblées générales de coordination.

Starting in October 2012, one of the ZAD’s main – and therefore strategic – intersections and a road serving it were closed for a number of months by law enforcement authorities, creating “[tr.] another form of pressure[8] on the inhabitants and compromising the communication link. Following the eviction period, testimony was abundant and brought out the fact that the police presence – which continued for a number of months after the evictions – had the effect of interfering with mobility, making journeys more difficult and tiring. The narratives of forced detours, across fields, improvised fords and climbing over barbed wire for cows give an account of the role of the occupation of space and its control in the struggles. The maps disseminated by the zadists are also revealing about this dynamic struggle for the appropriation of space. The perimeter of the ZAD is indicated: it is the only indication not subject to modification. Between October and December 2012, the regular updating of the maps made it possible to show the dynamic of the places (from “inhabited” to “evicted” to “demolished”) but also the appearance of new inhabited places (Illustration 1)[9]. Thus, during the “reoccupation demonstration” on November 17, 2012, a new collective place was self-built. While, according to sources, from 7,000 to 40,000 demonstrators were present for a march through the countryside against the AGO, at the same time some began the construction of five or six shacks on land loaned by a peasant – that would be expropriated from him a few days later (Coordination, 2013: 124). In order to protect this site, many tractors chained together circled it for a number of days. These new constructions were intended as a “[tr.] collective place for the struggle” following the destruction of the houses that had had squatters living in them; some of these houses had been a collective place for the struggle]. The mission of this place, which had sheltered supporters during the period of confrontations and housed the zadists whose homes had been destroyed, evolved afterwards. With its dormitories, community kitchen and large meeting room, it would become the preferred gathering and lodging point of collectives wishing to organize weeks around specific themes (collective workshops or worksites). If the importance of this collective space cannot be disregarded, it nonetheless does not replace the ZAD’s “decision-making centre” where the general coordination meetings are held.

 

 

Illustration 1 : La carte, un outil militant. Etat de(s) l’occupation(s) en février 2013.

Illustration 1: The map as an activism tool. Status of the occupation(s) in February 2013.

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Carte postale obtenue en juin 2013.

Post card obtained in June 2013.

Si la période singulière d’affrontements a été le moment de pratiques inédites et de remise en question du « sens commun » (dans son acception bourdieusienne proche de la notion de doxa), cela ne s’est pas arrêté une fois les forces de l’ordre parties. Ainsi, de longs débats ont eu lieu concernant l’usage de la route une fois ré-ouverte. Fallait-il lui rendre sa fonction ou lui en attribuer de nouvelles ? CertainEs proposèrent « sur ces routes que l’on traverse à toute vitesse, [de] prendre le temps d’échanger [des] idées et [des] initiatives pour cesser de courir tête baissée vers l’abîme » (Coordination, 2013 : 63). Ce « lieu de passage » fut entrecoupé de barricades, de tentes et de cabanes, devenant ainsi « autant un lieu de vie qu’un lieu de lutte ». La situation de contrainte créée par la fermeture de cette route par les forces de l’ordre était apparue pour certainEs comme l’opportunité d’en subvertir l’usage. Bien sûr, l’un des enjeux derrière ce débat était l’appropriation matérielle de la route, au sens de contrôle de l’espace. Sous forme de compromis, elle est depuis parcourue de « chicanes » – le passage y est possible, mais ralenti – pouvant rapidement être reformées en barricades (illustration 2).

Although the unique period of confrontations was a time of unprecedented practices and challenges to “common sense” (as defined by Bourdieu close to the concept of doxa), this did not stop when the law enforcement authorities had gone. Thus, long debates took place concerning the use of the road once it re-opened. Should it function as before or should it be re-purposed? Some individuals proposed “[tr.] taking the time to exchange some ideas and initiatives on these roads that are travelled at full speed, in order to stop running, head down, towards the abyss” (Coordination, 2013: 63). This “place of passage” was peppered with barricades, tents and shacks, thus becoming “[tr.] as much a place for living as a place for the struggle”. The situation forcibly created by the closing of this road by law enforcement authorities appeared to some as an opportunity to subvert its use. Of course, one of the issues behind this debate was the physical appropriation of the road, in the sense of control of the space. As a compromise, traffic-calming chicanesnow run its length – passage is possible but slow – and they can quickly become barricades again (illustration 2).

 

 

Illustration 2 : Une barricade : entre lieu de vie et lieu de lutte.

Illustration 2: A barricade: between a place for living and a place for the struggle.

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Anne-Laure Pailloux. Août 2013.

Anne-Laure Pailloux. August 2013.

Le « carrefour libéré » tel qu’il est nommé aujourd’hui, est quant à lui ponctuellement mais régulièrement marqué par un usage transgressif, puisque s’y tient « toutes les semaines […] le non-marché : c’est en gros un moment où les différents jardins, le fromage de Bellevue, le pain du fournil des Fosses noires et tout ça [se] retrouvent ici et voilà, pendant deux heures c’est un moment pour trouver à manger, croiser des gens… sur le carrefour ». Ce lieu incarne ainsi, par son appropriation transgressive et le détournement de son usage normé, d’autres types d’usages « marginaux » ou « alternatifs »qui ont cours sur la ZAD au quotidien, que ce soit en termes de mode d’habiter (réfection de vieilles bâtisses, construction de cabanes), de mobilité (marche principalement), de production agricole (maraîchage, fabrication artisanale de pain, participation aux travaux de la ferme avec des paysanNEs du COPAIN), d’échanges (récupération, troc, circuits courts) ou encore de toponymie[10].

The “liberated crossroad” as it is called today, is on an ad hocbut regular basis marked by a controversial use, as “[tr.] every week there is a non-market: this is roughly a time when the various gardens, cheese from Bellevue, bread from the Fosses Noires bakery and more, meet here and there you go – for two hours it’s a time to find food and meet people…on the crossroad”. This place thus embodies, through its controversial appropriation and hijacking from it legal use, other types of “marginal” or “alternative” uses that take place on a daily basis on the ZAD, whether in terms of dwellings (rehabilitation of old structures, construction of shacks), mobility (walking primarily), farming (truck produce, artisan bread production, participating in farm work with the peasants from COPAIN), exchanges (salvage, swap, short channel) or again, toponymy[10].

 

 

Un « droit aux pratiques alternatives d’autonomie » ?

A “right to alternative practices of autonomy”?

 

 

Parmi ces pratiques, certaines sont rendues illégales par leur localisation sur la zone d’aménagement différé. C’est le cas de la culture des « parcelles occupées » par le collectif Sème ta ZAD ou par les paysanNEs du COPAIN aidéEs par des zadistes, notamment les 120 hectares autour de la ferme de Bellevue, au cœur de la ZAD. D’autres pratiques, quant à elles, sont partout illégales : l’occupation de logements vacants, la récupération et la réutilisation de semences paysannes, ou encore, en fonction des codes et des plans locaux d’urbanisme, l’installation d’« habitat alternatif léger et mobile ». Si l’illégalité n’est pas une condition, toutes ces pratiques sont labélisées par les militantEs pour la décroissance comme des « alternatives concrètes ». Constituées comme une catégorie d’action permettant d’« être en cohérence » avec ses idées, elles sont surtout des formes de légitimation garantissant l'identité militante « décroissante » (Mège, Pailloux, 2014). Parfois assimilées à des pratiques de « néo-ruraux », elles s’apparentent en fait à des pratiques de classes populaires, comme les « activités de bricolage, de recyclage, de récupération, qui mobilisent des savoir-faire en grande partie acquis hors du système de formation scolaire, dans l’expérience quotidienne du territoire » (Rosa Bonheur, 2014 : 131). Pour autant, ces pratiques « illégitimes » peuvent faire l’objet d’une réappropriation par des individus des classes moyennes et supérieures à capital culturel élevé selon un processus de « réhabilitation » (Coulangeon, 2004). La ZAD, marquée par ces pratiques populaires, semble parcourue d’individus appartenant à ces deux catégories sociales distinctes, sans pour autant être excluantes : l’une étant définie par son capital culturel (élevé) et l’autre par son capital économique (faible voire très faible).

