Sécuriser l’espace des pauvres

Improving Security in Poor Areas

Introduction

Introduction

La perspective de l'organisation, à Rio de Janeiro, de plusieurs événements sportifs et culturels d'envergure internationale [1] constitue un enjeu majeur pour la ville. Plus que jamais, ces grands événements conduisent les autorités publiques à œuvrer dans le sens d'une résolution du problème de l'insécurité. Elle a atteint des niveaux surprenants et concourt à menacer la liberté et les droits fondamentaux, principalement dans les quartiers pauvres. Ce phénomène est tout particulièrement observé à Rio de Janeiro, désignée par M. Lopes de Souza de fobópole[2]. Selon lui, la ville est un laboratoire privilégié pour l'étude des phénomènes sociaux que constituent la peur, l'insécurité, la criminalité et la violence, et de leur pendant principal : la sécurité ou la sécurisation.

Organising several international sports and cultural events[1] in Rio de Janeiro constitutes a major challenge for the municipality. More than ever, it compels the public authorities to work towards resolving the issue of insecurity which has been reaching surprising levels and is contributing to threaten freedom and human rights, mainly in poor areas. This phenomenon has been observed specifically in Rio de Janeiro and has been referred to as fobópole[2] by Lopes de Souza. According to him, a city is the perfect laboratory to study the social phenomena of fear, insecurity, crime and violence, as well as their main remedy: security or its improvement.

Ces premiers éléments de réflexion positionnent la présente contribution dans l'étude des phénomènes qui se structurent autour des faits criminels violents et des sentiments de peur et d'insécurité : ceux qui, relevant du domaine des politiques de sécurité, conduisent les instances publiques à engager d'importants moyens permettant d'assurer la sécurité de leurs concitoyens. Les mesures adoptées récemment à Rio de Janeiro rappellent clairement combien la sécurité publique s'avère centrale pour l'équilibre du pays. Á l'échelle locale, malgré la corruption et l'inefficacité reconnue des forces policières de l'État de Rio de Janeiro, le Bataillon des Forces Policières (BOPE), force d'élite très bien entraînée, se consolide au cours de la décennie 2000. Elle est envisagée comme une nouvelle forme de police militairement efficace, prétendument honnête, mais qui reste résolument violente. Au niveau fédéral, ce renouvellement se traduit en 2008 par l'élaboration du Programme Fédéral de Sécurité et Citoyenneté (Pronasci). Mis en avant par le ministre de la Justice Luiz Paulo Barreto dans le cadre de l'ouverture du 12èmeCongrès des Nations Unies sur la prévention du crime et la justice pénale, ce projet constitue selon lui « un nouveau paradigme dans la politique du pays »[3], notamment par le fait, inédit dans le pays, qu'il tente de concilier la mise en œuvre d'objectifs sécuritaires et sociaux. Parmi les mesures prises en matière de sécurité et de prévention de la criminalité, le programme prévoit la création d'une police dite « communautaire ». Ces policiers, récemment sortis de l'Académie de police, donc peu au fait des pratiques de corruption et de violence des policiers en poste, sont employés selon un contrat nouveau qui prévoit l'amélioration de leurs conditions de travail (formation plus adéquate, changement des journées de travail et augmentation des salaires). Le Pronasci prône notamment l'occupation de plusieurs favelas où sont installées, depuis 2008, des « Unités de Police Pacificatrice » (UPP). Cette mesure se différencie des anciens projets de police communautaire à la fois par les moyens financiers engagés par le Gouvernement fédéral et par le nombre de policiers mobilisés dans ces opérations[4]. Les premières implantations font effectivement état de la fin ou, pour le moins, de la diminution drastique du nombre d'armes à feu dans les favelas concernées, ce qui a contribué à réduire considérablement le nombre de crimes mortels, augmentant par la même occasion le sentiment de sécurité chez les habitants de la ville.

This article falls within the study of phenomena structured around facts on violent crime and feelings of fear and insecurity, as part of the domain of security policies, when crime, fear and insecurity lead the authorities to call on significant means to ensure the safety of their fellow citizens. The measures recently adopted in Rio de Janeiro are a clear reminder that public security is central to the country’s equilibrium. Locally, despite the recognised corruption and inefficiency of the police forces of the State of Rio de Janeiro, the highly-trained Special Police Operations Battalion or Batalhão de Operações Policiais Especiais (BOPE), was consolidated during the 2000s. It was envisaged as a new form of supposedly honest and efficient police force. However, it remained resolutely violent. Nationally, this renewal resulted, in 2008, in the elaboration of the National Programme for Security and Citizenship (Pronasci) put forward by Justice Minister Luiz Paulo Barreto within the framework of the opening of the 12th Congress of the United Nations on Crime Prevention and Criminal Justice. According to him, this programme constituted a new paradigm in the country’s politics[3], particularly due to the new fact that it tried to reconcile the implementation of security and social objectives. Among the measures taken in relation to security and crime prevention, the programme provided for the creation of a so-called « community-based » police force. The policemen of this force who recently came out of the Police Academy and are therefore little exposed to the corruption and violence practiced by the current policemen, are employed on a new contractual basis, allowing for improved working conditions, more adequate training, working on different weekdays and salary increase). The Pronasci has been recommending the occupation of several favelas where Pacifying Police Units (UPP) have been established since 2008. This measure differs from former community policing projects in the financial means allocated by the Federal Government and in the number of policemen mobilised in these operations[4]. Indeed, the first units established there reported the end or at least a drastic reduction in the number of firearms in the favelasconcerned, which contributed to a considerable reduction in the number of murders, thereby increasing the feeling of security among residents.

Néanmoins, le traitement par la sécurisation de ces espaces semble dépasser la seule logique « pacificatrice »[5], pour révéler nombre d'enjeux d'ordre économique. En effet, la perspective des grands évènements sportifs organisés par la ville conduit à une spéculation immobilière accrue à proximité des lieux d'implantation de ces unités de police[6]. Ceci est d'autant plus accentué que la ville est en voie d'attirer d'importants capitaux immobiliers, à la fois nationaux et internationaux, notamment dans le cadre de la politique de rénovation urbaine engagée dans plusieurs quartiers, parmi lesquels celui de la zone portuaire.

Nevertheless, beyond the « pacifying » logic[5], improving security in these spaces reveals several economic stakes. The perspective of major sporting events organised by the municipality leads to accrued real estate speculation close to the places where police units settled[6]. This is all the more emphasised since the city is about to attract important national as well as international capitals in the form of real estate, particularly within the framework of the urban renovation policy initiated in several suburbs, including the harbour area.

Dans ce contexte, marqué par un changement rapide qu'il apparaît difficile de suivre dans toute son actualité, l'objectif de cet article est d'identifier les logiques spatiales inhérentes aux mesures sécuritaires mises en place dans les favelas cariocas. Il conviendra d'analyser à la fois ces changements dans leurs lieux et les manières dont ils sont vécus par les habitants des favelas eux-mêmes, confrontés à une présence policière permanente, en interrogeant les manières dont sont vécues ces initiatives inédites dans plusieurs favelas.

In this context marked by rapid changes in current events which seem difficult to follow, the objective of this article is to identify spatial logics inherent to security measures implemented in the favelas cariocas. We need to analyse where and how these changes are taking place, and how they are perceived by current favela residents confronted with a permanent police presence by questioning how these new initiatives are experienced in several favelas.

Notre hypothèse est que le choix sélectif auquel se prêtent les autorités en charge de la sécurité lorsqu'elles choisissent d'intervenir dans telle ou telle favela de la ville ne s'explique pas seulement par les situations d'urgence auxquelles font face certains quartiers eu égard à l'insécurité et la violence. Il relève aussi et peut-être avant tout d'une stratégie volontariste de la part des institutions publiques urbaines visant à rendre la ville attractive aux investisseurs et aux futurs touristes en séjour lors des événements sportifs prochains. En agissant contre la criminalité, elles lèvent, par exemple, l'un des leviers majeurs qui obstrue le jeu du marché foncier et immobilier dans une ville en pleine transformation. Cette logique semble expliquer la rapidité inédite par laquelle est mis en œuvre le programme.

We posit that the way the authorities chose where to intervene is not just because of emergencies related to insecurity and violence in the suburb concerned, but also and perhaps above all because of a voluntarist strategy from urban public institutions aiming at making the city attractive to investors and future tourists. It is in fighting crime that public institutions can remove one of the main obstructions to land and real estate market in a city in full transformation. This principle seems to explain the rapidity with which the programme is being implemented.

Ce travail, qui débute par un état des lieux des réflexions sur la violence urbaine à Rio de Janeiro, s'appuie, dans la démonstration, sur des articles extraits de la presse nationale et locale, ainsi que sur un matériau empirique obtenu au moyen d'observations directes et du suivi régulier de réunions d'habitants concernés par l'installation d'unités de Police Pacificatrice dans plusieurs favelas de la ville. Sous couvert de réponses aux problèmes de sécurité, cette nouvelle forme de police communautaire tend à dissimuler la réappropriation, par les institutions publiques, de pans stratégiques de la ville.

Our research which begins by examining reflections on urban violence in Rio de Janeiro, is based on articles from the national and local press, and on empirical data obtained through direct observation, and by regularly following up on the meetings of residents affected by UPPs established in several favelas of the city. Under the pretext of resolving security issues, this new form of community policing tends to dissimulate the fact that public institutions are in fact re-appropriating strategic areas of the city.

Violence et pauvreté urbaines à Rio de Janeiro. Les favelas, lieux de sociabilités violentes ?

Violence and Urban Poverty in Rio de Janeiro – Favelas as Places of Violent Sociability

L'association entre marginalité et espaces urbains illégaux a largement été étudiée dans le contexte urbain brésilien, certains auteurs essayant de clarifier les raisons qui contribuent à expliquer la progressive affirmation, au cours des deux siècles passés, d'espaces désignés par le terme générique de favelas (Abreu, 1994 ; Gonçalves, 2010 ; Valladarès, 2008 ; Silva, 2005 ; Zaluar, 2007). Comptant parmi les éléments centraux du paysage social urbain de Rio de Janeiro au cours du 20ème siècle, les favelas constituent une matérialisation parmi d'autres d'un manque drastique de solution de logement suite à un mouvement d'expansion urbaine mal maîtrisé tout au long du siècle passé. En dépit d'une très grande diversité de situations vis-à-vis de leur histoire sociale, de leur statut foncier, et des conditions socio-économiques dans lesquelles vivent leurs habitants, ces espaces demeurent aujourd'hui associés à des représentations sociales très largement négatives. L'activité du narcotrafic ne fait que renforcer des stigmates et une marginalisation déjà anciens à l'égard de ces espaces. Depuis les années 1980, cette activité n'a cessé de s'étendre tant en termes quantitatifs que du point de vue spatial, au point de constituer à la fois une source importante de revenus pour certains, et un milieu dans lequel prévalent des logiques sociales criminelles.

The link between marginality and illegal urban space has been the subject of many studies in the Brazilian urban context, with some authors trying to clarify the reasons explaining the progressive assertion of spaces generically referred to as favelas over the last two centuries (Abreu, 1994; Gonçalves, 2010; Valladarès, 2008; Silva, 2005; Zaluar, 2007). Favelas, which represent some of the main elements of the urban social landscape of Rio de Janeiro in the 20th century, are the materialisation of, among other things, a drastic lack of housing solution following a badly controlled urban expansion movement throughout the last century. Despite a great diversity of situations as far as social history, land status and residents’ socioeconomic conditions are concerned,favelas today remain mainly associated with negative social representations. Where they have become marked and marginalised over time, drug trafficking which prevails since the 1980s has only been reinforcing this situation. Drug trafficking has been expanding quantitatively as well as spatially and uninterruptedly to the point of constituting an important source of revenues for some, and an environment in which criminal social principles prevail.

La concentration du trafic de stupéfiants dans les favelas s'explique par des raisons tout à la fois socio-économiques et géographiques. Le plus souvent largement déficitaires en équipements publics fondamentaux en matière de santé, d'éducation et d'emploi, elles concentrent effectivement une partie de la pauvreté urbaine (Telles, 2006). Mais aussi leur configuration spatiale singulière, c'est-à-dire à la fois leur situation dans la ville, sur des points hauts - collines surplombant la ville dite formelle - ou en lointaine périphérie -, et leur morphologie - riche en venelles et dédales de ruelles d'accès difficile -, font des favelas des lieux de repli et de protection ayant contribué à favoriser l'expansion rapide du commerce de stupéfiants, passé en quelques décennies de la vente de drogues douces (psychotropes) au double trafic de drogues dures (cocaïne et, plus récemment, son dérivé le crack) et d'armes. Bref, elles sont devenues les points névralgiques tenus par les narcotrafiquants pour la desserte de toute l'agglomération.

Drug trafficking being concentrated inside favelascan be explained socioeconomically as well as geographically. Indeed, while favelas more than often lack in basic public services as regards health, education and employment, they are also home to part of the urban poor (Telles, 2006). Their unique spatial configuration, i.e. their location on hills overlooking the so-called formal city or on the outer suburbs, and their morphology, i.e. with a maze of alleys and streets difficult to access, make of favelas places where drug traffickers can withdraw and feel protected, which contributed to the rapid expansion of this activity which, in the space of a few decades, went from the sale of soft drugs (i.e. psychotropic substances) to that of hard drugs (i.e. cocaine and, more recently, crack) and weapons. In short,favelas have become hubs from where drug traffickers sell to the entire urban area.

Le démantèlement de l'appareil répressif de l'Etat suite au retour du pays à la démocratie et l'établissement du commerce lucratif de la cocaïne - plus rentable que celui de la marijuana - favorisent, à partir de la fin des années 1970, l'émergence de l'activité de narcotrafic dans lesfavelas[7]. Les narcotrafiquants imposent peu à peu leur pouvoir dans les favelas non seulement par la force des armes, mais notamment en reproduisant un schéma clientéliste traditionnel. En comblant le vide politique existant à l'égard de ces espaces et en jouant le rôle à la fois d'arbitre, de police et de bienfaiteur, ils remportent initialement le soutien de la population. Tirant parti non seulement d'une forte appartenance à leur quartier, mais également des particularités de la morphologie physique de celles-ci, ces acteurs établissent leur domination suivant une logique d'appropriation territoriale, renforçant la représentation sociale des favelas en tant qu'enclaves urbaines. La bienfaisance, associée à la peur, leur a permis de s'assurer le contrôle des favelas tout en se protégeant de possibles dénonciations (Goirand, 1999 :160).

The dismantling of the repressive State apparatus following the country’s return to democracy, and the establishment of the lucrative cocaine trade – more profitable than that of marijuana – favoured from the end of the 1970s the rise of drug trafficking in the favelas[7]. There, drug traffickers slowly imposed their authority not only by using weapons, but also by reproducing a traditional system based on patronage. By filling the political void found in the favelas and by playing the role of arbitrator, police and benefactor, drug traffickers initially won the support of the population. Making the most of their strong sense of belonging and the morphological particularities of favelas, drug traffickers establish their domination by following a territorial appropriation principle, thereby reinforcing the social representation of favelas as urban enclaves. Charity, together with fear, enabled them to take control of favelas while protecting themselves against potential denunciations (Goirand, 1999:160).

La violence policière est un autre élément explicatif de l'accélération du trafic de stupéfiants dans la ville à partir de la fin des années 1980. En effet, la présence des pouvoirs publics dans les favelas se résumait alors principalement à l'activité policière, exercée systématiquement non seulement de façon violente et arbitraire (Gonçalves, 2010), mais aussi se faisant souvent complice des activités illégales des narcotrafiquants. Dans ces conditions, la présence de l'Etat était évidemment très critiquée, voire refusée par la population locale.

Police violence was another element which explained the acceleration of drug trafficking in the city from the end of the 1980s. The presence of public authorities in the favelas, at the time, boiled down to mainly violent and arbitrary police activities (Gonçalves, 2010), a police force that often had a hand in drug trafficking. Under these conditions, the presence of the State was much criticised and even rejected by the local population.

La structure du trafic de stupéfiants a cependant subi de profonds changements à partir des années 1990 suite à l'émergence de nouvelles organisations criminelles. Comme l'explique De Souza, le crime « organisé » à Rio de Janeiro n'est pas aussi structuré que la presse semble le montrer. Les différents « commandos » qui se partagent les favelas de la ville apparaissent comme des formes de « coopératives criminelles » (De Souza, 1996:428-429) qui entretiennent entre eux et avec les forces policières des relations de conflit et de coopération. Cette situation explique en partie la facilité d'occupation des favelas par la police, notamment lors de l'installation des unités de police pacificatrice.

The drug trafficking structure underwent deep changes from the 1990s onwards after the emergence of new criminal organisations. As explained by de Souza, organised crime in Rio de Janeiro was not as structured as the press made it out to be. The various « commandos » sharing favelas operated like criminal co-operatives (De Souza, 1996:428-429). They maintained conflictual as well as co-operative relationships among themselves and with the police forces. This situation partly explains why the police force was able to occupy the favelas so easily, especially during the period when UPPs were established there.

Les rapports entre les nouvelles générations de narcotrafiquants et les résidents se structurent aujourd'hui plutôt sur la loi de la peur et du silence. Les liens étroits de bienfaisance initialement établis se sont en effet progressivement étiolés. L'accessibilité aux favelas par les institutions publiques est en conséquence très restreinte, et la mobilité inter-favelas extrêmement réduite, ce qui a évidemment rendu difficile toute tentative de formuler des revendications sociales réunissant l'ensemble des favelas de la ville, affaiblissant dans le même temps toute politique visant à améliorer les conditions de vie dans ces espaces[8].

Today’s relations between the new generations of drug dealers and the residents are based on a fear and silence principle, and the close charity ties established initially declined progressively over time, resulting in the public institutions’ access to favelas being very restricted, and in inter-favela mobility being extremely reduced. This situation makes any attempt at formulating social claims difficult – claims which could bring together all the city’s favelas, and at the same time weakens any policy aiming at improving living conditions in these areas[8].

Comme le montre Dowdney, les récents changements dans les activités du trafic de stupéfiants ont de profondes répercussions sociales à l'intérieur des favelas, affectant directement le quotidien des résidents. Outre le fait que les narcotrafiquants ne les respectent plus aussi souvent, la drogue est aujourd'hui vendue et consommée ouvertement. Les narcotrafiquants portent ostensiblement des armes lourdes et sont devenus non seulement de plus en plus violents mais aussi de plus en plus jeunes (Dowdney, C-2004 : 36-40). De même, la compétition entre les différents réseaux de trafiquants et la militarisation excessive de leur activité ont réduit de façon considérable ses marges de bénéfices, conduisant les narcotrafiquants à chercher à obtenir des ressources par d'autres moyens, notamment en imposant des taxes sur certains secteurs commerciaux et fonciers des lieux, ou sur la protection des habitants. La domination territoriale se manifeste aussi par le contrôle des associations de résidents et, plus récemment, par la désignation de candidats locaux à des postes législatifs (Lessing, 2008 : 54).

As shown by Dowdney, the recent changes in drug trafficking have had deep social repercussions on the favelas, and have directly affected the daily lives of residents. Today, apart from the fact that drug traffickers no longer respect residents, drugs are sold and taken openly. Drug traffickers can be seen carrying heavy weaponry. They have become increasingly violent and younger (Dowdney, C-2004: 36-40). In addition, the competition between various networks of drug traffickers and the excessive militarisation of their activities have considerably reduced their profit margins, which is pushing drug traffickers to seek new ways of obtaining resources, such as by imposing taxes on commercial and land sectors or on residents’ protection in particular. Territorial domination is also apparent through the control of residents’ associations and, more recently, through the appointment of local candidates to legislative posts (Lessing, 2008: 54).

Dans une grande partie des nombreuses favelas de la ville, les narcotrafiquants ont imposé de telles contraintes aux habitants qu'il leur est souvent de plus en plus difficile d'accéder aux équipements publics locaux. L'expulsion de familles entières, la prise de possession de leur logement, les menaces exercées à l'encontre de fonctionnaires publics ou encore le blocage à l'accès de certains services, ne font ainsi qu'accentuer les inégalités déjà prégnantes entre ces espaces et les autres quartiers de la ville[9].

In many of the city’s favelas, drug traffickers have imposed constraints to residents who find it increasingly difficult to access local public services. Whole families are being expelled and their homes taken over, civil servants are being threatened, and access to certain services is being blocked. All these issues keep contributing to the already strong inequalities between these and other areas of the city[9].

En exerçant cette forme de pouvoir, les narcotrafiquants sont ainsi en mesure d'occuper une place qui incomberait logiquement à l'Etat, en imposant un ordre, voire une forme de « justice » locale. En effet, les sanctions appliquées par les chefs du trafic de stupéfiants, au moyen de ce qu'ils désignent comme un « tribunal », sont particulièrement violentes. Quoique présentant des éléments semblables dans les différentes favelas, il n'existe pas de code préétabli, ces règles pouvant largement varier selon les décisions du leader local du trafic de stupéfiants.

By exercising this form of power, drug traffickers can occupy a position which would otherwise be the responsibility of the State, by imposing an order or even a form of local ‘justice’. The sanctions applied by the leaders of drug traffickers, via what they call a ‘tribunal’, are particularly violent. Although the different favelasshow similar elements when it comes to the application of local justice, there is no pre-established code and the rules being applied can vary from one leader to another.

Bien que la majeure partie des favelas aient subi des changements considérables à partir des années 1990, notamment induites par la diffusion et la consolidation des politiques de réhabilitation et par l'interdiction formelle par la législation de procéder à une politique de destruction systématique de l'habitat illégal et d'expulsion de la population occupante, leurs habitants ne sont cependant pas parvenus à rompre la forte stigmatisation socio spatiale dont ils sont l'objet. Une raison importante réside dans le fait qu'une partie de ces espaces est considérée, à partir des années 1990, comme un ensemble de zones à « haut risque », particulièrement eu égard aux morts violentes liées aux affrontements armés entre forces de police et groupes de narcotrafiquants qui s'y opèrent régulièrement et qui, selon les statistiques, ont tué 5.793 personnes dans l'Etat de Rio de Janeiro en 2009 (Instituto de Segurança Pública - ISP, 2009).

Although most favelas have undergone considerable changes since the 1990s, resulting in particular from the spread and consolidation of rehabilitation policies and the strict legislative prohibition to conduct policies for the systematic destruction of illegal housing and the eviction of lodgers, favela residents have not however managed to break away from the strong socio-spatial condemnation affecting them. An important reason for this is the fact that some of these spaces were considered, from the 1990s onwards, to be high risk areas, particularly as regards the violent deaths resulting from the regular armed confrontations between the police force and the groups of drug traffickers. Statistics in this regard show that 5 793 people were killed in the State of Rio de Janeiro in 2009 due to police-drug trafficker confrontations (Instituto de Segurança Pública – ISP, 2009).

Ce phénomène n'a fait qu'affirmer l'association entre pauvreté et insécurité qui caractérise désormais la majeure partie des favelas de Rio, renforçant par là même une vision dualiste de la ville, c'est-à-dire opposant d'un côté la ville formelle et d'un autre les favelas, lieux privilégiés des oppositions violentes autour de la guerre du narcotrafic, ainsi devenues des « enclaves territoriales illégales » (De Souza, 2008 : 51). L'élévation dramatique du niveau de violence lié à l'expansion du trafic de stupéfiants n'est pas de nature à enrayer ces difficultés, et à stimuler, lorsqu'ils sont possibles, des investissements trop visibles de la part des habitants.