Among these practices, some are rendered illegal by being located in the Deferred Development Zone. This is the case of cropping on “occupied parcels” by the Sème ta ZAD collective or the peasants of COPAIN assisted by zadists, notably the 120 hectares around the Bellevue farm, at the heart of the ZAD. Other practices are illegal regardless of the location (such as the occupation of vacant dwellings, the recovery and reuse of peasants’ seeds), or on the basis of local urban development codes and plans (such as the establishment of “[tr.] light, mobile alternative dwellings”). If illegality is not a condition, all these practices are labeled as “[tr.] concrete alternatives” by the degrowth activists. Created as an action category enabling “consistency” with their ideas, they are primarily forms of legitimization guaranteeing the “degrowth” activist identity (Mège, Pailloux, 2014). At times compared to “neo-rural” practices, these practices are in fact related to working-class practices, like “[tr.] do-it-yourself work, recycling and salvaging, which mobilize the know-how acquired in great part outside the education system, in day-to-day experience in the territory” (Rosa Bonheur, 2014: 131). For all that, these “illegitimate” practices may be a re-appropriation by individuals of the middle and upper classes with high cultural capital as a “rehabilitation” process (Coulangeon, 2004). The ZAD, marked by these folk practices, seems to be the stomping grounds of these two distinct social categories, without being exclusionary: One class being defined by its (high) cultural capital and the other by its (low, if not very low) economic capital.

Depuis 2013, le Mouvement des objecteurs de croissance (MOC) met en avant une revendication demandant le « droit aux pratiques alternatives d’autonomie ». Par là, les militantEs pour la décroissance disent ne plus seulement vouloir défendre ces pratiques, les valoriser et y participer, mais aussi les légaliser. Le choix des termes a fait l’objet d’un débat au sein du MOC en juillet 2013 puisqu’ils allaient être imprimés sur une nouvelle banderole (qui fut par ailleurs inaugurée sur la ZAD) : pourquoi cette nouvelle expression « pratiques alternatives d’autonomie » plutôt que celle d’« expérimentations minoritaires », déjà éprouvée et permettant surtout de revendiquer un héritage politique – car « l’expérimentation minoritaire c’est le mot du socialisme utopique » ? À cet argument le collectif préféra le suivant, renvoyant à la dynamique sociale de ces pratiques : « ce n’est pas expérimental puisque des gens le vivent tous les jours, ce sont des pratiques d’autonomie. […] Excuse-moi mais je vois des précaires, ils ne s’amusent pas à expérimenter, ils essaient de vivre là où ils habitent ».

Since 2013, the Mouvement des objecteurs de croissance [tr.: degrowth objectors movement] (MOC) has been demanding the “right to alternative practices of autonomy”. This means that the degrowth activists are saying that they no longer simply want to defend these practices, validate them and participate in them; they also want to legalize them. The choice of terms was debated within the MOC in July 2013 because they were going to be printed on a new banner (which moreover was unveiled on the ZAD). What was the reason for this new expression “alternative practices of autonomy” rather than the expression “minority experimentation”, which had already been tried out and which especially makes it possible to claim a political heritage – as “minority experimentation is a saying of utopian socialism”? The collective preferred the following to that argument, referring to the social dynamic of these practices: “It’s not experimental because people are living it every day. These are practices of autonomy….Excuse me but I see some people living at the poverty line, they are not having fun experimenting, they’re trying to survive in the place where they live.”

Le deuxième aspect du débat concernait l’inscription dans le droit :

The second aspect of the debate related to inclusion in the law:

-        « aujourd’hui pour l’habitat alternatif (par exemple les yourtes), le droit est le principal problème […]. C’est l’opposition entre droit et alternative qu’on veut mettre en avant […]. Ce qu’on veut mettre en avant c’est un droit à l’alternative. “Droit aux” : ça veut dire qu’elles existent déjà, qu’on veut qu’elles soient reconnues » (Pascal, retraité, aussi impliqué dans le collectif HALEM - pour l’habitat alternatif léger et mobile).

–        “[tr.] today the law is the main problem for alternative dwellings (yurts, for example)…the opposition between law and alternative is what we want to put forward…What we want to put forward is a right to the alternative. “A right to” means that the alternative dwellings already exist, that we want them to be recognized” (Pascal, a retiree, also involved in the collective HALEM – in favour of light mobile alternative housing).”

-        « Obtenir le droit, ça c’est une vraie mesure de transition. […] on n’hésite pas aussi à aller sur le terrain de la désobéissance non pas pour dire à bas la loi mais modifions la loi, changeons la loi […] donc c’est quelque chose de très pragmatique cette revendication » (Hervé, enseignant).

–        “Obtaining the right, that’s a true measure of transition….we won’t hesitate either to move into the area of civil disobedience, not meaning to strike down the law but we want to amend the law, change it…so, this demand is something very pragmatic” (Hervé, a teacher).

Cependant, légaliser ces pratiques ne saurait faire consensus parmi les opposantEs à l’AGO, notamment du fait de leurs différents positionnements politiques par rapport à l’Etat. CertainEs habitantEs jugent cette situation d’illégalité « précieuse » et considèrent qu’une « régularisation » de cet espace impliquerait la destruction des cabanes voire la fin des « expérimentations » (Chauveau, 2014).

However, legalizing these practices would not achieve consensus among the AGO opponents, particularly due to their different political positions in relation to the State. Some of the inhabitants consider this illegal situation to be “invaluable” and deem that “regularization” of this space would involve the destruction of the shacks, not to mention the end of the “experimentation” (Chauveau, 2014).

À partir de la question de l’appropriation d’un espace par des pratiques « alternatives », c’est bien la notion d’usage autonome de l’espace au quotidien qui ressort. C’est d’ailleurs l’appropriation collective, définie comme « usage autonome de l’espace », qu’Henri Lefebvre présente comme le « socle du droit à la ville » (Veschambre, 2005). Cependant, si le fait que les usages de l’espace soient décidés, sur place, de manière collective – ce qu’implique la définition de l’autonomie –, permet de les définir comme autonomes, cela ne doit pas faire oublier qu’ils s’inscrivent dans un espace contraint par son statut de zone d aménagement différé. En effet, le projet d’AGO, on l’a vu, détermine règlementairement les types d’occupation du sol et les modes d’habiter et son encadrement policier modifie les mobilités ou encore impose le calendrier des aménageurs aux opposantEs. La lutte pour l’autonomie s’inscrit donc, au quotidien, dans des pratiques en opposition avec le cadre imposé par le projet, mais elle nécessite aussi la (re)valorisation des usages choisis par les occupantEs pour cet espace local, ce qui demande la construction et la diffusion de discours autonomes.