All this phenomenon did was to confirm the relation which exists between poverty and insecurity, and which is characteristic of mostfavelas in Rio today, reinforcing the dualistic vision of the city, i.e. opposing the formal city to the favelas which have become ‘illegal territorial enclaves’ (De Souza, 2008: 51). In the end, the dramatic rise in the level of violence linked to the expansion of drug trafficking cannot prevent such difficulties nor stimulate, whenever possible, investments from residents.

L'expression « zones à risque » (De Souza, op.cit.) est aujourd'hui communément admise pour désigner les favelas de la ville. Elle illustre la forte concentration de violence létale dans les zones d'habitat précaire, et notamment le fait que « ce sont les habitants des zones pauvres, ayant des services urbains précaires qui sont les plus exposés à une mort violente et, vice-versa, ce sont les classes sociales les plus privilégiées et qui vivent dans les meilleurs lieux de la ville qui sont les plus protégées de ce type de violence » (Cano, 1997 : 38, cité par De Souza, Ibid.). De fait, la violence semble introduire une inégalité sociale et territoriale supplémentaire dans une ville qui en possède déjà de nombreuses (Cano, 1997 :39).

The expression « high risk areas » (De Souza, op.cit.) today is commonly used to designate thefavelas of Rio de Janeiro. It illustrates the strong concentration of deadly violence in makeshift housing areas, and particularly the fact that « it is the residents of poor areas who receive precarious urban services who are most exposed to violent deaths and, vice versa, it is the most privileged social classes living in the best areas of the city that are the most protected from this type of violence » (Cano, 1997: 38, quoted by de Souza, Ibid.). De facto, violence seems to introduce an additional social and territorial inequality in a city that already contains many (Cano, 1997:39).

Analysant la question de la violence au Brésil, A. Peralva note par ailleurs que les Brésiliens tendent à coproduire « la violence dont ils sont victimes par une multitude de conduites adaptatives qui ont de tout temps constitué une logique générale d'ajustement de la vie sociale dans le pays » (Peralva, 2001 : 148). Le traditionnel jeitinho (débrouillardise) brésilien a créé des mécanismes de tolérance à la violence qui ont entraîné, à leur tour, selon l'auteur, « une privatisation de la sécurité au-delà de toutes les limites tolérables, ce qui affaiblit la capacité des Brésiliens à définir les frontières du crime » (Peralva, Ibid.). Or, la faiblesse des rapports à la loi, la précarité, la corruption de l'appareil répressif et l'adaptation progressive des habitants à cette insécurité ont contribué à élever le niveau de risques collectivement acceptés à des seuils auparavant inconnus, ce qui a à son tour alimenté davantage la spirale de la violence (Peralva, op. cit.: 148) et, paradoxalement, son pendant : l'industrie de la sécurité.

Analysing the issue of violence in Brazil, A. Peralva remarks that Brazilians tend to co-produce « the violence of which they are the victims, through a multitude of adaptive behaviours which have always constituted a general logic of social life adjustment in the country » (Peralva, 2001: 148). The traditional Brazilian jeitinho (« resourcefulness ») has given rise to mechanisms of tolerance to violence which, in turn, have led to « a privatisation of security beyond all tolerable limits, which weakens the capacity of Brazilians to define where crime begins » according to the author (Peralva, Ibid.). Yet, the weakness of relations to legislation, precariousness, the corruption of the repressive apparatus and the progressive adaptation of residents to insecurity, have contributed to raise the level of risks collectively accepted at previously unknown thresholds, which in turn has contributed to feed the spiral of violence further (Peralva, op. cit.: 148) and, paradoxically, its counterpart: the security industry.

Ainsi, ces violences et leurs tenants génèrent leurs propres règles et régulations qui viennent se substituer ou se superposer à des règles constitutionnelles que les institutions publiques ont du mal à imposer.

As such, violence and its perpetrators generate their own rules and regulations which replace or add to the constitutional rules which public institutions find difficult to impose.

Politique de Sécurité Publique et Unités de Police Pacificatrice (UPP) à Rio de Janeiro. Une vieille nouveauté ?

Public Security Policy and Pacifying Police Units in Rio de Janeiro – An Old Novelty

La mise en œuvre d'une politique en matière de sécurité publique revêt, dans le contexte du Brésil post-dictature, un enjeu fondamental. Cette réflexion s'est engagée dès les premières années du retour du pays à la démocratie en 1985, au cours desquelles l'administration du gouverneur de l'État de Rio de Janeiro Leonel Brizola a cherché, sans succès, à modifier les pratiques policières violentes dans les quartiers populaires, principalement dans les favelas. Les autorités publiques nouvellement instituées prenaient conscience de l'urgence - notamment signalée par la vigueur des revendications sociales et face à la l'escalade de la violence dans le pays - d'œuvrer en faveur d'un système politique mettant en avant les droits des citoyens les plus vulnérables. L'ordre public tendait en effet peu à peu à être défini dans le cadre d'une « action étatique médiatrice de conflits et d'intérêts diffus » (Bencheoga, Guimarães, Gomes et Abreu, 2004 : 120). Il ne devait plus défendre le seul intérêt du pouvoir en place pour prendre en compte la diversité des exigences sociales, notamment en matière de sécurité. L'enjeu était donc de taille pour les instances du gouvernement démocratique, soucieuses d'assurer le passage d'un système policier de contrôle à une police voulue « citoyenne ». En d'autres termes, pour réduire les violences et le crime alors en pleine expansion, il apparaissait incontournable de compter sur la collaboration de la société.

Implementing a public security policy in the post-dictatorial Brazilian context represents a fundamental challenge. This was already on the agenda during the first years of the country’s return to democracy in 1985, during which the administration of the Governor of the State of Rio de Janeiro, M. Leonel Brizola, unsuccessfully sought to modify the violent practices of the police force in popular areas, i.e. mainly in the favelas. The newly instituted public authorities were then becoming aware of the urgent need – which was pointed out in particular by the vigour of the social claims and the rising violence in the country – to work in favour of a political system emphasising the rights of the most vulnerable citizens. Indeed, law and order progressively tended to be defined within the framework of a « State action mediating various conflicts and interests » (Bencheoga, Guimarães, Gomes and Abreu, 2004: 120). It could no longer defend only the interests of the powers in place and had to take into account the diversity of social requirements and safety matters in particular. This represented a major challenge for the democratic government which was anxious to switch from a controlling police system to a responsible police force. In other words, to reduce violence and crime which were in full expansion at the time, counting on the collaboration of the populations seemed unavoidable.

Les premières mesures en faveur de l'établissement d'une police communautaire tournée vers la prévention sont ainsi véritablement mises en œuvre dès la fin des années 1980. Cette initiative s'inspirait des éléments constitutifs de la citoyenneté tels que les définissaient la Constitution de 1988, qui insistait sur « la protection des droits et libertés individuelles face aux menaces que représentent le pouvoir des institutions d'Etat (l'abus de contrôle et de violence par la police) et la protection de la vie et de la propriété des citoyens menacés par la prédation criminelle (le contrôle social) » (Paixão, 1993). Dans l'influence des mesures prises par de nombreux pays, notamment par les Etats-Unis, où elles constituent « pratiquement la seule alternative disponible pour les administrateurs qui prétendent améliorer la relation avec le public », (Moore, 1994, cité par Kahn et ali., 2000 : 2), plusieurs Etats brésiliens s'engageaient progressivement dans la voie de la pacification et de la proximité. Les premiers groupes de policiers communautaires sont ainsi établis dans les villes de Guaçui et d'Alegre dans l'Etat d'Espirito Santo en 1988, puis dans le quartier de Copacabana à Rio de Janeiro en 1994-95 (Beato, 2004 :5). Cette conception de la sécurité s'est trouvée peu à peu renforcée à l'échelle de Rio de Janeiro, la police étant de plus en plus incitée à intervenir dans une certaine proximité avec les résidents au travers d'activités tournées vers la prévention au moyen de la mise en place d'actions d'accompagnement (loisir, éducation extrascolaire, sensibilisation à l'environnement, aide à l'insertion professionnelle), (Barkan, 1997). Ces orientations constituaient un véritable changement de pratique de l'exercice policier conduisant à substituer les patrouilles de voitures par des patrouilles à pied, ceci étant censé favoriser les relations entre policiers et habitants. Ces initiatives devaient également, selon leurs concepteurs, conduire les habitants à être moins réticents à contribuer à l'effort public de sécurité, communiquant des informations sur les crimes observés et participant à des projets communautaires. Bien que reconnues par les pouvoirs publics et la société civile comme des avancées certaines dans un système policier marqué par son inefficacité, son manque de ressources et les comportements violents de nombre de ses agents, leur mise en place ne parvenait pas à enrayer la criminalité et, à l'intérieur des services de police, la corruption et les comportements déviants.

The first measures in favour of establishing a community-based police force concerned with prevention, were implemented at the end of the 1980s. This initiative was inspired by the constitutive elements of citizenship as defined in the Constitution of 1988, which insisted on « the protection of individual rights and freedoms in the face of threats which the power of the State’s institutions represented (police abuse in terms of control and violence) and the protection of the life and property of citizens threatened by criminal predation (social control) » (Paixão, 1993). Under the influence of various measures taken by many countries and the United States in particular, where they constitute « practically the only alternative available to administrators pretending to improve relations with the public », (Moore, 1994, quoted by Kahn et ali., 2000: 2), several Brazilian States were progressively moving in the direction of pacification and commitment. As such, the first groups of community-based police officers were established in the town of Guaçui and Alegre in the State of Espirito Santo in 1988, then in the suburb of Copacabana in Rio de Janeiro in 1994-95 (Beato, 2004:5). This conception of security was progressively reinforced on the scale of Rio de Janeiro, where the police was being increasingly called upon to interact with residents through preventive activities within the community (leisure activities, extra-curricular educational activities, awareness of environmental issues and helping people to integrate the professional world) (Barkan, 1997). The community-based police force was then seen patrolling on foot rather than in vehicles, which was supposed to favour relations between police officers and residents. These initiatives, according to their designers, were also supposed to lead residents to contribute to public security endeavours, communicate information on observed criminal activities and take part in community projects more willingly. Although these initiatives are recognised by the public authorities and civil society as a sure progress in the police system which, until then, had been marked by inefficiency, lack of resource and violent behaviour, their implementation did not manage to curb crime nor corruption and deviant behaviour within the police service.

A Rio, les expériences de police communautaire dans les favelas se sont avérées largement inefficaces. Les unités policières disposaient de très peu de moyens humains et ne pouvaient s'attaquer directement à l'activité des narcotrafiquants. La perspective d'un tel emploi semblait plutôt une punition pour les policiers, contraints de mettre leur vie en danger sans disposer de moyens de défenses suffisants. En outre, les investissements, si importants eussent-ils été à toutes les échelles territoriales, demeurent jusqu'ici largement insuffisants pour résoudre le délicat problème de la criminalité dans une société aussi inégalitaire et confrontée à la violence que celle du Brésil.

In Rio de Janeiro, the experiences of community policing in the favelas turned out mostly inefficient. Police units had very little human resources at their disposal and were not in a position to take on drug trafficking activities directly. For police officers, the perspective of such a job was more like a punishment, i.e. forced to put their life at risk without adequate means of defence. Moreover, as important as they could have been at all territorial levels, investments up until then remained mostly insufficient to resolve the delicate problem of criminality in a society as unequal and confronted to violence as that of Brazil.