Starting from the question of appropriation of a space through “alternative” practices, the concept of autonomous use of the space is what stands out. Moreover, it is the collective appropriation, defined as “[tr.] autonomous use of space” that Henri Lefebvre introduces as the “foundation of the right to the city” (Veschambre, 2005). However, although the fact that how the space is used is decided on the spot – collectively, as implied by the definition of autonomy – makes it possible to define the spaces as autonomous, this must not lead to forgetting that the uses are part of a space constrained by its status as a deferred development zone. As has been seen, the AGO project regulates how the land may be occupied and the types of dwelling, and its supervision by the police modifies the actions or, more important, imposes the developers’ schedule on the opponents. Therefore, the struggle for autonomy is part of the everyday, in the practices opposing the framework imposed by the project, but it also necessitates the (re)appraisal of the uses chosen by the occupants for this local space, which requires the construction and dissemination of autonomous narratives.

 

 

2. ZAD et GPII : une lutte de catégorisation et de représentation de l’espace

2. ZAD and UIMP: A struggle about classification and representation of space

 

 

Lutter pour un « usage autonome » de la ZAD et de ses terres dans le cadre de ce conflit d’appropriation passe aussi par une lutte juridique, avec l’appui de contre-expertises. Dès lors, les argumentaires contradictoires concernant l’usage des terres donnent à voir des représentations différentes de l’espace, et notamment de l’espace rural. De même la lutte a aussi consisté à affirmer, sur le plan discursif, que la ZAD n’était pas un cas isolé mais partie prenante d’un réseau de GPII et soutenue à plus large échelle que localement.

Struggling for “autonomous use” of the ZAD and its land as part of this appropriation conflict is also a legal struggle with the contradictory support of experts. Therefore, contradictory arguments concerning land use portray space differently, particularly rural space. By the same token, the struggle has also affirmed, from the narrative perspective, that the ZAD was not an isolated case but was directly involved in a UIMP network and supported well beyond a local scale.

 

 

La construction des catégories militantes GPII et ZAD

Construction of the UIMP and ZAD activist classifications

 

 

« ZAD… Rien de plus haïssable et froid que ce sigle – Zone d’aménagement différé – plaqué sur un bocage, depuis quelque bureau d’études, en janvier 1974. Il s’agissait, entre bureaucrates, d’effacer un territoire habité, aussi sèchement que l’on trace un plan sur une table d’architecte, pour y implanter un aéroport. Et cela, dans la certitude bornée qu’un peuple de terre et de chair consentirait à disparaître […].

“[tr.] ZAD… There is nothing more heinous and cold than this acronym – Deferred Development Zone – plastered on a field following some studies by a consulting firm in January 1974. Bureaucrats decided to erase an inhabited area as abruptly as drawing a plan on an architect’s table to build an airport. This was done with the narrow-minded certainty that living, breathing people would agree to disappear….

Tel fut, pour commencer, le sinistre contenu du sigle, et son avenir prévisible. Mais nombre d’habitants n’ont pas joué le rôle qui leur était réservé : à force de s’accrocher à ce qui les nourrissait, ils sont devenus des résistants, des hors-la-loi malgré eux. Ils ont élaboré un nouvel ancrage – choisi, celui-là.

Such was how the sinister content of the acronym and its predictable future came to be. But a number of the inhabitants didn’t go along with the game: By clinging to that which fed them, they became resistance fighters, outlaws despite themselves. They developed a new base – and chose that.

Ancrage à la terre, au bocage et aux autres récalcitrants, armés d’une connaissance nouvelle et méthodique des enjeux, et d’une farouche obstination. Tous ces traits, se croisant, ont engendré un singulier tissu, à la fois creuset, refuge, lieu de combat et exigence d’une autre façon de vivre. […] Et plus il en arrivait, plus le sigle se vidait de sa signification première. À la place : des constructions, des amitiés, des moments de poésie pure, mais aussi des querelles internes pas toujours surmontées, des voix discordantes, des méfiances rentrées ; et tout cela a contribué – par le fait de rencontres incessantes, de paroles vives, de pratiques communes, de solidarité agissante face à l’ennemi commun – à constituer ce lieu comme Zone à défendre » (Coordination, 2013 : 4).

[They were] anchored to the land, to the fields and other resisters, armed with new and methodical knowledge of the issues and a fierce obstinance. All these traits were woven together to create one fabric that was simultaneously a crucible and a refuge, a battleground for demanding a different way of life…And the more things happened, the more the acronym lost its original meaning. In its place, there was construction, friendships, moments of pure poetry, but also internal quarrels that were not always overcome, discordant voices, and suppressed distrust; and all that helped – through incessant meetings, heartfelt words, common practices, and solidarity in the face of a common enemy – to make this place into a Zone to be Protected” [translator’s note: The acronym ZAD works in both cases in French: Zone d’Aménagement Différé and Zone À Défendre]. (Coordination, 2013: 4).

 

 

Illustrations 3 et 4 : Exemples d’affiches « ZAD partout ».

Illustrations 3 and 4: Examples of “ZAD partout” [tr. ZAD everywhere] posters.

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Source : zad-nadir.org

Source: zad-nadir.org

Catégoriser son espace de lutte et son espace de vie, pour en changer le sens et la finalité : ce travail militant, local pour la ZAD, supra-national pour les GPII, peut se comprendre comme une volonté de se réapproprier les enjeux de la lutte et d’en redéfinir les termes : « défendre » un espace contre un devenir « inutile et imposé ». Catégories indigènes, donc autonomes, ZAD et GPII s’opposent à « l’espace conçu » (Lefebvre, 2000), hétéronome, « celui des savants, des planificateurs, des urbanistes, des technocrates "découpeurs" et "agenceurs" » (Lefebvre, 2000 : 48). Cet espace conçu dont Lefebvre dresse la critique dans Le Droit à la ville, se matérialise pour les opposantEs aux GPII par des aménagements relevant de catégories militantes initialement différenciées (luttes anti-nucléaires, écologistes ou contre la « société de consommation » par exemple). Réunir ces luttes sous un même label, c’est les interpréter comme relevant d’une même mode de production de l’espace auquel les militantEs résistent. Mais c’est aussi affirmer que l’échelle de la lutte n’est pas à l’échelle de chacune de ces luttes, mais à une échelle qui les englobent toutes ; c’est « désenclaver » la lutte, exercer un « saut scalaire » (Ripoll, 2005a : 642) visant à construire la résistance comme supra-locale. Définir et imposer la catégorie de lutte et son échelle est un enjeu permanent qui implique un travail militant de recension, de mise en réseau et de communication, dont l’un des buts serait d’éviter – ou de minimiser – le nimbisme et le localisme, nouveaux écueils du militantisme que constituait avant eux le corporatisme. À partir du mouvement « no TAV » contre les lignes ferroviaires à grande vitesse (LGV), dont la dynamique est particulièrement forte en Italie mais qui avait su se constituer comme une référence européenne, et à partir de la signature de la Charte d’Hendaye en 2010 par des associations et collectifs no TAV espagnols, français et italiens, la catégorie GPII s’est directement présentée comme un cadre de lutte d’abordeuropéen, puis mondial. En effet, en 2012, le 2ème forum européen contre les GPII eut lieu à Notre-Dame-des-Landes et, en 2013, une charte contre les GPII est adoptée au Forum social mondial de Tunis[11].