Que ce soit à l'échelle de l'Etat ou de la ville, la politique d'affrontement et la conquête militaire de l'espace public, piliers centraux de la politique de sécurité publique pendant la dictature, n'avaient cependant pas totalement été remises en question. Outre l'expérience du gouvernement Brizola et en dépit de plusieurs drames jugés en Cour de Justice[10] qui avaient incité les autorités publiques à repenser la question de la sécurité, les gouvernements successifs de l'Etat de Rio de Janeiro ont souvent eu recours, pour tenter d'éliminer les problèmes récurrents de criminalité, à une politique centrée sur des opérations militaires violentes et arbitraires dans des quartiers populaires. L'élection du maire Eduardo Paes en 2008 à Rio prolonge la politique de « tolérance zéro » mise en place par son prédécesseur Cesar Maia, particulièrement lors de son deuxième mandat (2001-2008). En nommant sa politique choque de ordem (choc d'ordre), l'objectif affiché de la municipalité est de combattre toutes les incivilités et les illégalités en luttant contre les occupations de terrains, le commerce ambulant et le stationnement illégal. Vitrine de l'administration municipale, cette politique a relativement bien été acceptée par les couches moyennes et aisées de la ville qui ont vu dans la réaffirmation du contrôle public de l'espace urbain une possibilité d'améliorer leur qualité de vie. Dans ce contexte, le discours de relogement partiel ou total (après procédure d'expulsion) des favelados, peu à peu abandonné au cours de la décennie 2000, tend à être réactualisé, et le système de police - communautaire - de proximité, globalement peu soutenu par les organes en charge de la sécurité publique.

Whether on the scale of the State or the city, the confrontation policy and the military conquest of public space which were central to the public security policy during the dictatorship, had however not been completely questioned. In addition to the experience of the Brizola government and despite several dramatic incidents which had been tried in a Court of Justice[10] and had brought the public authorities to rethink the security issue, the successive governments of the State of Rio de Janeiro, in an attempt to eliminate the recurrent crime problems, often resorted to a policy centred on violent and arbitrary military operations in popular areas. With the election of Eduardo Paes as Mayor of Rio de Janeiro in 2008, the ‘zero tolerance’ policy implemented by previous Mayor Cesar Maia during his second mandate (2001-2008), was sure to be prolonged. By calling his policy choque de ordem (« order chock »), the objective of the municipality was to fight against all uncivil and illegal activities by fighting land occupation, hawking and illegal parking. This policy, which was the showcase of the municipal administration, was fairly well accepted by the city’s middle and upper classes who, in the reassertion of the public control of urban space, saw a possibility to improve their quality of life. In this context, the discourse on the partial or total re-housing of the favelados (after an eviction procedure), which had been progressively abandoned during the 2000s, today tends to be reactivated, while the community-based police force system generally tends to receive little support from the organs in charge of public security.

Si les municipalités sont constitutionnellement chargées de la gestion des politiques locales, c'est le niveau des Etats fédérés qui est compétent en matière de politique de sécurité publique. Depuis la fin de la dictature, les gouverneurs qui se sont succédés à la tête de l'Etat de Rio de Janeiro ont dû faire face au problème de la violence urbaine, devenu incontestablement l'un des problèmes majeurs de la ville. Le succès de ces opérations, très mitigé, n'a affaibli que de manière très superficielle le pouvoir des groupes criminels organisés, faisant peser de lourdes pertes aux habitants des favelas, victimes le plus souvent innocentes de ces affrontements. Ceci a dans le même temps contribué à diffuser un sentiment d'insécurité partagé dans l'ensemble de la ville, renforçant les représentations négatives de la ville dans les médias nationaux et internationaux. Non seulement le phénomène de violence criminelle restait sans réponse, mais la corruption semblait toucher fréquemment les personnes en charge des opérations visant à sécuriser l'espace urbain. Bref, la ville entrait dans une voie apparemment sans issue.

While the municipalities are constitutionally responsible for managing local policies, the policy on public security is dealt with at the Federal State level. Since the end of the dictatorship, the governors who followed one another at the head of the State of Rio de Janeiro had to face the urban violence problem, which has indisputably become one of the major problems of the city. The much mitigated success of these operations only superficially weakened the power of organised crime groups, and led to the high death rate of favela residents who were often the innocent victims of these confrontations. At the same time, this contributed to spreading a feeling of insecurity shared by the entire city, reinforcing the negative representations of the city in the national and international press. Not only did the criminal violence phenomenon remain unanswered, but corruption often seemed to affect those in charge of operations aiming at improving the security of the urban space. In short, it looked like the city was entering an impasse.

Bien que les démarches de la mairie et de l'État de Rio de Janeiro en matière d'intervention policière soient relativement éloignées des politiques du gouvernement Lula, le parti du maire et du gouverneur actuels (PMDB)[11] est allié au Parti des Travailleurs à l'échelle nationale. Cette conjonction politique, inédite à Rio de Janeiro depuis plusieurs décennies, a permis d'établir un climat de confiance entre les différents niveaux du gouvernement, facilitant le transfert d'importantes ressources à la ville. L'organisation des Jeux Mondiaux Militaires en 2011, du Sommet de la Terre en 2012, de la Coupe des Confédérations en 2013, de la Coupe du monde de football en 2014, et enfin des Jeux Olympiques en 2016, constituent une possibilité de renforcer l'attractivité des investisseurs et du tourisme dans la ville. Cette succession de projets au service d'ambitions économico-politiques conduit le Gouvernement fédéral à adopter une nouvelle position à l'égard des problèmes de violence, au cœur desquels figure la question de la sécurité publique. Cette position a notamment engagé une série d'interventions armées dans les favelas, devant précéder une phase de pacification au moyen de la consolidation d'une police communautaire insérée dans les quartiers populaires.

Even if the procedures of the Mayor’s office and the State of Rio de Janeiro as regards police intervention are relatively distant from the policies of the Lula government, the party of the current Mayor and Governor (PMDB)[11] is allied to the Workers’ Party at the national level. This political union, which has not been seen in Rio de Janeiro for many decades, led to the establishment of a trusting relationship between the various levels of government, facilitating the transfer of important resources to the city. The fact that the city is organising the Military World Games in 2011, the Earth Summit in 2012, the FIFA Confederations Cup in 2013, the FIFA World Cup of Football in 2014, and finally the Olympic Games in 2016, can serve to reinforce investments and tourism. This succession of projects at the service of economic and political ambitions led the Federal Government to adopt a new position as regards the issue of violence, at the centre of which is that of public security. This position in fact led to a series of armed interventions in the favelas, which were supposed to precede a phase of pacification by consolidating a community-based police force inserted in popular areas.

Entre les initiatives pionnières des dernières décennies et les opérations actuelles, il s'agit de noter les différences d'investissement financier et de médiatisation. Si ces deux éléments ne permettent pas d'observer une rupture dans les conceptions des institutions publiques en matière de sécurité, ils permettent néanmoins d'envisager de nouvelles manières d'aborder la question de la criminalité et de la violence à partir d'une approche avant tout sociale.

At this stage, we need to differentiate between the financial and media investments of the pioneering initiatives of the last decades, and those of current operations. While these two elements do not show a break in the public institutions’ concept of security, they still make it possible to envisage new ways of tackling the issue of crime and violence from a social approach.

Sous le gouvernement Lula, l'administration fédérale s'est ainsi engagée dans un vaste projet fondé sur les principes de la police communautaire. Initié par le Ministère de la Justice en 2007, le Programme National de Sécurité Publique et de Citoyenneté (Pronasci) se présente comme une initiative inédite en matière de lutte contre la criminalité au Brésil. Il envisage d'articuler politique de sécurité et action sociale, privilégie la prévention en mettant l'emphase sur l'identification des causes qui conduisent à la violence sans cependant se détacher d'une stratégie d'organisation sociale et de sécurité publique (Ministério da Justiça, 2010). Ce programme est appliqué par le pouvoir fédéral. Il doit compter avec la participation active des organismes fédéraux, en collaboration avec les Etats fédérés et les municipalités, et avec celle des familles et de l'ensemble de la communauté au moyen de projets et d'interventions techniques et financières. La mobilisation sociale est invoquée comme un élément central permettant d'améliorer la sécurité publique. Parmi les principaux axes du programme figure la valorisation des professionnels de la sécurité publique (augmentation de salaire et formation en droits de l'homme), la restructuration du système pénitentiaire, le combat contre la corruption policière et l'engagement des habitants dans la prévention de la violence[12]. Il cible tout particulièrement les jeunes de 15 à 24 ans, tranche d'âge potentiellement la plus touchée par l'activité de trafic et dont une partie a déjà soit été poursuivie en justice, emprisonnée ou non, soit occupe des fonctions importantes dans le crime organisé.

Under the Lula government, the federal administration became involved in a vast project founded on the principles of a community-based police force. Initiated by the Department of Justice in 2007, the National Programme for Public Security and Citizenship (Pronasci) came across as a novel initiative as far as fighting against crime in Brazil was concerned. It considered articulating security policy and social action, privileged prevention by emphasising the identification of causes leading to violence, without nonetheless moving away from a strategy of social and public security organisation (Ministério da Justiça, 2010). The programme was to be applied by the Federal Authorities and was to count on the active participation of federal organisations, in collaboration with the federated States and municipalities, and in collaboration with families and the entire community via technical and financial projects and interventions. Social mobilisation was invoked as a central element making it possible to improve public security. Among the main lines of the programme were the improved status of public security professionals (salary increase and training in human rights), restructuring the prison system, fighting against police corruption and residents’ commitment in preventing violence[12]. It targeted the 15-24 year olds in particular, who potentially represent the age bracket most affected by trafficking activities, with some of them having already been the subject of legal proceedings and/or having been imprisoned, and others still occupying important functions in the organised crime system.

En première instance, la proposition mise en œuvre engage 11 régions métropolitaines du pays[13] recensées par les données du Ministère de la Justice et de la Santé comme étant les plus violentes du pays, dont celle de Rio de Janeiro. Elles serviront d'exemples pilotes pour la mise en place du programme ailleurs dans le pays, pas seulement dans des espaces urbains. A terme, près de 90 actions devraient être mises en place[14]. Le Pronasci est coordonné par un secrétariat exécutif de niveau fédéral, relayé à l'échelle des différents Etats par une équipe assurant l'exécution du programme en collaboration avec les Cabinets Municipaux de Gestion Intégrée (Gabinete de Gestão Integrada Municipal - GGIM). Ces derniers sont en charge « d'assurer l'articulation entre les représentants de la société civile et des différentes forces de sécurité - police civile et militaire, corps de pompiers, garde municipale, secrétariat de sécurité publique) (Ministério da Justiça, Pronasci, 2010)[15]. Le Pronasci exige aussi des partenaires une plus forte participation de la population dans la gestion et le contrôle des objectifs affichés localement par le projet, au moyen de la création des Forums Populaire de Sécurité Publique. A ce jour, le programme a été élargi et mis en œuvre dans 150 villes, représentant 22 Etats du pays. Malgré son discours préventif et communautaire, l'article 6º, V, de la loi fédérale nº11.530 du 24 octobre 2007 exige des partenaires locaux l'engagement « des forces policières pour pacifier les territoires ».

The implemented proposal involved 11 metropolitan regions in the country[13] which were listed by the Department of Justice and Health as being the country’s most violent regions, and which included Rio de Janeiro. These regions served as examples in setting up the programme in the other regions of the country, which did not include only urban areas. Close to 90 interventions were to be set up[14]. The Pronasci was co-ordinated by a federal secretariat, relayed at State level by a team of people whose task was to ensure the execution of the programme in collaboration with the Municipal Integrated Management Cabinets (Gabinete de Gestão Integrada Municipal – GGIM). These were responsible for « ensuring the link between the representatives of the civil society and the different security forces – civil and military police forces, the firemen corps, the municipal guard and the public security secretariat » (Ministério da Justiça, Pronasci, 2010)[15]. The Pronasci also required from partners that they involved populations more in the management and control of objectives displayed locally by the project, by creating Popular Forums of Public Security. To date, the programme has been extended and implemented in 150 towns, representing 22 States. Despite its preventive and community-based discourse, Article 6 V of Federal Act nº11.530 of 24 October 2007 still requires that local partners hire « police forces to pacify the territories ».