Classifying the space where the struggle took place and one’s living space in order to change the meaning and purpose: this activism work, which was local with regard to the ZAD and supra-national with regard to the UIMPs, can be understood as a will to re-appropriate the issues of the struggle and redefine its terms: “to protect” a space from a “useless imposed” future. Indigenous, thus autonomous, categories, ZAD and UIMP are against “designed space” (Lefebvre, 2000). This heteronomous space, “[tr.] the space of scholars, planners, urban planners, and ‘cut-and-pasting’ technocrats” (Lefebvre, 2000: 48). This designed space, which Lefebvre criticizes in Le Droit à la ville [tr. The Right to the City], is embodied according to the opponents of UIMPs by developments that were initially differentiated from one another in terms of activism (anti-nuclear and ecological struggles, or those against the “consumer society”, for example). Uniting these struggles under the same label is interpreting them as coming under the same way of producing space that the activists are resisting. But it is also affirming that the scale of the struggle is not the individual scale of each of these struggles but a scale that encompasses all of them; it “opens up” the struggle, making a “quantum leap” in scale (Ripoll, 2005a: 642) for the purpose of building supra-local resistance. Defining and imposing the classification of a struggle and its scale is an ongoing issue which involves activist research, networking and communication, one of the goals of which would be to prevent – or minimize – NIMBYism and localism, new pitfalls of activism taking the former place of protectionism. The “no TAV” movement against high-speed rail lines (LGV), which is especially strong in Italy but which has nonetheless been established as European, and the signing of the Hendaye Charter in 2010 by Spanish, French and Italian “no TAV” associations and collectives, marked the beginning of the UIMP classification being presented as a framework for struggle that was European first and then global. Indeed, in 2012, the 2nd European forum against UIMPs was held in Notre-Dame-des-Landes, and in 2013, a charter against UIMPs was adopted at the World Social Forum in Tunis[11].

Ce travail de résistance aux « représentations de l’espace », définies par Lefebvre comme « l’espace dominant », a été complété par la catégorie ZAD, incarnant par des « pratiques spatiales » d’autres « espaces de représentation », c’est-à-dire « l’espace dominé, donc subi » (Lefebvre, 2000 : 48-49). Cette catégorie, intrinsèquement locale, est d’abord associée à la lutte de Notre-Dame-des-Landes, sans pour autant que l’opposition se limite à l’échelle locale. Elle est devenue « cause nationale » (Kempf, 2012) par ses comités de soutien[12], la mutualisation de matériaux militants (affiches, tracts, badges, etc.) et d’argumentaires permettant, comme par exemple lors de l’appel « sème ta ZAD » au printemps 2013, l’organisation d’événements similaires ailleurs en France. Le relais médiatique de certaines rédactions a joué également[13]. Enfin, la catégorie ZAD s’est diffusée en 2012 et 2013 par « essaimage » d’autres ZAD se constituant sur des sites destinés à accueillir des GPII, comme celle du Bois du Tronçay dans le Morvan ou celle de Décines, près de Lyon. À cette construction scalaire, mise en avant par le slogan « ZAD partout » (illustrations 3 et 4), ou « ni ici ni ailleurs », s’ajoute la montée en généralité symbolisée par cet autre slogan : « non à l’aéroport et à son monde » (illustration 5. Je souligne). Ce « monde », c’est celui des représentations dominantes de l’espace rural auxquelles les opposantEs confrontent des représentations antagonistes.

This resistance work against “representations of space”, defined by Lefebvre as “[tr.] the dominant space”, was completed by the ZAD classification, embodying other “spaces of representation” (i.e. “dominated, therefore subjected, space”) through “spatial practices” (Lefebvre, 2000: 48-49). This intrinsically local category is first of all associated with the Notre-Dame-des-Landes struggle, even though the opposition is not limited to the local scale. It has become a “national cause” (Kempf, 2012) through its support committees[12], the pooling of activism materials (posters, pamphlets, badges, etc.) and arguments making it possible to organize events similar to the “sème ta ZAD ” appeal elsewhere in France in the spring of 2013. The media relay of certain editorials also played a role[13]. Finally, the ZAD category was spread in 2012 and 2013 through “dispersion” of other ZADs forming on sites intended for UIMPs, like the Bois du Tronçay in the Morvan, or the Décines near Lyon. The ground swell symbolized by this other slogan: “No to the airport and its world” (illustration 5. My italics) that is promoted by the slogans “[tr.] ZAD everywhere” and “[tr.] “Not here and not elsewhere” (illustrations 3 and 4) is added to this large-scale construction. This “world” is that of dominant representations of rural space which the opponents deem antagonistic representations.

 

 

Illustration 5 : Affichage le long d’une route lors de la manifestation de réoccupation le 17 novembre 2012.

Illustration 5: Sign along a road during the re-occupation demonstration on November 17, 2012.

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Source : zad-nadir.org

Source : zad-nadir.org

 

« Tritons crêté-e-s contre béton armé »[14]

“Crested newts against reinforced concrete”[14]

 

 

Cette confrontation des rapports à la terre – ou représentations – est rendue visible par la bataille concernant la loi sur l’Eau (sous l’égide de la Directive européenne Cadre sur l’Eau protégeant notamment les zones humides dont fait partie plus de 90% de la ZAD), ainsi que par le jeu des compensations environnementales qu’elle implique. Le droit rend nécessaire, en cas de destruction d’un écosystème protégé, une « re-création ou restauration de zones humides à fonctionnalité et biodiversité équivalente » « sur une surface égale à au moins 200% de la surface supprimée » « dans le même bassin versant » (Coordination des opposants, 2013). Or, Vinci ne possédant pas le double de la superficie dédiée aux infrastructures aéroportuaires, cette mesure compensatoire serait « qualitative » : elle relèverait d’une « méthode expérimentale » instaurant un système de coefficients différents en fonction des « unités de compensation », dans le but de dépasser le problème du manque de terres disponibles (ibid). Elle reste cependant irréalisable pour nombre d’opposantEs, qui dénoncent la « création d’un nouveau marché, comme celui des droits carbone » (ibid). Plus largement, c’est l’usage marchand de l’espace réduit à un « sol » standard et interchangeable que dénoncent les opposantEs à l’AGO, usage permis par le système capitaliste, fondé sur la propriété privée lucrative et qui rend possible dans un certain cadre réglementaire la consommation d’espaces. Cela s’inscrit, selon un militant pour la décroissance, dans « la vision très classique du social-productivisme, où la nature constitue un réservoir sans fond dans lequel nous puisons sans relâche » (Cornil, Legros, 2013 : 18).

This clash of the earth relationships – or representations – is made visible by the battle concerning the water law (under the auspices of the European Union Water Framework Directive protecting in particular wetlands which make up over 90% of the ZAD), as well as by the set of environmental compensations it involves. In the event of destruction of a protected ecosystem, the law requires “[tr.] re-creation or restoration of wetlands of equivalent functionality and biodiversity” “[tr.] over an area at least 200% the size of the area eliminated” “[tr.] in the same catchment area” (Opponents coordination, 2013). Since Vinci does not have double the area devoted to airport infrastructure, this compensation measure would be “qualitative”: it would governed by an “experimental method” introducing a system of various coefficients based on “compensation units” for the purpose of getting past the problem of the lack of available land (ibid). However, it remains unachievable according to many opponents who denounce the “[tr.] creation of a new market, like that of carbon rights” (ibid). More broadly, it’s the commercial use of space reduced to “ground” that is standard and interchangeable that the AGO opponents are speaking out against, a use allowed by the capitalist system, based on lucrative private property and which makes the consumption of spaces possible in a certain regulatory framework. According to a degrowth activist, this is part of the “[tr.] very traditional social-productivism vision where nature is a bottomless reservoir we can continuously draw from” (Cornil, Legros, 2013: 18).

Ce sont donc deux conceptions de l’espace rural qui s’opposent : une logique marchande permettant de déplacer un écosystème, et une vision environnementale voire naturaliste, défendant un milieu singulier jugé de qualité pour sa valeur ou ses caractéristiques intrinsèques[15]. Affirmant l’impossibilité de reconstituer un écosystème, les « Naturalistes en lutte » ont répertorié la biodiversité présente sur la ZAD, tête de deux bassins versants où douze rivières prennent leur source, et bocage préservé avec 170 kilomètres de haies et 200 mares (Collombier, 2014). Leur contre-expertise a aussi recensé 130 espèces protégées, parmi lesquelles quatre sont concernées par la mesure compensatoire. Plus largement, ils reposent aussi, à l’instar d’autres militantEs, la question des communs (Naturalistes, 2014), ou « biens communs », en opposition à la « privatisation » de la terre et plus largement de l’espace rural. Cette opposition renvoie par ailleurs à celui de la « valeur d’échange » contre la « valeur d’usage » (Lefebvre, 2000). Ces arguments peuvent se décliner à partir d’autres oppositions binaires que l’on retrouve à ce « carrefour des choix de société » (illustration 6).

So, these are two opposing concepts of rural space: A market logic allowing the displacement of an ecosystem, and an environmental, if not naturalistic, vision protecting a unique environment deemed important due to its value or intrinsic characteristics[15]. Stating the impossibility of re-creating an ecosystem, the “Naturalists in the struggle” inventoried the biodiversity in the ZAD, the head of two catchment basins where twelve rivers have their source, and protected grove with 170 kilometres of hedges and 200 ponds (Collombier, 2014). Their counter-assessment also counted 130 protected species, four of which are affected by the compensation measure. Moreover, following the example of other activists, the matter of common people (Naturalists, 2014) and “common goods”, rests on opposition to the “privatization” of land and more broadly, rural space. This opposition refers back moreover to “value of exchange” as opposed to “value of use” (Lefebvre, 2000). These arguments can be made using other binary opposites found on this “[tr.] crossroads of society’s choices” (illustration 6).

 

 

Illustration 6 : Affichage présent sur le site du rassemblement des 3 et 4 août 2013 à Notre-Dame-des-Landes

Illustration 6: Signage on the August 3 and 4, 2013 gathering site at Notre-Dame-des-Landes

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Source : http://spirale.attac.org

Source : http://spirale.attac.org

La recherche d’autonomie semble aux prises avec une autre difficulté : alors que les « espaces de représentation » des opposantEs à l’AGO se concentrent sur l’espace rural, ses usages et leurs finalités, les « représentations de l’espace » dénoncées sont déterminées par « l’espace dominant, celui des centres de richesse et de pouvoir », en d’autres termes l’espace urbain (Lefebvre, 2000 : 61). L’autonomie dans l’espace rural passerait-elle, dès lors, par un changement de rapport à l’espace urbain ?

The search for autonomy seems to be grappling with another problem: while “spaces of representation” of AGO opponents are focussed on rural space and its uses and purposes, the denounced “representations of the space” are determined by “the dominant space, that of the centres of wealth and power”, i.e., urban space (Lefebvre, 2000: 61). Would autonomy in rural space then be through a change in the relationship with urban space?

 

3. Vers un espace rural autonome ? Une lutte contre la domination urbaine

3. Towards an autonomous rural space? A struggle against urban domination

 

 

Dans leur analyse du projet de l’AGO,Jean Renard et Cécile Rialland-Juin relèvent que « ce sont deux conceptions du progrès et de l'avenir des territoires qui s'affrontent » (2013). En effet, par la production d’un discours autonome, appuyé sur des représentations – ou conceptions – de l’espace rural opposées aux visions capitaliste et productiviste qui en font des espaces marchands standardisés, spécialisés, si ce n’est de simples sols à exploiter, les opposantEs à l’AGO et aux GPII dévoilent autant un autre rapport au monde – en tant que système dominant – qu’un autre rapport à l’espace. Dans ce cadre, ils s’inscrivent dans une remise en cause de la logique d’« urbanisation » centrale à la mondialisation néolibérale (Harvey, 2004). Finalement, dans cette critique de l’organisation de l’espace dominée par la ville, ne peut-on pas voir une remise en cause des échelles d’organisation, comme le proposent les militantEs pour la décroissance ?

In their analysis of the AGO project, Jean Renard and Cécile Rialland-Juin point out that “two concepts of progress and the future of areas are clashing” (2013). Through the production of an autonomy discourse, supported on representations – or concepts – of rural space that are opposed to capitalist and productivist visions, which make it standardized, specialized merchandise space, if not mere land to be developed, the AGO and UIMP opponents as much reveal another relationship to the world – as a dominant system – as they do another relationship to the space. In this context, they are part of a challenge to the “urbanization” philosophy that is key to neoliberal globalization (Harvey, 2004). Finally, in this criticism of the organization of space dominated by the city, is it not possible to see a challenge to the scales of organization as proposed by degrowth activists?

 

 

Entre terre et Terre : lutter contre la domination urbaine

Between the land and Earth: Struggling against urban domination

 

 

L’un des enjeux que révèle la montée en généralité des discours des opposantEs aux GPII est de savoir à qui sont destinés ces projets. Jean-Pierre Garnier note que l’AGO ne vise pas à (des)servir les espaces ruraux car il s’inscrit dans une dynamique d’attractivité placée au service de la métropole et de ses populations les plus qualifiées : « Qui doit-elle attirer [la ville de Nantes] ? Toujours les mêmes : les investisseurs d’une part, et la matière grise de l’autre. Autrement dit : les banquiers, les patrons de firme, les managers, les promoteurs, les cadres, les techniciens de rang supérieur. Il s’agit de dérouler le tapis rouge ou vert – développement urbain durable oblige – devant les exploiteurs et la petite bourgeoisie intellectuelle, grosse consommatrice d’événements "culturels" » (cité par Porquet, 2012). Cette lecture sociologique critique rejoint les arguments d’une lettre ouverte adressée au président Hollande intitulée « Rester ferme ! », dans laquelle les habitantEs de la Ferme de Bellevue donnent à voir l’effacement de l’espace rural au profit de logiques urbaines : « la ville est au centre de toutes les attentions, le développement économique, la vitesse, courir, voler, communiquer, voyager, et HOP !, plus besoin de manger, de se nourrir, de déguster » (Bellevue, 2013). La dénonciation de cette attraction urbaine s’appuie sur des argumentaires de promoteurs de l’AGO, tel le syndicat mixte d’études de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes qui affirme que « les territoires sont entrés dans une logique de compétition pour attirer les investissements ainsi que les événements porteurs d’image et de retombées économiques ». Plus qu’une infrastructure aéroportuaire, c’est cette logique que combattent les opposantEs. Ils ne se limitent pas à dénoncer la consommation de leurs terres, mais luttent contre l'emprise des terres artificialisées sur les « terres vivrières » et contre la logique concurrentielle qui aboutit à l’« accaparement » de terres et de ressources, au Nord comme au Sud :