Dans le contexte des grands événements sportifs à venir et sous l'effet de la politique locale de « tolérance zéro », l'implantation d'Unités de Police Pacificatrices (UPP) dans les favelas de la ville constitue le projet prioritaire du Pronasci à Rio de Janeiro. Outre de se référer à des modèles de police communautaire déjà éprouvés n'ayant pas produit les effets escomptés, cette orientation souhaite aujourd'hui insister sur la force de partenariats jusqu'ici peu établis dans le domaine de la sécurité au Brésil, entre institutions publiques et organisations issues de la société civile.

In the context of future major sporting events and under the effect of the local policy of ‘zero tolerance’, establishing UPPs in the favelas of the city constitutes the priority project of the Pronasci in Rio de Janeiro. Beyond any reference to already well-proven community-based police models which did not produce the expected effects, partnership strength – which was little established in the domain of security in Brazil up until then – between public institutions and organisations emanating from civil society seems to have a major role to play.

La pacification des espaces illégaux

Pacifying Illegal Spaces

La sécurité au service de la spéculation foncière et du marketing urbain

Security at the service of land speculation and urban marketing

Outre d'être partiellement financé par les fonds fédéraux sous l'égide du Pronasci, le projet d'installation des premières UPP semble expliquer son envergure inédite par les conjonctures locales de la politique de sécurité publique et par les aspirations de la ville à tirer avantage de l'accueil de plusieurs événements sportifs. Les trois premières unités ont été installées entre la fin de l'année 2008 et le début 2009, en réponse à des conflits armés avec les narcotrafiquants, sans véritable critère spatial apparent, mais dans une situation rendue d'autant plus urgente que la perspective de l'organisation des Jeux Olympiques se faisait plus nette.

Apart from being partially financed by federal funds under the aegis of the Pronasci, the original scope of the project for the establishment of the first UPP can be explained by the local circumstances of public security policies, and by the city’s aspiration to turn to its advantage the fact that it is going to host several sporting events. The first three units were set up between the end of 2008 and the beginning of 2009, in response to armed conflicts with drug traffickers, with no real apparent spatial criterion. At the time, however, the need for pacification became all the more urgent since the perspective of organising the Olympic Games was becoming clearer.

L'urgence face à laquelle se trouve la ville depuis lors explique certainement le fait que les premières opérations de police communautaire dans les favelas ne se substituent en aucun cas aux modes d'intervention plus classiques - aussi plus violents - mais leur succèdent. En effet, la favela Santa Marta, située au cœur du quartier de Botafogo dans la Zone Sud (Doc.1), qui compte parmi les lieux les plus favorisés de la ville, a été le centre d'une vigoureuse invasion policière fortement médiatisée, suivie de la décision de mettre en place des caméras dans les rues.

The urgency with which the city is confronted since then, certainly explains the fact that the first operations of the community-based police force in the favelas do not in any way replace but, rather, succeed to the more classic – and violent – methods of intervention of the police. Indeed, thefavela of Santa Marta, which is situated at the centre of the Botafogo suburb in the south area (see Document 1), and which is one of the most favoured places of the city, has been the subject of a vigorous police invasion which was given a lot of media coverage, after which it was decided to place CCTVs in the streets.

Cette situation a notamment suscité une forte mobilisation des habitants contre cette décision (Doc.2) [16]. Etant donné sa centralité et le caractère pionnier des initiatives de sécurisation, cette favela est devenue le laboratoire et la vitrine de la politique de sécurité publique de la police militaire de Rio de Janeiro, traduite par l'installation permanente, à partir de décembre 2008, de forces de police pacificatrice.

This situation provoked a strong reaction among residents who mobilised against this decision (see Document 2) [16]. Considering the central location of Santa Marta and the pioneering nature of the security initiatives, this favela became the laboratory and showcase of the public security policy of Rio de Janeiro’s military police, as reflected in the permanent establishment of UPPs from December 2008 onwards.

Dans un tout autre contexte spatial, en périphérie ouest de la ville, le quartier Cidade de Deus (Cité de Dieu), composé de plusieurs favelas et d'importantes zones d'habitat collectif, a été le deuxième lieu d'installation d'une UPP (2009). C'est avant tout la proximité directe de la Cité Olympique en cours de construction et la forte résonnance médiatique des lieux qui expliquent qu'elle occupe une place prioritaire dans ce dispositif de pacification : Cidade de Deus a, en effet, été rendu internationalement célèbre par la violence criminelle qu'elle abrite, très largement médiatisée depuis le tournage du film éponyme de Fernando Meirelles sorti en 2002. Sa taille a néanmoins rendu le processus d'expulsion des narcotrafiquants armés plus long - et plus violent que pour Santa Marta.

In another spatial context, on the western outskirts of the city, the suburb of Cidade de Deus, made up of several favelas and important multi-occupancy housing areas, was the second place to benefit from a UPP (2009). In this case, Cidade de Deus was selected as a priority due to its direct proximity to the Olympic complex under construction, and to its extensive media coverage in the early 2000s. Indeed, Cidade de Deus was made internationally famous due to its criminal violence which was illustrated in Fernando Meirelles’ 2002 film of the same name. However, the size of this suburb meant that the process to rid the place of armed drug traffickers took longer and was more violent than for Santa Marta.

Enfin, la favela Batan, située elle-aussi dans la zone ouest de la ville, n'a été occupée qu'après l'incarcération - là encore largement relayée par les médias - d'un ancien policier surnommé « Batman » qui contrôlait les milices de cette région. L'installation d'UPP constituait dans ce cas une réponse à l'opinion publique, montrant que la police combattait aussi bien les narcotrafiquants que les miliciens, ceux-ci étant en grande partie issus des forces policières.

Finally, the favela of Batan, also situated in the western area of the city, was only occupied after the incarceration – there again mostly relayed by the media – of a former policeman nicknamed « Batman » who used to control the militias of this region. The establishment of a UPP in this case constituted a response to public demand, showing that the police was fighting drug traffickers as well as militiamen who emanated mostly from the police force.

Les premières implantations montrent effectivement la fin ou du moins la diminution drastique du nombre d'armes à feu dans les favelas, ce qui a contribué à réduire considérablement le nombre de crimes mortels[17], augmentant par la même occasion, selon les institutions publiques, le sentiment de sécurité chez les favelados et chez les habitants des quartiers environnant. Ce discours est largement diffusé comme principal résultat du programme Pronasci, souligné par l'ancien président du pays, Fernando Enrique Cardoso : « L'usage de la drogue continue, mais la violence, le crime organisé, la peur, la terreur, tout cela, c'est fini. »[18]

The first establishments effectively led to the end or, at least, to a drastic reduction in the number of weapons in the favelas, which contributed to a considerable reduction in the number of deadly crimes[17], thereby increasing, according to public institutions, the feeling of security among the favelados and the residents of the surrounding suburbs. This discourse was widely broadcast as resulting mainly from the Pronasci by former Brazilian President Fernando Enrique Cardoso, who explains that « while the use of drugs might still continue, violence, organised crime, fear and terror are all finished »[18].

Le climat d'apaisement succédant à l'installation des premières UPP s'est soldé par une valorisation du sol, aussi bien dans les favelas que dans les quartiers environnant. L'augmentation du tarif des logements situés par exemple dans le quartier Botafogo où se situe la colline de Santa Marta s'élevaient, deux ans après l'installation de l'UPP, à 148,89%[19].

The climate of peace following the establishment of the first UPPs led to an increase in property value, in the favelas as well as the surrounding suburbs. The increase in the price of houses in the suburb of Botafogo for example, where the hill of Santa Marta is situated, reached 148,89%[19] two years after the establishment of the UPP.

Le succès médiatique des UPP et, sans nul doute, la relative explosion immobilière qu'elles ont entraînée, ont contribué à la décision d'étendre le dispositif dans d'autres favelas de la Zone Sud de la ville en 2009 (Babilônia/Chapeu Mangueira, Pavão-Pavãozinho/Cantagalo, Tabajaras/Cabritos) (Doc.3). Cherchant à assurer la sécurité autour des zones susceptibles de recevoir des investissements immobiliers, le gouvernement a installé une UPP au mois de mars 2010 dans la favela Providência, dominant la zone portuaire. L'occupation de cette favela est devenue une condition impérative pour le succès du gigantesque projet Porto Maravilha[20].

The success of UPPs in the media and, undoubtedly, the relative real estate explosion they provoked, contributed to the decision to extend the pacifying system to other favelas in the southern area of the city in 2009 (Babilônia/Chapeu Mangueira, Pavão-Pavãozinho/Cantagalo, Tabajaras/Cabritos) (see Document 3). Seeking to ensure security around areas likely to receive real estate investments, the government established a UPP, in March 2010, in the favela of Providência which dominates the harbour area. The occupation of this favela became an imperative condition for the success of the gigantic project of Porto Maravilha[20].

Cette pacification a récemment concerné la zone Nord (Zona Norte) avec l'installation des premières UPP sur la ceinture de favelas situées autour du Stade Maracanã, siège de la future coupe du Monde de football et de l'ouverture des Jeux Olympiques. Le projet se positionne ainsi, depuis avril 2010, dans les favelas situées dans le quartier de Tijuca (proche du Maracanã dans la zone Nord) et dans des quartiers proches du centre (Santa Teresa)[21]. Il a ainsi atteint les favelas Andaraí, Borel, Formiga, Casa Branca, Cruz, Salgueiro, Turano, Macacos, São João, São Carlos, Prazeres, Foqueteiro et dans la favela Mangueira, cette dernière figurant parmi l'une des plus concernées par l'activité du trafic de cocaïne.

More recently, pacification also concerned the northern area of the city with the establishment of the first UPPs on the belt of favelas situated around the Maracanã Stadium, which is the seat of the future World Cup of Football and the opening ceremony of the Olympic Games. Since April 2010, this project has been implemented in the favelas situated in the suburb of Tijuca (near the Maracanã Stadium in the northern area), and in suburbs close to the city centre (e.g. Santa Teresa)[21]. As such, it reached the favelas of Andaraí, Borel, Formiga, Casa Branca, Cruz, Salgueiro, Turano, Macacos, São João, São Carlos, Prazeres, Foqueteiro and Mangueira, the latter being one of the favelas the most affected by cocaine trafficking.

Quelle sécurité, pour qui ?

What Security, and For Whom?

La sensation de « monter une favela » occupée par une unité de police pacificatrice est, pour un non résident, à première vue surprenant[22]. L'absence aussi bien des narcotrafiquants armés que de tout signe de vente de stupéfiants, sont des éléments rapidement repérables. Le sentiment de sécurité de la population, conséquent au grand nombre de policiers circulant dans les ruelles, bien que peu exprimé, semble avéré par les déplacements et l'usage des espaces communs qui sont généralement peu utilisés. Une habitante activiste d'une importantefavela de la Zone Nord nous a confié que malgré quelques critiques envers le projet, elle voyait de nouveau une certaine joie sur les visages des habitants, jusqu'alors effrayés par les conflits armés entre narcotrafiquants et policiers. Nous avons pu observer dans cette même favela que les personnes fréquentaient davantage les rues, circulant même entre des lieux auparavant occupés par des groupes de narcotrafiquants rivaux. D'ailleurs, le gouvernement de l'Etat stimule désormais les visites touristiques dans les favelas « pacifiées », formant pour cela des guides locaux et libérant des crédits pour des rénovations de logements et l'implantation d'établissements commerciaux. Le transport alternatif (par mototaxis et véhicules collectifs), jusque là illégal, est dorénavant officiellement recensé.