One of the issues revealed by the groundswell of the speeches of UIMP opponents is knowing who these projects are intended for. Jean-Pierre Garnier notes that the AGO does not aim to serve rural spaces as it is part of an attractiveness dynamic meant to serve the metropolitan area and its most important populations. “Who should [the city of Nantes] attract? The usual: investors on the one hand, and brainpower on the other. In other words, bankers, business owners, managers, developers, senior technicians. Rolling out the red or green carpet – sustainable urban development requires as much – for the operators and intellectual middle class, huge consumers of “cultural” events (quoted by Porquet, 2012). This sociological interpretation is along the same lines as the arguments in an open letter to President Hollande entitled “[tr.] Hold firm!” in which the inhabitants of Bellevue Farm demonstrate that rural space is being removed to the benefit of urban philosophy: “[tr.] the city is always the centre of attention, economic development, speed, running, flying, communicating, travelling, and LET’S GO! no more need to eat, be nourished, to enjoy” (Bellevue, 2013). Speaking out against this urban draw is supported on the AGO promoters’ leaflets, like the joint association for studying the Notre-Dame-des-Landes airport, which states that “[tr.] the territories have entered into a competition-based philosophy in order to attract investment as well as events for branding and economic benefits”. It is this philosophy that the opponents are fighting against more than an airport. They are not only speaking out against the consumption of their land but are struggling against the take-over of “crop land” by artificialized land, and against the competition-driven philosophy that leads to “Land (and resource) grabbing” in the North and South alike.

« De nombreux-ses paysan-ne-s en devenir cherchent à cultiver la terre dans des logiques critiques d’une industrie agro-alimentaire, synonyme d’exploitation économique mondialisée, de destructions environnementales, et de formatage gestionnaire de la société. Ceux/celles-ci font face à une somme d’obstacles. Un des problèmes majeurs est la difficulté d’accéder à des terres du fait du bétonnage, de la mainmise des agro-maîtres, et de la politique d’agrandissement constant des exploitations existantes.

“Many peasants are seeking to cultivate the land based on criticism of an agro-food industry that is synonymous with globalized economic exploitation, environmental destruction and social management. They are dealing with many obstacles. One of the major problems is the difficulty accessing land due to concrete, the takeover by factory farms, and the ongoing expansion policy of existing operations.

De plus en plus de personnes et collectifs, notamment en ville, cherchent à trouver des moyens de se nourrir sur des bases locales et d’échanges directs ou à produire une partie de leur nourriture. Ce processus se trouve lui aussi entravé par les politiques agricoles, les formes actuelles d’urbanisation et l’accaparement des terres » (Reclaim the ZAD, 2011).

Growing numbers of people and communities, especially in the city, are trying to find the means to feed themselves locally and to deal directly or produce some of their food. This process is also hindered by agricultural policies, current forms of urban planning and land grabbing” (Reclaim the ZAD, 2011).

Cette critique de l’usage dominant des terres agricoles donne à voir toute l’hétéronomie qu’il implique. Ainsi, les revendications sont « simples » : pouvoir accéder à la terre pour la cultiver, et pouvoir « cultiver la terre » en dehors des logiques contestées… en fonction de ses propres logiques. Bref, retrouver une certaine autonomie paysanne mise à mal, entre autres, par les « formes actuelles d’urbanisation ».

This criticism of the dominant use of farmland shows all the heteronomy involved. Thus, the claims are “simple”: access to the land to cultivate it and the ability to “cultivate the land” outside the contested philosophies…according to their own philosophies. In short, finding a certain peasant autonomy that has been jeopardized in part by “current forms of urban planning”.

 

 

Des espaces de vie « à échelle humaine »

“Human scale” living spaces

 

 

Gagner en autonomie pourrait alors nécessiter, pour les espaces ruraux, de sortir de la sphère d’attractivité de la ville. Pour les militantEs pour la décroissance, la ville a matériellement dépassé ses limites écologiques – elle dépend au moins autant de la campagne qu’elle ne l’exploite – en plus d’avoir, politiquement, « sap[é] le contrôle des citoyens de base sur leur activité et leur vie quotidienne » (Gruca, 2013). C’est donc l’organisation de l’espace dans son ensemble, pensée depuis son institutionnalisation en France sous la forme d’« aménagement du territoire » à partir des métropoles (encadré 1), qui serait à remettre en cause. Dans une logique de « relocalisation », centrale à la pensée de la décroissance, reconsidérer l’échelle locale est essentiel pour une organisation de l’espace fondée sur le « ménagement » des terres et de leurs ressources.L’espace local étant par ailleurs le plus à même de permettre l’autonomie, comme le défendent ces auteurs vivant au Québec :

For rural spaces, gaining autonomy could thus necessitate leaving the city’s sphere of attractiveness. According to degrowth activists, the city has physically exceeded its ecological limits – the city depends on the country at least as much as it exploits it – in addition to having politically “[tr.] undermined citizens’ basic control over their work and daily life” (Gruca, 2013). Therefore, what should be challenged is the organization of space as a whole, which has been thought of in terms of “land management” based on metropolises since its institutionalization in France (Box 1). Based on “relocalization”, which is key to degrowth philosophy, reconsidering the local scale is fundamental to an organization of space based on “caring for” the land and its resources. Moreover, local space is the most able to make autonomy possible, as defended by these authors living in Quebec:

« affirmons au départ que pour nous, la décroissance conviviale est par définition une entreprise collective et que l’organisation politique de base que nous privilégions est la commune, aussi bien en ville qu’en région. Et dans ce modèle, nous considérons pour l’instant que les villes actuelles sont trop grandes et les villages souvent trop petits et dispersés. Donc un certain déplacement de la population de même qu’un fractionnement des villes seraient souhaitables, si l’on veut arriver à des communes qui puissent être le plus autonomes et autosuffisantes possible, imbriquées dans un réseau confédératif. Et pour ce faire, il s’agit de rendre les communes rurales plus attrayantes et plus accueillantes » (Laroche, Mongeau, Silvestro, 2010, je souligne).

“Let us state at the outset that for us, user-friendly degrowth is by definition a collective undertaking and that our preferred basic political organization is the commune both in the city and the outlying areas. And based on this model, we currently deem that today’s cities are too big and the villages are often too small and scattered. So a certain displacement of the population as well as a splitting up of cities would be desirable, if we want to achieve communes that are able to be as autonomous and self-sufficient as possible, interwoven into a confederating network. And to do this, rural communes must be made more attractive and more welcoming” (Laroche, Mongeau, Silvestro, 2010, my italics).

À l’inverse des logiques d’attractivité métropolitaine, dont les ressorts sont économiques, ils proposent, parfois sous le terme « désurbanisation », de (re)valoriser l’espace rural et de s’organiser à l’échelle de la commune, garante de plus d’« autonomie ». C’est aussi ce que défend Philippe Gruca, spécialiste de la pensée de Günther Anders et directeur de la revue politique et théorique de la décroissance Entropia, quand il propose d’« enchâsser la société dans le quotidien » pour poser les bases d’un « monde à échelle humaine » (Gruca, 2013). Cette proposition invite à reconsidérer l’échelle d’organisation sociale et politique en reconsidérant la place de la « quotidienneté », « principal produit » de la société actuelle (Lefebvre, 1968 : 141). En effet, pour Lefebvre, « c’est à l’humble niveau du “quotidien" que se posent avec force et se résolvent, souvent avec violence, les “grands" problèmes » (Lefebvre, 1968 : 112).

Unlike the economically driven metropolitan attractiveness philosophies, they propose, occasionally under the term “de-urbanization”, to (re)appraise rural space and to organize as communes, a scale guaranteeing more “autonomy”. This is also what Philippe Gruca, an authority on the philosophy of Günther Anders and director of the degrowth theoretical and political journal Entropia, stands up for when he proposes “[tr.] to enshrine society in the everyday” in order to lay the foundations of a “human scale world” (Gruca, 2013). This proposal suggests a reconsideration of the scale of social and political organization by reconsidering the role of “everyday-ness” as the “main product” of present-day society (Lefebvre, 1968: 141). According to Lefebvre, “[tr.] it is at the humble “everyday” level that “large” problems forcefully arise and are resolved, often with violence”(Lefebvre, 1968: 112).

 

 

En guise de conclusion…

As a conclusion…

 

 

Parmi les divers opposantEs aux GPII, qui luttent contre « ces projets [qui] s’inscrivent dans une logique de concurrence exacerbée entre les territoires et impliquent une fuite en avant vers toujours “plus grand, plus vite, plus coûteux, plus centralisateur” » (Collectif, 2013), c’est cet « humble niveau du “quotidien" »que les zadistes ont choisi. Dans un contexte de rapport au temps et à l’espace ultra-contraignant, imposé par la zone d’aménagement différé et les logiques de la société dominante de l’« aéroport et son monde », les opposantEs, en développant des pratiques et des usages les plus autonomes possibles, semblent répondre aux propos tant prescriptifs que descriptifs de Lefebvre qui affirmait, en 1968, qu’« aujourd’hui s’esquisse le dépassement de l’économisme […]. Il s’agit d’un dépassement par et dans la pratique : d’un changement de pratique sociale » (2009 : 118). Ce dépassement correspondrait-il au passage des « zones à défendre » en « zones d’autonomie définitive » ? ou bien implique-t-il de « semer » des ZAD, partout y compris dans nos représentations ? En travaillant à sortir la campagne de sa subordination, tant matérielle qu’idéelle, à la ville par des pratiques, des usages et des discours autonomes, les opposantEs à l’AGO nous donnent à voir une tentative de droit au village, c’est-à-dire de construction d’un espace rural autonome.

Among the various opponents to UIMPs, who struggle against “[tr.] these projects which are part of a philosophy of exacerbated competition between territories and involve the endless flight toward “bigger, faster, more expensive, more centralizing” (Collective, 2013), it is this “humble ‘everyday’ level” that the zadists have chosen. In a context of an ultra-constraining time and space relationship imposed by the deferred development zone and the philosophies of the dominant society of the “airport and its world”, the opponents, in developing the most autonomous practices and uses possible, seem to respond to the Lefebvre’s remarks, as prescriptive as they are descriptive, when he stated in 1968 that “[tr.] today the overtaking of economism is starting to take shape…. This is an overtaking by and in practice; [it is] a change in social practice” (2009: 118). Could this overtaking correspond to “zones to be defended” becoming “zones of definitive autonomy”?[16] or does it involve “sowing” ZADs everywhere, including in our representations? By working to free the countryside from both the physical and philosophical subordination to the city through autonomous practices, uses and speeches, the AGO opponents show us an attempt at right to the village, or in other words, construction of an autonomous rural space.

A propos de l'auteure : Anne Laure Pailloux est Doctorante en géographie – Université Paris-Est Marne-la-Vallée – Lab’Urba 

About the author: Anne Laure Pailloux is Doctoral candidate in geography – Université Paris-Est Marne-la-Vallée – Lab’Urba

Pour citer cet article : Anne Laure Pailloux, "Zone d’aménagement différé contre « zone à défendre ». Analyse d’une lutte pour l’autonomie dans/de l’espace rural" justice spatiale | spatial justice, n° 7 janvier 2015, http://www.jssj.org

To quote this article: Anne Laure Pailloux, « Deferred Development Zone (ZAD) versus “Zone to be protected”. Analysis of a struggle for autonomy in/of rural space » justice spatiale | spatial justice, n° 7 janvier 2015, http://www.jssj.org

 

 

[1] CertainEs opposantEs au projet d’aéroport près de Notre-Dame-des-Landes se font appeler Camille, « nom d’emprunt permettant de préserver l’anonymat des opposantEs et de les protéger d’éventuelles poursuites judicaires. L’usage du prénom Camille évite également l’apparition de "porte-parole charismatiques" » (Camille, 2013 : 111). Le procédé consistant à « dégenrer » ce texte, bien que partagé avec des militantEs de la ZAD qui l’utilisent sous d’autres formes, ne dépend pas de leur démarche mais est propre à l’auteure.

[1] Some of the opponents of the airport project near Notre-Dame-des-Landes call themselves Camille, “[tr.] an assumed name making it possible to preserve the anonymity of those against the project and to protect them from potential legal action. Use of the name Camille also prevents “charismatic spokespersons” from appearing (Camille, 2013: 111). The procedure consisting in “breaking down” this text, although shared with the ZAD activists who use it under other forms, does not depend on them but is the author’s own.

[2] Les termes en italiques entre guillemets sont des termes indigènes relevés dans des documents militants ou entendus sur le terrain. Ils sont indiqués comme tel uniquement lors de leur premier emploi.

[2] The terms in Italics and quotation marks are indigenous terms highlighted in the activists’ documents or heard in the field. They are indicated as such only the first time in which they appear.

[3] Dans la suite de l’article, l’acronyme ZAD signifiera « zone à défendre ».

[3] In the article that follows, ZAD will mean “Zone to be Protected”.

[4] Ce nom donné au futur aéroport est aussi le nom choisi par Vinci, concessionnaire qui obtint le marché en 2010 pour 55 ans dans le cadre d’un partenariat public-privé, pour nommer sa filiale chargée de la construction et de l’exploitation de l’aéroport. Dans la suite du texte, les références à l’AGO concerneront le nom du projet et non celui de cette filiale.

[4] This name given to the future airport is also the name chosen by Vinci, the operator who won the contract in 2010 for 55 years as part of a public-private partnership, for his subsidiary in charge of construction and operation of the airport. In the text that follows, references to the AGO will pertain to the name of the project and not that of this subsidiary.

[5] On peut définir le Nimby (Not In My BackYard) comme des mobilisations de voisinage pour la défense d’intérêts propres face à un projet d’aménagement contre lequel les habitantEs ne se seraient pas mobiliséEs s’il avait lieu ailleurs que dans leur espace de vie.

[5] Nimbys (Not In My Back Yard) can be defined as neighbourhood mobilizations for the protection of self-interests in the face of a development project that the residents would not have mobilized against were it not in their living space.