The feeling of « climbing a favela » occupied by a UPP is at first, for a non resident, a surprising sight[22]. It is very easy to appreciate the absence of armed drug traffickers or drug dealers. With the feeling of security being experienced due to the large number of policemen walking in the streets, the population can again move about and use previously unused common spaces. An activist-resident of an important favela of the northern area shared with us the fact that, despite her criticism of the project, she could definitely see happiness on the faces of the residents who, until then, had only known fear of armed conflicts between drug dealers and police officers. We were also able to observe that, in this very favela, people spent more time in the streets and moving in and around places that used to be occupied by competing groups of drug traffickers. In fact, today the Brazilian Government is promoting tourism in the pacified favelas, training local guides to that end and making credits available for the renovation of houses and the establishment of commercial companies. Alternative transport (i.e. mototaxis and collective vehicles), which was illegal up until then, is now officially registered.

Ce sentiment de sécurité semble partagé par les habitants des quartiers environnants qui voient le narcotrafic comme le grand responsable de la violence urbaine. Il est facilement perceptible dans le quartir de Tijuca, qui a vu l´augmentation du nombre de clients fréquentant les bars et restaurants. On observe également une valorisation exponentielle du prix de l'immobilier dans et en dehors des favelas. Selon le directeur exécutif du Syndicat des Industries de la Construction Civile de Rio de Janeiro, la présence des UPP ouvre de nouveaux espaces pour le marché immobilier, notamment dans des quartiers centraux jusque là peu valorisés. Par ailleurs, la montée des prix de l'immobilier à l'échelle de la ville est devenue l'un des principaux indices du succès du projet. De même, la chute des vols de voitures dans ces quartiers a récemment conduit les compagnies d'assurance à s'engager à réduire de 20% le prix des assurances de voitures[23]. L'intérêt pour l'expansion des unités pacificatrices a stimulé plusieurs grands entrepreneurs à constituer un fond de plus de 20 millions de Reais[24] par an pour parrainer l'achat d'équipements et la construction des sièges d'UPP dans les favelas[25]. Le projet semble ainsi se consolider à Rio de Janeiro au point de constituer une forme de consensus parmi les différents candidats au gouvernement de l'Etat de Rio lors des campagnes électorales d'octobre 2010. Selon le Secrétaire de Sécurité Publique de l´Etat, l'objectif affiché du projet est d'installer 33 UPP, atteignant ainsi 165 des quelques 1000 favelas de la ville à l'horizon 2014.[26]

This feeling of security seems to be shared by the residents of the surrounding suburbs who saw drug trafficking as the major culprit behind urban violence. It can easily be seen in the suburb of Tijuca which is benefiting from an increase in the number of patrons in bars and restaurants. We can also observe an exponential increase in the price of real estate in and outside of the favelas. According to the Executive Director of the Union of Civil Building Industries of Rio de Janeiro, the presence of UPPs has opened up new spaces for the real estate market, particularly in the central suburbs which until then were not highly priced. Moreover, the increase in property prices throughout the city has become one of the main indexes of the project’s success. Also, the drop in the number of car thefts in these suburbs recently led insurance companies to undertake to reduce car insurance premiums by 20%[23]. Several major businessmen interested in expanding UPPs, constituted a fund of over 20 million Reais[24] per year to sponsor the purchase of equipment and the construction of UPP headquarters in the favelas[25]. It seems that the project is becoming consolidated in Rio de Janeiro, to the point of representing a form of consensus among the various candidates for the government of the State of Rio de Janeiro, during the electoral campaigns of October 2010. According to the State’s Public Security Secretary, the project’s objective is to establish 33 UPPs, thereby reaching 165 in the 1000 or so favelas of the city by 2014.[26].

Il est aussi possible d'observer une plus forte présence de concessionnaires de services publics qui évitaient auparavant les favelas en raison de la présence des narcotrafiquants. On observe ainsi une articulation entre les instances des différents niveaux du pouvoir étatique (du local au fédéral), des ONG, des compagnies privées et, bien que moins clairement, des habitants et des associations de résidents. Cette conjonction d'acteurs attribue aux UPP un rôle dans l'affirmation de l'action publique dans les favelas. La consolidation des UPP a conduit le Secrétariat d'Assistance Sociale, avec le soutien de la Fédération des Industries de l'Etat de Rio de Janeiro, à mettre en œuvre un programme d'action sociale dénommé UPP Social qui est actuellement sous la gestion de l´Institut d'urbanisme municipal Pereira Passos (IPP). L'initiative est présentée comme responsable car permettant d'identifier les demandes sociales locales et s'engage dans la mise en œuvre de projets sociaux, culturels, environnementaux et de développement économique.

It is also possible to observe a stronger presence of public service suppliers who in the past used to avoid favelas due to the presence of drug traffickers. There is as such a link between the various levels of State power (from local to federal), NGOs, private companies and, although less clearly, residents and residents’ associations. For these actors, UPPs play a role in asserting public action in the favelas. UPP consolidation led the Social Aid Secretariat, with the support of the Federation of Industries of the State of Rio de Janeiro, to implement a programme of social action called UPP Social which is currently under the management of the Municipal Urbanism Institute Pereira Passos (IPP). Thanks to this initiative, local social demands are identified and social, cultural, environmental and economic development projects are being implemented.

En dépit d'importants investissements dans ces favelas, il apparaît à ce jour difficile d'envisager cette opération à l'aune d'un véritable changement de perspective en matière de politique sociale publique. En effet, la nature institutionnelle de ces interventions reste pour l'instant précaire et politiquement instable, dépendante des financements privés et soumise notamment à de possibles changements dans le gouvernement, envisageables depuis les élections sénatoriales et présidentielles d'octobre 2010.

Despite important investments in these favelas, to date it seems difficult to envisage UPPs as fully permanent as far as public social policies are concerned. Indeed, the institutional nature of these interventions remains, for the time being, precarious and politically unstable, dependent on private financing and subject in particular to potential changes in the government, conceivable since the senatorial and presidential elections of October 2010.

Les premiers résultats de ce dispositif sécuritaire, qui semblent pour partie prometteurs, entraînent néanmoins des critiques et révèlent un certain nombre de biais. En effet, notre présence lors d'une série de réunions entre des représentants de la police, des habitants et des leaders locaux, nous a permis d'observer un changement majeur dans l'organisation de la vie sociale de ces quartiers. La police tend en effet à devenir le nouveau et seul médiateur entre l'Etat et les habitants, et la figure de commandant local de l'UPP la principale autorité du quartier. Cet état de fait tend à recomposer les jeux de pouvoirs, répartis jusqu'ici entre un ou plusieurs représentants d'associations de résidents, les tenants du narcotrafic et, le cas échéant, des travailleurs sociaux. Ceux-ci se trouvent désormais face à de nouvelles situations, certains étant rétrogradés à des rangs subalternes. Les rapports entre la police et les habitants sont historiquement très conflictuels. Cette nouvelle force policière doit ainsi engager un changement de posture des agents à l'égard des habitants, évitant de reproduire la violence et la méfiance qui était jusqu'ici observée, faute de remettre en cause le succès des UPP.

Although the first results of this security system appeared promising, they provoked criticisms and revealed a number of biases. Indeed, when we attended a series of meetings between representatives of the police force, residents and local leaders, we observed a major change in the organisation of the social life of these suburbs: it seemed that the police force had become the new and sole mediator between the State and the residents, and that the local UPP commander had become the main authority of the suburb. This tended to restructure the balance of power which, until then, had been held between one or several representatives of residents’ associations, the reigning drug traffickers and, where appropriate, social workers, the latter finding themselves in new situations, some having been demoted to subordinate roles. Although, historically, relationships between police and residents have always been very conflictual, the new police force must now change its position towards residents, avoiding reproducing the violence and distrust observed up until then, failing which the success of UPPs could be challenged.

A une gestion de la favela par la peur, largement impulsée par les commandos ou les milices, tend ainsi peu à peu à s'imposer une gestion policière des favelas concernées par l'intervention pacificatrice. Au nom des habitants, après l'intervention pacificatrice, la police sollicite l'Etat pour implanter des services publics, tente de résoudre les conflits familiaux ou de voisinage, interdit ou concède des permissions pour des manifestations culturelles, organise la collecte des déchets ménagers et, enfin, joue un rôle dans la surveillance du quartier. Son action dépasse ainsi largement ses compétences. Si ceci ne constitue pas en soi un problème dans d'autres contextes où la police de proximité peut constituer un chaînon manquant des sociabilités et des services à la personne dans des quartiers en difficulté, il s'agit d'envisager les possibles travers que constitue, dans le cas brésilien, le renforcement du monopole de la police dans de tels contextes spatiaux. En effet, comme le souligne Kant de Lima (2000 :175), le danger est que « la police continue à opérer comme une agence autonome au service d'un Etat imaginaire, chargé de maintenir un ordre injuste dans une société d'inégalités ».

Favelas which were managed mostly through fear, with the presence of commandos and militias, are progressively being managed by a police force concerned with pacifying interventions. Once a favela has been pacified, the police force can, in the name of the residents, request the establishment of public services from the State, trying to resolve conflicts involving families or neighbours, forbidding or granting permissions to carry out cultural events, organising the removal of domestic refuse and, finally, playing a role in the surveillance of the suburb. In this light, the action of the police force goes beyond its scope of activities. While this, in itself, does not constitute a problem in other contexts where a committed police force fills the gap between sociability/services and the people living in difficult areas, we still need to consider the fact that, in the Brazilian case, reinforcing police monopoly in spatial contexts such as these can represent a potential mistake: as highlighted by Kant de Lima (2000:175), the risk is that « the police continue to function as an autonomous agency at the service of an imaginary State, in charge of maintaining unfair law and order in an unequal society ».

Bien que le projet prévoie des réunions d'information auprès de la population, la participation des habitants semble largement forcée. En premier lieu, les objectifs principaux du projet n'ont ni été établis en concertation avec les habitants ni même présentés publiquement. En dépit de ce fait, des réunions locales ont conduit à des changements dans les modes opératoires de la police, qui témoignent de la volonté des acteurs en charge du projet d'influer sur sa mise en œuvre, et des difficultés qu'ils rencontrent pour faire entendre leur voix. Il convient donc de ne pas surévaluer l'efficacité de cette forme de délibération - voulue participative -, notamment, comme le précise S. Fainstein, parce qu'elle s'inscrit dans une « approche procédurale (...) certes démocratique mais (qui) échoue à prendre en compte la réalité structurelle de l'inégalité et des hiérarchies de pouvoir » (Fainstein, 2009). Les relations entre les habitants et la police sont en effet toujours problématiques, les cas d'interventions violentes et arbitraires des policiers demeurant fréquents, comme nous avons pu le constater lors d'une réunion entre les habitants et le commandant de l'UPP dans une favela de la zone Nord, plusieurs cas de bavures policières étant rapportés au commandant local. Certaines réactions émanant des habitants, situées hors des cadres attendus de la participation, ont néanmoins été écoutées par les institutions publiques, comme les critiques envers les interventions policières violentes, surtout auprès des habitants les plus jeunes et noirs, ou encore la question de l'organisation de spectacles ou de baile funks (bals Funk), événements systématiquement associés aux narcotrafiquants et généralement interdits dans les favelas occupées par la police.

Although, through the project, information meetings with the populations are being planned, it seems on the whole that residents are forced to take part in these meeting insofar as the project’s main objectives were not established in consultation with them or even introduced publicly. Despite this, local meetings have led to changes in the operating methods of the police force, which testifies to the will of those in charge of the project to influence its implementation and voice their opinion as far as encountered difficulties as concerned. As such, we should not overestimate the efficiency of this form of ‘participative’ deliberation, as specified by S. Fainstein in particular, because it is part of a « procedural approach (…) which is certainly democratic but (which) fails to take into account the structural reality of inequality and power hierarchies » (Fainstein, 2009). The relationships between residents and police force are still problematic, due to the frequent cases of violent and arbitrary police interventions, as we were able to establish during a meeting between the residents and the UPP commander in a favela of the northern area, with several cases of police blunders reported to the local commander. Certain reactions from residents, outside the expected framework of participation, have nonetheless been listened to by public institutions, such as criticisms concerning the violent police interventions with the younger and black residents in particular, or still the question of organising events or baile funks (funky balls) which are systematically associated with drug traffickers, and are generally forbidden in thefavelas occupied by the police.