[6] Dans le quatrième chapitre de sa thèse, Michel Carrard étudie le rôle des infrastructures aéroportuaires dans la concurrence territoriale visant à asseoir la compétitivité et l’attractivité d’un territoire, en l’occurrence de la métropole nantaise (2009).

[6] In Chapter 4 of his thesis, Michel Carrard examines the role of airport infrastructure in territorial competitiveness for the purpose of strengthening the competitiveness and attractiveness of an area, the Nantes metropolitan area in this case (2009).

[7] Henri Lefevbre n’était pas d’accord avec la définition de la société contemporaine comme une « société technicienne » (Ellul, 2004 [1977]). Pour lui, elle ne mettait pas assez en avant le rôle de l’urbanisation dans le processus de constitution de la société : « il est exact que la technique prend un caractère déterminant » (1968 : 95), mais « c’est dans et par la ville que la technique entre dans la société » (1968 : 98).

[7] Henri Lefevbre did not agree with the definition of contemporary society as a “technology society” (Ellul, 2004 [1977]). In his opinion, this did not place enough emphasis on the role of urbanization in the process of forming a society: “It is correct that technology is a determining feature” (1968: 95), but “it’s in the city and through the city that technology enters into society” (1968: 98).

[8] Dans cette sous-partie, les termes en italiques et entre guillemets sont issus d’échanges avec des zadistes pendant l’été 2013.

[8] In this sub-part, the terms in Italics and quotation marks are from discussions with Zadists during the summer of 2013.

[9] Il conviendrait d’approfondir cette question de l’utilisation de cartes en tant qu’outil militant, constituant un détournement de son usage traditionnel qu’Yves Lacoste associait, hors de la sphère scientifique, aux États-majors (1976). Les symboles choisis ici pour illustrer les barricades et les espaces de contrôle policier sont révélateurs de cette subversion.

[9] This question of the use of maps as an activism tool should be gone into in greater depth; this use constitutes a hijacking of its traditional use, which Yves Lacoste, outside research, associated with military headquarters (1976). The symbols chosen here to illustrate the barricades and spaces under police control are eye-opening about this subversion.

[10] La dénomination accompagne l’appropriation de lieux. Dans le contexte de la ZAD, la toponymie est chargée de sens : clins d’œil, références et détournements sont courants. Parmi de nombreux exemples, on peut citer Le Far Ouest, la Chat-teigne, le no TAV-erne, la barricade Bison Futé, la cabane collective Le communal ou le théâtre No name.

[10] Naming goes along with the appropriation of places. In the ZAD context, toponymy is loaded with meaning: winks, references and hijackings are routine. Among the many examples, we can cite Le Far Ouest [the far west], Chat-teigne [tr. the mangy cat], the no TAV-erne, the Bison Futé [tr. clever bison] barricade, the Le communal [tr.: the Communal meeting place] and the No Name theatre.

[11] La traduction anglaise de l'expression GPII a évolué au fil de ces rassemblements : "enforced useless major projects" en 2012, elle se fixe en 2013 avec l’acronyme UIMP mais vascille entre "useless" et "unnecessary":  les 3è et 4è forum, à Stuttgart (Allemagne) en 2013 et Rosia Montana (Roumanie) 2014, ont été appelés "unnecessary imposed mega project". Je choisis ici, en anglais, l'expression "useless and imposed mega projects" car c'est celle qui figure dans la charte de Tunis, texte constituée comme référence.

[11] The English translation of the French expression GPII evolved over these gatherings: « enforced useless major projects » in 2012 settled on the acronym UIMP in 2013, but wavers between “useless” and “unnecessary”. The 3rd and 4th forums in Stuttgart, Germany in 2013 and Rosia Montana, Romania in 2014 used “unnecessary imposed mega project”. Here I chose the expression « useless imposed mega projects » because this is what appears in the charter of Tunis, the text used as a reference.

[12] En janvier 2013, on comptait plus de 80 comités de soutien dans diverses régions de France. Ceux-ci se sont largement constitués à partir d’octobre 2012, au moment des expulsions par les forces de l’ordre. Depuis, tous ne sont pas demeurés actifs.

[12] In January 2013, there were more than 80 support committees in various regions of France. They were for the most part formed starting in October 2012 at the time of the evictions by the police. Since then, not all have remained active.

[13] Outre les médias autogérés de la ZAD dont la diffusion locale se fait sur la fréquence – piratée – des autoroutes gérées par Vinci, des médias alternatifs et écologiques participent à cette diffusion, proposant des suivis réguliers de la situation (Reporterre, Bastamag) ou des inventaires – français ou européens – des GPII (S!lence et Rue 89 mais aussi la revue Mouvements). Notons que parmi les journaux à grand tirage, seul Le Monde, par l’intermédiaire de son journaliste Hervé Kempf, fournissait un suivi régulier des événements. Ainsi, Kempf publiait le 21 octobre 2012, avant les représentantEs de partis politiques officiellement soutiens aux opposantEs à l’AGO, « Une Cause nationale », dans le but de stopper le silence qui régnait depuis cinq jours partout ailleurs qu’à Notre-Dame-des-Landes (le 16 octobre avait commencé l’opération d’expulsion massive des zadistes). Démissionnaire du Monde en septembre 2013, Hervé Kempf dénonce « la censure mise en œuvre par sa direction, qui m’a empêché de poursuivre dans ce journal enquêtes et reportages sur le dossier de Notre Dame des Landes », sur lequel il avait publié son premier article dès août 2009 (Kempf, 2013).

[13] Beside the ZAD self-managed media which broadcast locally on a pirated highway frequency managed by Vinci, alternative and environmental media participated in this dissemination, proposing regular follow-ups of the situation (Reporterre, Bastamag) or inventories – French or European – of UIMPs (S!lence and Rue 89 but the magazine Mouvements as well). We note that among the newspapers with large circulations, only Le Monde, through its reporter Hervé Kempf, regularly followed the events. Thus on October 21, 2012 Kempf published, before the representatives of the political parties officially supporting the AGO opponents, “Une Cause nationale” [tr. A National Cause] for the purpose of putting an end to the silence that had dominated for five days everywhere except in Notre-Dame-des-Landes (the mass eviction of the zadists had begun on October 15). Resigning from Le Monde in September 2013, Hervé Kempf spoke out against his management’s “[tr.] censorship which prevented me from continuing in this newspaper the investigations and special interest stories on the Notre Dame des Landes file” on which he had published his first article in August 2009 (Kempf, 2013).

[14] Ce sous-titre est celui du site internet de référence de la ZAD : zad-nadir.org.

[14] This sub-title is that of the ZAD website: zad-nadir.org.

[15] Si la lutte contre la marchandisation des terres et leur artificialisation – ou « bétonisation » – est partagée les opposantEs, il ne faudrait pas homogénéiser leurs sensibilités écologiques. De la même manière que si l’« occupation policière » de l’hiver 2012-2013 a renforcé la solidarité générale entre les opposantEs, les positionnements politiques restent variés.

[15] If the struggle against the merchandization of land and its artificialization – or “concretization” – is shared by the opponents, their ecological sensibilities must not be seen as homogenous. Similarly, although the “police occupation” of winter 2012-2013 strengthened the opponents’ solidarity, a range of political positions remains.

[16] Translator’s note: The author has added another meaning to the acronym ZAD with the French zones d’autonomie définitive [zones of definitive autonomy]. SWM

Bibliographie

References

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