Si la menace de la violence liée à l'activité de trafic semble temporairement éloignée, elle n'en est pourtant pas écartée. En effet, outre qu'elles reposent sur une longue histoire conflictuelle, les relations entre favelados et policiers demeurent largement contraintes, d'une part en raison des menaces exercées par les membres - désormais invisibles - du trafic, pesant sur des habitants qui ont peur d'être considérés comme des collaborateurs de la police, et d'autre part en raison des positions arbitraires exercées par certains policiers.

Although the threat of violence linked to trafficking seems temporarily distant, it is still present. Apart from the fact that they rely on a long history of conflicts, relationships between favelados and police officers remain largely limited, on the one hand because of the traffickers’ threats on residents who are afraid of being perceived as police collaborators, and on the other hand because of arbitrary positions exercised by certain police officers.

Il semble par ailleurs évident que les intérêts sous-jacents à ce dispositif de sécurité communautaire ne sont nécessairement pas les mêmes que ceux des habitants des favelas, conduisant à constituer une potentielle menace d'ordre économique pour les habitants. En effet, la spéculation immobilière qu'il induit entraîne des situations difficiles pour certains habitants privés de logement ou d'accès à certains services urbains (eau, électricité, ramassage d'ordures ménagères,...)[27]. L'une de leurs grandes préoccupations, exprimées lors des réunions de présentation des UPP dans les favelas, fut la question du paiement des équipements publics. Malgré leur qualité douteuse, il est connu qu'une grande partie des habitants ne les payait pas. L'expulsion des narcotrafiquants et l'arrivée de dizaines de milliers de clients nouveaux ont incité les concessionnaires de services publics à y installer définitivement leurs services et équipements[28].

Moreover, it seems obvious that the interests underlying this community-based security system are not necessarily the same as those of thefavelados, which can represent a potential economic threat for the residents. Indeed, the real estate speculation resulting from it leads to difficult situations for certain residents deprived of housing or access to certain urban services (water, electricity and domestic rubbish removal, among others)[27]. One of the main concerns expressed during UPP presentation meetings in the favelas, concerned the payment of public services. Despite their doubtful quality, it is well known that the majority of residents never paid for them. With the expulsion of drug traffickers and the registration of tens of thousands of new clients, public service providers finally decided to set up proper services and equipments[28].

Pression et spéculation immobilières dépassent largement les favelas pour concerner une partie des habitants des quartiers alentour, qui voient le prix des logements augmenter sans pour autant que leurs revenus n'aient été réévalués. A terme, il est possible d'envisager que cette dynamique puisse tendre à modifier la géographie des inégalités à l'échelle de la ville, aspect qu'il conviendrait d'analyser de manière précise lorsque les importants travaux de rénovation et de renouvellement urbains seront achevés. Le danger est de pacifier certaines zones de la ville en modifiant leurs caractéristiques socioéconomiques, ce qui conduirait à repousser la violence et les pauvres ailleurs, vers la périphérie, loin des zones plus aisées de la ville, hors de la vue des touristes et des futurs participants aux événements sportifs à venir.

The real estate pressure and speculation extended beyond the favelas, ending up affecting the residents of the surrounding suburbs, who saw housing prices increasing without their income being re-evaluated for all that. In the end, it is possible to conceive that this dynamic tends to modify the geography of inequalities at the city level, an aspect which ought to be analysed in precise terms when the major urban renovation and renewal works will be completed. The danger lies in pacifying certain areas of the city by modifying their socioeconomic characteristics, which would result in displacing violence and the poor elsewhere, towards the outskirts, far away from the more well-off areas of the city, out of sight of tourists and future athletes.

Conclusion et perspectives

Conclusion and Perspectives

Après trois ans d'initiatives tournées vers la sécurisation d'un nombre toujours plus important de favelas, il s'avère délicat de dresser un bilan de l'intervention des unités de police pacificatrice à Rio de Janeiro. Il convient d'éviter de porter un jugement définitif sur ce type d'intervention. En effet, trop souvent, se positionner contre l'intervention policière conduit à défendre les trafiquants de drogue, comme le précise Marcelo Lopes de Souza qui dénonce l'attitude de nombreuses personnalités académiques et politiques qui, accusant les pratiques policières, adoptent un point de vue ambigu vis-à-vis des pouvoirs criminels. Par ailleurs, évoquer l'émergence et la vigueur nouvelle des modes de police pacificatrice ne doit pas faire oublier que ce modèle est mis en œuvre sans véritablement remettre en cause les pratiques anciennes de la police, particulièrement celles des forces d'interventions spéciales au premier rang desquelles figure le BOPE.

After three years of initiatives to improve the security of a forever increasing number of favelas, taking stock of all UPP interventions in Rio de Janeiro is a delicate matter. We ought to avoid offering a final judgment on this type of intervention. Indeed, too often, opting against police interventions leads to defending drug traffickers, as explained by Marcelo Lopes de Souza who denounces the attitude of many an academic and political personality who, accusing police practices, adopt an ambiguous viewpoint vis-à-vis crime bosses. Moreover, evoking the emergence and new vigour of the pacifying methods of the police, cannot make one forget that this model is implemented without truly questioning former police practices, particularly those of the special intervention forces in general, and the Special Police Operations Battalion (BOPE) in particular.

Il convient donc d'adopter une vision critique vis-à-vis de ces formes nouvelles de gestion de la sécurité publique qui, rassemblant tous les espoirs et faisant l'objet d'un soutien entier des institutions gouvernementales et des compagnies privées, n'en demeurent pas moins fragilisées par une omniprésence policière qui renvoie à une gestion exclusivement sécuritaire de ces quartiers et de la vie de leurs habitants. Les débats restent vifs sur ces questions au sein de la sphère publique et politique. Ils mobilisent très largement, depuis les habitants desfavelas occupées jusqu'à ceux qui, vivant dans des lieux où opèrent les pouvoirs criminels des trafiquants ou des milices privées, demeurent en marge de la pacification en cours dans la ville. Ces mobilisations se traduisent par l'ouverture d'espaces de revendication, sous la forme de débats qui, tout en restant confinés à des réunions d'initiés, tendent néanmoins à laisser entrevoir une reprise de mouvements sociaux qui ont connu un fort ralentissement dans les deux dernières décennies. Si cette résurgence est à ce jour limitée, elle n'en constitue pas moins une évolution envers laquelle il convient d'être attentif.

Therefore, we ought to adopt a critical vision vis-à-vis these new forms of public security management which, benefitting from the complete support of government institutions and private companies, are still weakened by the omnipresence of the police force which refers to the exclusive security management of these areas and safety of their residents. Debates on these issues are still intense in the public and political sphere. They mobilise favelados as well as those who live in areas where drug traffickers and private militias operate, and who remain on the margin of ongoing urban pacification. Such mobilisation is expressed through the opening of protest spaces in the form of debates that, while confined to meetings of initiates, tend however to show a renewal of social movements that had slowed down drastically during the last two decades. While to date this resurgence is limited, it still represents an evolution which deserves our attention.

L'intervention pacificatrice, en dépit d'être largement encadrée, dissimule pourtant des pratiques récurrentes à Rio de Janeiro à l'égard des habitants des favelas : on observe en effet un retour camouflé aux expulsions de certains quartiers d'occupation illégale pauvre, principalement ceux situés aux abords des installations prévues dans le cadre des événements sportifs internationaux à venir. Dans ce contexte, il s'agirait de discuter de la véritable définition de ce type d'action policière, voulue participative, la réalité faisant état d'une représentation habitante limitée et largement contrainte.

Yet, despite being widely supervised, pacifying interventions dissimulate recurrent practices in Rio de Janeiro as far as favelados are concerned: indeed, we see a covert return to evictions in certain suburbs illegally occupied by the poor, mainly those situated near facilities planned within the framework of future international sporting events. In this context, the idea is to discuss the true definition of this type of participative police action, where reality shows that residents are barely represented.

La spéculation immobilière, vigoureuse autour des lieux « sécurisés », semble esquisser un phénomène de rent gap (Smith, 1979), signe qui pourrait, à terme, conduire à un processus de gentrification, à la fois lié à la pacification et consécutif aux opérations conduites par les services municipaux d'urbanisme enclins à renouveler l'offre résidentielle. L'arrivée de couches supérieures ou moyennes supérieures dans ces espaces est ainsi un processus à la fois effectif et envisagé comme un élément de redynamisation urbaine dont les effets ne peuvent, à ce jour, être précisément analysés.

Real estate speculation, which is fairly high around secured areas, seems to outline a rent gap phenomenon (Smith, 1979), a sign which could lead to a process of gentrification linked to pacification and, at the same, resulting from operations led by the town planning municipal services which are prone to renew the residential offer. As such, the arrival of upper or upper-middle classes in these areas is an effective process, perceived also as an element of urban boosting the effects of which cannot, to date, be analysed accurately.

En outre, la politique sécuritaire ne peut se résumer à ces interventions. Une telle pacification, souhaitée par les instigateurs du Pronasci, pourrait, comme le souligne Machado da Silva (2010), concerner l'ensemble des favelas de la ville. Néanmoins, elle n'a aucun caractère universel et ne peut en aucun cas faire l'objet d'une normalisation, comme de nombreux représentants gouvernementaux semblent le souhaiter au travers de la diffusion de cette méthode policière dans de nombreux congrès internationaux sur la sécurité[29].

Moreover, the security policy cannot amount to these interventions. Pacification, which is desired by the instigators of the Pronasci could, as highlighted by Machado da Silva (2010), concern all the favelas of the city. And yet, it is not universal and cannot be standardise, to the regret of many government representatives who have been attending international conferences on security[29] in this regard.

Au final, les travers de cette politique et des interventions qui les caractérisent sont nombreux, depuis le niveau local où l'efficacité du procédé dépend des policiers à l'œuvre, jusqu'aux niveaux métropolitain et fédéral où, en dépit d'intérêts économiques et électoralistes, ce type d'intervention n'est pas sans révéler un accès inégal aux services publics. Les favelas sécurisées au moyen des unités pacificatrices sont en passe d'être fournies en équipements et services publics, les autres demeurant dans l'attente de toute attention et intervention publiques. Le danger qui se pose est que le traitement inégal de la question de la sécurité à Rio de Janeiro relève plutôt de stratégies opportunistes nourrissant le marketing urbain et insistant sur des modalités injustes d'envisager la question de la violence et, avec elle, celle de la pauvreté urbaine.

Finally, many problems affect this policy and its interventions, from the local level where the efficiency of the process depends on police officers, to the metropolitan and federal levels where, despite economic and electioneering interests, this type of intervention reveals unequal access to public services. All favelas benefiting from security thanks to the presence of UPPs are due to receive public equipments and services, while all others have to wait for any public attention and intervention. This situation shows that the unequal treatment of the security issue in Rio de Janeiro, relates to opportunistic urban marketing strategies relying on unfair conditions when considering the issue of violence and, with it, that of urban poverty.

Si la perspective d'une sécurité plus juste qui, à Rio de Janeiro, s'avère incontournable à penser pour envisager une « ville (plus) juste » (Fainstein, 2009), ne passe pas seulement par la participation des habitants des favelas à la définition de critères permettant de réorienter, au besoin, les projets de police communautaire, elle ne peut en aucun cas se soustraire à prendre acte des positions de la population concernée par l'omniprésence policière. A une période de sous-représentation ou d'inefficacité des institutions publiques dans les favelas tend à succéder une période de contrôle sécuritaire permanent. Cette présence, fût-elle pacifique, ne constituerait-elle pas un obstacle en termes d'égalité entre les citoyens urbains susceptible d'assigner aux habitants des favelas concernées le rôle de « sous citoyens » (Kowarik, 2000) ou de les restreindre à une « citoyenneté concédée » (Sales, 2000) ?

While contemplating a more fair security which, in Rio de Janeiro, imperatively requires considering a « (more) fair city » (Fainstein, 2009) and does not depend only on the participation of favelados in defining criteria with a view to reorienting, as needed, the projects of the community-based police force, such security cannot under any circumstances ignore the position of the populations affected by the omnipresence of the police force. Periods during which public institutions are under-represented or turn out to be inefficient in the favelas are usually followed by periods of permanent security control. Could not this presence, even if peaceful, constitute an obstacle in terms of equality between urban citizens likely to attribute the role of « second citizen » to the residents of the favelas concerned (Kowarik, 2000) or to restrict them to a « granted citizenship » (Sales, 2000)?

Si la police pacificatrice s'avère être certainement une nouveauté concernant la police de sécurité à Rio de Janeiro, ces questionnements soulignent bien la nécessité de prolonger le débat démocratique au Brésil, à la lumière des nouveaux enjeux de justice spatiale que pose l'omniprésence policière.

While UPPs are certainly a novelty as far as security police in Rio de Janeiro is concerned, these questions highlight the need to prolong the democratic debate in Brazil, in the light of the new spatial justice issues raised by the omnipresence of the police force.

[1] La ville accueillera successivement les Jeux Militaires en 2011, le Sommet de la Terre en 2012, la Coupe des Confédérations en 2013, la Coupe du monde de football en 2014, et enfin les Jeux Olympiques en 2016.

[1] Indeed, Rio de Janeiro is due to host the Military Games in 2011, the Earth Summit in 2012, the FIFA Confederations Cup in 2013, the FIFA World Cup in 2014 and the Olympic Games in 2016.

[2] Le terme fobópole est, selon Lopes de Souza, le résultat de la combinaison entre le terme grec phobos, « peur », et polis, « ville » (De Souza, 2008 : 9).

[2] Lopes de Souza uses fobópole to mean « the fear of the city » based on the combination of the Greek terms phobos (« fear ») and polis (« city ») (De Souza, 2008: 9).

[3]  crimecongress2010.com.br (Online: page consulted on 08/09/2010).

[4] Le programme s'engage à former près de 3500 policiers dans l'année 2010, la police communautaire devant représenter dans un avenir proche près d'un tiers des forces locales de police.

[4] The programme undertook to train around 3 500 policemen in 2010, with the community police making up almost one third of local police forces in the near future.

[5] Le terme "pacification" est un euphémisme souvent employé dans les discours politiques et médiatiques pour désigner l'occupation policière visant à rétablir la paix, succédant le plus souvent, dans le cas du Brésil, à une intervention armée. Pour des détails sur son usage dans la nouvelle langue française

[5] The euphemism « pacification » is often used in political and media speeches to refer to police occupation aiming at restoring peace through armed intervention, as was the case in Brazil.

[6] Selon le journal O Globo du 11 août 2010, l'expansion des UPP dans la Grande Tijuca a fait grimper le prix de l'immobilier de l'ordre de 80% en quelques mois.

[6] According to the journal O Globo of 11 August 2010, UPP expansion in Greater Tijuca pushed real estate prices up by 80% in the space of a few months.

[7] La formation de l'organisation criminelle Comando Vermelho (Commando rouge) marque une phase majeure dans le trafic de stupéfiants à Rio de Janeiro. Selon De Souza, cette activité est une réalité multiscalaire qui se manifeste aussi bien sous la forme d'un réseau international que d'une simple organisation criminelle à l'intérieur d'une favela (De Souza, 1996 :1067). Les points de vente de la drogue dans les favelas ne représentent que l'aspect le plus visible de cette structure.

[7] The creation of the criminal organisation called Comando Vermelho (Red Commando) marks an important phase in drug trafficking in Rio de Janeiro. According to de Souza, drug trafficking is a multi-scalar reality which appears as an international network as well as a simple criminal organisation inside a favela (De Souza, 1996:1067). Drug sales outlets in the favelas only represent the most visible aspect of this structure.

[8] La loi du silence est plus pernicieuse que l'on l'imagine. Elle bloque le contact des favelados avec l'extérieur, et provoque une forme d'incommunicabilité à l'intérieur même des favelas, liée à la peur et à la méfiance mutuelle (Silva, 2004).

[8] The fear and silence principle is more harmful than one could imagine. It prevents favelaresidents from having contacts with the outside world, and provokes a form of incommunicability inside the actual favelas, linked to fear and mutual distrust (Silva, 2004).

[9] Bien que ces situations ne concernent pas de manière systématique toutes les favelas de la ville (plus de 1000 dans la seule municipalité de Rio de Janeiro, correspondant à près d'1,2 millions d'habitants), il convient néanmoins d'en accepter la récurrence dans de très nombreux cas.

[9] Although these situations do not systematically concern all the favelas of Rio de Janeiro (which accounts for as many as 1 000favelas in the actual municipality and corresponds to around 1,2 million inhabitants), we still need to accept the fact that it is recurrent in many cases.

[10] Nous pouvons citer, par exemple, les cas d'assassinat (chacina) d'enfants de rue face à l'Église de Candelária dans Le Centre de Rio, le 23 juillet 1993, ou encore, le 29 août de la même année, le massacre de plusieurs habitants de la favela Vigário Geral, tous deux orchestrés par les forces policières.

[10] We can mention, for example, the cases of the street children who were murdered in front of the Candelária Church in the centre of Rio on the 23rd of July 1993, or still, the massacre of several residents of the Vigário Geral favela on the 29th of August of the same year, where both were orchestrated by the police force.

[11] Le Parti du Mouvement Démocratique Brésilien est l'un des plus important du pays. Il est issu du Mouvement Démocratie Brésilien (MDB), opposition consentie par le régime militaire pendant la dictature. Il participe au gouvernement depuis le processus de démocratisation et rassemble des représentants issus de différents courants idéologiques.

[11] The Party of the Brazilian Democratic Movement is one of the most important political parties in the country. It comes from the Brazilian Democratic Movement (MDB) which was officially recognised as the opposition party during the dictatorship. It takes part in the government since the democratisation process and includes representatives from different ideological movements.

[12] La mise en œuvre de ce programme engage un financement gouvernemental d'un montant de 6,707 milliards de Reais à l'horizon de fin 2012 (environ 3.051 milliards d'euros)

[12] Implementing this programme involves government financing of 6,7 billion Reais by the end of 2012 (around 3 billion Euros).

[13] Belém, Belo Horizonte, Brasília (Entorno), Curitiba, Maceió, Porto Alegre, Recife, Rio de Janeiro, Salvador, São Paulo et Vitória.

[13] These are Belém, Belo Horizonte, Brasília (Entorno), Curitiba, Maceió, Porto Alegre, Recife, Rio de Janeiro, Salvador, São Paulo and Vitória.

[14] Parmi les nombreuses actions figurant dans ce programme, citons le projet "Mães da Paz" (Mères de la paix), bourse d'étude destinée aux femmes qui souhaitent s'investir dans des actions commune avec les forces de police. Elles seront formées pour être des défenseures des droits de l'homme.

[14] Among the many initiatives in this programme, let us mention the « Mother of peace » project (Mães da Paz), a study grant for women who wish to become involved in joint actions with the police force. They will be trained to defend human rights.

[17] Depuis l'implantation des unités de police pacificatrice, il semble que les indices de criminalité aient connu une baisse considérable, traduite par une diminution du nombre d'homicides de près de 80%. Entre les mois de novembre 2007 et 2008, la Police Civile enregistrait à Cidade de Deus 34 assassinats. Sur la même période entre 2008 et 2009, seulement 6 cas d'assassinat étaient enregistrés. Le nombre de vols est passé, sur la même période, de 68 à 11. Les agressions (assaltos) connaissaient dans le même temps une baisse de 70,9%, passant de 141 à 41 cas (Instituto de Segurança Pública, 2009).

[17] Since the establishment of the Pacifying Police Units, it seems that crime indexes have decreased considerably, this effect of this being a reduction of close to 80% in the number of homicides. Between November 2007 and November 2008, the Civil Police Force recorded 34 murders in Cidade de Deus. Over the same period between 2008 and 2009, only 6 murder cases were recorded. The number of thefts over the same period went from 68 to 11. Assaults during the same period decreased by 70,9%, going from 141 to 41 cases (Instituto de Segurança Pública, 2009).

[18] Propos recueillis par le journal britannique The Guardian en date du 12 avril 2010

[18] Interview with British newspaper The Guardian dated 12 April 2010: guardian.co.uk

[19] Voir le site: sidneyrezende.com

[19] See the following website: sidneyrezende.com

[20] Il s'agit du projet phare de l'actuelle administration municipale :

[20] This is the leading project of the current municipal administration: portomaravilhario.com.br

[21] Deux ans après l'installation des UPP, la valorisation des immeubles de ce quartier a atteint près de 80% (Journal O Globo du 11 août 2010).

[21] Two years after the establishment of UPPs, the value of the buildings of this suburb increased by almost 80% (Journal O Globo dated 11 August 2010).

[22] Les auteurs ont récemment conduit plusieurs séries d'enquêtes dans les favelas de la ville. Cette démarche de terrain, qui engage une présence régulière dans ces espaces, nécessite une attention particulièrement accrue, eu égard à la présence permanente d'armes et des violents conflits qui s'y opèrent. Une grande partie des favelas étant situées sur des collines, l'usage courant conduit à utiliser l'expression "monter" pour désigner toute visite dans ces espaces.

[22] The authors recently led several interviews in the favelas of the city. This field research called for our regular presence and required much attention on our part as far as weapons and violent conflicts were concerned. Since mostfavelas are situated on hills, it is common to talk about « climbing » to refer to any visit of favela.

[24] Près de 9 millions d'Euros (septembre 2010)

[24] About 9 million Euros (September 2010).

[25] Selon le Journal O Globo du 24 août 2010, le groupe EBX, La Banque et l'assureur Bradesco, la Confédération Brésilienne de Football, parmi d'autres, ont accepté de contribuer au fond.

[25] According to the newspaper O Globo dated 24 August 2010, the EBX Group, Bradesco Bank, Bradesco Insurance and the Brazilian Confederation of Football, among others, agreed to contribute to the fund.

[26] Journal O Globo du 4 juillet 2010.

[26] Newspaper O Globo dated 4 July 2010.

[27] Selon le Journal O Globo du 27 avril 2010, le prix d'une maison à la favela Santa Marta est passé de 10 000 à 50 000 Rs.

[27] According to the newspaper O Globo dated 27 April 2010, the price of a house in the favela of Santa Marta went from 10 000 to 50 000 Rs.

[28] La compagnie d'eau et assainissement (CEDAE) a mis en place un tarif « social » de 15 Rs par foyer, dispositif qui n'a pas été suivi par la locale compagnie d'électricité.

[28] Water and drainage company CEDAE implemented a ‘social’ rate of 15 Rs per household, a system which was not adopted by the local electricity company.

[29] Le Pronasci a notamment été présenté comme une initiative pionnière et exemplaire pour les pays en développement lors du 1erSéminaire sur la Prévention de la Violence (décembre 2009), lors de la Conférence Mondiale de la Jeunesse, organisée par l'Unesco au Mexique (août 2010) et lors du 12ème Congrès des Nations Unies sur la prévention du crime et pour la justice criminelle (Salvador de Bahia, 2010).

[29] The Pronasci was introduced as a pioneering and exemplary initiative to developing countries during the 1st Seminar on the Prevention of Violence (December 2009), during the World Youth conference organised by Unesco in Mexico (August 2010), and during the 12thUnited Nations Congress on Crime Prevention and Criminal Justice (Salvador de Bahia, 2010).

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